RUPTURES MUSCULAIRES
Au point de vue de leur siège, on les a divisées en ruptures musculaires proprement dites, intéressant la partie charnue du muscle, en tendineuses et en musculo-tendineuses .
Les ruptures peuvent se produire, soit dans des muscles sains ( ruptures fonctionnelles et traumatiques ), soit dans des muscles déjà altérés et rendus au préalable plus fragiles par une affection locale ou générale ayant déterminé la dégénérescence graisseuse ou cireuse des fibres striées ( ruptures pathologiques).
1° Les ruptures pathologiques se montrent au cours des maladies infectieuses graves, provoquant une dégénérescence. Observées dans le typhus, la variole, la scarlatine, l’infection puerpérale, la tuberculose aiguë, et, d’une façon générale, dans presque tous les états infectieux graves, c’est dans la fièvre typhoïde qu’on les rencontre le plus souvent. Si les ruptures macroscopiques, amenant un hématome, sont relativement rares (11 cas sur 159 cas de fièvre typhoïde, Hoffmann), les ruptures histologiques, fibrillaires, n’intéressant que quelques fibres, sont par contre presque constantes lorsqu’il ne s’agit pas d’une forme bénigne et que la mort n’est pas survenue trop tôt.
Presque spontanées, ces ruptures surviennent sous l’influence de mouvements même peu énergiques, tels que les quintes de toux, les efforts des malades pour aller à la garde-robe ou le simple fait de se retourner ou de s’asseoir dans son lit, et paraissent dues, non pas à la dégénérescence des vaisseaux, nomme le croyait Stein, dégénérescence qui n’a pu être retrouvée ultérieurement, mais au tiraillement des fibres très friables; granuleuses ou cireuses, parles fibres voisines demeurées saines et entrant en contraction.
Ces ruptures pathologiques, fibrillaires ou partielles, intéressant un ou plusieurs petits faisceaux, peuvent se montrer dans les différents muscles de l’économie, ceux de la cuisse, du thorax, du cou ; mais leur siège de prédilection est la moitié inférieure du grand droit antérieur de l’abdomen. Le plus souvent, elles sont multiples. Rien, généralement, ne les annonce pendant la vie et ce n’est qu’à l’autopsie qu’on peut constater leur existence.
Le muscle présente en un ou plusieurs points, soit des ecchymoses, soit des solutions de continuité à surfaces anfractueuses et contenant un caillot rouge brun, strié de marbrures blanchâtres, opaques. Sur une section longitudinale, le muscle a, au-dessus et au-dessous du point rompu, une coloration brune et une rigidité toute particulière, tenant à la fois à l’infiltration par le sang épanché, à la contraction des
fibres encore vivantes revenues sur elles-mêmes et à la dégénérescence de la substance striée.
Histologiquement, au voisinage de la rupture, au milieu du tissu conjonctif infiltré de sang et des vaisseaux dilatés, les fibres musculaires sont en dégénérescence vitreuse et en dégénérescence granulo-graisseuse très avancée. Celte dernière, qui est consécutive à la rupture, diminue et disparaît en s’éloignant du foyer et l’on ne retrouve plus à une certaine distance que des fibres vitreuses mêlées à des fibres saines.
La réparation du tissu conjonctif, la résorption de l’hémorrhagie se font comme dans les hématomes. La régénération des fibres musculaires aux dépens du sarcoplasma musculaire conservé est complète, mais ne débute que lorsque la période fébrile prend fin. Son processus, étudié successivement par Zenker, Waldeyer, Neumann, Hoffmann, Hayem, Dozé, Volkmann, etc., etc., a été décrit à propos de la dégénérescence cireuse et de la régénération.
2° Ruptures fonctionnelles et traumatiques. — Uneffortviolent, une contraction énergique suffisent parfois pour déterminer la rupture complète ou partielle d’un muscle sain. Ces ruptures fonctionnelles, dont le a coup de fouet » est un exemple, se produisent surtout, quoique non exclusivement, au point où les fibres musculaires s’attachent au tendon (Sédillot). L’extension brusque d’un muscle en état de contraction énergique peut également amener une déchirure du cprps charnu. Enfin les ruptures traumatiques en suite de contusions, piqûres, plaies, fractures, etc., etc., seront plus ou moins étendues, selon la nature et la force de la cause occasionnelle.
Dans les ruptures traumatiques et fonctionnelles , les deux lèvres musculaires se rétractent et laissent entre elles un espace en forme de coin ou de cupule où se collecte l’hémorrhagie, qui est, ici, constante, tandis qu’elle peut manquer dans les ruptures pathologiques lorsqu’elles ne sont que fibrillaires. Le caillot se coagule et subit les modifications ultérieures habituelles.
Évolution des lésions histologiques. — Les altérations des fibres musculaires ont été minutieusement étudiées par Peremescho, Weber, Kraske, Maslowsky, Virchow, Billroth, Rindfleisch, Demarquay et Bouchard, Hayem, Heidelberg, Regeard, Dozé, Barfurth et plus particulièrement par Gussenbauer, Neumann, Nauwerck, Volkmann, Galeotti et Levi, qui ont expérimentalement suivi le processus dans toutes ses phases. Les résultats obtenus par. cés auteurs ne diffèrent que par des détails de morphologie ou de rapidité d’évolution relevant de la diver-