‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 76 sur 210 · TRICHINE (KYSTE · texte numérisé non relu

TRICHINE (KYSTE

borné à refouler latéralement la substance musculaire qui, modifiée, prend l’aspect homogène caractérisant cette couche moyenne. Cela expliquerait la striation indécise constatée dans cette couche par quelques auteurs. L’origine, non pas sarcolemmique mais proprement musculaire , de cette couche moyenne, paraît évidente dans certains kystes (voir flg. 84, m p' et ni p") envoyant au delà de leurs pôles un étroit prolongement creux dans l’épaisseur de la fibre qui les héberge et où la transformation de la substance musculaire en paroi homogène, s’effectuant moins brusquement, peut être mieux suivie.

Dans le kyste inférieur on voit des sections transversales et obliques du corps de là trichine (t, V) ; en#, des noyaux occupent la couche granuleuse; et en m", un petit îlot de noyaux répondant au ■ tubercule polaire.

l.e kyste supérieur envoie de chaque côté un prolongement étroit dans l’épaisseur de la fibre musculaire m, m’ qui le contient. Dans le prolongement de gauche, en î" est logée l’extrémité de la trichine En m et m' la fibre est bien striée et absolument normale. En se rapprochant du kyste, la striation diminue progressivement pour disparaître en p' et p".

a, b, cavité des kystes ; c, couche moyenne homogène ; g, g’, couche granuleuse ; m, m', fibre musculaire normale; m", amas de noyaux juxta-polaires ; n, noyaux de la couche granuleuse; p , p', p”, tubercules polaires; t, l', l", trichines. — Grossissement de 100 diamètres.

La couche externe , inconstante, est surtout constituée par des cellules fusiformes foliacées et des fibres conjonctives. Elle dérive, en effet, de la condensation, de la sclérose locale, succédant au nodule inflammatoire, à l’infiltration cellulaire que nous avons étudiée au début.

Une accumulation de cellules rondes persiste assez longtemps près des pôles du kyste, où l’on retrouve souvent encore des amas de noyaux plus ou moins abondants, alors qu’il n’en existe plus ailleurs. Ces derniers vestiges d’inflammation aiguë ne disparaissent que vers la dixième semaine. On a attribué Y étranglement de chaque extrémité du kyste et l’apparition des tubercules polaires à la condensation plus forte du tissu conjonctif à ce niveau, aboutissant à la formation d’une véritable bride cicatricielle. v

La persistance et l’intensité plus forte des phénomènes inflammatoires près des tubercules polaires n’a rien qui doive étonner, si l’on

réfléchit que ce sont les extrémités du kyste qui s’achèvent les dernières c’est-à-dire au cours du deuxième mois, tandis que la portion moyenne de la paroi apparaît déjà à la fin du premier mois. C’est donc en ce point, où se font, en dernier lieu, les échanges entre la cavité du kyste et l’extérieur, que le tissu conjonctif est le plus longuement irrité par les produits toxiques excrétés par le parasite, et qu’il doit, par conséquent, présenter les signes de réaction inflammatoire les plus prolongés et les plus marqués.

On rencontre également, dans cette paroi externe, de gros noyaux, ressemblant à des noyaux musculaires, sur lesquels Luschka et Virchow d’abord, puis Langerhans, ont attiré l’attention. Il semble qu’il s’agisse là de ces cellules musculaires, nées au début, lors de la pénétration du parasite et de l’individualisation cellulaire du protoplasma qui a suivi. Ces éléments musculaires, atrophiés, réduits presque à leur seul noyau, pourront, suivant les circonstances, concourir à la régénération du muscle en donnant naissance à de nouvelles fibres striées.

Autour des extrémités du kyste on retrouve aussi, en quantité très variable suivant les cas, des amas de cellules adipeuses. L’attention n’ayant pas encore été attirée sur ce point, on ne sait si celles-ci proviennent d’une transformation de cellules musculaires émigrées hors de la fibre ou d’une simple modification des cellules conjonctives.

Enfin, dans cette couche externe, ou immédiatement en dehors d’elle, on voit souvent ramper de fines fibres striées, très grêles, qui, sur les coupes transversales, se présentent comme un gros noyau, autour duquel on a de la peine à distinguer une mince couche de substance musculaire. Ces éléments sont, pour les uns, des fibres du voisinage atrophiées par compression; pour d’autres, de jeunes fibres néoformées, qui se seraient alors développées aux dépens des cellules musculaires que nous signalions plus haut. Ces deux opinions ne sont, du reste, nullement exclusives, ces fibres grêles n’ayant pas nécessairement toutes la même origine. On pourrait également voir dans quelques-unes d’entre elles l’effet du bourgeonnement des fibres anciennes interrompues dans leur continuité par le développement du kyste, ainsi que nous le verrons plus loin.

Nous avons, jusqu’ici, étudié les modifications de la fibre trichinée au niveau du parasite. Le sort du reste de la fibre est encore mal élucidé. Un certain nombre d’auteurs soutiennent sa disparition complète et définitive. D’autres, au contraire, admettent la possibilité

TRICHINOSE (FIBRES MUSCULAIRES)

d’une régénération, ce qui implique une persistance au moins de débris de sarcoplasma ou de cellules musculaires. Wagener a vu se développer de jeunes fibres, ainsi que Colbert, et celui-ci croit que cette régénération se montre assez rapidement, mais dans les fibres les moins malades seulement. Bowman, Friedler ont également observé des phénomènes de régénération par type embryonnaire. Yolkmann, tout en n’ayant pu constater le fait, ne le nie pas, faisant remarquer qu’en cas de guérison les muscles récupèrent leurs fonctions et leur volume primitif.

Si, à distance du kyste, on observe dans la fibre une multiplication des noyaux et même une hyperplasie du sarcoplasma, ces phénomènes peuvent aussi bien être rapportés à une réaction provoquée par l’action des toxines diffusant de tous les kystes voisins que mis sur le compte d’un kyste unique plus ou moins éloigné. Nous savons, d’autre part,' que ces phénomènes traduisent une simple suractivité du sarcoplasma et n’impliquent pas une dégénérescence ultérieure nécessaire.

Si la dégénérescence granuleuse ou cireuse d’une fibre dans toute son étendue est possible, probable même lorsque cette fibre héberge plusieurs trichines échelonnées sur toute sa longueur, cette dégénérescence totale ne nous paraît pas devoir être la suite nécessaire de la présence d’une seule trichine en quelque point d’une longue fibre striée.

Du reste, lorsque l’on observe le nombre considérable de trichines existant sur certaines coupes et que l’on réfléchit qu’il en est ainsi dans tout le muscle, on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne peut y avoir que bien peu de fibres n’hébergeant pas au moins un parasite en quelque point de sa longueur. Si les fibres atteintes en un point quelconque devaient dégénérer sur toute leur étendue, on ne retrouverait, sur les coupes, à côté de trichines, que des fibres en désintégration granuleuse ou en dégénérescence cireuse, ce qui n’est pas le cas. Comme, à côté du kyste et des éléments en voie d’altérations diverses dont nous allons parler, on rencontre toujours un nombre relativement considérable de fibres ayant conservé leur striation, de volume normal, ou simplement atrophiées par compression, on se voit obligé de conclure que les fibres atteintes ne sont détruites que sur une minime étendue.

Les portions voisines du kyste dégénèrent seules; le reste de l’élément demeure sain et conserve sa striation. Une fibre musculaire, interrompue dans sa continuité par un kyste, se trouve, en quelque sorte, dans les mêmes conditions qu’une fibre sectionnée, et nous

avons vu plus haut qu’une fibre sectionnée ne dégénère pas sur toute son étendue.

On peut, du reste, s’assurer sur les coupes reproduites ici que les fibres striées renfermant des kystes arrivés à leur complet développement redeviennent absolument normales à une petite distance au delà des tubercules polaires (voir fig. 84, m et m').

La persistance de ces segments de fibres demeurés sains à une certaine distance au-dessus et au-dessous du kyste a, ainsi que nous le verrons, une certaine importance au point de vue de la régénération possible par bourgeonnement.

Lésions de voisinage. — Dans ce qui précède, nous nous sommes presque exclusivement occupé de l’évolution du parasite dans la fibre où il a élu domicile et des altérations successives que présente cette dernière, sans insister sur les modifications qui apparaissent dans les tissus voisins. Les fibres infestées ne sont cependant pas seules à s’altérer, et les divers éléments constitutifs des muscles se ressentent également, jusqu’à une certaine distance, de la présence du parasite. Parmi les fibres musculaires siégeant à proximité de la trichine, un certain nombre demeurent normales, mais il est rare, cependant, que l’on n’y constate pas au moins une augmentation légère des noyaux ; plusieurs sont en tuméfaction trouble, tandis que d’autres, refoulées par l’accroissement du kyste, présentent, à ce niveau, une atrophie par compression plus ou moins intense. Plusieurs, enfin, sont atteintes, sur une certaine étendue, de vraies dégénérescences (vacuoles plus ou moins nombreuses (Nonne et Hœpner), désintégration granuleuse ou dégénérescence cireuse), s’accompagnant, en général, d’une prolifération évidente des noyaux. Ces altérations dégénératives sont attribuées aux toxines trichineuses agissant à distance sur les fibres voisines du parasite. Les segments dégénérés de ces fibres sont destinés à disparaître, mais pourront se régénérer dans la suite, soit par bourgeonnement de leurs segments sus- et sous-jacents conservés sains, soit grâce à quelques noyaux qui, survivant dans les gaines, donneront naissance à des cellules musculaires fusiformes, puis à de nouveaux éléments.

Sur les coupes de muscles trichinés arrivés à l’état de repos, alors que 1 enkystement est accompli, on peut se rendre un compte plus exact de la topographie de ces lésions (voir fig. 84 et 85).

Les coupes longitudinales sont les plus démonstratives. Ce qui

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