DÉSINTÉGRATION GRANULEUSE
La désintégration granuleuse est une véritable dégénérescence d’ordre éminemment toxique. C’est toujours un signe de lésions avancées, incurables, de l’élément musculaire dans sa partie vivante, essentielle, le sarcoplasma.
Comme les autres dégénérescences, elle peut intéresser une fibre sur toute sa longueur ou se limiter à un segment plus ou moins étendu.
Elle peut s’observer dans les points comprimés et au cours des infections graves ; mais c’est dans les myosites aiguës, au voisinage immédiat des foyers de suppuration, qu’elle se rencontre avec le plus d’abondance et d’intensité.
Rarement primitive, elle succède presque toujours à un état pathologique antérieur, qui est souvent la tuméfaction trouble : le sarcoplasma a commencé à réagir, puis, vaincu, se nécrose, se liquéfie ; à l’effort de résistance, fait suite la mortification définitive. Elle peut représenter le terme ultime de la plupart des dégénérescences. Parfois, cependant, à la limite des collections purulentes, elle semble se développer presque d’emblée. Dans des fibres transparentes, la striation longitudinale s’accentue, puis devient irrégulière, en zigzags ; bientôt, les fibrilles striées se rompent complètement et se dispersent dans le sarcoplasma liquéfié. Ce sont ces « sarcous éléments » mis en liberté que l’on voit se répandre dans les tissus voisins, lorsqu’une de ces fibres est rompue, sous forme d’une poussière, d’un granulé réfringent. Parfois quelques-uns décès grains, accolés bout about, ont encore l’aspect d’un débris de fibrille ou de faisceaux de fibrilles incomplètement dissociés (voir fig. 6, g et d).
De même que la dégénérescence cireuse est une nécrose de coagulation spéciale touchant surtout le myoplasma, la désintégration granuleuse est une nécrose spécial#-de liquéfaction intéressant surtout le sarcoplasma. En suite de cette liquéfaction, les fibrilles striées, qui ne sont plus maintenues, tendent à se séparer les unes des autres ; il en résulte une diminution de la netteté et une disparition de la striation transversale avec augmentation de la striation "longitudinale. Cette dissociation allant en augmentant, les fibrilles elles-mêmes se fragmentent en une série de petits cubes représentant les « sarcous éléments » insolubles dans l’éther et le chloroforme et ne se colorant pas par l’acide osmique. La fibre est donc bientôt transformée en une gaine de sarcolemme remplie d’une masse granuleuse ayant les réactions chimiques de la dégénérescence granuleuse protéique, mais dont chaque granulation (plus volumineuse que celle de la tuméfaction trouble) représente un fragment de fibrille dissociée. Il est
évident que, dans ces conditions, l’acide acétique est impuissant à faire réapparaître une striation définitivement détruite.
Au point de vue du sort ultérieur de la fibre, la désintégration granuleuse est la plus grave de toutes les altérations. Elle est plus grave
■ Fig. 6. • — Myosite infectieuse aiguë suppurée. Diaphragme au niveau d’un foyer de péritonite suppurée (Durante).
On observe sur cette coupe une infiltration leucocytaire abondante séparant et dissociant les fibres musculaires qui s’incurvent, se segmentent et prennent les directions les plus irrégulières. Sur ces fibres on voit tous les degrés de la désintégration granuleuse, depuis la simple exagération de la striation longitudinale, jusqu’à la transformation de l’élément en un amas méconnaissable de granulations réfringentes.
ï, leucocytes; m, fibre musculaire normale; f, désintégration granuleuse au début; g et d, désintégration granuleuse plus avancée, les fibrilles dissociées s’éparpillent en petits faisceaux indépendants. En d et en p, g, ces fibrilles se fragmentent en « sarcous éléments » ; n, p, fibre réduite à une trainée de granulations protéiques au milieu desquelles on retrouve des leucocytes et des noyaux musculaires ; s, volumineux élément dans lequel, au milieu de granulations, existent encore des débris de fibrilles reconnaissables. — Grossissement de 180 diamètres.
même que la dégénérescence cireuse. Dans cette dernière, la substance contractile étant surtout nécrosée, il persiste souvent des fragments de sarcoplasma qui pourront ultérieurement régénérer la fibre. Dans la désintégration granuleuse, au contraire, c’est l’élément vivace, le