DÉSINTÉGRATION GRANULEUSE
altération devant aboutir tôt ou tard à la nécrose de l’élément cellulaire ; alors que la désintégration granuleuse, ainsi que nous allons le voir, est un signe de nécrose totale et définitive de la fibre, la tuméfaction trouble, au contraire, n’est donc qu’un phénomène très banal de défense, d’excitation fonctionnelle ou d’activité anormale, phénomène qui n’aboutit pas encore à la formation de cellules distinctes, le protoplasma demeurant provisoirement sous la forme d’une nappe plasmodiale indivise, dont le sort ultérieur variera selon l’intensité, la durée, la nature de l’état pathologique, selon les conditions de nutrition, d’innervation dans lesquelles se trouvera l’élément musculaire.
La tuméfaction trouble n’est donc pas une dégénérescence. C’est, au contraire, un phénomène de vitalité exubérante du sarcoplasma, qui végète d’une façon excessive et ne respecte plus ses rapports physiologiques avec le myoplasma. Ce sarcoplasma hyperplasié peut dégénérer ultérieurement. Lorsqu’il demeure vivant, il en résulte des divisions, des exfoliations, des métamorphoses de la fibre, que nous aurons à étudier plus loin (voir Régression cellulaire). Nous aurions pu placer son étude au début du chapitre consacré à la Régression, dont elle représente un mode de début. Si nous l’avons conservée en tête des altérations de la fibre musculaire, c’est qu’elle précède, en général, la plupart des dégénérescences et qu’il nous a paru avantageux de la rapprocher de la désintégration granuleuse pour pouvoir mieux différencier et mettre en opposition ces deux états, si différents par leur nature et leur pronostic et trop longtemps confondus sous le terme général de dégénérescence granuleuse protéique.
2° Désintégration granuleuse.
Bien différent est ce que nous avons proposé d’appeler désintégration granuleuse pour le distinguer de l’état précédent avec lequel on l’a trop longtemps confondu.
La désintégration granuleuse correspond à ce que l’on considérait comme la forme avancée de la dégénérescence granuleuse et se distingue de la tuméfaction trouble par ses granulations plus volumineuses et l’impossibilité où l’on est de faire çéapparaître la striation au moyen de l’acide acétique.
Les fibres musculaires atteintes de désintégration granuleuse sont troubles,, granuleuses et plus ou moins opaques. Les striations
transversales d’abord, puis longitudinales, ont disparu. Cette perte de la striation est définitive.
Les granulations, très irrégulièrement disséminées, sont beaucoup plus volumineuses que dans la tuméfaction trouble, mais présentent également les réactions de la substance protéique ; elles sont insolubles dans l’éther et le chloroforme et ne se colorent pas en noir par l’acide osmique. Très inégales comme dimensions, elles donnent l’impression de la désagrégation des fibrilles en leurs « sarcous éléments » primitifs. La substance contractile semble remplacée par une émulsion, comme si les «sarcous éléments », atrophiés et dissociés, nageaient pêle-mêle dans leur ciment liquéfié (Hayem).
Fig. 5. — Fibre musculaire en désintégration granuleuse au début (Durante). Exagération de la striation longitudinale et disparition de la transversale.
Le diamètre transversal est approximativement normal ; en tout cas, il n’est pas augmenté dans des proportions aussi considérables que dans la tuméfaction trouble (comparez cette figure avec les figures 3 et 4 au même grossissement). — Grossissement de 300 diamètres.
Les noyaux peuvent être augmentés de nombre, mais cette augmentation est toujours antérieure à la désintégration granuleuse. Celle-ci, en effet, relève d’un état de mortification, non seulement du myoplasma, mais encore du sarcoplasma, incompatible avec toute prolifération musculaire et qui entraîne, au contraire, l’atrophie et la destruction des noyaux existants.
Le sarcolemme, souvent sinueux, irrégulier, peut se rompre, et laisse alors échapper par son ouverture son contenu sous forme d’une masse molle et semi-fluide, où nagent les débris des fibrilles transformés en grains inégaux (voir fig. 6).
Dans un état plus avancé, la gaine de sarcolemme, en partie vide de son contenu et revenue sur elle-même, ne mesure plus que 3 à 4 ja de diamètre et, plus ou moins monoliforme, ne renferme plus, par places, que de petits amas grenus ou des groupes de noyaux atrophiés.
Il coexiste presque constamment, avec la désintégration granuleuse, une dégénérescence graisseuse plus ou moins accusée, que l’acide osmique met facilement en évidence et qui porte, ici, à la fois sur les grains de myoplasma mis en liberté et sur les restes de sarcoplasma qui n’ont pas encore subi une liquéfaction complète.