BACILLE DU TÉTANOS
périphérique est formée de fins rayons régulièrement disposés en auréole; les jours suivants, l’auréole s’agrandit en divergeant et l’ensemble de ses prolongements enchevêtrés donne une image qui rappelle le mycélium des moisissures » (Yaillard et Vincent).
La gélatine se liquéfie du dixième au quinzième jour.
Sur gélose, en piqûre, il détermine un aspect nuageux non caractéristique. Le bacille produit peu de bulles de gaz.
Il se développe mal sur la pomme de terre.
Vitalité. — La vitalité du bacille est très considérable grâce à la présence de la spore. Les spores résistent trois ou quatre minutes à l’ébullition, mais sont détruites à cette température au bout de huit minutes.
Desséchées, les spores, mises à l’abri de la lumière, sont très résistantes (plusieurs années); exposées à l’air et à la lumière, elles perdent rapidement leur virulence et leur vitalité.
Inoculation aux animaux. — La souris, le rat, le cobaye sont très sensibles au tétanos ; le lapin est déjà plus résistant; le chien l’est encore davantage ; le pigeon et la poule sont réfractaires.
L’inoculation au lapin, soit sous la peau, soit dans le péritoine, soit dans les veines, de la culture tétanique, détermine la mort en trois à dix jours; il y a, avant l’apparition des premiers symptômes, une longue période d’incubation.
Le tétanos expérimental est caractérisé par des contractions toniques qui débutent par les régions du corps les plus voisines du point d’inoculation et, de là, s’étendent aux membres correspondants et enfin se généralisent; il n’y a jamais de trismus, sauf chez les grands animaux (cheval).
L’inoculation directe de la toxine dans le cerveau (Roux et Borrel), est vingt-cinq fois plus active chez le lapin que l’inoculation sous la peau; l’incubation n’est que de dix heures : l’animal présente des crises convulsives intermittentes épileptiformes, des troubles moteurs, de la polyurie.
L’inoculation dans les viscères (tétanos splanchnique) détermine des contractures toujours symétriques, de la dyspnée extrême, des spasmes de contracture et non de la contracture permanente et progressive, du trismus plus ou moins persistant (J. Binot).
Le tétanos, selon la dose et l’activité de la culture, prend une marche aiguë ou chronique ; il peut d’ailleurs guérir.
notions Elémentaires sur les bactéries
A l’autopsie, on ne trouve qu’un peu d’œdème au point d’inoculation et un peu de congestion des viscères.
Le bacille n’existe qu’en très petite quantité au point d’inoculation ; il ne se généralise pas dans les viscères.
L’inoculation de spores seules, débarrassées du bacille et de la toxine par un chauffage à 80 degrés pendant trois heures, ne détermine pas de phénomènes tétaniques : les spores sont englobées et détruites par les phagocytes (Vaillard, Vincent et Rouget).
L’inoculation de spores et d’une substance à chimiotaxie négative, telle que l’acide lactique, détermine le tétanos : on obtient le même résultat si, au point d’inoculation, on fait une attrition violente des tissus entravant la phagocytose, ou si l’on met les spores dans de petits étuis de papier stérilisé à l’abri des leucocytes. L’inoculation simultanée de spores tétaniques et de certains microbes favorisants, Micrococcus prodigiosus, par exemple (Vaillard et Rouget), détermine le tétanos.
Toxine tétanique. — La toxine tétanique est une toxine soluble qui passe facilement dans le bouillon ; pour l’obtenir en grande quantité, on cultive à plusieurs reprises le bacille tétanique dans du bouillon . ayant déjà servi à la culture du bacille: ainsi, après avoir laissé la culture anaérobie à l’étuve pendant vingt jours, on la filtre et, dans le filtrat, on ensemence à nouveau le bacille tétanique ; on filtre au bout de vingt jours, puis on ensemence encore une fois le filtrat, après l’avoir additionné environ de l/d 5e de son poids de bouillon frais neutre stérilisé.
Les toxines les plus actives tuent le cobaye au millième de centimètre cube.
La toxine tétanique est très analogue à la toxine diphtérique; comme elle, elle s’affaiblit rapidement à l’air, adhère aux précipités, est altérée par un chauffage de trente minutes à 65 degrés, etc.
Sérothérapie. — L’inoculation de cette toxine, additionnée de liqueur de Gram, permet d’immuniser le lapin et le cheval.
Pour le cheval, on injecte d’abord une dose de 1 à 5 centimètres cubes d’un mélange à parties égales de toxine et de liqueur de Gram ; puis on répète les injections tous les trois à quatre jours. Dès le quinzième jour, on arrive à 10 centimètres cubes d’un mélange de deux parties de toxine pour une de liqueur de Gram ; on augmente progressivement la dose de toxine en diminuant la quantité d’iode ; du
VIBRION SEPTIQUE
vingt-cinquième au trentième jour, on arrive à donner la toxine pure aux doses croissantes de 10, 15, 20 centimètres cubes tous les deux ou trois jours ; vers le quarantième jour, des doses croissantes de 50 à 150 centimètres, cubes.
Au troisième mois, l’immunité est constituée ; il suffit de la maintenir par l’injection, répétée tous les dix à quinze jours, de doses de 200 à 300 centimètres cubes de toxine.
Le sérum des animaux vaccinés a, comme l’ont montré Behring et Kitasato, des propriétés préventives manifestes. L’existence de propriétés curatives n’est pas admise par Vaillard ; le sérum est inefficace,, même à dose considérable, quand il est inoculé quelques heures après la toxine.
L’inoculation directe du sérum, dans la substance cérébrale des cobayes tétaniques, entrave l’évolution du tétanos (Roux et Borrel).
Habitat et manifestations pathologiques. — Le bacille du tétanos est très répandu dans le sol, où il vit à l’état saprophytique (Nicolaïer), dans les poussières (Chantemesse et Widal). La terre des jardins, des rues, des champs, soumise à la fumure, est surtout infectée; le bacille, en effet, est répandu dans les excréments des herbivores : cheval, vache (Sanchez-Toledo et Yeillon), qui contribuent à entretenir l’infection du sol.
Le bacille tétanique a été trouvé dans les eaux de la Seine (Vaillard),.. dans les vases du Rhône (G. Roux), dans la vase des marais des Nouvelles-Hébrides ^Le Dantec).
Vibrion septique.
Le vibrion septique a été décrit par Pasteur qui l’a séparé de la bactéridie charbonneuse, puis par Koch et Gaffky. Chauveau et Arloing ont montré que ce microbe est l’agent de la gangrène gazeuse ou septicémie gangréneuse de l’homme.
Morphologie. — Dans le sang du cœur des animaux infectés,, le vibrion se présente sous la forme de filaments flexueux, de 15 à 40 p. de long, mobiles, qui rampent en écartant les globules rouges;, l’air arrête bientôt ces mouvements. La coloration montre que les filaments sont formés de segments inégaux, dont les extrémités sont nettement coupées (Besson).
L’exsudât de la surface du foie, ou la sérosité péritonéale, nous
montre, à côté des filaments, des bâtonnets de 3 à 5 [a de long et de 1 ^ de large; la sérosité sanguinolente des poches gazeuses intermusculaires, des formes irrégulières, en olive ou en battant de cloche.
Dans les cultures, le bacille prend des formes identiques, soit en bacilles isolés, soit en longs filaments pelotonnés ; ces bacilles sont extrêmement peu mobiles.
Le bacille se reproduit par sporulation, du moins dans les tissus œdématiés et dans les cultures, car les spores ne semblent pas se former dans le sang. Les spores sont tantôt médianes, tantôt terminales.
Le vibrion septique prènd le Gram; il est nécessaire de faire agir le colorant (violet phéniqué), cinq à dix minutes avant de faire agir la liqueur iodée.
Milieux de culture. — Le vibrion septique est rigoureusement anaérobie. Il trouble le bouillon et y dégage des gaz en abondance; le bouillon s’éclaircit bientôt et il se forme un dépôt au fond du tube. Les cultures répandent une odeur infecte.
Sur gélatine en piqûre, on voit se développer, au niveau du Irait d’ensemencement, de petites taches, arrondies, nuageuses, légèrement radiées à la périphérie ; la gélatine est fissurée par la formation de bulles de gaz. La gélatine est liquéfiée.
Sur gélose, on voit de même une traînée blanchâtre nuageuse; la gélose est semée de bulles de gaz, fragmentée, souvent même disloquée, par suite de la force d’expansion des gaz.
Le vibrion ne donne pas de culture apparente sur la pomme de terre.
Le vibrion septique attaque l’amidon, la dextrine, les sucres, les substances azotées; il dégage de nombreux gaz, acide carbonique, hydrogène, hydrogène sulfuré, enfin de l’alcool, de l’acide formique, acétique, butyrique, succinique, etc.
Inoculation aux animaux. — La plupart des animaux sont sensibles au vibrion septique, la souris et le cobaye le sont particulièrement.
L’inoculation de sérosité sous la peau de la cuisse du cobaye le tue en douze à quinze heures ; l’animal se blottit dans sa cage, le poil est hérissé, le ventre est douloureux, l’animal est secoué par des convulsions; à l’autopsie, la paroi abdominale est infiltrée de sérosité,
VIBRION SEPTIQUE
les poils se détachent d’eux-mêmes de la peau ; au niveau de l’aine et de l’aisselle on trouve de grandes poches remplies de gaz et de sérosité sanguinolente; les muscles sont infiltrés d’une sérosité identique de même que le péritoine; le foie est en général décoloré. Le cadavre répand une odeur infecte.
Pendant la vie et même au moment de la mort, on ne trouve pas de filaments dans le sang; ceux-ci apparaissent rapidement pendant la période cadavérique, surtout si on laisse le cadavre quelques heures à 37 degrés.
L’inoculation intra-veineuse n’est pas mortelle, le plus souvent elle peut conférer l’immunité.
L’ingestion de cultures est inoffensive.
Le vibrion septique non sporulé est détruit rapidement au contact de l’air ou par une exposition de quelques instants à une température de -f- 60 degrés ; les spores, par contre, résistent à la dessiccation, à la lumière et même aux antiseptiques; il faut une température supérieure à 100 degrés pour les détruire si elles sont mélangées à une matière albuminoïde.
Toxine. — Le vibrion septique sécrète une toxine, étudiée par Roux et Chamberland et par Besson. Cette toxine, à la dose de 5 à 10 centimètres cubes, tue les cobayes. Cette toxine, chauffée à 110 degrés, confère l’immunité. La sérosité filtrée produit les mêmes résultats.
Comme pour le tétanos, les spores de vibrion septique injectées même à dose considérable ne. sont pas pathogènes (Besson) ; l’inoculation simultanée de ces spores et d’une goutte d’acide lactique ou de certains microbes saprophytes permet, par contre, l’infection.
Habitat normal et manifestations pathologiques. — Le vibrion est très répandu dans la terre, terre des rues et des jardins, la vase des eaux; il suffit d’inoculer à un cobaye, profondément sous la peau, un peu de terre de jardin, pour assister au développement de la septicémie expérimentale.
Le vibrion se rencontre dans l’intestin et dans les excréments des animaux et de l’homme ; il peut envahir les cadavres après la mort.
Le vibrion septique est l’agent de la gangrène gazeuse de l’homme; on le trouve dans les phlyctènes, dans les lambeaux mortifiés; on ne le voit pas dans le sang pendant la vie, mais il se développe rapidement après la mort.
Sous le terme de vibrion septique, on confond sans doute plusieurs
races microbiennes. De ces races, il en est une récemment étudiée par M. Achalme, qui a été trouvée dans des cas de rhumatisme articulaire aigu, à l’autopsie, dans Je sang du cœur et sur les coupes du myocarde et des valvules, beaucoup plus rarement dans le sang (Thiroloix).
Le bacille d’ Achalme ressemble au bacille du charbon dans les ■coupes; dans les cultures, au vibrion septique; il prend le Gram, il Se reproduit le plus souvent par scissiparité, quelquefois par sporulation; la spore est rigoureusement terminale.
Le bacille est strictement anaérobie et doit être isolé sur des milieux liquides, en particulier sur le lait qu’il coagule.
L’inoculation du microbe dans le tissu cellulaire du cobaye détermine des lésions comparables à celles que produit le vibrion septique.
Le rôle des microbes anaérobies se révèle d’ailleurs chaque jour plus considérable dans les phénomènes pathologiques. MM. Veillon et Zuber ont bien montré le rôle d’un certain nombre de microbes anaéro* hies qu’ils ont étudiés dans les suppurations putrides, appendicites, mastoïdites : spirochœte, bacillus perfringens, bacillus serpens, ba- ■cillus ramosus, staphylococcus parvulus, etc. Le rôle de ces mêmes microbes a été démontré dans les infections génitales par M. Hallé; dans les infections d’origine otique, par M. Rist; dans la gangrène pulmonaire, par M. Guillemot.
Tuberculose (bacille de Koch)
Koch, en 1882, découvre l’agent de la tuberculose dont Villemin avait démontré déjà, par les inoculations au cobaye, la nature infectieuse.
Le bacille de Koch présente des réactions colorantes et des caractères de culture qui le différencient de tous les autres microbes.
Coloration. — Le bacille de Koch ne se colore pas par les solutions aqueuses de couleurs basiques d’aniline qui colorent les autres microbes, ou ne se colore qu’après un temps fort long.
C’est en ajoutant à ces solutions une substance alcaline, la potasse, et en faisant agir la solution pendant vingt-quatre heures au contact des produits tuberculeux que Koch put pour la première fois colorer ces bacilles.
Voici la composition de la solution dont s’est servi Koch :