BACILLE DE M TUBERCULOSE
En inoculant des bacilles de la tuberculose dans la substance cérébrale du lapin, Babès et Levaditi ont vu que les bacilles se disposaient en amas simulant la disposition du parasite de l’actinomycose dans les grains jaunes. MM. Cornil, F. Bezançon et Y. Griffon ont obtenu les mêmes aspects; le parasite et les crosses se coloraient dans leurs préparations, exclusivement par la méthode d’Ehrlich, à la manière du bacille tuberculeux.
Cultures. — Le bacille de la tuberculose ne se développe pas sur les milieux usuels : les premières cultures sont toujours très difficiles à obtenir, même sur les milieux spéciaux favorables au développement du microbe. Pour isoler le bacille en première culture, on prend en. général un fragment de rate ou de foie d’un cobaye tuberculeux que l’on vient de sacrifier; on broie ce fragment dans un peu d’eau stérilisée et on porte ce mélange à la surface d’un grand nombre de tubes de sérum de bœuf gélifié. Ces tubes sont mis à l’étuve à 37 degrés ; vers le quinzième jour environ, quelquefois plus tard, un voit se produire un léger développement sur quelques-uns de ces tubes. L’isolement du bacille est beaucoup plus facile si l’on emploie la pomme de terre glycérinée (Nocard et Roux) ou le sang gélosé (Bezançon et Griffon). Sur ce dernier milieu, le bacille tuberculeux se développe très abondamment en deux à quatre semaines, et l’on peut obtenir des cultures premières de bacilles, en partant de produits tuberculeux prélevés directement chez l’homme (pus, sérosité de méningite, liquide pleural).
Sur sérum ou sur gélose additionnée de 6 pour 100 de glycérine (Nocard et Roux), le bacille détermine des colonies saillantes, très sèches, comparables à des écailles, très difficiles à dissocier.
Le bacille se développe bien aussi sur tubes de pomme de terre dont l’eau de condensation est additionnée de glycérine : la culture se présente sous forme d’une couche épaisse, plissée, grisâtre.
Les cultures sur milieu liquide ne réussissent que si l’on a soin de repiquer un fragment de colonie déjà développée sur milieu solide. On emploie indifféremment ou le bouillon de bœuf ou de veau, additionné' de 6 pour 100 de glycérine et de 1 pour 100 de sucre, ou une macération de pomme de terre, filtrée ; on peut encore ajouter au bouillon un fragment de pomme de terre.
L’ensemencement du bouillon doit être fait dans des conditions spéciales; le bouillon doit être distribué dans des ballons présentant une large surface, le liquide n’occupant jamais plus de la moitié du ballon. A la surface de ce liquide, on dépose avec une spatule une
CORNIL ET RA.NVIER. — I.
écaille assez large d’une culture sur milieu solide : cette écaille doit flotter à la surface du bouillon et ne pas être immergée. Les ballons ensemencés au voisinage de l’étuve seront portés à l’étuve sans être agités, et ne devront jamais être soumis à aucune agitation jusqu’au jour où les colonies seront bien développées.
Ces colonies se développent par propagation autour du point où la semence a été apportée, d’abord sous forme d’un voile mince, transparent, qui devient bientôt plus épais et chagriné; lorsque le voile a gagné les parois du tube, il a tendance non à plonger dans le liquide, mais à' remonter le long des parois du vase ; ce n’est qu’entraîné par la pesanteur qu’il tombe dans le liquide. Celui-ci reste toujours absolument limpide et ne contient de bacilles que ceux qui, détachés du voile, sont tombés au fond du ballon. Le voile n’est complètement développé qu’au bout de cinq à six semaines.
Dans les cultures solides ou liquides, le bacille se présente sous l’aspect de masses qu’on ne peut dissocier et qui rappellent de grosses moustaches tordues ; les bacilles qui constituent ces masses présentent les mêmes réactions colorantes que les bacilles des crachats.
Le bacille reste longtemps vivant, de six mois à un an, dans les cultures; sa vitalité et surtout sa virulence finissent cependant par s’atténuer.
Inoculation aux animaux. — Le cobaye est l’animal de choix; l’inoculation de produits tuberculeux sous la peau détermine un abcès suivi d’ulcération sans tendance à la cicatrisation, véritable chancre ; les ganglions correspondant au territoire inoculé sont ensuite envahis ; ils sont volumineux et durs, facilement perceptibles par le palper; l’animal meurt au bout d’un temps variant de un à deux mois, quelquefois davantage; à l’autopsie, on constate que la plupart des ganglions de l’organisme sont tuberculeux ; le foie et la rate sont criblés de granulations tuberculeuses et présentent des lésions caséeuses; la rate est en général extrêmement tuméfiée ; le poumon n’est envahi que dans les formes à marche lente; on n’y trouve que des granulations grises ou jaunes, jamais de cavernes. L’inoculation intra-péritonéale détermine la mort plus rapidement, en trois à six semaines ; l’épiploon est rétracté, transformé en une masse fibro-caséeuse. La rate, le foie sont criblés de tubercules; les ganglions rétro-péritonéaux et inguinaux sont volumineux et caséeux.
Le lapin est beaucoup plus résistant au bacille tuberculeux; l’inoculation de produits tuberculeux à cet animal pourrait par suite servir à
TUBERCULOSE AVIAIRE
déceler jusqu’à un certain point le degré de virulence du bacille tuberculeux, servir au pronostic de la tuberculose (Àrloing et Courmont).
L’inoculation dans les veines détermine une véritable granulie généralisée.
Le chien est sensible à la tuberculose humaine.
Toutes ces diverses modalités d’infection constituent le type décrit par Villemin.
Tuberculose aviaire. — A côté du bacille de la tuberculose de l’homme que nous venons de décrire, se place une autre variété, le bacille de la tuberculose aviaire. Ce bacille, qui détermine chez les oiseaux, chez les gallinacés en particulier, des lésions tuberculeuses, a tous les caractères morphologiques et toutes les réactions colorantes du bacille de la tuberculose humaine (Cornil et Magnin). Certains caractères de culture et d’inoculation permettraient cependant de le différencier.
Le bacille de la tuberculose aviaire exige, comme le bacille de la tuberculose humaine, des milieux de culture spéciaux: sérum, pomme de terre, gélose ou bouillon glycériné; mais il se développe plus facilement sur ces milieux à une température inférieure à 37 degrés; il supporte, d’autre part, une température de 43 degrés, à laquelle ne résiste pas le bacille de la tuberculose humaine; sur les milieux solides, les cultures sont plus saillantes, plus grasses ; elles s’écrasent plus facilement.
Il en est de même sur les milieux liquides : le voile est plus épais, plus gras; le bacille est moins rigoureusement aérobie et se développe dans la profondeur.
Inoculation aux animaux. — Le cobaye est résistant à l’inoculation sous-cutanée du bacille aviaire; il se forme un abcès au point d’inoculation, le bacille ne se généralise pas.
L’inoculation dans la veine de l’oreille du lapin ne s’accompagne pas de la formation de granulations ; les bacilles farcissent le foie ét la rate, sans déterminer autour d’eux la réaction du tubercule; le bacille tue par septicémie : cette lésion, qui correspond au type décrit par M. Yersin, doit être opposée à la granulie du type Villemin.
Le chien est réfractaire (Straus).
Les oiseaux sont très sensibles.
On discute encore sur l’unité ou la dualité des deux bacilles de la tuberculose humaine et de la tuberculose aviaire. Rivolta, Maffucci, Koch et surtout Straus et Gamaleïa sont partisans de la dualité : les deux bacilles forment deux espèces tout à fait distinctes.
MM. Cadiot, Gilbert et Roger, Courmont et Dor, Nocard, Arloing et J. Courmont n’admettent pas la dualité. Les aspects morphologiqUes des cultures ne suffisent pas à les différencier : le type Yersin peut être reproduit avec le bacille de la tuberculose humaine' enfin le chien peut être sensible à la tuberculose aviaire et la poule à la tuberculose humaine. En maintenant des bacilles de la tuberculose humaine dans des sacs clos de collodion dans le péritoine de la poul,e, Nocard a pu les transformer en bacilles aviaires.
Produits de sécrétion du bacille tuberculeux. — Tuberculine: Le bacille de Koch sécrète des produits extrêmement variés, dont un petit nombre seulement sont connus : 1° des produits adhérents au corps des bacilles, connus sous le nom de tuberculine (Koch); 2° des produits solubles qui passent dans le bouillon de culture (toxalbumine de Maragliano). Pour préparer la tuberculine, il suffit de prendre une culture bien développée de bacille tuberculeux (humain ou aviaire) sur bouillon glycériné, de la stériliser à l’autoclave à 100 degrés un quart d’heure, puis de la concentrer au \ /10e au bain-marie : le liquide obtenu est filtré sur papier, c’est la tuberculine brute.
L’inoculation de 2 centimètres cubes de cette tuberculine au cobaye sain est sans effet.
L’homme sain est par contre assez sensible et l/20e de centimètre cube lui donne une réaction grave.
L’inoculation aux animaux tuberculeux s’accompagne d’une réaction fébrile qui peut aboutir à la mort.
L’inoculation d’un demi-centimètre cube au cobaye tuberculeux suffit à le tuer.
Chez les bovidés tuberculeux, l’inoculation de 3 à 5 centimètres cubes s’accompagne d’une élévation fébrile, comprise entre 1°,5 et 3 degrés, entre la douzième et la quinzième heure après l’injection.
Chez l’homme tuberculeux, l’inoculation de quelques milligrammes suffit à provoquer une réaction grave, et l’on n’emploie que des doses extrêmement faibles: l/20e, 1/1 0e de milligramme chez l’enfant (Hutinel) ; 2/10es à 3/10es de milligramme chez l’adulte (Grasset et Wedel).
La toxalbumine s’obtient facilement en filtrant les cultures en bouillon et en réduisant le filtrat au 1/1 0e par évaporation. Le liquide ainsi obtenu, inoculé aux cobayes sains ou tuberculeux, leur donne, même à dose non mortelle, de l’hypothermie. La toxalbumine est plus toxique que la tuberculine : lorsqu’elle détermine la mort, celle-ci sur-
PSEUDO-TDBERCULOSE
vient avec refroidissement considérable, comme d’ailleurs à la suite des inoculations mortelles de tuberculine (Bezançon et Gouget).
La nouvelle tuberculine (T. R.) de Koch diffère complètement de l’ancienne; c’est un liquide obtenu par la trituration mécanique des bacilles tuberculeux desséchés et par la centrifugation consécutive de la masse additionnée d’eau; ee n’est donc plus la toxine qui est ici inoculée, mais le corps bacillaire débarrassé de toxine par la trituration ; cette tuberculine inoculée aux animaux ne provoque pas de réaction fébrile. D’après Koch, elle aurait une action d’arrêt sur la tuberculose en évolution.
En épuisant des bacilles tuberculeux desséchés et chauffés par l’éther et le chloroforme, M. Auclair a isolé des poisons caséifiants ; l’extrait éthéré de bacille tuberculeux, en particulier, produit, lorsqu’on l’injecte dans la trachée du cobaye et du lapin, toutes les lésions de la pneumonie tuberculeuse.
Pseudo-tuberculoses.
Le tubercule n’est pas une lésion spécifique déterminée par le bacille de Koch, de nombreux parasites peuvent amener par leur présence une réaction analogue; nous ne pouvons ici étudier toutes les causes des pseudo-tuberculoses. Nous rappellerons seulement que Malassez et Yignal ont observé une tuberculose transmissible en série, et produite par un microbe polymorphe, se groupant en amas zoogléiques. Ce microbe, ou un microbe très voisin, a été retrouvé depuis dans un grand nombre de cas de pseudo-tuberculose (Ghantemesse, Nocard, Charrin et Roger, Grancher et Ledoux-Lebard, etc.). Des moisissures peuvent aussi déterminer 11 formation de lésions pseudo-tuberculeuses. L’Aspergillus fumigatus, comme l’ont montré les recherches de MM. Dieulafoy, Chantemesse et Widal, puis les travaux deM. Renon, détermine chez les gaveurs de pigeons une pseudotuberculose pulmonaire qui simule la phtisie chronique. Ce parasite est un ascomycète, formé par un mycélium portant des rameaux, les uns stériles, les autres portant des spores, de couleur noir de fumée. Ce parasite se développe bien sur le liquide de Raulin, ou sur la gélose ou la gélatine préparée avec ce milieu; il se forme un véritable tapis très épais, d’abord blanc, puis brun noirâtre.
L’Aspergillus est pathogène pour le pigeon, son inoculation dans la veine axillaire de l’animal reproduit des lésions pseudo-tuberculeuses. L’inhalation dans la trachée du singe (Dieulafoy, Chantemesse et Widal) détermine la reproduction de pseudo-tuberculose pulmonaire.
Lèpre.
La lèpre est due à la présence d’un bacille voisin du bacille de la tuberculose, bacille décrit parM. Hansen.
Le bacille de la lèpre a le même aspect que le bacille de Koch, il est cependant un peu plus petit.
On le colore par les mêmes méthodes de coloration qui servent à la coloration du bacille tuberculeux. Comme celui-ci, il résiste à la décoloration par les acides faibles.
Le bacille de la lèpre se distingue du bacille tuberculeux parce qu’il est colorable par les solutions aqueuses de couleur d’aniline qui ne colorent pas le bacille tuberculeux; parce qu’il ' prend la méthode de Gram et se" colore par la méthode de Baumgar- ■ ten (1), tandis que le bacille tuberculeux ne se colore pas par cette méthodè.
Le bacille de Hansen est souvent contenu en très grande quantité dans l’intérieur des cellules épithéliales, des leucocytes mononucléaires, des cellules conjonctives, osseuses, nerveuses ; il forme dans ces cellules de petits amas dits globes, par Neisser.
Le bacille de la lèpre n’a pu être cultivé sur les divers milieux de culture (Roux, Cornil et Chantemesse). Il n’est pas inoculable aux animaux.
F KJ. 305.— Cellules et bacilles de la lèpre: a, grande cellule ovoïde contenant u
des cellules lymphatiques, contenant u noyau ovoïde; f. fibres du tissu c jonctif. — Grossissement de 800 mètres.
Actinomycose. ( Actinomyces ou Oospora bovis.)*
L’actinomycose a été longtemps confondue avec la tuberculose ou avec les tumeurs sarcomateuses des os. Le nature exacte de l’actinomycose du bœuf a été vue pour la première fois par Rivolta et Perroncito ; les premières observations sur l’homme sont dues à J âmes Israël. Ponfick a identifié les deux variétés d’actinomycose de l’homme et des animaux.
Morphologie. — Le parasite se trouve presque toujours aggloméré
(1) Méthode de coloration de Baumgarten. Colorer pendant cinq minutes à froid dans le violet d’Ehrlich, puis décolorer avec la solution suivante :
Alcool absolu . 10 centimètres cubes.
Acide nitrique . . . 1 centimètre cube.
ACTINOMYCOSE
en petites masses qui constituent les grains jaunes. Ceux-ci sont tantôt très faciles à voir au milieu du pus, comparables à des grains d’iodoforme finement pulvérisés (Bérard), tantôt difficiles à discerner et distincts seulement à un faible grossissement sur la platine du microscope. Ces grains dépassent rarement un dixième à un demimillimètre de diamètre; ils sont gris, jaune soufre, quelquefois noirâtres.
Le grain isolé, on l’écrase entre deux lamelles, qu’on dessèche rapidement à la flamme et qu’on lave avec un mélange d’alcool et d’éther à parties égales. On peut alors colorer fa préparation par une goutte de picrocarmin qu’on laisse en contact pendant cinq à dix minutes, ou bien l’on fait une double coloration par la méthode de . firam et par l’éosine. Le grain se montre alors constitué au centre par un mycélium d’où partent en rayonnant une 'série de filaments terminés: par des renflements en massue, à la périphérie par des . cellules plus ou moins modifiées.
Dans les colorations par le picrocarmin, les cellules apparaissent roses, les massues de couleur orangée, le centre teinté en jaune; dans les colorations par le Gram et l’éosine, le parasite est coloré en violet, les crosses prennent une teinte jaunâtre, les cellules de voisinage sont colorées en rose.
Le mycélium est constitué par des filaments ramifiés, de longueur variable, enchevêtrés les uns dans les autres. Quant aux massues, elles sont d’abord rattachées au mycélium par une sorte de pédicul-e qui se continue dans l’intérieur de la massue comme si celle-ci était traversée par un petit canal. Plus tard, la massue devient libre et apparaît striée concentriquement, à la façon d’un grain d’amidon ou d’un bulbe à écailles vitreuses.
Ces massues ont été considérées autrefois comme analogues aux gonidies; on les considère aujourd’hui comme des formes dévolution indiquant la souffrance du parasite au contact des cellules de voisinage. Ces massues peuvent subir la calcification ou bien devenir, muriformes et se désintégrer. Dans les milieux de culture, les renflements en massue disparaissent; on ne trouve que des filaments extrêmement allongés et ramifiés. Ces filaments portent dans certains cas de véritables spores arrondies.
Milieux de culture. — Les premières cultures sont toujours délicates, les grains jaunes étant le plus souvent infectés par des microbes associés. Le meilleur procédé (Guermonprez et Binic) con-
siste à ensemencer les grains sur des plaques d’agar; au bout de quelques jours, la plupart des grains présentent autour d’eux des colonies dues aux microbes d’infection secondaire; ils doivent être rejetés. D’autres, au contraire, ne semblent pas être le siège d’un développement de colonies; ce sont ces fragments qu’il faut détacher de la plaque et porter sur les milieux de culture favorables au développement du parasite.
L ’Actinomyces pousse bien dans le bouillon, surtout dans le bouillon glycériné ; le milieu reste absolument limpide et il se développe, au bout de quatre à cinq jours de séjour à l’étuve à 37 degrés, de gros grains translucides, durs, difficiles à dissocier, assez semblables à du tapioca cuit.
Sur gélose glycérinée, on assiste au développement de masses dures, bombées, de couleur jaunâtre; sur pomme de terre, ces masses prennent une couleur jaune soufre; elles rongent la pomme de terre à la manière d’un lichen.
La gélatine ensemencée en piqûre est liquéfiée.
Inoculation aux animaux. — Elles sont presque toujours négatives. Johnes a cependant pu inoculer des grains jaunes de l’actinomycose du bœuf à un animal de la même espèce ; il réussit des inoculations d’animal à animal sur le veau, le chien, le lapin, avec des grains jaunes de provenance humaine.
Les microbes provenant de cultures sur les milieux usuels ne sont pas, en général, pathogènes ; les cultures faites sur des grains mûrs de blé, d’orge ou d’avoine, ramollies par l’eau, s’accompagnent, d’après Bérard et Dor, du développement d’un enduit pulvérulent jaunâtre. Ces cultures sont plus virulentes que celles faites sur milieu artificiel.
L ’Actinomyces est une mucédinée du genre Streptothrix ; elle se rencontre dans la nature sur les grains des épis sous forme de taches pulvérulentes. La pénétration de Ces épis dans les tissus des bovidés et quelquefois dans les tissus de l’homme s’accompagne de la formation de tumeur actinomycosique, dont les localisations les plus fréquentes chez l’homme sont la cavité bucco-pharyngée, surtout le maxillaire inférieur, puis le poumon, la plèvre, l’abdomen, etc.
Des observations récentes tendent à rapprocher du parasite de l’actinomycose le bacille de la tuberculose ; Petrone, Coppen-Jones, Metchnikoff ont montré que ce dernier parasite pouvait prendre une forme ramifiée ; Coppen-Jones a même vu, dans des cavernes tuberculeuses, le bacille présenter des renflements en massue; en ino-
STP.EPTOTHRIX
culant dans l’intérieur de la substance cérébrale du lapin, après trépanation, des cultures du bacille de la tuberculose humaine, MM. Babès et Levaditi ont vu que les bacilles se disposaient en amas, dont le centre simulait un mycélium ramifié et la périphérie de véritables crosses comparables à celles de l’actinomycose. MM. Cornil, F. Bezançon et Y. Griffon ont vérifié ces faits : ils ont obtenu les aspects décrits par MM. Babès et Levaditi; mais le parasite et les crosses, dans leurs observations, bien qu’ayant l’aspect morphologique du parasite de l’actinomycose, avaient gardé les réactions colorantes spéciales au bacille tuberculeux.
À côté de l’actinomyces se placent d’autres parasites très voisins, moins connus encorfe, mais pathogènes pour l’homme.
Dans des abcès du cerveau, Eppinger, Ferré et Faguet, Sabrazès ont trouvé un streptothrix qui se développe dans les milieux de culture d’une façon assez semblable au parasite de l’actinomycose, et qui, inoculé au lapin et au cobaye, reproduit chez eux des pseudotubercules.
Le streptothrix, isolé par M. Yincent dans l’affection connue sous le nom de pied de Madura, détermine la formation dans le pus de véritables masses granuleuses, jaunâtres ou noirâtres, comparables aux grains jaunes de l’actinomycose. Ces grains sont ici formés par un mycélium ramifié, qui se termine à la périphérie par des renflements en bouton. Les cultures sont très voisines comme aspect de celles de VActinomyces.
L’actinomycose et les infections dues aux streptothrix nous fournissent des exemples de maladies infectieuses dues à des parasites d’organisation supérieure à celle des bactéries. Avec les infections dues au muguet et aux levures nous assistons à de véritables infections parasitaires dues à des parasites végétaux, Ces infections ont en général une allure différente des infections bactériennes : elles sont limitées, sans tendance extensive, et agissent surtout par les désordres mécaniques qu’elles déterminent et peu par les substances toxiques qu’elles sécrètent. Il n’y a pas cependant de démarcation bien tranchée et, comme le faisait remarquer M. Roger dans un récent article sur l’infection oïdienne, ces parasites végétaux sont susceptibles d’infection générale et déterminent même la production de substances toxiques et vaccinales, à la manière dès bactéries.
Muguet (Saccharomyces albicans).
Berg et Grubv ont attribué le muguet à un cryptogame décrit par Ch. Robin, sous le nom d’Oïdium albicans et considéré, depuis les recherches de Linossier et Roux, d’Audry, comme une levure.
■ Morphologie, lü. Une trace de concrétion blanchâtre, dite muguet jen clinique, étalée sur une lamelle, colorée, soit par le bleu de Kühne soit par l’iode, montre facilement le parasite : il se présente sous un double aspect : 1° des filaments tubuleux cloisonnés, longs de 0""%Q5 à O”™1, 5, larges de 3 à 5 p.; ces filaments se terminent souvent par des cellules arrondies plus volumineuses, capables de se reproduire par gemmation. Les filaments se ramifient et s’intriquent en feutrage; 2° des cellules? sphériques ou ovoïdes réfringentes, de 5 à 7 pi de diamètre, présentant un gros nucléole; ces cellules ne sont pas des spores, comme on l’a cru pendant longtemps, mais bien des levures; elles se reproduisent par gemmation, et l’on voit souvent, appendue au corpuscule principal, une;petite masse secondaire, levure fille rattachée par un mince pédicule. Dans les cultures en milieu liquide, on voit les deux aspects ; dans les cultures en milieu solide, on ne voit que la forme levure.
Milieux de culture. — Le muguet se développe en cultures aérobies entre 20 et 40 degrés, surtout en milieu faiblement alcalin ; l’alcalinité forte ralentit la végétation et diminue la formation du mycélium; on ne voit plus que des formes levures.
Les milieux de culture légèrement acides, la gélatine ou la gélose acide, sont bons, surtout pour isoler le microbe, car ils sont moins favorables au développement des autres bactéries de la bouche (Teissier); l’aspect est un peu différent, selon que le milieu est alcalin ou acide.
Sur gélose, il donne des colonies épaisses, blanchâtres ; ces colonies sont très abondantes, d’un blanc éclatant sur des tranches de carotte stérilisée. Sur les tubes de pomme de terre, le développement se fait sous forme de colonies d’un blanc sale.
Le bouillon ne se trouble pas ; il se fait dans la masse un dépôt blanchâtre.
Sur gélatine en piqûre, on voit des colonies blanchâtres; le milieu n’est pas liquéfié.