‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 120 sur 148 · LÉSIONS SYPHILITIQUES DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

LÉSIONS SYPHILITIQUES DES ARTICULATIONS

culation elle-même, on ne constate aucune lésion, soit du côté du cartilage, soit du côté de la synoviale.

À un degré plus avancé, on rencontre quelquefois, à la surface de l’épiphyse, de petites perforations qui conduisent sur le foyer intraosseux primitif, et le cartilage diarthrodial peut alors présenter, surtout au pourtour de ces perforations, des irrégularités, des cicatrices linéaires ou étoilées, témoignant de l’existence d’une chondrite consécutive au développement de la lésion profonde. Gangolphe a même constaté ce retentissement du syphilome osseux sur le cartilage, alors que celui-ci paraissait intact.

Sur une section longitudinale de l’extrémité articulaire, on constate que le syphilome osseux siège isolément sur l’épiphyse ou sur la région juxta-épiphysaire de la diaphyse, ou qu’il envahit à la fois ces deux parties. Il se montre sous la forme d’un noyau d’aspect gélatineux, avec de petits points caséeux, jaunâtres au centre, tandis que la périphérie est légèrement rosée. Le tissu osseux est raréfié au niveau du syphilome, mais à son pourtour on observe une sorte de barrière ostéo-fibreuse, surtout quand la lésion est suffisamment ancienne.

Sur les coupes minces examinées au microscope, le syphilome est composé d’une trame flbrillaire, très ténue en certains points, plus épaisse dans d’autres, et renfermant dans ses mailles un grand nombre de cellules en voie de désintégration granuleuse. On retrouve çà et là des fragments osseux érodés par le processus lacunaire de Howship, et des foyers hémorragiques sont disséminés irrégulièrement dans la masse gommeuse, particulièrement nombreux vers la périphérie, où l’on constate d’ailleurs une vascularisation très développée. La dégénérescence caséeuse n’est pas très étendue, et l’on observe plutôt une tendance marquée vers la transformation fibreuse.

Du côté du cartilage diarthrodial on voit les cellules cartilagineuses, proliférées et déformées, constituer des groupes allongés qui sont mis en liberté dans les points où la dissolution de leur capsule est effectuée; la substance fondamentale et les cellules qui ont disparu sont remplacées par du tissu fibreux cicatriciel.

A la période d’état, c’est-à-dire lorsque le cartilage est perforé et que le foyer gommeux communique librement avec la cavité articulaire, les désordres sont parfois tels qu’ils peuvent simuler l’ostéoarthrite tuberculeuse.

La perte de substance épiphysaire, tapissée par une sorte de néomembrane rougeâtre, fibreuse, s’étend de plus en plus, gagnant en

MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS

étendue plus qu’en profondeur, grâce à la destruction du cartilage. La synoviale, jusque-là restée intacte, s’enflamme, s’épaissit, prend un aspect villeux en certains points. Les ligaments restent indemnes dans la plupart des cas et ils ne sont guère altérés que lorsque le processus gommeux envahit le tissu osseux au niveau de leurs insertions. Dans toutes les observations de Gangolphe, une seule épiphyse était altérée, tandis que, comme nous l’avons vu, les deux épiphyses sont envahies dans l’ostéo-arthrite tuberculeuse ; c’est là un caractère distinctif sur lequel Richet a insisté.

A l’examen microscopique, la synoviale se montre sclérosée, épaissie, très vasculaire ; elle renferme peu d’éléments cellulaires jeunes et présente une tendance manifeste à l’organisation fibreuse. Nulle part on ne voit de productions rappelant les follicules tuberculeux et les masses caséeuses des synovites tuberculeuses; on note ' aussi; l’absence d’endartérite oblitérante.

Quand la guérison s’effectue, sous l’influence du traitement, ou même spontanément, comme cela paraît quelquefois se produire, l’extrémité articulaire reste bosselée, irrégulière, plus ou moins modifiée -dans sa ftfrme générale suivant l’étendue de la destruction réalisée par le processus gommeux ; la guérison des portions du tissu osseux envahies par ce dernier se traduit par une réparation incomplète, aboutissant à la production d’un tissu éburné, recouvert d’une couche fibreuse qui contribue dans une certaine proportion à combler en partie la perte de substance.

Les portions du cartilage diarthrodial qui ont persisté restent « couvertes de petits mamelons, de grains plus ou moins volumineux, de dépressions, de sillons cruciformes ou étoilés, rappelant, par leur aspect, la lobulation des foies atteints de cirrhose atrophique ».

L’appareil ligamenteux demeure plus ou moins épaissi et rétracté, et une ankylosé fibreuse périphérique peut être le résultat de cette rétraction cicatricielle, lorsque l’arthrite a été suffisamment intense (Gangolphe).

Variété déformante (troisième type de Méricamp).- — Cette variété, qui s’observe dans la syphilis héréditaire tardive, ne constitue pas, comme l’a montré Gangolphe, un type anatomo-pathologique distinct; cet auteur n’admet pas la classification des arthropathie& syphilitiques tertiaires en trois types principaux, établie par Méricattip, et, pour lui, chacun de ces types ne répond pas à un processus pathologique spécial, mais se rattache à une période d’évolution de

Page 1