LÉSIONS SYPHILITIQUES DES ARTICULATIONS
Nous ne possédons pas de documents précis sur l’anatomie pathologique des arthrites subaiguës (pseudo-rhumatisme de Fournier) et de l’hydarthrose de la période secondaire.
Les lésions articulaires de la syphilis tertiaire sont, au contraire, assez bien connues, quoique les autopsies qui s’y rapportent «oient -encore très rares. Dans la première autopsie d’arthropathie syphilitique qui ait été publiée, Lancereaux (1), en 1873, a décrit des infiltrations gommeuses siégeant au-dessous de la synoviale. Déjà, en 1853, Richet avait démontré par des observations probantes l’existence de la synovite syphilitique et de l’ostéite épiphysaire retentissant sur l’articulation. Depuis les travaux de Gies (2), Max Schuller (3), Méricamp (4), Virchow (5), Gangolphe (6), Lannelongue (7), les arthropathies syphilitiques tertiaires, niées pendant longtemps par la plupart des auteurs, sont aujourd’hui communément admises.
Infiltration gommeuse synoviale. — Cette forme, qui correspond au premier type distingué par Méricamp, est celle que Lancereaux a pu étudier dans l’autopsie pratiquée par lui en 1873. Elle est caractérisée essentiellement par le développement de productions gommeuses péri-synoviales, et s’accompagne d’un épanchement dans la cavité articulaire. Contrairement à Schuller, Landerer, Gies qui ont désigné cette forme sous le nom d’arthrosynovite tertiaire primitive , Gangolphe fait des réserves sur son caractère primitif, convaincu que la grande majorité des lésions articulaires de la syphilis tertiaire a une origine osseuse.
L’évolution scléreuse de l’infiltration syphilomateuse sous-synoviale peut être uniforme (Plateau) (8), mais habituellement elle est irrégulière et aboutit à la formation de plaques de blindage qui donnent par places à l’appareil capsulaire une consistance cartonneuse et qui peuvent, en se développant vers la cavité articulaire, produire des masses fibreuses susceptibles de devenir des corps étrangers (Toussaint) (9); ces végétations intra-articulaires représentent parfois, avec
(1) Lancereaux, Traité de la syphilis.
(2) Gies, Deutsch. Zeit. f. Chir., 1881.
(3) M. Schuller, Arch. de Langenbeck, 1882.
(4) Méricamp, Thèse de Paris, 1882.
(5) Virchow, Berlin, klin. Wochensch., 1884.
(6) Gangolphe, Ann. de dermat. et de syphiligr., 1885, et Maladies infectieuses et parasitaires des os, 1894.
(7) Lannelongue, Trib. mèd.y 1887.
(8) Plateau, Thèse de Paris, 1877.
(9) Toussaint, Thèse de Paris, 1881.
MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
une exagération considérable de leurs dimensions, la forme et la disposition des villosités de la synoviale, et prennent alors un aspect en choux-fleurs tout à fait caractéristique (Monastirky) (1).
De même les produits gommeux ramollis peuvent s’évacuer soit dans l’articulation, soit à la surface des téguments, soit simultanément à l’extérieur et dans la cavité articulaire ; il peut en résulter, sous l’influence des infections microbiennes secondaires, une arthrite purulente d’une gravité extrême (Coulson) (2).
En tout cas, même si l’ouverture des foyers gommeux ne se fait pas dans l’articulation, il existe ordinairement une hydarthrose réactionnelle, dont l’apparition constitue le symptôme principal de la manifestation articulaire, et qui atteint parfois des proportions considérables.
Dans l’autopsie de Lancereaux, où les deux articulations fémorotibiales étaient atteintes, il existait, indépendamment des lésions de la synoviale, un point dénudé au niveau du condyle externe du côté gauche, en même temps que les cartilages des rotules étaient manifestement érodés.
C’est en raison de l’existence de ces altérations que Gangolphe se demande si l’infiltration péri-synoviale était réellement primitive, et s’il n’existait pas du côté des épiphyses des lésions concomitantes, permettant de faire rentrer cette forme synoviale dans la forme ostéo-arthritique, seule admise par le chirurgien lyonnais.
OSTÉO-ARTHRITE SYPHILITIQUE TERTIAIRE {pSeudO-tUmCUV blanche
syphilitique de Fournier, deuxième type de Méricamp). — Cette fornie, décrite cliniquement par Richet (3) et Voisin (4), examinée au point de vue anatomo-pathologique par Méricamp, Schuller, Gies, a été étudiée d’une façon particulièrement complète par Gangolphe.
Le syphilome osseux , qui, pour Gangolphe, constitue la lésion initiale de l’ostéo-arthrite syphilitique tertiaire, siège fréquemment, s il s’agit d’individus jeunes, dans la région qui avoisine le cartilage de conjugaison.
Tout à fait au début, la présence de ce noyau gommeux épiphysaire peut ne se révéler en aucune façon à l’extérieur, et, dans l’arti—
(1) Monastirky, In Thèse de Gelma, Paris 1891
(2) Coulson, The Lancet, 1858.
(3) Richet, Mém. de l’Acad. de méd., 1853.
(4) Voisin, Thèse de Paris, 1875.