‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 122 sur 148 · C. — Arthrite goutteuse · texte numérisé non relu

C. — Arthrite goutteuse

D’après Cornil et Ranvier, dont nous reproduisons la description intégralement, l’évolution des lésions articulaires de la goutte peut être étudiée dans deux périodes successives. La-première est seulement caractérisée par des proliférations nutritives des cartilages, de la synoviale et du tissu fibreux eirconvoisin ; dans la seconde, on observe des lésions inflammatoires qui sont la conséquence des altérations précédentes.

Les lésions de la première période consistent dans une infiltration d’urate de soude, habituellement cristallisé en aiguilles, dans le cartilage, la synoviale et le tissu fibreux péri-articulaire, ainsi que dans les bourses séreuses avoisinantes, et même dans le périoste et les aréoles du tissu spongieux des extrémités articulaires.

L’urate de soude se dépose d’abord dans la portion la plus superficielle du cartilage diarthrodial, mais pas à sa surface, comme on pourrait le croire, lorsque, dans un examen à l’œil nu, la surface articulaire semble recouverte d’une couche de plâtre polie, tout en restant luisante, quoique devenue très opaque ; on y distingue quelquefois des sillons très peu marqués, qui affectent une disposition irrégulière.

Sur une section du cartilage, perpendiculaire à sa surface, on reconnaît que le dépôt uratique en occupe seulement la partie la plus superficielle. Au microscope, lorsque les coupes sont examinées dans l’eau, la glycérine ou un liquide neutre, l’urate de soude est accumulé souvent en si grande abondance dans la portion superficielle

Fig. 352. — Coupe d’un cartilage articulaire infiltré d’urate de soude chez un goutteux : p, surface articulaire du cartilage ; v, n, urates amorphes et en aiguilles ; o, capsules cartilagineuses. — Grossissement de 200 diamètres.

MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS

du cartilage qu’on y distingue seulement un liséré opaque et granuleux. Cependant, vers la limite profonde de ce liséré, on aperçoit des cristaux en aiguilles, rectilignes ou légèrement incurvés, disposés sous forme de rayons partant d’un point central qui est le plus souvent une cellule cartilagineuse; lorsque de nombreux cristaux rayonnent ainsi de la surface d’une capsule, celle-ci revêt l’aspect d’une pomme épineuse.

Il est facile de s’assurer que le liséré noir, correspondant à la

partie superficielle du cartilage, surajouté; il suffit, pour cela, l’acide acétique ou de la potasse

Fig'. 353. — Dissolution des urates par l’acide acétique : c, capsule et cellule du cartilage hérissées de cristaux en -aiguilles ; ces cristaux disparaissent les premiers; puis, dans les figures c', c", c'", les urates amorphes sont peu à peu dissous pendant que se forment des cristaux d’acide urique u. (Figure en partie schématique.)

d’urate de soude disparaissent,

n’est pas dû simplement à un dépôt de faire agir sur la préparation de à 40 pour 100. Les sels se dissolvent alors peu à peu, et l’on peut constater qu’ils étaient déposés dans le tissu cartilagineux. Le réactif dissolvant agit sur chaque groupe de cristaux de la périphérie au centre, de sorte que la substance fondamentale du cartilage est dépouillée complètement des urates qui s’y trouvaient accumulés, alors que les cellules elles-mêmes en sont encore infiltrées.

Sous l’action de l’acide acétique, en même temps que les cristaux î voit se former des cristaux d’acide

urique, losangiques ou hexagonaux, transparents et incolores.

La synoviale présente à l’œil nu de petites taches blanches et

•opaques résultant d’un dépôt d’urate de soude dans son intérieur; bien que très superficiels en apparence, ces dépôts sont très solidement enchatonnés dans le tissu fibreux, et ils ne peuvent pas être enlevés par le raclage.

Les franges synoviales, les ligaments, le périoste, les gaines tendineuses, le tissu conjonctif péri-articulaire, la gaine des nerfs, la gaine externe des vaisseaux et le derme lui-même peuvent être envahis par des dépôts analogues.

Ces dépôts paraissent se faire entre les fibres de tissu conjonctif, de sorte qu’ils ne sont pas isolables ; au milieu d’eux, on trouve, en effet, des fibres connectives.

C’est à ces dépôts péri-articulaires qu’on donne le nom de tophus, quand ils atteignent des dimensions suffisantes pour les rendre per-

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