PHLEGMON AIGU DD TISSU CONJONCTIF
coques. (Voyez, pour ce qui concerne la suppuration, page 169 et suivantes et, pour ce qui concerne ces bactéries, aux pages 609 et 613).
On sait avec quelle rapidité se fait l’évolution du phlegmon aigu. La rougeur, l’augmentation de température, le gonflement œdémateux et la douleur vive de la première période se montrent d’abord et simultanément. Il est rare qu’on ait l’occasion d’étudier, chez l’homme, les modifications histologiques qui surviennent dans le tissu conjonctif à cette première période ; mais on peut suivre ce qui se passe dans le phlegmon artificiellement produit chez les animaux, et tout porte à croire que les phénomènes sont les mêmes. Pour produire un phlegmon aigu chez un chien, il suffit d’injecter quelques gouttes d’une solution de nitrate d’argent au deux centièmes dans le tissu conjonctif. Au bout de dix à douze heures, on constate un gonflement œdémateux et douloureux de la région. Le tissu conjonctif est devenu gélatiniforme, les vaisseaux sont dilatés et remplis de sang. Au premier aspect, il n’y a pas de différence entre ce tissu et celui de l’œdème. Mais la sérosité ne s’écoule pas aussi facilement que dans l’œdème simple, et il y a des lésions histologiques différentes dans ces deux états. Entre les faisceaux du tissu conjonctif écartés les uns des autres, on constate, en effet, dans le phlegmon comme dans l’œdème, un grand nombre dé globules blancs ou globules de pus ; mais il existe, en outre, un réticulum fibrineux qui ne se montre jamais dans l’œdème simple. Du reste, il s’agit là d’un véritable œdème aigu inflammatoire, qui est très probablement lié à la même cause que l’œ'dème, en ce sens qu’il résulte d’une paralysie des vaisseaux et d’une tension du sang plus grande dans le système vasculaire. Les capillaires sanguins sont, en effet, dilatés et remplis de sang. L’augmentation de la température dans la partie affectée en est la conséquence.
A cette période, les faisceaux du tissu conjonctif ne présentent aucune modification appréciable. Les grandes cellules plates gonflées tendent à prendre la forme sphérique. Quelques-unes renferment deux noyaux. Ces cellules sont devenues granuleuses, et l’on y distingue même des granulations graisseuses.
Cette première période du plegmon est caractérisée surtout par la production de nombreux corpuscules de pus et par l’exsudât fibrineux. Bientôt les globules de pus augmentent en nombre; la fibrine devient plus abondante, de telle sorte que la matière répandue entre les fibres se solidifie, et la tumeur inflammatoire, devenue plus consistante, donne au doigt qui la presse une sensation de résistance. Il n’y a plus là, en effet, un liquide qui puisse être facilement déplacé comme dans
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l’œdème ; c’est à l’existence de la fibrine, comblant les mailles du tissu conjonctif, que l’on doit attribuer la délimitation du phlegmon dans le cas où il n’a pas une marche rapide et lorsqu’il se développe dans une région limitée.
Lorsqu’on examine au microscope des coupes de phlegmon colorées doublement par le violet de méthyle et le Gram pour voir les bactéries et par le picrocarmin pour les cellules, on trouve, à la limite de la région enflammée, des vaisseaux sanguins contenant de la fibrine et des microbes libres ou enfermés dans les leucocytes.
A côté des vaisseaux, des microbes, de la fibrine et des leucocytes sont disposés le long des faisceaux de tissu conjonctif. Les cellules adipeuses présentent un plus ou moins grand nombre de microbes, dans leur protoplasma, autour de la gouttelette graisseuse.
Dans les points où l’inflammation phlegmoneuse est la plus intense, il existe, entre les fibres conjonctives, des leucocytes contenant des microbes et de grandes cellules plasmatiques tuméfiées, souvent devenues libres, ou détachées en partie, pâles, avec des microbes contenus dans leur protoplasma et des noyaux altérés, secolorantmal ou divisés en fragments de nucléine.
Il est probable que ces lésions du protoplasma et du noyau des cellules fixes du tissu conjonctif, qui se terminent par la mortification, sont en rapport avec la présence des bactéries et l’action de leur toxine sur le protoplasma cellulaire.
Chez l’homme, à cette première phase succèdent la résolution, Y induration ou la suppuration.
Lorsque la résolution se produit, il est probable que les globules blancs épanchés sont repris par les lymphatiques, soit à leur état normal, soit après avoir subi une dissociation moléculaire, et que la fibrine et les globules rouges épanchés éprouvent le même sort.
Fig. 362. — Coupe du tissu conjonctif sous-cutané: les faisceaux m sont pâles et minces. On voit en a une cellule fixe qui n’est pas altérée. Les espaces interfasciculaires contiennent des cellules lymphatiques à noyaux arborescents 6, et de nombreux microbes accolés deux à deux ou en chaînettes.