TUMEURS DES SÉREUSES
toucher et forment des îlots plus ou moins étendus, dont les bords sont festonnés et dont la surface est onduleuse. Les plus grosses atteignent le volume d’une lentille. A leur voisinage, la séreuse est congestionnée; on y observe même des taches ecchymotiques. Ces taches sont fréquentes dans le péritoine, où l’on voit souvent les granulations tuberculeuses entourées par une ecchymose rouge, violacée, ardoisée ou noirâtre. Ces granulations siègent de préférence sur le feuillet viscéral des séreuses ; cependant il n’est pas rare qu’il y en ait une plus grande quantité sur le feuillet pariétal que sur le feuillet viscéral.
Les granulations tuberculeuses des séreuses sont très superficielles; parfois même elles paraissent comme superposées à la membrane. Elles siègent parfois aussi dans l’épaisseur et dans les diverses couches de la séreuse, qui a acquis alors une épaisseur considérable et qui présente les signes d’une inflammation interstitielle. Ainsi, dans le péritoine, et en particulier dans le grand épiploon, il peut arriver que les feuillets soudés et les travées détruites soient remplacés par une masse solide, épaisse de 1 à 2 centimètres, formée de granulations tuberculeuses disposées dans un tissu mou et vasculaire. Cette altération est prise quelquefois, à l’œil nu, pour du cancer.
L’évolution tuberculeuse détermine dans les séreuses des inflammations diverses, fibrineuses, hémorragiques, purulentes ou productives. Le plus souvent, lorsque l’éruption tuberculeuse est récente, toute la surface de la séreuse est recouverte d’une couche fibrineuse mince et transparente. Celle-ci se détache assez facilement de la séreuse, en entraînant avec elle quelques granulations. Au-dessous de cette néomembrane, la séreuse ne paraît pas avoir subi de perte de substance. Dans d’autres cas, l’exsudât fibrineux étant très abondant, on n’aperçoit pas, au premier abord, les granulations tuberculeuses qui sont situées au-dessous. Il en est de même habituellement quand le liquide exsudé est hémorragique ou puruient ; mais, lorsqu’on a détaché l’exsudât et lavé la surface de la séreuse, on y voit les granulations.
Les inflammations tuberculeuses donnent presque toujours lieu, quand elles sont anciennes, à des bourgeons vasculaires mous, plus ou moins étendus, recouverts de l’exsudât, et dans le tissu desquels se développent de nouvelles granulations. Ces bourgeons subissent la dégénérescence caséeuse. Le tissu conjonctif de la séreuse est alors épaissi, mou, transformé en un tissu embryonnaire, dans lequel de nombreuses granulations tuberculeuses se sont développées.
CORNIL ES RANVIER. — I.
8g8 MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
Sous l'influence de l’inflammation qui accompagne les tubercules, il se forme aussi souvent, entre les feuillets opposés de la membrane, des brides ou adhérences filamenteuses qui sont aussi parfois envahies par des granulations.
A leur début, les granulations tuberculeuses des séreuses sont formées par des éléments cellulaires petits, serrés les uns contre les autres, qui se continuent insensiblement avec des cellules situées à la surface de la membrane ou dans ses couches profondes. Ces cellules périphériques sont semblables à celles qui ont été décrites plus haut, dans les exsudats fibrineux. Elles sont rondes ou aplaties; quelquesunes atteignent plusieurs centièmes de millimètre et sont chargées de noyaux (cellules mères ou cellules géantes). Elles ont été décrites dans la pleurésie tuberculeuse par Langhans.
Lorsque l’éruption tuberculeuse est abondante, le chorion de la séreuse est modifié; on trouve, entre les faisceaux du tissu conjonctif qui le composent, des cellules de tissu conjonctif volumineuses et des leucocytes en quantité variable. Les vaisseaux sanguins sont dilatés et les vaisseaux lymphatiques sont remplis de cellules lymphatiques.
Les exsudats qui accompagnent les granulations tuberculeuses présentent les caractères que nous avons étudiés plus haut, à propos des inflammations.
Quant aux épaississements et aux bourgeons nés à la surface des séreuses, ils sont constitués par un tissu embryonnaire contenant des capillaires dont les parois sont formées de cellules tuméfiées. Lorsqu’il existe une évolution de tubercules dans ces bourgeons, les vaisseaux compris dans leur tissu présentent les modifications qui ont été exposées à propos de la tuberculose.
Le développement des granulations tuberculeuses de la surface des séreuses au début de leur évolution ne se fait certainement pas toujours aux dépens du tissu conjonctif de ces membranes; car on retrouve au-dessous d'elles des cellules qui paraissent dériver de la couche endothéliale, et de plus la lame du tissu conjonctif et élastique qui forme le chorion de la séreuse n’a pas subi à leur niveau de perte de substance. Les éléments cellulaires de la granulation proviennent-ils de l’endothélium de la séreuse ou des globules blancs du sang, ou de ces deux sources à la fois ? C’est ce que, dans l’état actuel de la science, il est difficile de décider. Rindfleisch a soutenu, à une époque où l’on ne connaissait pas encore la diapédèse des globules blancs du sangj que les cellules endothéliales proliférées étaient le point de dépar des tuber-cules. Il est fort probable, en effet, que ces cellules entrent
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pour une part dans la formation des granulations superficielles, mais il n’est pas démontré qu’elles en soient l’unique origine. M. Martin a pensé, d’après l’examen de tubercules du péritoine développés à la suite de l’inoculation chez le lapin, qu’ils naissaient sous l'endothélium, de cellules migratrices venues des vaisseaux.
Quand les granulations tuberculeuses se développent dans la profondeur du tissu conjonctif des séreuses (1) ou dans les bourgeons de tissu inflammatoire, c’est aux dépens d’un tissu inflammatoire, qui est, pour nous, composé des cellules fixes du tissu conjonctif proliférées, et contient des globules blancs du sang.
Le cancer primitif des séreuses est très rare ; mais l’épithéliome secondaire, par propagation ou par généralisation, y est au contraire fort commun. De tous les cancers primitifs, celui qu’on observe le plus souvent est le cancer colloïde du péritoine, soit à la surface péritonéale du foie, soit au niveau de l’estomac ou dans le grand épiploon. 11 revêt la forme de plaques d’apparence gélatineuse avec des traînées vasculaires et des points ecchymotiques. Il se développe dans le chorion de la séreuse elle-même ou dans le tissu conjonctif sous-séreux. Dans le grand épiploon, les feuillets réticulés sont transformés en une masse en forme de gâteau, dans laquelle on ne trouve plus rien qui rappelle l’épiploon, mais simplement la structure du cancer colloïde.
Les autres espèces de l’épithéliome prennent naissance dans les organes recouverts par la séreuse, et, par leur accroissement, elles viennent former des masses arrondies et bourgeonnantes. Ces tumeurs déterminent, dans la séreuse même, une inflammation dont l’exsudât est presque toujours hémorragique.
Lorsqu’il existe une masse épithéliomateuse formée sur une séreuse, on voit d’habitude se développer autour d’elle des masses secon-
(1) D’après MM. Kiener et Poulet (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 26 janvier 1880), le tubercule des séreuses, dans sa forme la plus simple, est constitué par un renflement sphérique ou fusiforme d’un vaisseau sanguin, jplus rarement d’un vaisseau lymphatique,, et par l’agglomération autour de ce renflement d’un certain nombre de cellules.
S’il s’agit d’un vaisseau capillaire vrai, le renflement vasculaire est constitué par l’hypertrophie et l’hyperplasie des cellules endothéliales d’une portion limitée du vais-' seau. Ces cellules subissent une dégénérescence vitreuse, se fusionnent en un cylindre plein dont la coupe transversale donne l’apparence d’une cellule géante à couronne marginale de noyaux.
Un tubercule du péritoine, visible à l’œil nu, représenterait, d’après M. Kiener, l’aspect d’une de ces taches laiteuses (voy. p. 123) qui existent sur cette membrane chez les jeunes lapins.
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daires plus petites, discontinues* numÿulaires, qui présentent une dépression centrale en l|rme d’ofnbilic^ Cette dépression est déterminée par la régression ^Ppulo-^isseus^e du centre et surtout par le développement plus actif de la D^riphÿtë du nodule. Les vaisseaux lymphatiques qui partent des «fasses n^rbides forment souvent, sur la séreuse, des cordes dures, noueuse^ blanchâtres, isolées ou disposées en réseau, et de petits adules carcinomateux secondaires se développent sur leur trajet, fa tissu ^e la séreuse, autour des lymphatiques dégénérés et des nglules'gecondaires, est toujours très vascularisé. Les vaisseaux sanguins y^nt dilatés et possèdent des parois embryonnaires. **
Les épithéliomes à cellules cylindrjj$gs peuvent se propager aux séreuses, mais cela est rare. Le plus s<^p», un épithéliome de cette nature, développé dans l’intestin, l’estomac ou les voies biliaires, détermine des productions secondaires, parfois très considérables dans le foie, sans que la séreuse soit atteinte, tandis que le contraire a le plus ordinairement lieu dans le carcinome.
Les sarcomes secondaires des séreuses se montrent sous la forme de nodules arrondis parfois volumineux; ainsi nous avons vu plusieurs fois de nombreuses grosses tumeurs de ce genre saillant dans la plevre à la surface du poumon.
Les épithéliomes pavimenteux et les chondromes y sont très rares et ne s’y développent que secondairement; les tumeurs ostéoïdes se propagent plus souvent aux séreuses.
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