‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 16 sur 148 · LYMPHE, SANG, PLASMA · texte numérisé non relu

LYMPHE, SANG, PLASMA

La lymphe et le sang 11e constituent pas, à proprement parler, des tissus, bien que souvent on les considère comme tels. Ils forment avec les plasmas le milieu intérieur dans lequel vivent les éléments de nos organes.

C’est ainsi que le sang, chassé par le cœur jusque dans les vaisseaux capillaires, laissera échapper à travers les parois de ces vaisseaux une partie de son plasma, suivant que la tension sanguine sera plus ou moins considérable. Les éléments figurés que contient le sang peuvent, dans certaines conditions et môme à l’état physiologique, traverser les tuniques vasculaires et se répandre, avec la partie plasmatique du sang, dans les mailles des tissus avoisinants. Ces mailles, qui, le plus souvent, sont une dépendance du système conjonctif, reçoivent un plasma riche en matières nutritives et chargé d’oxygène.

Dans ce plasma qui baigne les éléments essentiels de l’organisme, ceux-ci puisent des matériaux nécessaires à leur nutrition et à leurs fonctions, et ils y rejettent leur déchet. Il est nécessaire que ce plasma soit incessamment renouvelé, aussi est-il enlevé par les lymphatiques pendant qu’il en arrive sans cesse de nouveau à travers les parois des vaisseaux sanguins. Pour donner une idée de ce mécanisme, il convient de considérer la circulation des liquides dans une grande cavité séreuse, le péritoine par exemple. On sait que cette cavité contient à 1 état physiologique- un liquide qui en lubrifie la surface, ainsi que

SANG

celle des organes contenus dans son intérieur. Ce liquide provient du sang dont le plasma traverse les parois des capillaires et du feuillet séreux qui les recouvre. Il est riche en albumine, contient de la fibrine et en outre des cellules lymphatiques et quelques globules rouges du sang. Entre la cavité séreuse et le système lymphatique il existe de larges communications (voir p. 40), de telle sorte qu’il y a dans le péritoine une circulation de plasma très lente, mais qui permet l’échange des matières nécessaires à la vie des éléments histologiques.

Le tissu conjonctif des organes présente des mailles dans lesquelles sont compris des éléments spéciaux des tissus (faisceaux musculaires, fibres nerveuses, culs-de-sac glandulaires, etc.). Ces mailles, qui sont les analogues d’une cavité séreuse, reçoivent le plasma et l’abandonnent aux vaisseaux lymphatiques avec lesquels elles sont en rapport.

Dans ce vaste système des plasmas qui comprend le système sanguin, le système lymphatique, le tissu conjonctif, il y a lieu de considérer le sang, la lymphe et le plasma proprement dit.

Sang. — Les éléments morphologiques du sang à l’état normal sont les globules rouges et les globules blancs ; on peut aussi y reconnaître au microscope des granules élémentaires, qui nagent dans le sérum, et, lorsque le sang est coagulé, un réticulum de fibrine. Le sang donne naissance à des cristaux qui s’y forment spontanément ou qu’on peut produire à l’aide de procédés simples.

Pour étudier au microscope le sang humain à l’état normal et dans les maladies, on en fait sortir une gouttelette par une piqûre pratiquée à l’extrémité du doigt après y avoir placé une ligature circulaire. La lame de verre sur laquelle on recueille le sang doit être une glace bien plane. Pour compenser la dessiccation qui se fait assez vite sur les bords de la gouttelette, on souffle sur la lame de façon à y déposer une très légère buée. On la recouvre d’un verre mince et le sang se' répand alors d’une manière uniforme entre les deux lames, pourvu que la goutte de sang, en s’étendant, ne remplisse pas complètement tout l’espace capillaire compris entre la lame de glace et la lamelle à recouvrir.

Dans une préparation ainsi obtenue, lorsque l’examen est fait très rapidement, les globules rouges sont séparés les uns des autres d’une manière très régulière ou forment des groupes mal indiqués; mais bientôt ils se réunissent, s’appliquent par leurs faces et s’accolent en séries qu’on a comparées à des piles de monnaie. Entre ces piles de

globules rouges se trouvent le sérum, les granulations élémentaires et les globules blancs.

Les globules rouges de l’homme sont des disques légèrement déprimés à leur centre; quand ils se présentent de profil, ils ont la forme d’un ménisque biconcave ; vus de face, ils apparaissent avec le centre obscur et les bords clairs, ou avec les bords obscurs et le centre clair, suivant la position de l’objectif. Quand l’objectif est éloigné en deçà du point de la vue distincte, le centre est obscur ; quand il est rapproché au delà du point de la vue distincte, le centre est clair. Nous donnons ces détails afin qu’on ne prenne pas le centre déprimé des globules rouges pour un noyau, ce qui pourrait arriver aux commençants.

Les globules rouges paraissent d’autant moins colorés qu’on les examine avec un grossissement plus fort : ainsi, avec un grossissement de 800 diamètres, ils ne montrent qu’une teinte jaune extrêmement légère; vus de profil, ils semblent plus colorés que vus de face.

Les globules rouges h’ont pas un diamètre constant, mais cependant ils varient dans des proportions minimes. Leur diamètre moyen est de 7 {*, On trouve souvent, à côté des globules rouges discoïdes, des globules rouges sphériques n’ayant que 5 g., dont la teinte est plus foncée, ce qui tient uniquement à leur forme.

A la limite de la tache de sang sous la lame de verre, dans les points où elle se dessèche au contact de l’air, les globules rouges présentent sur leurs bords des échancrures dont l’étendue et le nombre sont variables, et qui s’accroissent à mesure que la dessiccation augmente. Lorsque cette modification est très avancée, le globule rouge devenu sphérique semble crénelé ou recouvert d’épines ; c’est souvent sous cette forme qu’on trouve les globules rouges sur le cadavre. Quand la dessiccation du sang est complète, les globules rouges se fondent en une masse qui se fendille.

Lorsqu’on fait agir de l’eau sur les globules rouges, celle-ci se colore en enlevant aux globules leur matière colorante ; les globules décolorés deviennent sphériques. Leur diamètre est alors de 5 ^ seulement, et ils sont tellement transparente qu’il faut ombrer fortement le champ du microscope ou les traiter par la solution d’iode iodurée pour les rendre visibles.

La matière colorante des globules rouges du sang porte le nom

SANG

&’ hémoglobine; elle se dissout dans l’eau sans se décomposer. En solution très faible, on ne peut en déterminer la nature qu’à l’aide du spectroscope ; mais, quand elle est en solution concentrée, elle cristallise en donnant des cristaux caractéristiques.

Pour obtenir les cristaux d’hémoglobine, on peut employer plusieurs méthodes qui toutes ont pour but de détruire les globules et de mettre l’hémoglobine en liberté sans qu’on ait besoin d’ajouter de l’eau. La plus simple et la plus sûre de ces méthodes consiste à verser goutte à goutte de l’éther dans un flacon contenant du sang défibriné, en agitant jusqu’à ce que le sang ait perdu sa coloration vive et opaque pour prendre la transparence d’un sirop : ce changement indique que l’hémoglobine est séparée des globules et qu’elle est dissoute dans le sérum. Au bout de quelques heures de repos, elle est cristallisée. Les cristaux d’hémoglobine sont d’un beau rouge quand ils sont vus en masse; ils n’ont pas la même forme chez les diverses espèces animales ; chez l’homme, ce sont des lames rhomboïdales.

Lorsqu’on traite une solution d’hémoglobine par les acides ou par les alcalis, elle devient brune, et il s’y forme une nouvelle substance connue sous le nom d’hématine. L’hématine ne cristallise pas, mais se précipite sous la forme de grains noirâtres. Elle se combine à l’acide chlorhydrique pour former un sel cristallisé caractéristique que l’on connaissait autrefois sous le nom d ’hémine, mais qui est un chlorhydrate d’hématine. Les cristaux de chlorhydrate d’hématine' prennent naissance quand on fait agir sur du sang frais ou desséché de f acide, acétique ou un mélange d’acide acétique et de sel marin. Les cristaux de chlorhydrate d’hématine sont des lames rhomboïdales brunes qui paraissent très foncées même avec de forts grossissements; ils sont élastiques èt se replient souvent en forme de tuile; ils ne peuvent être confondus avec aucun autre corps, aussi sont-ils pour le médçcin légiste un moyen très précieux de reconnaître les taches de sang. Pour arriver à les produire, au moyen du sang desséché sur un linge par exemple, il faut le détremper dans l’eau, y ajouter une petite quantité de. sel marin en poudre, puis de l’acide acétique, et chauffer à 100 degrés. Au moment du refroidissement, les cristaux de chlorhydrate d’hématine se produisent et peuvent être facilement reconnus à un grossissement de 300 diamètres.

L’hématine a encore une importance pathologique, car elle se' forme aux dépens du sang lorsque celui-ci est épanché dans les tissus. Dans ce cas sa formation est lente. La coloration variée des ecchv-

moses est due à la transformation lente de l’hémoglobine en hématine ; cette transformation se fait beaucoup plus rapidement lorsque le sang arrive dans les voies digestives, surtout dans l’estomac. Là, sous l’influence du suc gastrique, l’hémoglobine devient de l’hématine avec une grande rapidité : c’est la raison de la couleur des vomissements noirs ou mélaniques et de la coloration brune dés ecchymoses de l’estomac.

Lorsque le sang séjourne au milieu des tissus, on trouve à côté de l’hématine une autre substance que l’on n’est pas arrivé à faire artificiellement et dont on ne connaît pas la composition; elle est connue sous le nom d ’liématoïdine et se montre sous la forme de granulations ou de rhomboèdres d’un beau rouge orangé, tellement intense qu’il est encore puissant avec des grossissements considérables. C’est surtout dans les foyers hémorragiques enkystés, notamment ceux du cerveau, qu’on rencontre les plus beaux spécimens de ces cristaux.

Fig. 27. — Globules blancs : a, vus dans un liquide neutre ; b, vus après l’action de l’eau ou dans l’acide acétique ; c, globules vivants présentant des mouvements amiboïdes.

Les globules blancs , observés d’après la méthode précédemment indiquée, se montrent comme des corps sphériques ou à contour irrégulier; ils ont un aspect granuleux, ce qui leur donne au microscope une teinte grise; quelques-uns d’entre eux contiennent même un nombre variable de granulations graisseuses.

Quand on les observe à une température supérieure à 20 degrés, on voit apparaître sur leurs- bords des prolongements de forme variable, mais qui n’ont jamais une aussi grande longueur que ceux que l’on observe à la température du corps entre 36 et 39 degrés. Chez les grenouilles et les autres animaux à sang froid, on peut observer les prolongements amiboïdes à la température ambiante. Ils sont très peu marqués au moment où le sang, extrait des vaisseaux, est soumis à l’examen; mais ils s’accusent de plus en plus à mesure que l’observation se poursuit. Ils changent de forme, donnent naissance à des prolongements secondaires, reviennent sur eux-mêmes et constituent des pseudopodes, à l’aide desquels le globule blanc tout

SAXG

entier suit un mouvement de reptation d’une extrême lenteur, et que souvent on ne peut reconnaître qu’avec une très grande attention (voir p. 3). Les globules blancs possèdent encore la propriété de saisir les corpuscules qui les entourent et de les faire pénétrer dans leur intérieur. On peut observer directement ce phénomène au microscope en mélangeant à une goutte de sang de grenouille du carmin granuleux ou du vermillon, etc. Cette absorption des particules solides par les globules blancs peut avoir lieu au sein de l’organisme. Pour la constater, on injecte dans le système vasculaire d’une grenouille ou d’un animal à sang chaud, du vermillon finement broyé,

Fig. 28. — A, B, celhiie lymphatique du sang de l’axolotl examiné vivant: A, cellule au début de l’observation ; c, protoplasma avec ses prolongements amiboïdes ; n, noyau étranglé en e ; n', nucléoles. B, la même cellule observée au bout de vingt minutes. Le noyau s’est renflé à son milieu et présente des bourgeons 6 et 6'; b, globule blanc de l’axolotl traité par l’alcool au tiers : p, noyau avec ses bourgeons n, n.

du bleu d’aniline précipité par l’eau de sa solution alcoolique, ou toute autre matière colorée solide, en grains ne dépassant pas 5 p., et l’on examine le sang de l’animal quelques minutes après l’injection. Les globules blancs présentent alors dans leur intérieur des grains de la substance injectée. Une heure plus tard, les globules blancs se montrent avec les mêmes caractères et, en outre, on ne trouve plus de granulations colorées libres dans le plasma. Les globules rouges n’absorbent jamais ces granulations colorées.

Les propriétés que possèdent les globules blancs de se mouvoir et d’absorber les particules solides lorsqu’ils sont extraits de l’organisme montrent qu’ils vivent encore, bien que les conditions de leur existence paraissent changées. Ces manifestations vitales des globules blancs peuvent se prolonger très longtemps, lorsqu’on conserve le

sang à l’abri des germes dans un milieu convenable, ainsi que l’a fait Recklinghausen. Nous avons répété l’expérience de Recklingliausen en nous plaçant exactement dans les mêmes conditions. Au bout de vingt-deux jours, les globules blancs du sang de la grenouille présentaient encore leurs diverses propriétés. Cette expérience n’a pas été faite pour le sang des animaux à sang chaud, parce que chez eux les globules blancs ne continuent à vivre que si l’on maintient leur température à un degré convenable, ce qui est difficile à réaliser en remplissant toutes les conditions de l’expérience.

Les globules blancs sont beaucoup moins nombreux que les rouges. Chez l’homme en bonne santé, on compte un globule blanc pour trois ou quatre cents globules rouges. Cette numération est difficile; aussi, pour arriver à connaître la proportion physiologique des globules blancs et surtout pour en étudier les variations, ce qui se fait souvent en clinique, il est bon d’avoir recours à une méthode rapide. Elle consiste à compter le nombre des globules blancs contenus dans le champ du' microscope avec un objectif et un oculaire déterminés. Avec l’oculaire 1 et l’objectif 6 de Verick, l’oculaire 2 et l’objectif 7 de Hartnaek, l’oculaire 1 et l’objectif 3 de Nachet, on observe dans le champ du microscope en moyenne trois globules blancs sur une préparation faite comme il a été dit plus haut.

Les globules blancs peuvent être facilement isolés des globules rouges; pour cela il suffit d’ajouter une goutte d’eau sur un des bords de la lamelle à recouvrir. Le liquide pénètre par capillarité, entraîne les globules rouges sans enlever les globules blancs qui restent fixés sur la lame de verre, en raison de la propriété qu’ils possèdent d’adhérer aux parois du verre comme ils adhèrent à la paroi des vaisseaux vivants dans la circulation normale du sang.

Après l’action de l’eau, les globules blancs présentent de nouveaux caractères. Sous son influence, ils deviennent sphériques, transparents, et dans leur intérieur apparaissent un ou plusieurs noyaux.

La fibrine n’existe pas toute formée dans le sang, comme on l’admettait avant les recherches de Denis. L’opinion de Denis a été reprise et transformée ces dernières années par A. Schmidt. La théorie de Schmidt est celle qui règne aujourd’hui dans la science, bien qu’elle ne soit encore qu’une simple hypothèse. Cet auteur admet qu’il y a dans le sang, à côté de l’albumine, deux autres substances albuminoïdes, la substance fibrogène et la fibrinoplastique, et qu’une quantité extrêmement faible de substance fibrinoplastique suffit pour transfor-

SANG

mer en fibrine une grande masse de substance fibrinogène. La substance fibrinoplastique existe dans les globules rouges du sang, et la substance fibrinogène se trouve dans le plasma. Schmidt, Kühne et d’autres auteurs ont décrit des méthodes pour extraire du sang les deux substances, mais ils ne disent pas si l’on produit la fibrine en les mélangeant. Ce que l’on sait d’une façon indubitable, c’est que des globules rouges du sang ajoutés à certains exSudats liquides, celui de la pleurésie par exemple, y déterminent la formation de la fibrine.

Lorsque, dans une saignée, le sang est reçu dans un vase, il se prend en masse au bout de quelques instants. Le caillot représente d’abord exactement le volume de sang recueilli, sans changement dans l’aspect de celui-ci, de sorte qu’on ne s’aperçoit de la coagulation qu’en imprimant des mouvements au vase qui le contient. Mais, au bout de quelques heures, le caillot revient sur lui-même, se condense en abandonnant autour de lui une certaine quantité de sérum citrin ou légèrement rosé ; on peut dire alors que le caillot a perdu une partie de son eau de coagulation. Dans le cas où la formation du caillot est lente, comme cela arrive à l’état normal chez le cheval, et chez l’homme dans les maladies inflammatoires, les globules rouges, dont la densité est plus considérable que celle des autres parties constituantes du sang, tombent au fond du vase, et la partie superficielle du coagulum est incolore. Cette portion incolore du caillot présente des stries réticulées et des taches blanchâtres.

Par l’examen microscopique du caillot, on constate que la coagulation est due à la formation de fibrilles cylindriques et de lames granuleuses anastomosées les unes avec les autres et constituant un réseau dans les mailles duquel sont contenus les globules rouges du sang et le sérum. La diminution de volume du caillot est due à la rétraction du réticulum fibrineux qui retient les globules rouges, mais laisse échapper les parties liquides.

Le réticulum fibrineux est difficile à distinguer au milieu des globules rouges. Pour le voir, il faut faire durcir le caillot dans l’alcool et y pratiquer des coupes très minces qui, après macération dans l’eau, sont nettoyées au pinceau. Lorsqu’on fait agir de l’eau sur un petit fragment du caillot pour dissoudre les globules rouges sans attaquer la fibrine, celle-ci apparaît sous forme de lames irrégulières anastomosées.

Dans les portions incolores des caillots formés lentement, le réticulum fibrineux est plus évident et plus régulier. Les petites taches blanchâtres qu’on trouve dans la portion incolore du caillot, immé-

CORNIL ET RANVIER. — I. 4

diatement au-dessus de la couche formée par les globules rouges, sont constituées par des amas de globules blancs contenus dans un réticulum fibrineux.

Numération des globules du sang. — A la suite des premières recherches de Vierordt, on a imaginé des instruments à l’aide desquels on peut faire assez rapidement et avec une assez grande précision la numération des globules rouges et des globules blancs.

L’appareil de M. Malassez se compose du mélangeur de M. Potain et d’un capillaire artificiel.

Le mélangeur est un tube capillaire de verre analogue à celui d’un thermomètre et qui présente sur son trajet, au voisinage de l’une de ses extrémités, une petite cavité dans laquelle le souffleur a placé une > petite boule de verre. La longue portion de ce tube capillaire a une longueur telle que sa capacité intérieure est la centième partie de la portion dilatée. Deux traits placés l’un au-dessus, l’autre au-dessous de l’ampoule, indiquent les points qui correspondent exactement à ces proportions.

La longue portion du tube est effilée en pointe. A la courte portion dont le calibre est un peu plus considérable, est adapté un tube de, caoutchouc.

Le capillaire artificiel consiste en un tube capillaire de verre, à lumière centrale, aplati, fixé sur une lame de glace. L’une de ses extrémités est relevée et arrondie de telle sorte qu’on puisse y adapter un tube en caoutchouc.

Pour faire le mélange sanguin à l’aide du mélangeur, on met la pointe dans une goutte de sang et l’on aspire lentement avec le tube de caoutchouc jusqu’à ce que le liquide arrive au niveau d’un trait qui sépare la longue portion de la partie ampullaire. Retirant ensuite la pointe de l’instrument, on la plonge dans un sérum artificiel (1) et l’on aspire jusqu’à ce que l’ampoule soit remplie jusqu’au trait qui indique sa limite supérieure. On a ainsi un liquide qui contient 1 partie de sang pour 99 parties de sériim. On imprime alors à l’instrument un mouvement de rotation et d’inclinaison et la petite boule, agitée dans tous les sens, mélange parfaitement le sang avec le sérum artificiel.

(1) Le sérum artificiel est composé ainsi :

Solution de gomme arabique donnant au pèse-urine une densité de 1,020. — 1 volume. Solution de sulfate de soude et dé chlorure de sodium en parties égales donnant également une densité de l,020i — 2 volumes.

SANG

C’est ce mélange qu’on introduira dans le capillaire artificiel. La capacité de ce dernier est inscrite sur lui, en chiffres qui donnent la fraction de millimètre cube à laquelle correspond la longueur déterminée.

On règle son microscope de façon qu’avec un objectif donné et une longueur du tube qu’on a déterminée, le micromètre oculaire quadrillé recouvre sur un micromètre objectif un nombre de millièmes de millimètre égal à l’un de ceux inscrits au diamant' sur le capillaire artificiel.

Après avoir chassé du mélangeur, en soufflant dans le tube de caoutchouc, les premières portions du liquide qui étaient dans la: longue partie du mélangeur, on en dépose une goûte sur la lame de glace au niveau de l’ouverture libre du capillaire artificiel. Le liquide pénètre par capillarité; sinon, on l’aspire parle tube de caoutchouc ajouté à l’autre extrémité du capillaire artificiel.

Le liquide introduit, le microscope étant réglé comme il vient d’être dit, on compte les globules qui se trouvent dans le quadrillage : on multiplie ce nombre de globules par le chiffre qui est écrit sur la lame du capillaire en regard de la longueur que l’on a choisie; ce chiffre exprime la fraction de millimètre cube que représente en volume la longueur du canal sur laquelle on a compté les globules. On multiplie ce dernier chiffre par 100, si l’on a fait le mélange du sérum et du sang au centième, et l’on obtient ainsi le nombre de globules contenu dans 1 millimètre cube du sang examiné.

Il est évident que ce procédé n’est pas absolument rigoureux, car une erreur faite dans la "première numération sera multipliée par 15000 ou 20000 ; mais les résultats sont suffisants pour la clinique, et en tout état de cause ils sont comparables.

M. Hayem emploie une méthode très voisine de celle de M. Malassez. Le mélange a lieu dans un vase en verre où l’on met un volume connu de sérum mesuré à l’aide d’une pipette et un volume plus petit de sang à l’aide d’une seconde pipette à tube plus étroit. On mélange le sérum et le sang à l’air libre à l’aide d’une petite pelle en verre.

Une gouttelette du mélange est introduite dans une cellule porteobjet dont la hauteur de la paroi est de 1/5 de millimètre, soit 200 p.. On recouvre avec une lamelle parfaitement plane et l’on dépose un peu d’eau ou de salive sur les bords de la lamelle couvre-objet pour empêcher l’évaporation du mélange.

On compte les globules compris dans une surface donnée à l’aidé

d’un oculaire quadrillé qui, pour une longueur déterminée du tube du microscope, correspond à une longueur connue d’avance.

Si, par exemple, la longueur du quadrillage est de 200 [x, sa surface représente un carré de 40000 jx carrés.

Si la hauteur de la gouttelette est bien exactement de 200 fx, le volume dans lequel on aura compté les globules sera de 200 |x Æ - 400 000 [x, c’est-à-dire de 0ram,008 ou la cent vingt-cinquième partie del millimètre cube.

Pour connaître le nombre des globules pour 1 millimètre cube de sang, il faudra donc multiplier le nombre des globules trouvé par 125, puis par le titre du mélange.

Le procédé de M. Hayem est moins rigoureux que celui de M. Malassez ; il a l’avantage d’être d’un maniement plus commode et les instruments sont plus faciles à nettoyer.

Dans l’un et l’autre de ces deux procédés, il faut signaler une même cause d’erreur. Pour recueillir le sang, on fait une piqûre, au doigt du patient ; pendant le temps qui s’écoule entre la formation de la gouttelette de sang et le moment où on la recueille à l’aide de la pipette, il se produit une évaporation en rapport avec la température de la main du sujet et avec le temps employé. Pour obtenir des résultats comparatifs, il faut faire la piqûre de façon à avoir une gouttelette de sang de même volume et la recueillir dans le même laps de temps. Encore la température de la main est-elle très variable.

A ces causes d’erreur vient s’en ajouter une autre dans le procédé de M. Hayem. Si un filament quelconque ou un grain de poussière s’interpose entre la lame de glace et la lame de verre qui la recouvre, l’espace capillaire compris entre elles sera plus considérable et le calcul donnera par millimètre cube une quantité de globules trop grande.

D’après la numération de M. Malassez, le chiffre des globules rouges par millimètre cube serait en moyenne et à , l’état normal chez l’homme de quatre à cinq millions. Mais ce chiffre varierait avec les diverses conditions physiologiques et pathologiques de six millions jusqu’à une limite inférieure qu’il a trouvée être de huit cent mille.

Le chiffre des globules blancs qu’on détermine par le même procédé . est en moyenne de huit mille par millimètre cube; mais il varie beaucoup suivant le vaisseau dont on a recueilli le sang, et suivant les diverses conditions physiologiques et pathologiques.

SANG

Dans ce préambule, nous n’avons voulu présenter que les généralités les plus essentielles de l’histologie normale, et nous entrons immédiatement dans l’histologie pathologique.

Indications bibliographiques. — Nous donnons simplement ici l’indication des travaux qui nous paraissent avoir eu une grande influence sur les progrès de l’histologie générale.

Richat, Anatomie générale. Paris, 1810. — Schleiden, Abhandlung über die Bildung der Pflanzenzellen, in Muller's Arch., 1837. — Schwann, Mikroscopische Untersuchungen über die Uebereinstimmung in der Structur und dem Wachsthum der Tldereund Pfianzen. Berlin, 1839. — Henle, Anatomie générale. Paris, 1843. — Remak, JJeber exlracellulare Entstehung Ihier. Zellen und die Vermehrung derselben durch Theilung und Ueberensteh. des Bindegewebes, in Muller’s Arch., 1852. — Reichert, Vergleichende Beobachtungen über das Bindegewebe und die verwandten Gebilde. Dorpat, 1845. — Virchow, Path. cellulaire. Paris, 1861. — Kôlliker, Eléments d’hist. lium. 2e édit. Paris, 1868. — M. Schultze, Das Protoplasma der Bhüopoden und Pflanzenzellen, 1865. — Von Recklinghausen, Ueber Eiter und Bindegewebe-Kôrperchen, in Virchow’ s Arch., t. XXVIII. — Die Lymphgefasse und ihre Beziehung mm Bindegewebe. Rerlin, 1862. — Todd and Bowman, The physiological Anatomy and Physiology of Man. Londres, 1858. — L. Beale, On the Structure and Growth of the Tissues in the humanbody, in Quart. Journ. of microsc. sc., 1861. — H. Müller, De l’ossification dans les cartilages, in Journal' de Siebold et Kôlliker, vol. IX, 1858. — Frey, Traité d’histologie et d’histochimie. Paris, 1868. — Ranvier, Traité technique d’histologie. — Qüain’s Anatomy. London, 1867. — Pouchet et Tourneux, Précis d’histologie humaine, 1877. — Pelletan, Manuel d’histologie normale. Masson, 1878. — Malassez, La numération des globules rouges du sang (Archives de physiologie, 1874, P- 32).

Consulter aussi les traités d’histologie suivants :

Ph. Stohr, Manuel technique d’histologie, traduit en français par MM. Toupet et Critzman. Paris, Steinhel, 1898. — Mathias Duval, Précis d’histologie. Paris, Masson, 1897. . — J. Renadt, Traité d’histologie pratique. 2 vol. Paris, Rueff, 1892-1899. — Arnold Brass, Atlas sur Gewebelehre des Menschen. Gôttingen, 1896.

Page 1