ATROPHIE DES CELLULES
ranuleux qui sert de paroi à une ou à plusieurs vacuoles, contenant elles-mêmes souvent des leucocytes en voie de désintégration granuleuse. C’est ce qu’on observe à la surface de la plèvre enflammée artificiellement en contact avec un épanchement séreux ou puriforme
(Gornil). ^
L’atrophie par nutrition insuffisante a été étudiée, en tant qu’elle porte sur les organes bien plus qu’en ce qui touche les éléments et tissus. On ne connaît que peu d’exemples d’atrophie des éléments qui ne soit pas liée à l’une des dégénérescences que nous allons étudier.
L’atrophie est physiologique dans les circonstances suivantes : dans le développement embryonnaire, un certain nombre de vaisseaux, la veine et l’artère ombilicales, le canal artériel, etc., s’atrophient ; le thymus subit le même sort pendant les premières années de la vie ; mais alors on y observe le plus souvent des dégénérescences graisseuses, colloïdes ou calcaires. Les organes génitaux s’atrophient dans la vieillesse. Chez l’homme, la fonction génitale est continue, tandis que chez . certains animaux, où elle est intermittente, on voit les glandes génitales, subir, après la période du rut, une atrophie considérable.
L’utérus qui, pendant la gestation, possède des éléments musculaires si volumineux, revient peu à peu sur lui-même après l’accouchemeni Ses éléments musculaires diminuent de volume, en même temps qu’ils subissent une dégénérescence graisseuse destructive. Il y a ainsi un mélange d’atrophie simple et d’atrophie avec dégénérescence.
Les ovaires, après la ménopause, s’atrophient dans toute leur masse, et le tissu fibreux de l’organe se condense.
Les testicules, chez le vieillard, s’atrophient en subissant la dégénérescence graisseuse de leurs éléments épithéliaux.
On voit, par ces exemples, quels liens intimes unissent l’atrophie des^organes avec les différentes dégénérescences de leurs éléments.
L’atrophie des mamelles fait exception à cette règle. Là, en effet, après la cessation de la lactation, on peut observer que le retrait des culs-de-sac glandulaires est accompagné d’une atrophie simple des cellules pavimenteuses qui les tapissent.
Chez les vieillards, un certain nombre de glandes s’atrophient ; fluelques-unes, comme le rein, se condensent. Les tubes urinifères sont plus petits qu’à l’état normal. Quelques-uns d’entre eux sont oblitérés par des masses colloïdes et donnent ainsi naissance à des
kystes de petite dimension, etc. Le foie et la rate sont également plu& petits, tandis que leur capsule fibreuse s’épaissit.
Les muscles des vieillards présentent constamment un certain nombre de faisceaux atrophiés et en dégénérescence graisseuse.
Le type de l’atrophie pathologique simple des éléments, sans'dégé-) nérescence particulière, se rencontre surtout dans l’amaigrissement à la suite de l’inanition, et à la fin des maladies aiguës ou chroniques.- Les cellules du foie diminuent de volume. Les faisceaux musculairesdiminuent alors d’épaisseur tout en conservant leur structure. Les cellules adipeuses perdent une partie de leur graisse, reviennent sur elles-mêmes ; la gouttelette graisseuse qui en occupe le centre a diminué de volume ; elle peut même avoir complètement disparu, tandis que la cellule a conservé ses dimensions et s’est remplie d’un liquidé séreux. C’est là ce qu’on observe dans l’œdème du tissu cellulo-adipeux sous-cutané coïncidant avec l’amaigrissement. Dans ce cas, le tissu1 cellulo-adipeux devient gélatiniforme et transparent. L’irritation du tissu cellulo-adipeux aboutit aussi à une disparition de la graisse ; mais alors le protoplasma et les noyaux de la cellule sont plus gonflés ef plus apparents qu’à l’état normal.
A l’état pathologique, les atrophies cellulaires sont très communes1 dans les inflammations chroniques et elles sont souvent en rapport avec une formation nouvelle de tissu fibreux qui remplit les vides1 laissés par la diminution du nombre et du volume des cellules propres1 des organes atteints.
Nous citerons comme un exemple choisi entre beaucoup d’autresce qui se passe dans le rein atteint de néphrite interstitielle chronique.' Dans les points malades, les tubes urinifères contournés présentent des cellules ayant perdu leur aspect normal et devenues très petites/ ' indifférentes, de forme pavimenteuse ou aplatie. Cette atrophié des cellules et des tubes rénaux acquiert son maximum dans les reins, atteints d’hydronéphrose où la substance rénale forme la paroi d’un grand kyste rempli d’urine, reconnaissant pour causé une dilatation extrême du bassinet et des calices. On trouve dans la paroi du grand kyste formé par la substance corticale du rein, des tubes extrêmement grêles et contenant des cellules épithéliales très petites. Là, aussi bien que dans les points atteints de néphrite interstitielle, ces tubes sont entourés de tissu conjonctif épais.
L’hypertrophie du tissu interstitiel des organes amène généralement l’atrophie de leurs éléments parenchymateux. C’est ce qui se passe dans les muscles, dàns le cœur, dans le testicule j dans le rein, etc*
modifications de la forme des cellules
Cependant il faut aussi faire la part de la possibilité de l’atrophie primitive des éléments parenchymateux, comme cela a lieu dans certaines atrophies musculaires. Dans tous ces cas, le tissu conjonctif interstitiel et le tissu cellulo-adipeux prennent la place des portions atrophiées, remplissent les vides que l’atrophie a causés, et il peut même en résulter une hypertrophie apparente des organes par surcharge graisseuse, comme cela s’observe dans certaines paralysies musculaires.
D’après ce qui précède, l’hypertrophie cellulaire est le plus souvent liée à une activité fonctionnelle, à une réaction inflammatoire de ces éléments et l’atrophie à une dégénérescence cellulaire. Mais souvent aussi, l’hypertrophie cellulaire est due à une des variétés de dégénérescences qui seront décrites dans les chapitres suivants, comme les dégénérescences albumineuses, muqueuses, graisseuses, etc.
Il n’existe pas toujours un parallélisme complet entre l’hypertrophie i et l’atrophie des cellules d’une part, et la variation correspondante du J volume de l’organe, d’autre part. —
Assurément, dans un organe essentiellement composé de cellules comme le foie, si les cellules sont hypertrophiées, le foie le sera par la même raison. Le rein sera augmenté aussi lorsque les cellules des tubes seront hypertrophiées, et inversement ces organes diminueront de volume avec l’atrophie de leurs cellules. Une partie de ces organes, un groupe d’îlots hépatiques ou un lobule de rein pourra être atteint d’une tuméfaction ou d’un affaissement par hypertrophie ou par atrophie cellulaires .limitées au point affecté. Mais dans les organes composés de tissus différents les uns des autres, si les cellules d’un ordre donné sont atrophiées pendant qu’un autre de leurs tissus constituants est hypertrophié, l’organe tout entier conservera son volume bu s’accroîtra. Les poumons d’un emphysémateux, par exemple, sont amplifiés en même temps que les cellules des alvéoles sont atrophiées et que beaucoup >de croisons pulmonaires sont détruites. ^ . ■' • ,
G. Modifications de la forme des cellules.
. ^a forme des cellules subit, comme on l’a vu déjà à propos de 1 hypertrophie et de l’atrophie, de nombreuses modifications; Nous en trouvons partout beaucoup d’autres exemples. Signalons cependant ta facilité avec laquelle des cellules très petites à l’état normal, comme tes cellules des tissus fibreux qui sont plates, avec un noyau mince, à
peine visibles, en sommeil, deviennent, sous l’influence d’une congestion ou d’une inflammation, volumineuses, avec un protoplasma très apparent anastomosé avec les cellules voisines et présentent de volumineux noyaux ovoïdes (Ranvier). Inversement, des cellules turgides et globuleuses ou polyédriques s’aplatissent et s’atrophient suivant le.-.sens de la compression qu’elles subissent. Telles sont les cellules du foie comprimées par une tumeur extérieure ou développée dans l’organe, ou simplement par la dilatation des vaisseaux capillaires, dans l’atrophie rouge du foie (foie cardiaque). Dans un papillo-adénome bénin de la mamelle, les cellules cylindriques qui revêtaient les papilles s’aplatissaient au point d’être comparables à de l’endothélium lorsque deux papilles de la tumeur sont en contact (Cornil).
Les cellules épithéliales, polyédriques, d’une muqueuse, de l’épiderme ou d’un épithéliome, lorsqu’une des leurs entre en karyokinèse et devient globuleuse, s’aplatissent autour d’elle en forme de globe épidermique. Les cellules du tissu conjonctif s’aplatissent et se disposent concentriquement autour d’une concrétion calcaire développée dans ce tissu-. *
D. Substitution histologique.
Sous le nom de substitution histologique, Virchow a décrit certaines transformations d’un épithélium donné en un revêtement épithélial d’une nature différente. Ainsi, un revêtement épithélial se trouvant,, par suite de l’agrandissement d’une cavité muqueuse ou du renversement d’une muqueuse ou d’une inflammation chronique, exposé à des influences extérieures nouvelles, se modifie et change de nature en s’adaptant à ces conditions. Par exemple, l’épithélium \ cylindrique à cils vibratiles des fosses nasales deviendra de l’épithélium pavimenteux dans l’ozène, inflammation chronique ayant pour résultat la dilatation de la, cavité des fosses nasales (Volkmann et Schuchardt). Lorsque la cavité interne du col de l’utérus se renverse en dehors en s’hypertrophiant dans l’ectropion du col, sa muqueuse se tapisse de cellules pavimenteuses comme celles du vagin, tandis qu’elles étaient primitivement cylindriques. La muqueuse à cellules cylindriques et à cils vibratiles du larynx peut subir une modification analogue dans les laryngites chroniques (Virchow). Il en est de même dans le prolapsus de la muqueuse rectale et les inflammations chroniques de ce conduit (Hartmann et Toupet). Enfin, une. muqueuse transplantée par greffe sur la peau se transforme en
dégénérescence; granuleuse OU ALBUMINOÏDE 65
un épiderme corné (Czerny). Il s’agit alors d’une véritable kératinisation (voir plus bas).
Ces modifications de la forme des cellules qui s’accompagnent le plus ordinairement d’un changement de leur structure et de leur fonction, ne se produisent pas sans que la cellule exécute un mouvement soit passif, soit actif. Nous étudierons ces mouvements à propos des cicatrices et des greffes.
E. Dégénérescence granuleuse ou albuminoïde.
Le mot de dégénérescence dont nous nous servons en général dans ce chapitre, indique une altération ou une transformation de la cellule ; j ce mot est spécifié par l’adjectif qualificatif qui le suit. Ainsi, nous dirons dégénérescence albumineuse pour indiquer la lésion cellulaire causée par l’entrée de granulations albumineuses dans son protoplasma, dégénérescence muqueuse pour caractériser la présence de granules ou gouttelettes de mucus, dégénérescence graisseuse quand il s’agit d’une lésion cellulaire avec des granulations de graisse, etc. Les dégénérescences compromettent plus ou moins la fonction de la cellule. Le protoplasma est le premier et parfois le seul atteint; mais le noyau peut aussi être lésé, bien qu’en générai il ne soit -pas détruit et qu’il conserve la propriété dé se colorer. Le mot de dégénérescence implique un trouble de la nutrition et une atteinte plus ou moins grave de la cellule qui peut se terminer par sa mortification. Il n’est nullement synonyme des termes d’infiltrdtion ou de' surcharge qui s’appliquent à l’entrée dans la cellule de substances liquides venues , du milieu de l’économie et qui ne lèsent ni le noyau ni la vie de la cellule elle-même.
La dégénérescence albumineuse se caractérise par l’apparition dans le protoplasma cellulaire de nombreuses et fines granulations albuminoïdes et par l’accroissement de son volume (tuméfaction 1 trouble). Ces petits corpuscules albuminoïdes se gonflent et se dissolvent dans les solutions alcalines. Ils présentent aussi la réaction de la xanthoprotéine. Toutes les fois qu’il existe une irritation légère ou qu’il se fait un apport plus considérable de liquides nutritifs dans les tissus, surtout dans les épithéliums, la tuméfaction trouble appa- . raît. >
Elle s’observe constamment dans les maladies infectieuses, dans es ®®vres éruptives, la fièvre typhoïde, l’érysipèle, la diphtérie, la
cornil et ranvier. — . 5
OU GÉNÉRALITÉS SUR L’HISTOLOGIE 1 ATHOLOGlQtJE
pneumonie, la fièvre puerpérale, dans toute infection : sireptocoecique au début des empoisonnements par le phosphore, l’arsenic, l’oxyde de carbone, dans les brûlures superficielles et étendues, etc. Elle se \ localise essentiellement sur deux organes glandulaires, le foie et le \ rein, dont toutes les cellules ou la plupart d’entre elles sont atteintes I et qui paraissent même altérés à l’œil nu (néphrite catarrhale, hépatite ; parenchymateuse). Les faisceaux primitifs des muscles sont également altérés. Dans ces dégénérescences albumineuses du cœur, les faisceaux musculaires présentent souvent de fines granulations réfringentes, albuminoïdes dans leur substance striée. Cela est fréquent dans la fièvre typhoïde. Liebermester avait pensé que cette altération cellulaire était due simplement à l’élévation de la température du corps sous l’influence de la fièvre. Les expériences d’Arndt n’ont pas justifié cette opinion. Tout porte à croire qu’elle est consécutive à l’intoxication par les ptomaïnes propres aux microbes des maladies infectieuses précitées.
Le noyau n’est généralement pas atteint par cette dégénérescence; albumineuse; cependant elle peut conduire parfois à la mortification ultérieure delà cellule et du noyau.
Cette dégénérescence se produit très rapidement après le début des maladies fébriles. Ainsi E. Wagner l’a observée dans le foie, les reins et le cœur d’un sujet mort six heures après une large brûlure superficielle.
Les faisceaux musculaires subissent une altération analogue; ils se gonflent, s’infiltrent d’une substance albumineuse grenue ; entre cet état et celui décrit par Zenker sous le nom de dégénérescence cireuse, on observe tous les intermédiaires. La dégénérescence cireuse de Zenker, parfaitement bien connue dans ses caractères physiques, ne l’est pas suffisamment au point de vue chimique. On ne sait si elle consiste simplement dans une infiltration séreuse on albumineuse, ou dans une transformation colloïde avec laquelle, comme nous lé verrons bientôt, elle présente certains points communs. Nous pouvons en dire autant d’une altération des cellules épithéliales de la bouche, du pharynx, du larynx et de la trachée, décrite par E. Wagner, et qui constitue une lésion importante de la diphtérie (voir p. 72).
Dans les œdèmes , quelle que soit leur cause, on observe une infiltration séreuse ou albumineuse du tissu conjonctif aréolaire dans lequel le liquide exsudé occupe les espaces laissés libres entre les faisceaux. Lorsqu’on pique alors ce tissu, le liquide s’écoule en grande