‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 65 sur 148 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

état fixées dans une immobilité relative, permanente quelquefois. Si des tumeurs bénignes on passe aux néoformations épithéliales et connectives envahissantes, la persistance et l’accroissement sont plus appréciables encore.

On observera, par opposition, que les néoplasies inflammatoires dans leurs formes prolongées ou chroniques subissent, le plus ordinairement, la fonte purulente ou caséeuse, la désintégration moléculaire suivies de l’élimination et de la résorption des produits. A ce travail préparatoire succède la cicatrisation, c’est-à-dire le retrait avec induration fibreuse des zones primitivement enflammées.

Tel est le mode de terminaison habituel des lésions inflammatoires chroniques provoquées dans les différents organes par la tuberculose, la syphilis, la morve, le farcin, la lèpre. Invariablement, les cellules épithéliales des muqueuses et des glandes, les fibres musculaires, les cellules nerveuses sont détruites ou atrophiées. Tout organe modifié par une inflammation chronique de cette nature perd ainsi sa contexture primitive et l’unique tissu où se déroulent les phases ultérieures du processus d’organisation, de réparation et de résistance est un tissu conjonctif plus ou moins dense, plus ou moins riche en vaisseaux, mais assez uniforme d’aspect.

Si les inflammations chroniques se comportaient toujours de la sorte, la définition précédente pourrait être conservée. Mais il existe de nombreuses exceptions : la tuberculose, le rhinosclérome et surtout la botryomycose et l’actinomycose conduisent à des hyperplasies fibreuses persistantes, donnant à l’œil nu l’impression de véritables tumeurs. Cependant leurs caractères histologiques les en différencient: les tissus conjonctifs qui résultent de l’adjonction incessante à la masse principale de foyers nouveaux d’inflammation chronique, n’offrent jamais dans ces néoformations la disposition que l’on rencontre dans les néoplasmes conjonctifs vrais, dans les sarcomes.

Au début de cette étude, cette remarque est de toute nécessité. L’exemple de l’actinomycose est en effet celui que Ton a choisi de préférence pour servir à l’appui de la théorie parasitaire des tumeurs. Les lésions actinomvcosiques des mâchoires, chez les bovidés, considérées tout d’abord comme cancéreuses, furent depuis assimilées aux sarcomes ou aux ostéo-sarcomes. Or l’examen histologique démontre eur nature inflammatoire. Les parasites atteignent les parties proondes, le périoste, l’os lui-même, en suivant les canaux de Havers et eterminent des poussées de périostite plastique et d’ostéite hypertro- P ique et condensante. D’où l’aspect et la consistance de ces néofor-

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mations confondues avec des tumeurs malignes d’origine périosf et osseuse.

Cet exemple, choisi parmi tant d’autres^ démontre que la persistance des tissus néoformés et leur accroissement pfendant une période dont il est impossible de fixer les limites, peuvent se rencontrer dans cer taines variétés d’inflammations spécifiques et sont par suite insuffisants pour les différencier des tumeurs.

C’est pour ce motif qu’il est impossible de substituer à la définition de Cornil et Ranvier celle de Heurtaux : une tumeur est « toute masse constituée par un tissu de nouvelle formation ayant de la tendance à persister ou à s’accroître et indépendante de tout processus inflammatoire ». Il faut en effet commencer par établir que la néoformation envisagée ne relève pas d’un semblable processus, et l’on ne peut baser une défipition sur un caractère négatif.

Dire simplement avec Quénu que lés tumeurs sont des néoformations distinctes de tout processus inflammatoire n’est pas définir davantage, car, si cela est vrai, il y a d’autres néoformations non assimilables aux tumeurs et qui ne reconnaissent pas l’inflammation comme origine, et que, si les tumeurs sont réellement distinctes des processus inflammatoires, il est préférable de montrer en quoi.

Or ces caractères distinctifs existent. Ainsi, dans les tumeurs, les ‘parties néoformées persistent ou s’accroissent, mais en conservant dans leurs principaux traits une ressemblance plus ou moins frappante avec le tissu d’origine.

En somme, toute tumeur correspond à un groupement de cellules ou à un groupement de tissus dont les dispositions analogues se retrouvent dans les organes et les tissus normaux. Le fait est de toute évidence pour les papillomes, les adénomes, les angiomes, les myomes et d’une façon générale pour toutes les tumeurs où deux ou trois systèmes histologiques sont associés. Chacun des tissus composants affecte avec le ou les tissus voisins des rapports anatomiques qui diffèrent peu de ceux que l’on observe à l’état normal.

On retrouvera les mêmes analogies entre les kystes dermoïdes, certains tératomes et les tissus normaux, toutes réserves faites sur le mécanisme de leur production.

En se reportant à l’évolution des épithéliomas et des sarcomes, on voit qu’il en est de même. Tels les épithéliomas à cellules cylindriques rappelant à s’y méprendre les glandes d’où ils proviennent et formant dans les organes envahis des îlots de cellules disposées autour d une cavité centrale comme au voisinage d’un acinus glandulaire ou d un

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tube excréteur. Examiné isolément, chacun de ces tubes ne se distingue guère d’un tube normal, mais les rapports de ce tube avec les tubes voisins ne sont pas ceux que l’on rencontre dans une glande. Les espaces qui séparent les tubes les uns des autres sont de dimensions très irrégulières, il est aisé de voir qùe les épithéliums occupent un emplacement qui ne leur était nullement réservé. Il y a manifestement hétérotopie .

La tendance à reproduire' un tissu glandulaire se retrouve dans les variétés les plus anormales des épithéliomas auxquelles on donne ordinairement la désignation de carcinomes. On voit, par exemple, les cellules des cancers du sein se grouper en petits amas cohérents et rappeler l’aspect non de la glande au repos, mais de la mamelle en lactation. C’est cette notion de groupements cellulaires, inséparable suivant nous de la signification du mot tumeur, qui doit entrer dans une définition.

Aussi peut-on proposer la 'définition suivante :

Les tumeurs sont des néoformations irrégulières, assez souvent désordonnées, mais qui rappellent toujours par V agencement et le groupement de leurs cellul^les organes et les tissus d'où elles dérivent.

Cette définition se rattache naturellement à l’énoncé de la loi , de J. Müller : le tissu qui forme une tumeur a son type dans un tissu de l’organisme à l’état, embryonnaire ou à l’état de développement complet.

En outre, les tumeurs montrent plus que les autres néoformations la tendance à persister ou à s’accroître aux dépens des organes qu’elles envahissent, mais en reproduisant toujours le même type anatomique. Par ces caractères spéciaux, elles se séparent absolument des autres productions morbides.

Classification.

La distinction des tumeurs entre elles ne pouvant se faire que d’après leurs caractères histologiques, c’est à l’histologie seule qu’il faut s’adresser pour établir une classification.

Jd est, en effet, impossible de satisfaire au désir exprimé par les chirurgiens de classer les tumeurs en bénignes et malignes en s’appuyant uniquement sur les particularités morphologiques de leurs cellules.

La réponse à ce desideratum est insoluble actuellement, et le sera

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peut-être toujours. Pour s’en convaincre, on devra remarquer n’existe souvent aucune différence de structure entre un épithélion^ au repos et un épithélioma envahissant. La disposition récinro * des cellules est la même dans les deux cas. Sans doute, une tumeur •envahissante peut se présenter à l’œil nu sous un aspect très différent d’une tumeur bénigne. Ainsi les épithéliomas et les sarcomes offrent habituellement la coloration blanchâtre, la consistance mollasse des tumeurs dites encéphaloïdes. Dans les zones de propagation situées à la périphérie des masses en plein développement, le tissu du néoplasme est plus translucide. On ne trouve jamais pareille consistance ni semblable aspect dans les papiilomes et les adénomes, mais il arrive fréquemment que parmi les tumeurs dites histioïdes, dont la structure histologique paraît plus homogène, fa configuration extérieure est identique. Il existe en particulier des lymphadénomes et des myxomes tout aussi envahissants que les sarcomes proprement dits.

La tumeur présente-t-elle une structure plus régulière encore, celle d’un fibrome à vaisseaux très apparents dans un stroma presque fibreux, la marche peut néanmoins en être rapide; la tumeur allant jusqu’à récidiver plusieurs fois à l’exemple de certains fibromes nasopharyngiens, nécessitant des résections osseuses étendues. Les tissus les plus fixes ne font pas exception; à côté des chondromes simples il existe des chondromes dont l’évolution est tout de suite inquiétante, bien que leur structure ne permette pas de les distinguer des chondromes ordinaires. Dernièrement encore on a cru pouvoir étendre la notion de malignité aux myomes à fibres lisses.

Dans les tumeurs à développement rapide on constate assez fréquemment une richesse très grande des cellules en granulations glycogéniques. Lorsque l’élaboration du glycogène est très intense, on peut être certain que la vitalité du néoplasme est exaltée, par conséquent conclure dans le sens d’une tumeur maligne. Encore convient-il détenir compte de la variété histologique de la tumeur, car certains fibro-myomes utérins présentent une îglvcogénèse temporaire. Nous reviendrons sur ce point.

S’il est aisé, en tenant compte de leur aspect, de leur consistance, de leur teneur en glycogène, de déclarer que telles tumeurs sont malignes, telles autres simples, par contre, il est impossible de dire, en présence du plus grand nombre, si elles prendront de l’accroissement, ou resteront pendant une durée plus ou moins longue au repos.

CLASSIFICATION

Cette remarque s’applique d’abord aux tumeurs semi-bénignes, teUes que les myxomes, les fibromes, les chondromes, dont l’expansion et la généralisation sont relativement rares, mais s’observent quelquefois Elle s’applique avec autant de rigueur aux néoplasmes dont la généralisation est habituelle, mais qui, pour des motifs encore indéterminés, persistent sans modification apparente pendant une période de temps tellement prolongée qu’elles ne méritent plus, à proprement parler, le nom de tumeurs malignes. Certains cancers du sein sont des types du genre. Correspondant à la variété squirrheuse, on les observe à l’étàt torpide sans que l’on puisse prévoir l’époque de leur réveil»

En résumé, les notions de bénignité et de malignité des tumeurs sont fournies par la clinique seule. L’agencement histologique d’un néoplasme donné constitue une indication très importante, mais insuffisante, au sujet de son évolution, puisque dans les différentes classes de tumeurs on trouve des variétés qui font exception et dont la marche paraît en désaccord avec leur structure intime.

Si l’étude de la morphologie cellulaire n’autorise pas dé conclusion ferme sur la gravité que présentent les tumeurs, la connaissance de quelques-unes de leurs propriétés biologiques (karyokinèse, glycogénèse) permet au contraire d’arriver à ce résultat. On ne peut apprécier ces particularités que. sur des tumeurs fraîches et en pleine activité, comme nous l’établirons ultérieurement.

Le choix d’une classification histologique ne présente en réalité aucun inconvénient. Une pareille classification n’a d’autre intérêt que de faciliter l’étude des tumeurs dont les variétés connues sont très nombreuses aujourd’hui. Dans les groupes isolés, ou pourra séparer sans peine des types correspondant aux variétés bénignes, semi-bénignes ou malignes dès néoplasmes.

Une classification histologique étant reconnue bonne, laquelle convient-il d’adopter? — - car il existe plusieurs manières de la concevoir.

- Tout d’abord, on ne songea pas à classer les tumeurs, car sous l’influence de Virchow régnait la théorie de Y indifférence cellulaire , toutes les tumeurs provenant, suivant lui, de cellules embryonnaires, nees elles-mêmes des cellules du tissu conjonctif.

Ces éléments, bien que non spécialisés, pourraient donner lieu indiferemment soit à un épithélioma, soit à un cancer. Dans cette théorie

le tissu conjonctif est pour ainsi dire la matrice de tous les r morbides. Le temps a fait justice de cette singulière conception U& acceptons aujourd’hui que les cellules sont différenciées de heure et qu’elles ne sauraient engendrer d’autres cellules que des cel Iules semblables à elles-mêmes. Quant à la théorie conjonctive du carcinome, elle est universellement rejetée d’après la démonstration si souvent -faite de la naissance des épithéliomas au niveau des tubes excréteurs et des acini glandulaires précédant toujours leur disposition carcinomateuse dans l’épaisseur des tissus avoisinants.

La théorie toute moderne du rôle des cellules dans le développement des tumeurs annoncée par J. Müller fut reprise par les embryologistes. Remak, complètement opposé à la théorie de l’indifférence cellulaire, soutint, en s’appuyant sur le développement de l’œuf qu’une fois les trois feuillets du blastoderme formés, leur différenciation est définitive et qu’à partir de ce moment tous les types histologiques sont invariables.

Les recherches de Remak conduisirent logiquement un grand nombre d’histologistes à rapporter les tumeurs aux trois feuillets du blastoderme, d’où la division très simple et souvent reproduite depuis en :

1° Tumeurs d’origine ectodermique ;

2° — — mésodermique;

3“ — — endodermique.

Mais, comment conserver cette division aujourd’hui où il est démontré que le mésoderme, loin d’être un feuillet unique, comprend plusieurs parties renfermant des tissus dissemblables. Ainsi, les feuillets moyens proviennent, suivant Hertwig, de l’endoderme primordial et comprennent deux parties : 1° les segments primordiaux qui donnent naissance aux muscles striés ou volontaires ; 2° les plaques latérales qui forment : a, le revêtement delà cavité pleuro-péritonéale; &, les cellules sexuelles, l’épithélium des glandes génitales et de leurs conduits excréteurs, enfin l’épithélium des reins et des uretères. De plus des segments primordiaux et des plaques latérales se, détachent des cellules qui se répandent dans les interstices laissés par les éléments épithéliaux et constituent l’ébauche de la substance conjonctive et du sang. Le feuillet intermédiaire ainsi formé a reçu le nom de mésenchyme; il comprend les appareils de la circulation, les organes lymphoïdes et les muscles lisses ou involontaires.

Ainsi, certaines parties des feuillets moyens contribuent à l’édifi-

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cation de tout le système génital, en particulier de l’épithélium germinatif, tandis que des cellules émanées d’autres parties contribuent à la formation des tissus musculaires, lymphoïdes et vasculaires.

Il n’y a donc pas, dès les premières périodes du développement chez l’embryon, une délimitation marquée en trois feuillets dont les attributions seraient exactement déterminées ; la distinction se fait plus tard. De même, pour l’ectoderme plus homogène en apparence, la névroglie fait exception. Or, malgré son origine ectodermique, la névroglie se comporte dans la série des processus morbides comme un tissu conjonctif et forme souvent, à elle seule, les cicatrices de l’axe nerveux.

La névroglie une fois formée, représente un tissu différencié, vivant d’une vie à part et n’ayant plus rien de commun avec les autres cellules du feuillet externe. Une cellule névroglique est absolument distincte des cellules nerveuses qui l’avoisinent, à plus forte raison de tous les éléments épithéliaux, du revêtement épidermique, des glandes annexes de la peau, des organes des sens : œil, nez, oreille.

De même, une cellule différenciée dans quelque organe qu’elle soit ne se ressent plus de son origine première, elle est adaptée à la fonction qu’elle doit remplir; elle ne peut subir aucune transformation et reste à jamais distincte de toutes les variétés de cellules avec lesquelles elle a été en contact pendant les premières périodes du développement.

En somme, à mesure que s’isolent les organes, les cellules prennent rapidement leurs attributs d’éléments adultes, et l’intérêt qui s’attache à leur étude est d’autant plus immédiat que ce sont des êtres individualisés.

Ces considérations montrent l’inanité des divisions proposées autrefois pour l’étude des tumeurs. Elles ramènent forcément l’attention sur l’importance de leur développement local.

Comment en effet se développent les tumeurs? Soit d’abord un épithélioma de la lèvre. On le voit débuter par une saillie à peine appréciable, et, si l’ablation en a été faite de bonne heure, on peut remarquer, sur des coupes perpendiculaires à sa base d’implantation, 1 élargissement des prolongements interpapillaires du corps muqueux de Malpighi ; ceci revient à dire que, dans les premières phases de 1 évolution du cancer, les travées épithéliales néoformées conservent leurs connexions avec les stratifications épidermiques sus-jacentes. A 1 examen le plus minutieux, on n’observe dans ces blocs de cellules

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nouvelles aucun élément étranger, aucune cellule épithéliale d’ type différent, soit adulte, soit embryonnaire. Il n’y a pas discontinuité entre les cellules de la profondeur et les cellules superficielles, lespre mières dérivent manifestement des secondes. Elles présentent d’ailleurs les mêmes caractères histologiques, exagérés parfois.

La netteté des images permet d’assigner à toute tumeur de ce genre son point de départ réel dans la partie profonde de l’épiderme Pourquoi irait-on invoquer l’existence de germes embryonnaires déposés en ce point, attendant le moment favorable à leur développement ultérieur, suivant la théorie de Cohnheim, ou de cellules épithéliales plus ou moins complexes subissant des dédoublements successifs, d’après l’hypothèse de Bard?

Nous pensons, au contraire, que l’on peut vérifier sans peine la loi du développement local sur toute l’étendue du système tégumentaire; à condition de recueillir des tumeurs de petit volume et peu de temps après le/ur apparition.

Les épithéliomas développés sur les muqueuses internes, quoique moins fréquemment observés dans des conditions d’examen aussi favorables, donnent les mêmes résultats. Les cancers de l’estomac et du tube digestif sont un excellent sujet d’étude; ceux du rectum sont plus particulièrement accessibles à leur début. On y observe l’hypertrophie des glandes, la pénétration des culs-de-sac â travers la couche musculaire sous-muqueüse rompue, puis détruite. Les épithéliums bientôt isolés évoluent librement dans le tissu conjonctif, l’épithélioma est constitué.

Chacun de ces stades est indiqué sur les préparations histologiques, car on trouve les unes à côté des autres des glandes à différents degrés d’altération. On devra remarquer en effet que les perturbations nutritives précédant la disposition en épithéliomas se répartissent sur un certain nombre de glandes à la fois et non sur une seule. L’impulsion une fois donnée s’étend à toute une région dont les dimensions sont appréciables à l’œil nu. Lorsque le noyau cancéreux a acquis un certain volume, le mouvement de propagation excentrique semble prendre fin, tandis que l’accroissement se fait en profondeur, suivant des règles que nous étudierons plus tard.

De sorte qu’il n’existe réellement aucune difficulté à constater la naissance d’une tumeur au niveau d’une surface libre, car la continuité des tissus qui relient les végétations profondes de la tumeur aux parties superficielles est tout à fait évidente. C’est ainsi que l’on aura

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la preuve manifeste du développement local des épithéliomas aux dépens des cellules de revêtement sur toute la longueur de l’œsoka<re, de l’uretère, de la vessie, des bronches, des organes creux, conduits excréteurs ou réservoirs.

L’étude des épithéliomas développés dans la masse même des glandes présente au début un peu plus de difficulté, mais elle est assez rite résolue. Pour cela, il faut un point de repère, car les tumeurs prenant naissance assez fréquemment dans les acini terminaux dont l’ordonnance est rapidement bouleversée, on peut hésiter à attribuer aux cellules leur origine réelle. Il faut se rappeler quelle est, à l’état normal, la disposition des épithéliums sur la paroi des tubes glandulaires. Tant que la membrane d’enveloppe, assez épaisse et réfringente dans certaines glandes (membrane basale des acini mammaires et des tubes du testicule), reste intacte, on ne peut rien affirmer. La cavité acineuse peut être distendue, les cellules qu’elle contient peuvent être plus nombreuses, sans que l’épithélioma soit constitué.

On sait en effet que la dilatation et la prolifération sont fréquemment l’indice d’un processus inflammatoire ou d’une simple évolution kystique. Mais aussitôt que la membrane d’enveloppe est rompue, on suit avec la plus grande netteté la pénétration des cellules dans le tissu conjonctif et l’on â la certitude que la disposition nouvelle de ces épithéliums marque la première étape de l’envahissement des tissus, c’est-a-dire qu’à partir de ce moment les cellules épithéliales vont vivre d’une existence indépendante. Bientôt en effet elles perdent toute connexion avec les acini et les tubes glandulaires qui leur ont donné naissance.

Ici encore, l’origine locale de l’épithélioma ne peut être contestée; c’est bien sur place, au niveau dès épithéliums de revêtement, que débute la série des transformations qui aboutissent aux proliférations épithéliomateuses. Le phénomène, pour être constaté au niveau des glandes dont les travées épithéliales sont fréquemment anastomosées entre elles, demande quelque attention. Et cependant il n’échappe pas au niveau du foie, quand on examine un noyau primitif de petit volume. On l’observe beaucoup plus facilement dans le pancréas, plus encore dans le rein, le testicule, la parotide.

Jamais on ne confondra certaines tumeurs, adénomes, fibroadénomes, cysto-adénomes, si fréquemment observées dans la mamelle avec des épithéliomas. Malgré la prolifération constante des épithé-

DES TUMEURS

liums en pareil cas, on remarquera en effet que presque to • l’élément connectif prend un développement plus considérable et les épithéliums, au lieu de former comme dans les tumeurs conT plexes de petits amas épithéliaux disséminés avec plus ou mo^s d’ordre dans le tissu conjonctif végétant, coiffant simplement l^bourgeons connectifs sans les pénétrer, à la façon de l’épidermîfrta]fis^.nt les vé gétations d’un papillome. *

Dans ces deux cas, très comparables d’ailleurs, il y a constamment développement parallèle du tissu conjonctivçM^iscuïaire et des épithéliums de revêtement, si bien que beaucoupœadénomes méritent le nom de polypes ou papillomes glandulaireé . Les kyste^. eux-mêmes présentent souvent des parois hérissées de végétations sessiles, quelquefois villeuses, frangiformes ou nettement papillomateuses. Les connexions entre la charpente fibreuse et les épithéliums de revêtement restant ce qu’elles sont à l’état normal, l’épithélioma n’est pas constitué.

Pour qu’il le soit, il faut qu’il y ait prédominanca de développement des cellules épithéliales et que leur prolifération se fasse aux dépens du tissu conjonctif. Il n’y a plus alors évolution parallèle, l’état d’équilibre qui faisait que l’un des éléments n’empiétait pas sur l’autre est rompu, les cellules épithéliales cessent de se disposer en membranes de revêtement; elles infiltrent les tissus profonds sans jamais arriver à édifier un tissu définitif, elles évoluent dans le sens des épithéliomas.

Le développement des tumeurs épithéliales dans l’épaisseur des tumeurs bénignes se fait, on le voit, suivant des modifications analogues à celles que l’on relève au niveau des revêtements épithéliaux des muqueuses et des glandes normales. C’est dans une région précise et limitée que les épithéliums néoformés subissent les métamorphoses dont les termes d’évolution ultime aboutissent à l’épithélioma.

De même, les tumeurs kystiques peuvent être le point de départ de proliférations épithéliomateuses.Dans un kyste de l’ovaire uniloculaire, l’épithélium interne est exactement modelé sur la membrane d’enveloppe ; si le kyste est multiloculaire, la disposition de l’épithélium dans chacune des poches secondaires est absolument identique à ce qu’elle est dans une poche unique. Aucun changement n’est apporté à cette disposition si les nombreuses poches dont une tumeur ovarique est formée contiennent un nombre plus ou moins considérable de franges, subdivisées elles-mêmes à l’infini. Les épithéliums, ainsi que la trame

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conjonctivo-vasculaire sur laquelle ils s’appuient, conservent entre eux le même rapport. Mais, que ce rapport soit modifié et qu’au niveau d’une de ces parties, poche unique, poche secondaire, frange ou papille, il y ait pénétration de l’épithélium dans le tissu connectif de soutien, l’épithélioma est définitivement établi.

Dans toutes ces circonstances, le quint de départ de la tumeur est local, il ne peut être question de germes embryonnaires retenus (Cohnjjei'm), pas plus que de transformations de cellules plus ou moins complexes (Bard), puisque le type épithélial reproduit est identique au type épithélial de revêtement et que pendant quelque temps il reste en continuité avec lui.

La démonstration du développement local est plus difficile à faire pour les sarcomes, on comprend tout de suite pour quelle raison, c’est que les sarcomes sont des tumeurs prenant racine dans la trame même des organes, c’est-à-dire loin des surfaces libres. Comment saisir sur le fait les premières phases du développement de pareilles tumeurs? Les points de repère manquent ou tout au moins sont plus difficiles à mettre en évidence que dans les épithéliomas dont nous venons de nous occuper.

On peut en effet toujours apprécier les différences de forme et de volume des prolongements, interpapillaires du corps muqueux de Malpighi, constater les modifications initiales des muqueuses, des conduits glandulaires, mais les changements analogues du tissu conjonctif se perdent dans la masse des éléments voisins. Et cependant, sur les tumeurs constituées, on reconnaît, sans méprise aucune, les attributs qui permettent de les rattacher aux éléments connectifs et vasculaires d’origine. Jamais, quelle que soit leur forme, les cellules sarcomateuses ne s’éloignent des fentes vasculaires qui les traversent. Elles font avec leurs vaisseaux partie d’un même système anatomique en évolution.

Et, s’il est pour ainsi dire impossible de déterminer le point de départ exact des sarcomes, on sait bien que les éléments qui entrent dans leur constitution se retrouvent avec la même forme dans la plupart de nos organes. Il n’y a que la proportion des éléments cellulaires par rapport aux vaisseaux qui est changée. Mais l’hypothèse de germes embryonnaires déposés ne rendrait pas mieux compte de la genèse de ces productions, de structure assez simple d’ailleurs.

Tous les tissus conjonctifs peuvent ainsi donner naissance à des sarcomes et l’on peut accepter comme vraisemblable le point de départ

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local de ces tumeurs. Les'lymphadénomesjMbutent de même dans le tissus lymphoïdes.

Beaucoup de tumeurs composées reconnaissent aussi une origine locale. Par exemple les adéno-épithëliomes de la parotide, du foie du rein. Le développement du tissu conjonctif accompagne celui des travées épithéliales, il en résulte des tumeurs d’une structure pius compliquée, mais où cependant on ne voit entrer aucun élément hétérogène. Toutes les variétés du tisjsu conjonctif peuvent participer à la formation du stroma.

La généralité de cette loi, que presque tous les néoplasmes reconnaissent une origine locale et se forment avec le concours de cellules adultes, ne doit pas faire perdre de vue qu’il existe certaines tumeurs dont le développement reconnaît une genèse différente.

11 en est ainsi des tumeurs complexes, dites aussi tératoïdes, dans lesquelles on rencontre, à l’état de prolifération accentuée, des tissus qui n’appartiennent pas normalement à l’organe considéré. On est surpris de trouver ainsi du cartilage, des muscles, des travées ossiformes, quelquefois des éléments nerveux, dans une glande telle que le testicule et l’ovaire. Dans ces conditions, les hypothèses d’inclusion fœtale , d’enclavement de tissus ou de débris blasto dermiques, de parthénogénèse, ne peuvent être écartées sans discussion. Mais on remarquera que cette dernière classe de néoplasmes est de toutes la moins importante, si l’on veut bien entendre par là qu’elle contient relativément aux autres groupes connus un nombre restreint d’observations. Il est alors possible, tout en faisant quelques réserves sur la genèse de ces curieuses tumeurs, de proposer pour les autres une classification simple, basée aussi exactement que possible sur leurs caractères histologiques essentiels.

Aussi, d’après nous, peut-on s’arrêter à la classification suivante :

A. Tumeurs formées uniquement de cellules connectives l Sarcomes.

ou endothéliales. ( Endothéliomes.

B. Tumeurs formées par des tissus définis (mstioides). -

1° Par du tissu muqueux. . . Myxomes.

2° — — fibreux . . . Fibromes.

3° — — graisseux . . . Lipomes.

*° — — cartilagineux . Chondromes.

5° — — osseux . ...... Ostéomes.

®° — -- musculaire . Myomés. :4

— nerveux. . . . Néyromes. ;

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8» Par du tissu lymphatique . Lymphadénomes.

ge — vasculaire sanguin . Angiomes.

l0„ __ — vasculaire lymphatique . Lymphangiomes.

q Tümecrs formées uniqdementje cellules épithéliales. Épithéliomes.

p. Tumeurs composées.

1» Tumeurs à deux tissus (connectives et épithéliales) .

2° Tumeurs complexes .

3° Tératomes.

Papillomes.

Polypes glandulaires.

Adénomes.

Kystes.

Tissus multiples.

Cette classification ne saurait correspondre à tous les faits observés, elle est inévitablement artificielle. Où placer par exemple les fibro-myomes, si nettement caractérisés ? Dans quelle classe ranger les ostéo-sarcomes, les ostéo-chondromes ? Sans doute, aux ostéosarcomes revient de droit la dénomination de sarcomes périostiques et de sarcomes myéloïdes, suivant qu’ils prennent leur origine dans le périoste ou la moelle des os ; quant aux fibro-myomes, ils devraient appartenir au groupe de tumeurs à tissus multiples, bien que, suivant l’usage, bn les place parmi les fibromes *ôu les myomes.

D’autre part, les tumeurs formées par l’association d’éléments épithéliaux et connectifs, qu’elles soient bénignes ou d’allure envahissante, présentent une physionomie très variable suivant les organes et les régions où elles se développent. Il suffit d’examens assez rapides pour constater des différences extrêmement nettes entre les polypes des fosses nasales, ceux de l’intestin, du rectum, de l’utérus, et les tumeurs composées de la mamelle, du rein, dufo|e, du pancréas, de l’ovaire, du testicule, de la parotide, des glandes sébacées ou sudmâpares. ^

Ces: différences sont assez accusées pour qu’il soit possible de déterminer le point de départ d’une tumeur en se guidant sur elles ; un dessin exact donne la même impression. Mais, s’il fallait tenir compte de toutes ces particularités, de tous ces aspects physiononuques, les classifications seraient d’une complication extrême et ne pourraient être utilisées - pour rester pratiques, elles doivent être basées sur des caractères généraux. Dans l’étude des tumeurs de chaque organe on doit au contraire s’appesantir sur les moindres caracos différentiels.

Ainsi, l’une quelconque des classes précédentes, la première si l’on

DES TUMEURS

veut, celle des sarcomes, comprend une série de tumeurs très dans leurs dispositions macroscopiques ou microscopiques- mais^65 ont de commun qu’elles se développent aux dépens de cellules^ 61168 tives et endothéliales en se groupant d’une façon très particudè^ autour des fentes vasculaires qui les traversent.

Si l’on voulait établir aujourd’hui une classification clinique o pourrait suivre assez exactement la classification histologique5 *■ précède. Et cela tient à ce que moins une tumeur renferme d’éléments divers, en d’autres termes plus certains éléments l’emportent sur les autres, plus la marche en est rapide et la tendance envahissante Inversement, plus la répartition entre les divers éléments qui composent un néoplasme est exactement mesurée, moins il y a probabilité de généralisation. Dans les groupes des tumeurs appelées pour cette raison organoïdes ou, histioïdes, on rencontre néanmoins des variétés envahissantes. Ainsi, les myxomes, les lymphadénomes et même les chondromes constituent parfois des tumeurs malignes. Les fibromes et les ostéomes, tumeurs en apparence plus fixes, présentent en certains cas une gravité réelle, comme on l’observe pour les fibromes naso-pharyngiens et quelques ostéomes de la face dont l’accroissement est progressif et les récidives désespérantes. Faut-il ajouter à cette longue série les léiomyomes? C’est ce qu’il paraît aujourd’hui assez difficile d’établir.

En tout cas, la malignité d’une tumeur, c’est-à-dire sa force de pénétration au détriment des organes qu’elle rencontre est une qualité contingente, qui semble exister en puissance dans celles mêmes qui sont considérées comme inoffensives. Cette propriété est développée au maximum dans les épithéliomes, les sarcomes et les lymphadénomes, mais dans ces tumeurs même elle peut s’amoindrir au point que la période d’arrêt se prolonge indéfiniment.

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