‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 83 sur 148 · KYSTES GLANDULAIRES · texte numérisé non relu

KYSTES GLANDULAIRES

Le foie présente quelquefois des kystes contenant de la bile ou de petites concrétions biliaires, ou simplement un liquide séreux. Ces substances solides ou liquides s’accumulent dans des conduits biliaires modifiés par une lésion antérieure évoluant vers la formation kystique (voy. Foie).

Le rein est très fréquemment le siège de kystes dont la cause et l’origine sont très variables (fig. 269). Tels sont les kystes congénitaux, parfois très volumineux. Ils proviendraient, suivant Virchow, de l’atrésie des papilles; mais nous savons aujourd’hui, par de nombreuses observations, qu’il s’agit d’une véritable transformation kystique du rein évoluant comme une sorte d’épithélioma intra-cana- Iieulaire (voir Dégénérescence kystique du rein). Virchow a trouvé dans le liquide de ces kystes des urates ; nous y avons nous-mêmes trouvé de l’urée.

Tels sont encore les kystes séreux ou colloïdes, plus ou moins volumineux, observés chez l’adulte, les uns à la suite de la maladie de Bright, les autres dans la néphrite interstitielle, contenant soit un liquide séreux, soit des concrétions colloïdes (fig. 270). Ces kystes résultent de l’isolement des tubes urinifères et des capsules des glomérules (voy. Kystes du rein).

Le testicule présente souvent de pareilles formations, soit en dehors des éléments glandulaires, aux dépens de l’hydatide de Morgagni, soit aux dépens des tubes séminifères. Leur contenu contient fréquemment des spermatozoïdes (voy. Kystes du testicule)..

Les formations kystiques de Y utérus sont presque normales dans la lésion qui est désignée sous le nom d 'œufs de Naboth (voy. Utérus).

Dans la mamelle il existe des kystes développés, d’après Virchow, aux dépens des conduits galaetophores. Ils sont ‘quelquefois remplis d’un détritus caséeux et souvent tellement distendus qu’avant de les ouvrir on croirait avoir affaire à une tumeur solide. Des productions analogues se montrent aussi dans les diverses tumeurs de eette glande.

UES TUMEUHS

On rencontre de temps à autre des kystes dans des régions complètement dépourvues de glandes à l’état normal.

Dans le tissu conjonctif sous-cutané ou profond, ces kystes sont formés tantôt d’une membrane mince contenant un liquide séreux tantôt d’une paroi beaucoup plus épaisse, irrégulière, anfractueuse et tapissée d’un épithélium cylindrique à cils vibratiles. Fôrster avait déjà observé un revêtement de cellules à cils vibratiles dans certains

Fig. 271. — Coupe d’un adéno-fibrome de la mamelle avec kystes. — Très faible grossissement.

I, l, lobules mammaires; k, k, k, k, kystes de diverses grandeurs. Le stroma est formé par un tissu fibreux très dense. Sur le côté gauche de la figure on voit une assez grande quantité de tissu adipeux. La face interne des kystes était tapissée par un épithélium cubique aplati.

kystes. M. Dumoulin a décrit des kystes périlaryngiens et péritrachéaux qui possèdent un revêtement de cette nature. C’est le plus fréquemment au niveau des vestiges épithéliaux des fentes branchiales que ces kystes ont été observés soit sur la ligne médiane au-devant du larynx, soit sur les parties latérales (voir Lannelongue et Achard, Traité des kystes congénitaux ).

Cornil et Ranvier ont eu l’occasion d’observer plusieurs kystes à épithélium vibratile, notamment un kyste prolifère du péritoine enlevé par M. Maisonneuve.

Les plus importants de tous les kystes sont ceux qui se développent

KYSTES PROLIFÈRES

dans les ovaires; ils prennent parfois un développement considérable (kystes prolifères).

Depuis les recherches de Pflùger et de Waldeyer, on sait que les ovules proviennent primitivement des cellules du revêtement épithélial péritonéal de l’ovaire.

L’épithélium de la surface ovarique envoie dans le stroma de cet organe des bourgeons éphithéliaux pleins qui végètent et s’isolent ensuite pour constituer les follicules de de Graaf. Le follicule de de Graaf n’est donc autre chose qu’un kyste physiologique développé aux dépens de l’épithélium germinatif qui recouvre l’ovaire.

L’origine des kystes prolifères paraît être aussi dans l’épithélium de la surface de l’ovaire. Cette opinion, soutenue d’abord par Waldeyer, a été développée dans ces derniers temps par Malassez et de Sinéty. Suivant ces auteurs, on voit se produire à la surface de l’ovaire et pénétrer dans l’intérieur de son stroma des bourgeons épithéliaux analogues à ceux qui constituent chez l’embryon les tubes de Pflüger. Ils végètent, se ramifient, deviennent creux et forment des culs-desac tapissés d’épithélium. Ces tubes de nouvelle formation présentent à leur intérieur des cellules épithéliales qui sont cylindriques ou cubiques, souvènt pourvues de cils vibratiles, caliciformes, etc. Cette polymorphie des cellules les distingue de celles qui tapissent les tubes de Pflüger aussi bien que les follicules de de Graaf. La surface des cavités des kystes prolifères est villeuse; le revêtement épithélial tapisse régulièrement Les végétations et les bourgeons fibro-vasculaires qui forment la charpente de la tumeur. Ce sont de véritables papillomes développés dans un kyste. On pourrait donc tout aussi bien appeler ces productions kystes papillomateux.

Ces kystes prolifères ont des caractères qui les distinguent de toutes les variétés précédentes : on les rencontre le plus souvent dans l’ovaire, mais quelquefois aussi dans le grand épiploon. Ils peuvent atteindre des dimensions considérables et ils constituent les plus grands des kystes qu’on connaisse dans l’anatomie pathologique humaine. Ils sont tous multiloculaires. Ils possèdent des parois épaisses, indépendantes les unes des autres ou communes à plusieurs cavités kystiques. Leur membrane interne ressemble à une muqueuse et présente à sa surface, disposées sous forme d’îlots plus ou moins étendus, des papilles ou des villosités. Enfin, dans la paroi de ces kystes, on trouve des kystes secondaires.

Le tissu qui sépare et réunit ces différents kystes est le plus sou-

CûfUilL ET HAliviER.— 1. 36

DES TUMEURS

vent un tissu conjonctif jeune très vasculaire, complètement infiltré de cellules lymphatiques dans certains points. Dans quelques faits, nous avons trouvé du tissu muqueux. Les papilles ou villosités végé-

F^Sjl Fig.[272. — Kyste prolifère dejl’ovaire, (Brault). — Grossissement de 80 diamètres.

C’est une sorte de papillome végétant ou arborescent. La tumeur est en effet formée de deux pa tiés : 1° d’axes conjonctifs divisés à l’infini et contenant des vaisseaux v, v; 2° d’un revêteme épithélial composé de cellules cylindriques ou caliciformes disposées sur une'seule couche. Toi les axes conjonctifs sont èn continuité les uns avec les autres; de même le revêtement épith liai est ininterrompu. Toutes ces franges épithéliales sont recouvertes d’un mucus assez épar Chaque système papillaire appartient à la paroi de cavités d’une extrême irrégularité de contour On voit au centre de la préparation deux de ces cavités dont l’une très petite à droite, l’aut plus grande vers le milieu, relativement peu compliquées.

tant à la surface interne des kystes sont simples ou composées : leur disposition est souvent très compliquée comme le montre la figure272. Leur partie centrale est formée d’un tissu conjonctif plus ou moi1^

KYSTES PROLIFÈRES

serré. Leurs vaisseaux sont nombreux et souvent dilatés en ampoulequelquefois ils sont rompus et donnent lieu à des extravasations sanguines. Le sang s’épanche même dans la cavité du kyste. Cette particularité explique pourquoi le liquide contenu dans les kystes est souvent plus ou moins coloré par la matière colorante du sang ou même par du sang épanché, d’où les aspects rouge cruorique, brun, jaune foncé, jaune pâle.

Les papilles et la surface interne des kystes sont recouvertes par des cellules épithéliales, tantôt petites et cubiques, le plus souvent par des cellules caliciformes, ou par des cellules cylindriques munies ou non de cils vibratiles.

Dans les diverses couches de la paroi des kystes, et en particulier dans la couche papillaire, on observe de petits kystes de la grosseur d’une tête d’épingle ou d’une noisette, exactement semblables aux précédents..

Les kystes contiennent en outre des cellules épithéliales régulières ou déformées, en dégénérescence colloïde, granulo-graisseuse et en voie de destruction, des granulations graisseuses libres, parfois des cristaux de cholestérine en quantité considérable, si bien qu’on les voit briller à l’œil nu dans le liquide. Dans les liquides dont la teinte est foncée, on rencontre des globules rouges du sang diversement altérés, des granulations et des cristaux d’hématoïdine.

Le développement des kystes secondaires a été suivi par Fôrster et par Wilson Fox, qui sont arrivés à des résultats différents. Pour Fôrster il existe dans l’épaisseur de la paroi des kystes primitifs des îlots de cellules dont les plus internes subissent la transformation colloïde et sont détruites, tandis que les périphériques, persistantes, constituent le revêtement épithélial de la cavité kystique. Wilson Fox a soutenu cette idée que les kystes secondaires se forment toujours entre les papilles et que les villosités, en se soudant par leurs extrémités, libres, laissent à leur base des cavités kystiques

Fig. 274. — Kyste prolifère de l’ovaire (V. Çorail) Détail -de la paroi d’une cavité kystique. Cellules cylindriques et caliciformes régulièrement insérées sur la paroi.

Fig. 273. — Bourgeon vu à un grossissement de 300 diamètres, v, vaisseau du tissu conjonctif de la papille; m, épithélium cylindrique.

Fig. 275. — ' Section de la paroi d’un kyste ovarien généralisé à la trompe et à tout le péritoine (V. Cornil). Observation de Schwartz. — Grossissement de 10 diamètres, la face libre ou péritonéale du kyste occupant la partie inférieure de la figure est hérissée d’un grand nombre de petites végétations tapissées d’épithélium cylindrique.

cavités fermées dans le tissu conjonctif environnant. En somme, les kystes secondaires naîtraient de la surface d’un kyste déjà formé de la même façon que les premiers kystes sont venus de l’épithélium qui recouvre l’ovaire.

Ces tumeurs ont de grandes analogies de structure et de nature avec les adénomes et les papillomes. En effet, si l’on examine une

KYSTES PROLIFÈRES

préparation de la paroi de l’un de ces kystes sans être prévenu de sa provenance, on pourra hésiter entre un kyste prolifère, un adénome tel que ceux du col de l’utérus ou des fosses nasales, un papillome ou même un épithéliome à cellules cylindriques. Ces tumeurs présentent encore avec les sarcomes développés dans les glandes (mamelle et testicule) une très grande analogie. Mais, lorsqu’on a toute la pièce à examiner, le doute n’est plus possible. On voit très facilement qu’il s’agit de la tumeur décrite par tous les auteurs sous le nom de

Fig 276. — Section de la trompe au niveau d’un nodule dé généralisation d’un kyste ovarique (V Corail). Observation de Schwartz. — Grossissement de 10 diamètres.

A la partie supérieure de la figure, on voit une des cavités épithéliales rompue, ouverte du côté du péritoine.

kyste prolifère, tumeur qui peut prendre un développement énorme, entraîner la mort des malades, mais qui ne se généralise pas d habitude à la façon des sarcomes et des épithéliomas.

Il existe cependant des observations. dont les plus importantes ont été recueillies par Malassez et de Sinéty, Cornil et Poupinel, établissant que les kystes de l’ovaire peuvent se généraliser. Les figures 275 et 276 se rapportent à un fait de ce genre.

On trouvera aussi de véritables kystes parmi les tumeurs étudiées dans le chapitre suivant.

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