TISSUS MULTIPLES
Au premier abord, cette assertion n’est pas évidente, car les combinaisons suivant lesquelles les divers tissus s’associent dans les tumeurs malignes sont extrêmement variées.
Les tissus de la série conjonctive se combinent souvent deux à deux, quelquefois en plus grand nombre; enfin ils peuvent s’unir aux différentes variétés d’épithéliome pour constituer des tumeurs d’une complexité plus grande encore.
Les descriptions précédentes nous ont montré la fréquence des associations fibrome et sarcome (fibro-sarcome), myxome et sarcome (myxo-sarcome). Il existe aussi les combinaisons : fibro-myxO-sarcome, fibro-myxo-chondrome, fibro-myxo-chondro-sarcome ou ostéosarcome, etc.
Les épithéliums unis aux formes précédentes constituent des tumeurs solides ou des tumeurs kystiques, celles-ci provenant d’une évolution kystique spéciale des épithéliums inclus, d’où les cysto-sarcomes et les cysto-mvxo-sarcomes, etc.
Enfin la réunion des tissus peut être telle que, pour dénommer la tumeur, l’énumération des variétés précédentes ne suffirait pa*. En pareille circonstance, il vaut mieux s’en tenir à l’expression : tumeur à tissus multiples, tout en donnant, au cours de la description, l’énoncé des différentes parties qu’elle renferme. Il existe, en effet, des néoplasmes où l’on rencontre du tissu adipeux, des vaisseaux sanguins, des parties angiomateuses, du tissu élastique en grande quantité, des évolutions glandulaires d’aspect varitble.
Dans une dernière classe de tumeurs on rencontrera des parties plus différenciées encore : muscles lisses, muscles striés, kystes dermoïdes, glandes sébacées, poils, dents, os véritables ou productions osseuses, fragments de muqueuse, glandes diverses, système nerveux fasciculé ou ganglionnaire, etc. Mais ces dernières productions constituent surtout des curiosités anatomiques et leur place se trouve dans le chapitre suivant.
Revenons aux tumeurs à tissus multiples. On peut faire à leur sujet une remarque importante, c’est que, dans la très grande majorité des cas, les tissus composants n’ont pas l’air de s’influencèr par contact ; ils se développent au voisinage les uns des autres plus ou moins rapidement, sans doute, mais sans se contrarier et comme s’ils évoluaient isolément. Il doit donc arriver que, tout l’effort des tissus composants étant donné en un point, le développement s’y arrête pour se poursuivre ailleurs.
Il est inutile, pour entraîner la conviction sur ce point, de revenir
DES TUMEURS
sur les dispositions que revêtent les tissus de la série connective lorsqu’ils s’associent, puisque cette indication a déjà été fournie ailleurs. L’exemple tiré des tumeurs à tissus multiples où les épithéliums jouent un rôle est encore plus probant.
Fig. 277. — Tumeur à tissus multiples de la parotide (Brault). — Grossissement de 115. diamètres.
Le stroma est formé de tissu conjonctif ordinaire et surtout de tissu conjonctif muqueux. On y rencontre des faisceaux de fibres élastiques e, e et beaucoup de fibrilles isolées. Les cellules cartilagineuses c ne sont presque jamais groupées. On les trouve surtout complètement libres au voisinage des faisceaux élastiques ou des épithéliums. Les épithéliums forment des travées assez grêles, fréquemment anastomosées, limitant des cavités de volume variable. Deux de ces cavités occupent le bas de la figure, elles contiennent du mucus. Les cellules ont la forme cubique; vues de face, elles donnent l’aspect d’une mosaïque-.
On verra ainsi des tumeurs du rein, du testicule, de la parotide, où les régions seront alternativement myxomateuses, sarcomateuses, épithéliales rappelant l’adénome, épithéliales à cellules cylindriques, épithéliales en amas carcinomateux. Les épithéliums à ces divers états pourront également côtoyer des travées de tissu cartilagineux ou présenter l’évolution kystique.
Une combinaison très fréquente dans la parotide est celle-ci: myxome, chondrome, épithéliome, tissu élastique (fîg. 277).