LA FLORE PATHOLOGIQUE
Nous venons de voir qu’à l’état normal l’alvéole pulmonaire est quelquefois habité par des microbes. A l’état pathologique, cette flore peut devenir extrêmement variée : pneumocoque, staphylocoque, streptocoque, tuberculose, morve, actinomycose, microbes anaérobies, etc. Nous ne voulons pas énumérer ni décrire ici chacune de ces espèces. Nous les retrouverons chemin faisant en étudiant successivement chacune des diverses maladies de l’appareil respiratoire.
Il est bon, néanmoins, d’indiquer quelles sont les voies suivies, par les microorganismes pour pénétrer jusqu’au sein du parenchyme.
Les microbes peuvent entrer dans le poumon par deux procédés :
a) Par effraction, quand un traumatisme apporte avec lui les germes du dehors : coup d’épée, balle de revolver, kystes hydatiques du foie ouverts dans les bronches ;
b) Par les voies naturelles : conduits aériens, artères, veines, lymphatiques.
L’infection par les conduits aériens réalise un mode fréquent, connu sous le nom d’infection descendante.
C’est le processus habituel des bronchopneumonies, où généralement l’inflammation débute par les voies supérieures (nez, pharynx, larynx, trachée) et gagne de proche en proche l’alvéole, grâce à l’affaiblissement des différents moyens de défense interposés sur son chemin : épithélium vibratile, leucocytes, pouvoir bactéricide du mucus, toux, etc.
La distribution des foyers inflammatoires suit la distribution des bronches, formant ainsi la pneumonie lobulaire, avec ses nodules inflammatoires péribronchiques.
L’infection par la voie artérielle bronchique s’observe dans les septicémies ; le type le plus fréquemment observé est celui de la granulie, où les tubercules se propagent par les vaisseaux artériels et se développent autour de ceux-ci.
La voie veineuse est très fréquemment suivie (veines périphériques, veines du système porte). On peut dire que le poumon est le premier organe et le plus souvent atteint par les infections dhmigme veineuse.
Qu’un foyer infectieux des membres ou d’une région quelconque dépendant de la circulation cave (oreille moyenne par la jugulaire,
BRONCHES ET POUMONS
peau, tissu cellulaire sous-cutané) contamine une veine, les microbes sont transportés au cœur droit et, de là, embolisés vers le poumon par l’artère pulmonaire; les microorganismes sont arrêtés au niveau de ce premier système capillaire et y colonisent en déterminant des foyers infectieux de forme embolique, c’est-à-dire en cône à base périphérique sous-pleurale. Cette particularité nous rend compte de la fréquence si grande des inflammations pulmonaires à la suite des infections cutanées (impétigo des enfants, staphylococcie, abcès de la peau, etc.) (Hutinel-D’Astros) (1).
Le système de la circulation porte est souvent aussi l’origine d’infections pulmonaires. Mais là, l’invasion pulmonaire n’est pas directe ; elle est précédée d’un relais hépatique, puisque le système capillaire portai épanoui dans le foie est interposé entre les radicules originelles des veines portes et le cœur droit. Il faut donc avant l’envahissement pulmonaire que les germes traversent le foie sans s’y arrêter, ou après y avoir déterminé des foyers infectieux.
Le foie peut être lui-même la source directe de l’infection pulmonaire, quand il est atteint d’angiocholite ascendante.
La voie lymphatique réalise peu fréquemment l’infection directe du parenchyme pulmonaire. Il n’en est pas de même de l’infection indirecte.
Les microbes du tube digestif peuvent pénétrer dans le système lymphatique à travers la muqueuse intacte, ainsi qu’il résulte de recherches nombreuses (Dobroklonsky, Tchistowitch). Ces microbes vont ainsi coloniser dans les ganglions mésentériques et de là peuvent atteindre le canal thoracique, d’où ils sont portés directement au poumon par la veine sous-clavière gauche et le cœur droit.
C’est là le chemin que Peyrot et Milian (2) admettent pour expliquer la fréquence des infections pulmonaires dans les affections ulcéreuses du tube digestif, particulièrement dans le cancer de l’estomac, où les étapes de l’infection sont préparées par la généralisation si commune du cancer le long du canal thoracique. Même chose arrive pour les gastro-entérites (Hutinel), l’appendicite, lès hémorrhoïdes infectées, la hernie étranglée, etc.
On tend à admettre aujourd’hui (Bartel, Yeleminsky) que les choses se passent la plupart du temps ainsi pour la tuberculose, que les
. (1) IVAstros, Bronchopneumonie consécutive aux infections cutanées (Revue française de médecine et de chirurgie, 1904, p. 583).
(2) Peyrot et Milian, Gangrène pulmonaire après gastro-entéro-anastomose pour cancer\(Presse médicale, 25 avril 1900).