LES MICROBES DANS LES MATIÈRES FÉCALES
C’est naturellement la méthode des cultures qui renseigne le mieux sur les microbes des fèces. Cependant, l’examen baetériôscopique est utile et
nécessaire, car il permet de contrôler les espèces obtenues par la culture et celles qui ont été constatées à l’examen direct. On se rend ainsi beaucoup
histologie pathologique 533
mieux compte du nombre d’espèces bactériennes qui existaient dans les matières fécales.
Après dilution de la selle fraîche dans l’eau, il est utile d’en faire l’examen en goutte pendante; ce procédé renseigne sur la mobilité des bactéries, et les caractères de leurs mouvements (Schmidt). A la préparation fraîche on devra ajouter une goutte de la solution de Lugol qui permettra de reconnaître certains champignons.
Pour obtenir des préparations colorées des microbes d’une selle d’adulte par exemple, il faudra les séparer des autres résidus, en employant la méthode de Strassbürger. On délaye une petite quantité de matières, du volume d’un demi-pois, dans quelques centimètres cubes d’eau, on centrifuge, puis on dilue une partie du liquide trouble surnageant dans deux parties d’alcool et on centrifuge de nouveau. On étale le dépôt et on colore par
Fig. 168. — Filaments de Fig. 169. — Selle normale de nourrisson nourriau sein. Double
mucus après addition d’acide coloration par lé procédé de Weigert-Escherich. — Grossis-
aeétique. sement : 1000. (Les bacilles ombrés devraient être rouges.)
les méthodes habituelles, bleu de Lôffler, fuchsine... Ce mode d’examen donne des résultats que nous examinerons à propos des différentes formes d’entérite.
Chez les nourrissons, il suffit d’étaler une mince couche de matières qui sera d’abord examinée sans coloration. Puis on fixe à la chaleur et on colore par les colorants habituels. Une deuxième préparation sera colorée par la méthode de Gram, telle qu’elle a été indiquée par son auteur (lissier). La méthode d’Escherieh qui n’est qu’une coloration par le Gram, suivie d’une recoloration par la fuchsine alcoolique, n’est pas à l’abri des reproches. Si on l’emploie en effet sur une culture pure de bifidus par exemple, la recoloralion à la fuchsine colore en rouge les éléments qui n’ont pas pris la couleur par la méthode de Gram. 11 est à remarquer que, pour une même espèce, on voit en effet, à côté d’individus prenant bien le Gram, des mieroorganismes qui le prennent peu ou même pas du tout. De là dans l’appréciation des résultats fournis par la méthode bactérioseopique des erreurs auxquelles il faut songer. Celle-ci, cependant, renseignera sur l’espèce dominante et en facilitera l’analyse ultérieure (Tissier).
TUBE DIGESTIF
I a constitution bactériologique de l’intestin est des plus variables. A la naissance, écrit Tissier, les selles restent aseptiques pendant dix à douze
Fig. 110. — Méc muni. — Grossissement : 1000. (Frottis.) ' '
heures, puis s’infectent et contiennent avant toute alimentation de petits cocci et le Bacterium coli epmmune. Puis, la flore se complique : elle est représentée par de nombreux cocci en amas et en chaînettes, de [grosses
Fig. 171. Selle normale d’enfant nourrie au lait de vache. — Grossissement : 1000, double coloration par le procédé de Weigert-Eschericli. ( Les bacilles ombrés devraient être rouges.)
tétrades rappelant les sarcines,’ des bacilles de forme variée, le B. putrificus de Bienstock. Avec les premières selles de lait maternel, on voit s’établir un équilibre microbien qui restera immuable, à partir du troisième jour jus-
qu’à ce que l’alimentation soit modifiée. Elle est surtout constituée Dar le B. bifidus commune, puis accessoirement par le B. coli, le B. Iactis’aerogenes, et le Streptoeoccus intestinalis de Hirseh-Libbmann. Le lait stérilisé ou non amène une infection plus intense et plus variée. C’est alors crue l’on peut isoler sans trouver d’éléments prédominants : le B., acidophilus de E. Moro, le B. exilis, le B. bifidus communis, le streptocoque enteritis de Hirseh- Libbmann, l’entérocoque de Thiercelin, le B. coli et le B. laclis aerogenes d’Escherieh, le staphylocoque, la sarcina minuta et la levure blanche.
Plus tard, nouvelle transformation : l’enfant de cinq ans, dont la nourriture diffère assez peu d'e celle de l’adulte, présente une flore fondamentale, vestige de la flore du nourrisson et une flore surajoutée comprenant les
Fig. 172. — Selle de repas d’épreuve normale (figure combinée). Leitz obj. 7. a, Reste de fibre musculaire; — b, Sels jaunes de chaux; — c, Savon'; — d, Paillette d'avoine; — e, Cellule vide de pomme de terre; — f, Détritus ; — g, Résidu de cacao.
B. perfringens, funduliformis, le staphylocoque parvulus, le coecobacille prœaeutus...
Chez l’adulte, la flore intestinale est encore plus complexe. On y a signalé le B. coli commune, des formes intermédiaires à ce bacille et au bacille d’Eberth, le B. d’Eberlh à l’état saprophytique, le B. lactis aerogenes, les B. mesentericus, subtilis, proteus, pyocyanique, amylobacter, des bacilles fluorescents, des anaérobies nombreux, des formes rondes, streptocoques, entérocoques, staphylocoques, des levures, la torula de Pasteur. L’énumération pourrait être longue sans grand profit, la nomenclature ne pouvant pas être suffisamment établie. Les espèces microbiennes sont extrêmement nombreuses et on en connaît mal les variations. On sait depuis les recherches de Gilbert et Ilominiei que le régime lacté diminue fortement le chiffre des microbes. A l’état normal, Klein estime la quantité des bactéries journellement éliminées, par l’homme, à la septième partie dés matières fécales desséchées, Strassbürger au tiers. La plupart de ces microbes contenus dans les fèces seraient morts.
TUBE DIGESTIF