C. Plèvre
Les lésions que nous décrivons ici sont le résultat des travaux de M. Cornil (1) et de ses élèves Marie (2) et Vermorel. La thèse de Vermorel contient leur exposé complet (3).
Étude de l’adhérence. — La ligature costo-pulmonaire provoque une inflammation adhésive aseptique qu’on peut considérer comme la lésion élémentaire de l’inflammation pleurale.
Après vingt-quatre heures, on trouve une adhérence très délicate constituée par un exsudât fibrineux, et qui se rompt dès qu’on coupe le fil. La fibrine est disposée en faisceaux lamelleux ou en simples grumeaux renfermant dans leur intervalle des globules rouges et des leucocytes, lymphocytes et polynucléaires. Les cellules endothéliales, plates et minces à l’état normal, se gonflent, et leur cuticule se rompt. La masse protoplasmique et le noyau font saillie dans la cavité pleurale, et bientôt les cellules se relèvent en rompant leurs prolongements et restent fixées par un seul prolongement; les cellules endothéliales se présentent alors hérissées, dressées en palissade, pressées les unes contre les autres, comme un épithélium à cellules cylindriques.
Après quarante-huit heures, les cellules endothéliales sont encore
(1) Cornil, Arch. de méd.expérim., janvier 1897.
(2) Cornil et Marie, Arch. de méd. expérim., mars 1897.
(3) Vermorel, Recherches anatomiques et expérimentales sur l'inflammation pleurale. These de Paris, 1898. .
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plus volumineuses, pouvant atteindre jusqu’à un dixième de millimètre, c’est-à-dire capables d’être vues à l’œil nu. Elles poussent de gigantesques prolongements, qui s’appuient sur les faisceaux fibrineux.
Après trois jours, le phénomène capital est l’apparition de la multiplication cellulaire. On en observe déjà quelques ligures à la vingtquatrième et à la quarante-huitième heure, mais en très médiocre quantité. Au troisième jour, au contraire, la multiplication est très
Fig. 1S. — Adhérence pleurale après ligature. Pièce de quatre jours (chien). — Grossissement de 115 diamètres. P, poumon dont les alvéoles contiennent des bourgeons fibrineux avec des leucocytes et des cellules endothéliales. PV, plèvre viscérale épaissie avec prolifération cellulaire. PP, plèvre pariétale.
Entre ces deux plèvres se montre un exsudât fibrineux F coloré en vert, par la thionine; cet exsudât est parsemé de grandes cellules fusiformes ou étoilées d’origine conjonctive, ou endothéliales C, de leucocytes L et de néo-vaisseaux V remplis de globules sanguins (Vermorel).
abondante. Il s’agit de division directe ; les figures de karyokinèse sont très rares.
Après quatre jours, l’adhérence est dans la phase la plus active d’organisation : les cellules se sont anastomosées par leurs prolongements, formant un riche réseau qui donne à l’adhérence sa solidité (fig. 18); la fibrine commence à se résorber. elle*est de plus en plus morcelée, servant non seulement de soutien, mais de matière nutritive aux cellules. Les leucocytes sont presque tous altérés : ils perdent leur protoplasma, qui commence par ne plus être colorable; puis, les noyaux eux-mêmes s’effritent. Les globules rouges existent
plus ou moins' abondants dans l’exsudât, parfois formant de véritables nappes répandues entre les faisceaux de fibrine.
Le phénomène le plus remarquable de cette période est la formation de néo-vaisseaux.
Coupé transversalement(voir fig. 19, Y), le capillaire se présente sous la forme d’une cavité de dimensions variables, limitée par une seule couche de cellules endothéliales identiques à celles qui végètent si abondamment dans l’exsudât; cette cavité est vide ou renferme un ou quelques globules rouges, parfois elle en est gorgée.
Fig. 19. — L’exsudât fibrineux organisé : de la figure précédente vu à un plus fort grossissement (250 diamètres).
Les cellules conjonctives et endothéliales fusiformes ou étoilées forment un riche réseau. Cés cellules ont de longs prolongements qui s’anastomosent entre eux ; le noyau est clair, présente un ou plusieurs nucléoles fortement colorés.
V, vaisseau de nouvelle formation rempli de globules sanguins. L, leucocyte : les noyaux des leucocytes prennent la matière colorante d’une manière plus intense que ceux des cellules connectives (Vermorel).
Coupé en long, le capillaire apparaît comme une double rangée de cellules montant parallèlement dans une fissure de la fibrine et laissant: entre elles une cavité à peine esquissée.
Après cinq et six jours, les phénomènes précédents s’accentuent sans qu’on voie beaucoup de modifications nouvelles. La circulation devient plus active, les capillaires sont gorgés de sang et communiquent manifestement avec ceux du poumon ; la fibrine régresse et ne présente plus de disposition aréolaire nette.
Après sept à huit jours, on. assiste à l’apparition des fibrilles con-
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jonctives. Par la thionine, elles se colorent en violet clair tirant sur le rouge; elles se différencient de la fibrine, qui prend une coloration verte ; des cellules conjonctives et de leurs prolongements, qui se montrent en violet foncé; elles sont accolées aux cellules, mais se distinguent très bien du protoplasma cellulaire et de ses prolongements. ,
Dès ce moment, tous les éléments de l’adhérence entrent en régression : les cellules étoilées deviennent plates, s’atrophient de toutes parts; les néo-vaisseaux seirésorbent en partie; ceux qui restent ne sont plus de simples capillaires, la plupart possèdent une paroi propre. Au lieu d’un tissu cellulaire exubérant à cellules énormes formant à peu près toute la masse, on a devant les yeux une adhérence à fibrilles conjonctives et élastiques, dont les cellules sont aplaties le long des faisceaux, et nombre d’entre elles ne vont pas tarder à présenter tous les signes d’une déchéance sénile avancée (Vermorel).
Au vingtième jour, l’adhérence est solide, complètement fibreuse, constituéè par du tissu de cicatrice ou tissu de sclérose. Ce tissu conjonctif néoformé n’est pas aussi régulièrement disposé que dans une membrane continue. La direction des faisceaux de fibres, des cellules et des vaisseaux de la cicatrice est généralement telle que les divers éléments affectent une direction perpendiculaire ou légèrement oblique par rapport au plan des deux séreuses qu’elles unissent.
M. Cornil a constaté la persistance d’adhérences expérimentales après trente-cinq jours. Il est vraisemblable que cette persistance est indéfinie. Les plus anciennes adhérences expérimentales observées par Vermorel présentaient une structure identique aux vieilles adhérencès filamenteuses de l’homme, où les faisceaux conjonctifs sont recouverts de cellules endothéliales bien délimitées par L’argentation, appliquées et aplaties sur ces faisceaux comme cela est dans la plèvre normale.
Lésions des plèvres sous-jacentes à V adhérence. — A l’exemple de Vermorel, nous n’avons parlé jusqu’ici que des phénomènes qui se passent dans l’exsudât. Les plèvres et le poumon prennent une part active dans la formation de celui-ci. 11 nous reste à parler des phénomènes histologiques qui s’y passent.
L’endothélium pleural s’hypertrophie, se relève comme nous l’avons indiqué. Les cellules conjonctives intra-pleurales suivent le même processus ; elles s’hypertrophient, se multiplient et font irruption dans l’exsudât fibrineux. Les cellules de celui-ci ont donc deux origines : les cellules endothéliales et les cellules conjonctives de la trame, qui
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une fois irritées par l’inflammation, ne présentent aucune différence.
La substance fondamentale fibreuse du tissu conjonctif s’imbibe de sucs, les fibrilles en sont moins nettes et finissent par disparaître; les cellules en prolifération deviennent libres au sein d une substance amorphe de plus en plus restreinte, et amènent, par leur hypertrophie et leur multiplication, un épaississement notable de la trame.
Les vaisseaux sont toujours extrêmement dilatés, gorgés de sang, souvent rompus, et ayant donné lieu à une extravasation sanguine
Fig. 20. — État vésicvtleux de l’endothélium pleural au voisinage d’une brûlure du poumon par le thermo-cautère.
P, alvéoles pulmonaires; T, trame pleurale infiltrée de leucocytes et présentant en V une fente lymphatique limitée par des cellules plates contenant de la fibrine et des leucocytes. Au-dessus de la trame est l’endothélium pleural recouvert d'un ruban de fibrine.
Les cellules sont : les unes A pédieulées, les autres B vacuolaires ; dans ces cellules vacuolaires, le protoplasma est rejeté dans le pied, et le noyau toujours' à la partie supérieure ; dans l’élément B, la vacuole contient deux leucocytes polynucléaires dépourvus de protoplasma (Cornil).
considérable; leur endothélium est tuméfié et il est souvent le point de départ de bourgeons vasculaires qui montent dans la fibrine pour constituer un nouveau vaisseau.
Quand les vaisseaux nouveaux apparaissent d’emblée dans l’exsudat, ils ne tardent pas à se mettre en rapport par des prolongements protoplasmiques avec les vaisseaux préexistants et, par cette communication, la circulation s’établit dans le nouveau réseau.
Lésions des plèvres au voisinage de l’adhérence. — En dehors des fils, les plèvres présentent des lésions dont l’intensité diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de ceux-ci.
Tout près des fils existe un léger exsudât avec prolifération des
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cellules. Plus loin, les lésions sont moins accentuées. Il n’y a pas d’ exsudât, les vaisseaux sont dilatés, il y a quelques leucocytes extravasés, mais l’endothélium est très curieusement modifié.
Les cellules endothéliales sont dressées à la surface de la plèvre, à qui elles restent fixées par un pédicule très net, tandis que l’extrémité libre est renflée en poire ou en sphère (voy. fig. 20). Le centre de la cellule (B, fig. 20) est occupé par un grand espace clair, non coloré, assez régulièrement arrondi, qui paraît une vacuole entourée d’une mince enveloppe de protoplasma refoulée à la périphérie et dans le pédicule; le noyau est également excentrique, tout comme dans une cellule adipeuse.
Une rangée de cellules vésiculeuses sphériques peut ainsi remplacer l’endothélium. Entre elles ou à leur base, des cellules endothéliales relevées s’accolent contre ces cellules vacuolaires.
Dans les vacuoles des cellules, on trouve très souvent des globules blancs plus ou moins altérés, leucocytes polynucléaires dont le protoplasma a disparu et qui sont réduits aux noyaux ou fragments de noyaux (B, fig. 20). Ces grandes cellules apparaissent donc nettement comme des éléments phagocytaires.
Cet état bien particulier se retrouve toujours sur les surfaces libres de la plèvre, au voisinage des lésions d’adhérence, par exemple, et jamais au niveau de l’adhérence elle-même.
C’est un phénomène général qui se produit encore au voisinage des lésions par le thermo-cautère, et d’autres encore, ainsi que nous le verrons plus loin.
Inflammation par le thermo-caütère. — Il y a à étudier les lésions : 1° au niveau de l’eschare; 2° au niveau de la plèvre; 3° au niveau du poumon.
~ 1° Eschare. — Quelques heures après l’opération, on trouve, au point brûlé, la coagulation sanguine dans tous les petits vaisseaux du poumon, et dans les capillaires, des cloisons alvéolaires et de la plèvre. Du sang s’est épanché dans les alvéoles et les bronchioles.
Du deuxième au troisième jour, l’eschare, d’une épaisseur de 1 à plusieurs millimètres, est formée de tissu momifié (cloisons, vaisseaux, cellules), englobé dans un caillot.
Au pourtour de l’eschare existe, au contraire, une réaction violente.
2° Lésions pleurales. — E les sont calquées sur les précédentes.
A la périphérie de l’eschare apparaît l’inflammation exsudative,
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avec fausse membrane, fibrineuse, tandis qu’en dehors de cette dernière zone existent les altérations vésiculeuses précédemment décrites.
Au bout de huit jours, les cellules vésiculeuses reprennent l’apparence normale, la fausse membrane se résorbe et l’eschare est remplacée par du tissu de cicatrice.
3° Les lésions du poumon au pourtour de l’eschare sont identiques à celles de l’apoplexie pulmonaire (Cornil).
Inflammation pleurale par introduction de corps étrangers. — La fibrine est particulièrement intéressante à étudier, puisqu’elle joue un rôle physiologique si considérable dans l’édification des adhérences, cicatrices, etc.
Du premier au sixième jour, le bloc de fibrine fait une saillie, en forme de champignon, fixé sur la plèvre pulmonaire ou sur la plèvre pariétale, au voisinage de l’orifice d’entrée. La résorption s’effectue ensuite ; elle est complète aux dixième et douzième jours.
Histologiquement, après vingt-quatre heures, une exsudation fibrineuse unit le corps étranger à la plèvre, et les cellules endothéliales de la plèvre deviennent cylindriques et se relèvent.
Après trois jours, tout le segment inférieur du bloc de fibrine est pénétré d’éléments cellulaires, qui envoient dans tous les sens de longs prolongements. Cette pénétration est beaucoup plus abondante que dans les expériences précédentes, carie travail à fournir est beaucoup plus considérable et, de plus, la pénétration se fait d’une manière toute particulière, les cellules commençant par s’appliquer à la périphérie totale du bloc, du côté de la face libre comme de la face adhérente, et quel que soit le volume de ce bloc.
Au sixième jour, tout le bloc fibrineux est envahi par les cellules. Quant aux leucocytes, ils n’existent que dans les régions non encore organisées, fuyant devant les cellules conjonctives, comme s’ils avaient pour fonction de frayer le chemin à celles-ci et de leur servir comme matière nutritive. L’organisation des néo-vaisseaux se fait comme précédemment.
Au dixième jour, le bloc de fibrine est complètement résorbé et il ne res^e plus à sa place qu’un épaississement fibreux de la plèvre.
L’intensité de l’activité cellulaire est considérable en cette circonstance, aussi y a-t-il lieu de se demander, avec Cornil et Carnot, si de pareilles substances ne pourraient pas être utilisées pour traiter la cicatrisation des plaies des divers organes.
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Lorsqu’au lieu d’introduire une substance nutritive comme la fibrine, on introduit dans la cavité pleurale, une substance cellulosique non digestible, comme Y éponge, les phénomènes d’irritation cellulaire et d’organisation se passent comme dans le cas précédent, mais il n’y a pas résorption de la substance introduite, et il se produit un phénomène particulier, qui est la pullulation de cellules géantes (Cornil-Vermorel). Les cellules géantes (G, fig. 21) apparaissent dès le quatrième
Fig. 21. — Coupe d’une éponge qui a été introduite dans la cavité pleurale d’un chien. Pièce de cinq jours. — Grossissement de 300 diamètres.
L’éponge s’est fixée sur la plèvre pulmonaire; la partie dessinée est un point très rapproche de cette plèvre qui serait à la partie inférieure de la figure en A. S, corpuscule de spongine en contact avec une cellule géante G à noyaux multiples et à prolongements protoplasmiques nombreux; cette cellule géante englobe complètement un corpuscule voisin et partiellement le corpuscule S. G', autre cellule géante présentant une vacuole vide apparaissant incolore, et, au-dessus, deux autres vacuoles V plus petites et contenant des débris granuleux. C, capillaire de nouvelle formation vu en long, à lumière très étroite dépourvu de tout globule. C', autre capillaire uéoformé coupé transversalement montrant un globule blanc à son intérieur. L, leucocyte polynucléaire. Les cellules organisatrices végètent au milieu d’un exsudât fibrineux, apparaissant en vert, qui a rempli tous les interstices de l’éponge (Vèrmorel).
jour dans les parties de l’éponge les plus rapprochées de la plèvre, là où la végétation cellulaire est le plus avancée ; dans les jours suivants, elles se montrent dans toute l’épaisseur du bloc, leur marché suivant étroitement celle des grandes cellules connectives. Elles se présentent sous l’aspect d’un bloc énorme de protoplasma bourré de noyaux ; elles sont massées autour du corps étranger et l’englobent. Il peut y avoir une seule cellule géante immense pour un ou plusieurs blocs de spongine, ou bien deux ou plusieurs cellules géantes plus petites.
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Les noyaux sont ovoïdes, clairs, nucléolés, réguliers; ils sont en nombre très variable, tantôt huit ou dix, tantôt au nombre de cinquante à soixante. Le protoplasma est très vivement coloré. Il renferme souvent une ou plusieurs vacuoles vides ou renfermant des débris protoplasmiques ou nucléaires (fig. 21).
L’avenir de ces cellules géantes n’est pas encore déterminé, faute d’avoir pu étudier des pièces suffisamment anciennes.