TUMEURS DE LA PROSTATE
A. — Tumeurs épithéliales
I. Tumeurs épithéliales typiques. — Cette classe ne comprend qu’une seule espèce de tumeur : l’adénome prostatique, avec ses variétés d’évolution. On ne l’observe qu’exceptionnellement dans l’âge adulte; il est fréquent dans la vieillesse. C'est, pour nous, la lésion primitive et essentielle de l’hypertrophie sénile de la prostate.
La description quiprécède nous permet donc de résumer très brièvement les caractères des adénomes prostatiques.
k) Adénome- pur . — il se présente sous la forme de petites tumeurs, le plus souvent multiples, qui peuvent, se développer dans tous les groupes glandulaires de la prostate, mais de préférence dans les glandes centrales périuréthrales.
L’adénome forme dp s nodules arrondis ou ovoïdes, souvent nettement distincts des tissus périphériques, et encapsulés. 11 est: constitué par des lobules glandulaires néoformés, petits, nombreux, serrés.
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et dont Tépithélium est en prolifération manifeste: : Le stroma, peu abondant, est formé de tissu conjonctif et musculaire, identique au stroma prostatique normal.
. Fig. 393. — Adénome prostatique.
Lobule glandulaire très proliférant : transition vers l’cpithelionia adénoïde. Les glandes périphériques, comprimées, allongées en forme de fente, tendent à isoler le lobule adénomateux, en lui délimitant une capsule (Albarran et Halle).
b) Adénome kystique -cysto- adénome (Tophoven). — C’est la même tumeur* avec une dilatation prononcée des acini néoformés, qui lui donne un aspect mou, spongieux, lacunaire : la dilatation va jusqu’à former de petits kystes, à contenu muco-épithélial, avec atrophie de la couche de revêtement, qui devient aplatie.
c) Adénome fibreux. — Fibro-adénome. : — Fibrome glandulaire atrophique .
Fréquemment, dans les nodules glandulaires, le stroma prolifère jusqu’à prédominer sur la néoformation épithéliale; le nodule devient
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dur, fibreux, formé de lobules secondaires où le tissu conjonclif se stratifie en lames concentriques, autour des vestiges épithéliaux atrophiés. Le tissu musculaire lisse s’atrophie généralement comme le tissu glandulaire; exceptionnellement il reste abondant, ou même semble proliférer jusqu’à prendre une part importante à la constitution du stroma.
II Tumeurs épithéliales atypiques. Épithélioma, cancer. — Ce groupe comprend plusieurs variétés histologiques de tumeurs épithéliales, qui relient, par des transitions insensibles, les tumeurs épithéliales bénignes aux malignes, l’adénome au cancer.
Fig. 399. — Épithélioma a lonouje de la prostate.
Le lobule néoplasique est nettement limité et encapsulé. Il est formé de tubes contigus, séparés par de fins tractus du stroma conjonclif. Lés tubes ont une structure glandulaire, remplis d’épithélium à plusieurs rouelles; quelques-uns partiellement vidés de leur contenu cellulaire (Albarran et Hallé). S
a) Épithélioma adénoïde (Albarran et Hallé, Bamberger). — C’est un néoplasme assez fréquent dans la vieillesse, comme l’adénome. On le rencontre dans des prostates qui présentent les caractères, macroscopiques de l’hypertrophie. Albarran et Hallé, sur 100 prostates séniles hypertrophiées, ont rencontré 14 fois les lésions de l’épilhélioma adénoïde, coïncidant avec les lésions banales de l’hypertrophie.
L’épithélioma adénoïde se présente sous la forme de nodules, plus ou moins nettement circonscrits et encapsulés, qui ne diffèrent, des nodules adénomateux que par un aspect opaque homogène, finement grenu. Ces nodules sont formés uniquement de lubes^épithéliaux nom-
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breux, serrés, étroits, séparés les uns des autres par de très fins traclus de stroma conjonctivo-musculaire.
Ces tubes, disposés sans ordre, donnent sur la coupe des figures de sections allongées, ovalaires ou circulaires. Ils sont remplis par un revêtement continu d’épithélium stratifié, réservant au centre une petite cavité irrégulière. La couche épithéliale présente une structure qui rappelle plus ou moins la disposition des épithéliums glandulaires : couche de cellules basales cubiques à gros noyaux, revêtue par une couche superficielle de cellules cylindriques, souvent à corps clair, avec noyau basal; la cavité centrale est remplie de débris épithéliaux granuleux.
Ces nodules d’épittiélioma adénoïde peuvent être complets, de structure uniforme, nettement encapsulés. Souvent on les voit en continuité, sur un point de leur circonférence, avec un nodule adénomateux banal d’où ils se détachent, comme un bourgeon; entre les deux néoplasies épithéliales, tous les intermédiaires se rencontrent, sous forme d’adénome très proliférant.
Les nodules d’épithélioma adénoïde peuvent être localisés, rares, isolés, et comme perdus au milieu des lésions nodulaires banales de l’hypertrophie, où il faut les chercher av.ec soin, sur des coupes multiples, pour les découvrir.
Dans d’autres prostates, ils sont nombreux, diffus, confluents et constituent la lésion dominante dans les lobes prostatiques hypertrophiés.
b) Épithélioma alvéolaire, cancer. — Le cancer alvéolaire de la prostate se présente sous deux formes anatomiques très distinctes : la forme circonscrite , et la forme diffuse.
1° Dans la forme circonscrite la prostate peut avoir gardé son volume normal : le plus souvent elle est augmentée de volume, avec l’apparence d’une hypertrophie banale; exceptionnellement on peut la voir atrophiée (Frisch)’.
La lésion est strictement intra-capsulaire; la capsule et les tissus périprostaliques sont indemnes.
A la coupe, la prostate atteinte d’épithélioma alvéolaire circonscrit, peut présenter l’aspect ordinaire de la prostate sénile hypertrophiée : lobules plus ou moins circonscrits, mais mous, de coloration blanche, opaque, succulents. Dans d’autres cas, tout le tissu prostatique, non lobulé, uniforme, a ce même aspect néoplasique.
A l’examen histologique, on constate l’infiltration partielle ou totale du stroma prostatique par des traînées, des boyaux, des nids de
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cellules; néoplasiques -polymorphes, à gros noyau : amas cellulaires pleins, atypiques, n’ayant plus rien de la disposition glandulaire.
Dans les cas avancés, la structure est celle du cancer alvéolaire banal.
Fait notable : quand la lésion est partielle, on rencontre habituellement dans les parties respectées de la prostate les lésions de l’adé-
adénoïde : lobes épithéednjonetives, avec agenças, noyaux épithéliaux
A droite et en haut, la néoplasie a conserve liauxjsubdivi és.en, lobules de forme glani cernent glandulaire de-TépiUiéliam et' eay pleins, . en. forme dialvéoles.et .de traînée fibro-musculàire : cancer alvéolaire tHallt
nome et de l’épi thélioma adénoïde, présentant des transitions très nettes avec celles de l’épithélioma.
2° Æorm'e d-vffme. — C’est la forme de cancer prostatique qui a été si bien décrite7 cliniquement, sous le nom de carcinose prostatopelvienne diffuse (Gu von, En-gel b ach).
Elle est caractérisée par l’envahissement- diffus des tissus périprostatiques, des voies.lymphatiques, du tissu cellulaire pelvien et des organes voisins.
Tantôt la prostate est encore distincte, partiellement encapsulée,
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et même de petit volume, au centre de la masse néoplasique; tantôt elle est entièrement fusionnée avec les tissus d’envahissement voisins, et perdue dans la masse de la tumeur. Celle-ci englobe et envahit les vésicules séminales, atteint les parois de l’excavation pelvienne, le cul-de-sac péritonéal, et fait adhérer en un seul bloc néoplasique la vessie et le rectum. La vessie et l’urèthre peuvent être eux-mêmes envahis secondairement.
Au début, l’examen histologique saisit le processus d’envahissement qui suit les gaines lymphatiques, périvasculaires et périnerveuses (Albarran et Hallé), ainsi que les veines, dans la capsule prostatique.
L’envahissement ganglionnaire des groupes pelviens, iliaques internes, iliaques externes, lombaires, inguinaux et sous-claviculaires même, est la règle, les métastases osseuses, et viscérales (foie, rein, capsules surrénales), ne sont pas rares (Davrinche).
Aussi bien dans la tumeur prostatique primitive que dans Les lésions lymphatiques secondaires, la structure histologique est celle du cancer alvéolaire banal. Le plus souvent mou, encéphaloïde, avec un stroma infiltré de cellules lymphoïdes et d’hémorragies interstitielles etdeslésions de dégénérescences cellulaires, rapides et étendues. Dans quelques cas, au contraire, dans la prostate et dans le tissu cellulaire pelvien, la néoplasie affecte la forme squirrheuse, adhésive, rétractile, avec un stroma fibreux élastique volumineux, induré, et une faible proportion relative de néoformations épithéliales.
B. — Tumeurs conjonctives.
I. Sarcome. — C’est une tumeur rare, par rapport aux tumeurs épithéliales : Albarran en a rassemblé vingt-quatre cas. La statistique plus récente de Proust et Vian réunit trente-quatre sarcormes primitifs auxquels Legueu vient d’ajouter les observations de Bobbio, deNicôlieh, de Powers, deux de Wolfgang Veil et une de Menocal. On l’observe dans l’enfance ou dans la vieillesse, et sous deux formes : circonscrite •ou diffuse, comme l’épfthélioma.
Dans la forme circonscrite, très rare, la prostate peut présenter l’aspect de l’hypertrophie hanale; le néoplasme peut être même nettement localisé sous la forme d’un lobe moyen pédiculé.
Dans presque tous les cas, -il s’agit d’une volumineuse tumeur diffuse, remplissant l’exeavation pelvienne, refoulant, comprimant, ou
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envahissant les organes voisins. Elle ne diffère de la carcinose proslatopelvienne diffuse que par la rarçté et le peu d’importance des propagations lymphatiques et ganglionnaires.
Presque toutes ces tumeurs sont molles, vasculaires et présentent la structure histologique du sarcome à cellules rondes.
Les variétés de sarcome fasciculé, fibro-sarcome, mvxo-sarcome ont été rencontrées également. Le diagnostic histologique peut être difficile entre certaines formes de sarcome à disposition alvéolaire, et d’épithéliomas à stroma enflammé.
IL Fibrome. Myome. — On rencontre dans l’hypertrophie banale de la prostate'des nodules qui ont la structure du fibrome, ou plus rarement du fibro-nTÿome; nous nous sommes expliqués plus haut sur leur signification et leur filiation probable avec une néoplasie, adénomateuse primitive, ayant subi secondairement la dégénérescence fibreuse atrophique.