TUMEURS DE LA VESSIE
Les tumeurs vésicales forment un groupe anatomo-pathologique important dont les monographies d’Albarran et de Clado ont fixé les
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traits essentiels ; les travaux plus récents ont complété la description des variétés rares, et précisé quelques points de détail. Ces néoplasmes se distinguent, d’une manière générale, des néoformations diverses d’origine et de nature inflammatoire que nous avons décrites dans les cystites chroniques, par la spontanéité apparente de leur développement • leur pathogénie est encore inconnue.
Les caractères anatomo-pathologiques macroscopiques de siège nombre, volume, forme, consistance, sont ici d’importance secondaire car il n’existe aucune relation fixe, précise, entre l’aspect d’une tumeur vésicale et sa structure histologique. C’est ainsi qu’un très grand nombre de tumeurs vésicales, de nature différente, présentent à leur surface le même aspect villeux papillaire.
Suivant leurs connexions avec la paroi, on les distingue en tumeurs implantées , saillantes dans la cavité vésicale, sessiles ou pédiculées, et en tumeurs infiltrées faisant corps avec la paroi, qu’elles pénètrent et creusent.
Tous les tissus constituants de la vessie peuvent leur donner naissance; et l'énumération complète des néoplasmes vésicaux est superposable à la classification générale des tumeurs.
On les distingue en deux grandes classes : tumeurs d’origine épithéliale; tumeurs d’origine conjonctive.
Les tumeurs épithéliales, typiques ou atypiques, comprenant les variétés, papillome, adénome, kystes; épithélioma, cancer alvéolaire et cancroïde.
Dans les tumeurs conjonctives, rentrent toutes les variétés banales de sarcome, myxome, fibrome, lipome, myome. Au même groupe se rattachent quelques variétés rares, encore insuffisamment étudiées : angiomes, endothéliomes, lymphadénomes.
. Des kystes bydatiques ou dermoïdes, des tumeurs mixtes à structure complexe, qui ne rentrent pas dans les deux grandes classes précédentes, ont été encore signalés exceptionnellement dans la vessie.
A. Tumeurs épithéliales
La plupart sont villeuses à leur surface. La villosité épithéliale est un véritable élément histologique dont la description générale est utile. Souvent éliminé avec l’urine, ce fragment de néoplasme villeux, facile à reconnaître, devient ainsi un élément de diagnostic important.
La villosité ou frange épithéliale est formée d’un axe conjonctivovasculaire et d’un revêtement épithélial.
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L’axe est constitué essentiellement par une anse capillaire, à paroi endothéliale simple, engainée par une mince couche de tissu conjonctif amorphe ou figuré : cellules rondes et fusiformes, fibres lamineuses à la base. L’anse capillaire est souvent dilatée en massue ou en ampoule à son extrémité.
Le revêtement épithélial est stratifié, sur le type de l’épithélium vésical normal, avec quelques variantes d’importance secondaire : plusieurs assises profondes de cellules evlindroïdes, ou fusiformes, ou en raquette, à gros noyau ovoïde unique, dont le grand diamètre est perpendiculaire à la surface de la villosité. Les cellules de la couche superficielle s’aplatissent plus ou moins, tout en restant mononucléées.
Papillome pur, à corps conjonctif peu volumineux, à longues franges minces, flottantes. La coupe, qui divise parallèlement à l’axe la plupart des franges papillaires, montre : l’axe conjonetivovasculaire des papilles, avec capillaires dilatés, se prolongeant jusqu’à l’extrémité des papilles; le revêtement épithélial, typique, de type vésical adulle normal, régulièrement disposé autour de l’axe vasculaire. Toutes ïes formations épithéliales ont cette disposition.
I. Tumeurs épithéliales typiques. Tumeurs a développement exogène. — Papillome. C’est une tumeur pédiculée, lobée et lobulée, villeuse, molle, d’aspect uniforme, très fréquente. Elle est constituée par un axe conjonctivo-vasculaire, continu à son point d’implantation, avec le derme muqueux et les couches externes de la paroi vésicale. Cet axe se subdivise en ramifications dendritiques de plus en plus minces, dont les dernières, réduites à une anse capillaire revêtue de
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tissu conjonctif, forment les axes des villosités terminales, rêcouvertes par l’épithélium.
Les vaisseaux du pédicule, de ses ramifications principales et terminales sont parfois dilatés de telle sorte qu’ils donnent à la tumeur un aspect caverneux. Dans ces papiUomes angiomateuæ, l’axe vasculaire forme la partie la plus volumineuse de la tumeur; les franges épithéliales, la partie accessoire.
L’axe conjonctif apparaît, dans d’autres cas, infiltré de nombreux leucocytes, en îlots ou en traînées périvasculaires, sans que cette
Fig. 4*20. — Papillome pur. Détail a un fort grossissement.
Papilles coupées parallèlement et perpendiculairement à leur axe. Revêtement épithélial typique vésical adulte. Axes conjonclivo- vasculaires, et confluents vasculaires étoilés au point de jonction des papilles. Une papille double, à deux axes, avant sa division.
modification d’ordre probablement inflammatoire suffise pour caractériser une variété de papillome dit embryonnaire.
Enfin, des fibres musculaires lisses, en plus ou moins grand nombre, peuvent accompagner les grosses branches vasculaires du pédicule et de ses ramifications secondaires ; et on pourrait nommer myo-papillomes les tumeurs dont l’axe est ainsi modifié.
Dans la forme banale, c’est le revêtement épithélial épais des innombrables villosités qui forme la masse principale de la tumeur: l’axe conjonctif, souvent très minime, accessoire, lui sert seulement de support.
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D’après les caractères du revêtement épithélial, Albarran a distingué les principales variétés de papillome :
à) Papillome à revêtement adulte commun, semblable à l’épithélium vésical normal, répondant à la description générale des villosités donnée plus haut; de beaucoup le plus fréquent;
Fig. -4SI. — Papillome pur. Coupe transversale perpendiculaire à l’axe,
passant par le corps de la tumeur.
Les formations épithéliales, typiques, sont contiguës et incluses dans le corps conjonctif de la tumeur. Elles simulent des formations glandulaires, et la tumeur pourrait être prise pour un adénome. Mais les coupes longitudinales démontrent qu’il s’agit de papilles juxtaposées ; dans la plupart, l’axe conjonctivo-vasculaire est visible. La surface de la tumeur est nettement papil-
b ) Papillome à revêtement de cellules claires : les corps protoplasmiques volumineux sont clairs avec un gros noyau arrondi ; les cellules de la couche superficielle sont aplaties; simple variété du type commun adulte;
c) Papillome à type allantoïdien : les cellules de la couche superficielle restent cylindriques, claires, en palissade ; le noyau est relégué dans la partie profonde du corps cellulaire qui présente à sa surface un plateau cuticulaire net : type très rare reproduisant les raractères de l’épithélium allantoïdien, forme atavique pour Albarran.
Quelles que soient les variantes de l’axe conjonctivo-vasculaire et du revêtement épithélial, les caractères anatomo-pathologiques essen-
CORNIL Er RANV1ER. — IV.
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tiels du papillome sont constants.'Dans toute la tumeur, les néoformations épithéliales se présentent uniquement sous la forme de villosité typique; il n’y a point d’autres formes de prolifération épithéliale; le pédicule, l’axe et ses ramifications, aussi bien que la paroi vésicale sous-jacente, sont indemnes de toute néoformation. Pour reconnaître ce caractère spécifique qui seul permet d’affirmer le diagnostic papillome, il faut multiplier les coupes totales, longitudinales et transversales, de la. tumeur. Toujours l’épithélium apparaît en bordure continue d’un axe conjonctivo-vasculaire coupé en long ou en travers. Les coupes., surtout transversales, qui portent sur la base des villosités, pourraient au premier abord prêter à l’équivoque. En étudiant des coupes bien orientées et bien fixées, on arrive à reconnaître que les amas épithéliaux, en apparence inclus, sont formés des parties adossées, mais distinctes, des revêtements épithéliaux de papilles contiguës ; et font partie d’un revêtement régulièrement disposé autour des axes conjonctivo-vasculaires.
IL Tumeurs épithéliales typiques a développement endogène. — Adénome. L’adénonie vésical vrai est une tumeur rare : Clado et Albarran en ont réuni cinq cas : un bon nombre d’autres ont été publiés depuis. Mais, si Ton élimine les adénomes vésicaux d’origine prostatique développés aux dépens du groupe des glandes sous-cervicales; si l’on écarte les observations d’adénomes dégénérés, ou en voie de dégénérescence épithéliomateuse, qui ressortissent au groupe des épithéliomas adénoïdes (Motz, Rochet), il faut conclure encore à la rareté de l’adénome vésical pur.
C’est une tumeur unique, de volume variable, moyen le plus souvent, pédiculée ou sessile, lobulée, souvent villeuse à sa surface; parfois nettement limitée et comme encapsulée quand elle est sessile ; elle peut être kystique à la coupe.
L’adénome est essentiellemeut constitué par des tubes épithéliaux de structure glandulaire, tubes simples ou ramifiés en grappes, s’ouvrant à la surface de la tumeur, s’enfonçant dans un stroma conjonctif jeune. La paroi tubulaire, partout nette et régulière, est formée d’une couche unique de cellules épithéliales, le plus souvent cylindriques, parfois, cubiques ou même aplaties, eellules claires normales, à noyau basal, ou en voie de dégénérescence muqueuse, avec boules colloïdes. La cavité du tube est tantôt très étroite, tantôt large, contenant du mucus et des détritus cellulaires ; tantôt même dilatée en kystes muqueux, de volume très variable.
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Le stroma plus ou moins abondant, suivant que les tubes sont serrés, contigus ou espacés, est formé de tissu lamineux lâche, avec 4e nombreux vaisseaux dilatés, souvent entourés d’une zone d’infiltration leueocy tique.
A la surfaee de la tumeur, ce stroma peut proliférer en papilles ou verrucosités embryo-vasculaires, revêtues soit d’un épithélium vésical adulte stratifié, soit d’une couche unique de cellules cylindriques ou muqueuses, semblables au revêtement des tubes glandulaires.
Les tubes glandulaires, dans l’adénome sessile, peuvent pénétrer profondément la paroi vésicale, la sous-muqueuse et même la couche musculaire.
Toutes les néoformâtions épithéliales dans l’adénome pur sont de ce type nettement glandulaire et tubulaire : toutes forment paroi d’une cavité centrale, et sont entourées par le tissu périphérique du stroma : c’est la disposition inverse de celle du papillome.
III. Tumeurs épithéliales atypiques. — Épithélioma, Cancer. C’est, par le nombre, la classe la plus importante des tumeurs vésicales. Elle comprend des types très divers de néoplasies épithéliales atypiques, de gravité histologique progressive, qui réunissent, par des transitions insensibles, les tumeurs épithéliales typiques , les plus bénignes, aux tumeurs épithéliales atypiques les plus malignes, aux ■vrais cancers.
L’épithélioma est caractérisé par la présence de néoformations épi- • théliales pleines, sans axe vasculaire ni cavité centrale, incluses dans le tissu conjonctif du stroma : néoformations qu’on ne peut par conséquent rapporter ni au type papille, ni au type glande. C’est le caractère histologique essentiel pour le diagnostic.
Suivant la structure du tissu épithélial qui constitue ces néoformations, on peut distinguer deux classes principales d’épithélioma : le pavimenteux et le cylindrique, d’importance d’ailleurs très inégale. Mais cette distinction n’a ici ni la netteté, ni la valeur qu’on lui reconnaît en anatomie pathologique générale. Dans le plus grand nombre 4es épithéliomas vésicaux, en effet, la néoformation épithéliale est formée de cellules polymorphes allant du type polygonal ou aplati, au type. allongé, cylindroïde, fusiforme, en raquette, rappelant par conséquent, de plus ou moins près, la disposition de l’épithélium stratifié spécial à la vessie : ce sont des épithéliomas de type vésieal ou urinaire. Dans un petit nombre de cas seulement l’épithélium est cylindrique, se rapprochant du type glandulaire.
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1) Épithélioma de type urinaire (pavimenteux). — a ) Dans un très grand nombre de cas, la tumeur, petite, pédiculée, villeuse, molle, a tous les caractères extérieurs du papillome typique ; mais les coupes en séries, bien orientées, révèlent, dans le corps de la tumeur, à son centre, au milieu du stroma conjonctivo-vasculaire, la présence de néoformations épithéliales pleines, sous forme de lobules ou de boyaux cellulaires. Les cellules sont polymorphes, de type vésical : suivant la
Fig. 422. — Épithélioma de la vessie.
Deux coupes d’épithélioma, l’un de type papillaire, l’autre de type glandulaire. Dans le premier, on distingue une série de formations épithéliales nettement papillairês, juxtaposées dans un stroma conjonctif mince; dans le reste de la coupe, le stroma est abondant et englobe des amas épithéliaux de toutes formes, d’aspect cancéreux banal. A sa surface, la tumeur est franchement papillaire. Dans le second, les formations épithéliales ont, pour la plupart, la forme et l’agencément d’aeini glandulaires, avec cavité centrale; les plus volumineuses ont l’aspect alvéolaire banal. A sa surface, la tumeur a la structure de l’adénome.
forme des amas épithéliaux, on peut.dire épithélioma lobule ou tubulé. La pédicule est indemne de toute infiltration épithéliale, de structure purement conjonctive et vasculaire, comme dans le papillome.
Cette classe nombreuse d’épithéliomas peut être désignée sous le nom d’ épithélioma papillaire, qui indique ses relations très intimes avec le papillome.
b) Dans une seconde série de faits, la tumeur est encore saillante et d’aspect nettement papillaire; mais son corps est plus volumineux
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et plus consistant, son pédicule gros et court ; elle se rapproche plus eu moins de la forme sessile. Le corps conjonctif de la tumeur, et son pédicule lui-même sont infiltrés de riéoformations épithéliales nombreuses, pleines, lobulées ou tubulées, qui atteignent même la paroi vésicale sous-jacente.
Dans ces deux classes d’épithéliomas le stroma conjonctif est abondant, par rapport à l’épithélium, et banal de structure. Il est très vasculaire et souvent infiltré de cellules rondes, en amas et en traînées périvasculaires.
D’après des différences dé structuré du stroma, Albarran a distingué des variétés, rares d’ailleurs, d’épitbélioma pavimenteux urinaire.
1° Épithélioma à corps oviformes ou cylindrome. — Les lobules épithéliaux présentent, au milieu de leurs cellules, des corps oviformes hyalins, isolés ou réunis entre eux par des cordons anastomotiques de même aspect. Regardés par quelques auteurs comme des dégénérescences spéciales de l’épithélium, les corps hyalins du cylindrome sont reconnus aujourd’hui, depuis les recherches de Malassez, comme des productions dépendantes du stroma conjonctif, en dégénérescence spéciale, pénétrant les lobules épithéliaux. Albarran a décrit deux cas de cylindrome de la vessie.
2° Épithélioma réticulé {Albarran). — Ce sont des épithéliomas mous, dans lesquels le stroma est très peu abondant par rapport à l’épithélium. Un fin réticulum conjonctif, qui semble naître des parois vasculaires ou du moins s’appuyer sur elles, englobe dans ses mailles les cellules épithéliales néoplasiques, d’ailleurs polymorphes et banales.
La structure réticulée peut se montrer en des points localisés d’un épithélioma banal. Albarran a étudié trois cas d’épithélioma réticulé pur; il est possible que des tumeurs regardées comme conjonctives et classées dans les lympho-sarcomes ou lymphadénomes soient à rapprocher des cas décrits par Albarran sous ce nom.
3° Épithélioma à stroma musculaire ou myo-épithélionie ( Albarran ). — C’est une classe fort mal limitée. Un bon nombre d’épithéliomas à caractères banals montrent dans leur stroma, dans lés grosses travées conjonctives périvasculaires du pédicule, quelques fibres musculaires lisses, isolées ou en petits faisceaux.
Pour qu’une tumeur mérite le nom de myo-épithéliome, il faut que la présence des fibres lisses en faisceaux soit constatée dans le corps et la partie saillant<\de la tumeur; qu’elles y soient nombreuses, disséminées partout, faisant réellement partie constante et essentielle du
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stroma ; et le fait est rare puisqu’ Albarran n’a rencontré que deux cas typiques.
Certaines figures histologiques peuvent induire en erreur; ainsi les coupes d’un épithélioma banal dans sa zone basale, lorsqu’il envahit la couche musculaire de la vessie, ou celles d’un myome en dégénérescence épithéliomateuse secondaire.
2) Épithélioma cylindrique (épithélio ma ad&noïde ou adéno-épithéliome). — C’est une classe de tumeurs épithéliales rares, caractérisées par la présence de . néoformations épithéliales à cellules cylindriques et cubiques claires, se rapprochant du type épithélial glandulaire.
Presque tous les cas décrits se rapportent à des dégénérescences épithéliomateuses d’adénomes.
La tumeur, à sa surface et dans la plus grande partie de son étendue, présente la structure de l’adénome : en quelques points, à son centre ou à sa base, le stroma contient des amas épithéliaux pleins,, formés de cellules cylindriques ou cubiques, qui n’ont plus la disposition des tubes glandulaires, mais se rapprochent des formations alvéolaires banales du carcinome.
Cancer: — Cette vieille dénomination plus clinique qu’anatomiques’applique cependant bien à une classe importante de tumeurs épithéliales de la vessie qui|présentent tous les caractères macroscopiques et microscopiques du cancer alvéolaire vrai, c’est-à-dire de la néoplasie épithéliale a son maximum de malignité. Albarran a désigné cette classe de tumeurs sous le terme d [épithélioma carcinoïde.
Tumeur devolumeyariable, toujours sessile, tantôt saillante, tantôt plate, tantôt même déprimée, cratériforme, reposant toujours sur une base indurée, infiltrant visiblement la paroi, bourgeonnante et fongueuse à son pourtour, ulcérée à son centre.: c’est bien le tableau classique du cancer. De nombreuses tumeurs épithéliales de la vessie ont ces caractères, sous deux types histologiques distincts : cancer alvéolaire banal, et cancroïde.
a) Cancer alvéolaire banal. — Stroma conjonctif délimitant des alvéoles remplis de cellules épithéliales polymorphes.
Suivant la proportion relative du stroma et de l’épithélium, trèsvariable, on a des tumeurs dures, squirrhe, avec stroma épais abondant et alvéoles petits, très rare dans la vessie; ou molles, encéphaloïde très fréquent. Cette forme de cancer épithélial correspond à des.
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tumeurs souvent volumineuses, bourgeonnantes, ayant tendance marquée à l’infiltration profonde et à la dégénérescence nécrotique ulcéreuse de la surface. Leur stroma est souvent infiltré de leucocytes et de nappes d’hémorragies interstitielles; leur vascularisation peut être extrême, jusqu’à leur donner le caractère angiomateux.
Du cancer encéphaloïde se rapproche le colloïde, caractérisé par une
Un stroma conjonctif, épais, fibreux, limite des alvéoles de toutes dimensions et de toutes formes, remplis d’amas épithéliaux atypiques, polymorphes, où rien ne rappelle l’origine vésicale de la tumeur.
dégénérescence spéciale, muqueuse, des cellules épithéliales, et qui est peut-être le terme ultime de malignité des épithéliomas adénoïdes, forme d’ailleurs exceptionnelle.
b) Cancroïde, ou cancer à type épidermique. — Cette variété de tumeur épithéliale est relativement rare par rapport au cancer banal, mais cependant pas exceptionnelle. J’ai pu en rassembler douze cas dans la littérature et en étudier personnellement quatre.
La caractéristique histologique est bien nette : les cellules épithéliales, dans les îlots ou traînées lobulées, ont des caractères épidermiques ou malpighiens évidents, et souvent une stratification plus ou moins régulière, qui indique leur évolution vers la kératinisation, et
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aboutit à la formation du globe épidermique. Le stroma est très peu abondant; et la vascularisation très faible. La tumeur est presque exclusivement épithéliale.
C est une tumeur infiltrée, peu saillante, rapidement nécrosée à son centre et à sa surface, et qui forme un ulcère pénétrant, rongeant les couches musculaires et conjonctives de la vessie jusqu’à les perforer. Sa désagrégation nécrotique fournit des fragments d’aspect caséeux abondamment éliminés dans les urines, et qui permettent souvent de faire le diagnostic histologique précis.
Le cancroïde a des relations intimes avec la leueoplasie vésicale : on peut le voir coïncider avec elle, et saisir toute la filiation entre la métaplasie épithéliale superficielle et la tumeur profonde de même type cellulaire.
B. — Tumeurs conjonctives et musculaires
Elles sont rares, relativement aux tumeurs épithéliales. Suivant la nature du tissu qui les forme, on peut, avec Albarran, les diviser en deux groupes : atavique ou embryonnaire, et adulte.
A. Groupe embryonnaire. — 1) Sarcome. — On l’observe à tous les âges, mais fréquemment chez les sujets jeunes et les enfants.
C’est une tumeur plus souvent sessile ou infiltrée que pédiculée, de consistance molle ou ferme, charnue, à surface lisse ou bosselée, peu villeuse, qui a tendance à envahir toute l’épaisseur de la paroi vésicale et à se propager aüx organes voisins : prostate, urèthre, vagin, intestin. Le sarcome se présente dans la vessie avec ses variétés histologiques habituelles : sarcome globo-cellulaire, de beaucoup le plus fréquent ; sarcome fuso-cellulaire ou fasciculé, bien plus rare. A titre d’exception, les sarcomes à cellules géantes télangiectasiques, chondrifiants, kystiques ont été rencontrés aussi.
Les formes histologiques mixtes ou complexes sont fréquentes : myxo-sarcome, fibro-sarcome. Dans le sarcome globo-cellulaire mou, on voit parfois une substance intercellulaire grenue abondante, forme de transition vers le myxome.
Les vaisseaux sont abondants, à parois minces'; les capillaires ont l’aspect lacunaire, sans paroi propre distincte.
Né dans le tissu conjonctif sous-muqueux ou intermusculaire, le
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sarcome repousse la muqueuse, d’abord intacte. Secondairement, cette enveloppe muqueuse de la tumeur présente des altérations histologiques diverses, qui créent des formes complexes de néoplasies, parfois d’interprétation difficile.
Fig. 426. — Adéno-sarcome de la vessie.
Tumeur implantée sur le col et faisant saillie à l’orifice de l’urèthre. La tumeur, revêtue partout d’une couche épithéliale continue du type vésicàl, est formée d’un abondant stroma mou, renfermant, à la surface, de nombreuses inclusions épithéliales, de type glandulaire, dont plusieurs sont en connexions évidentes avec l’épithélium de revêtement superficiel. Le stroma, à un fort grossissement, est formé de cellules rondes ou fusiformes, noyées dans un abondant tissu interstitiel hyalin et granuleux : Sarcome globo et fuso-cellulaire mixte (Enfant).
A la surface du sarcome, la muqueuse .peut proliférer en végétations papillaires, simplement embryo-vasculaires ou sarcomateuses dans leur corps, recouvertes d’épithélium végétant. Ailleurs, l’épithélium prolifère en profondeur sous forme de bourgeons et tubes glandulaires qui pénètrent dans la tumeur, donnant à sa couche superficielle la structure de l’adénome ou de l’épithélioma adénoïde.
Dans la sarcomatose généralisée, des noyaux secondaires de sarcome globo-cellulaire, ou mélanique surtout, ont été rencontrés dans la paroi vésieale, dans la muqueusé et la sous-muqueuse.
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2) Myxome. C’est une tumeur rare, presque exclusivement observée chez l’enfant; le plus souvent pédiculée, lobée, lobulée, en grappe polypeuse, de couleur gris rosé ou rougeâtre, molle, lisse, transparente, assez analogue d’aspect aux polypes muqueux des fosses nasales. Le myxome se développe de préférence dans le segment péricervical de la vessie, s’accroît rapidement, sans infiltrer la paroi; et, chez la petite fille, a tendance à faire issue à l’extérieur par l’urèthre.
Le myxome vésical est formé principalement de cellules arrondies, noyées dans une abondante substance intercellulaire amorphe " ou grenue ; les éléments étoilés, cellules plasmatiques anastomosées, y sont relativement rares ; les capillaires, très développés, ont des parois simplement embryonnaires.
Le myxome pur est exceptionnel; les formes mixtes, myxo-sarcomes ou fibro-myxomes, plus fréquentes, se présentént avec les mêmes caractères de siège, de pédiculisation, de forme et de couleur. La muqueuse amincie et saine revêt généralement la tumeur sans proliférer à sa surface en papilles ou en glandes, comme dans le sarcome.
B. Groupe adulte. — 1) Fibromes. — Tumeur rare, unique, pédiculée, arrondie et lisse ou grossièrement lobée, de consistance ferme, de couleur blanc jaunâtre, dénommée aussi polype fibreux.
Leur corps est formé de tissu fibreux pur ou mélangé de fibres musculaires lisses ; la muqueuse normale, épaissie et adhérente, la recouvre.
3) Angiomes. — Si l’on élimine les tumeurs épithéliales ou conjonctives à vaisseaux dilatés, la classe des angiomes vésicaux se réduit à quelques observations : petites tumeurs de la muqueuse formées de capillaires sinueux, anastomosés, avec des dilatations ampullaires, sous un épithélium normal ou en voie de desquamation, non proliférant.
Cassanello cité par Legueu a rapporté un cas de lymphangiome kystique volumineux de la vessie, chez un enfant de cinq ans.
TUMEURS MUSCULAIRES
Myome. — Cette tumeur rare, développée aux dépens de la couche musculaire de la vessie, interstitielle par conséquent à son début, se porte soit en dedans pour devenir cavitaire, et saillante dans la vessie; soit en dehors vers la couche conjonctive externe qu’elle refoule et dépasse; elle peut enfin rester interstitielle ou intra-pariétale. Sur les
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32 tumeurs que Heitz-Boyer et Doré ont pu réunir, trois seulement étaient intra-pariétales, dix-huit étaient intra-cavitaires, onze s’étaient développées en dehors. Les myomes cavitaires intra-vésicaux, plus fréquents, sont des tumeurs sessiles ou largement pédiculées, lisses ou peu lobées, de consistance ferme. La coupe est d’aspect fibreux et montre à l’œil nu des faisceaux de fibres imbriqués, contournés en tourbillons concentriques, comme ceux des myomes utérins.
Fig. 427. — Myome dé la vessie.
La tumeur est formée'de faisceaux de fibres lisses intriquées dans toutes les directions, et coupées en long, en travers, ou obliquement.
Les myomes interstitiels ou à développement excentrique sont nettement encapsulés, entourés d’une zone lâche, décollable, de tissu conjonctif, qui permet leur énucléation. Certains sont, pédiculés et quelquefois même le pédicule peut se tordre (Blum).
La forme histologique habituelle est le myome pur, formé de faisceaux serrés, anastomosés, entrecroisés, plus ou moins distincts, de grandes fibres lisses. Le fibro-myomé s’en distingue par une charpente conjonctive, englobant et unissant les faisceaux musculaires. Le pédicule, musculaire à son centre, et continu avec les faisceaux de la paroi vésicale, est conjonctif à sa périphérie; ces tumeurs sont peu vasculaires dans leur corps, parfois très vasculaires à la périphérie. Le myome cavitaire est recouvert, ainsi que son pédicule, par une muqueuse qui peut être normale et lisse; plus souvent cette enveloppe muqueuse est pathologique, épaissie, rouge, végétante, villeuse.
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papillaire même, et très vasculaire. Autour du myome interstitiel encapsulé, les vaisseaux sont souvent nombreux et dilatés, dans la capsule conjonctive. La vessie atteinte de myomes est généralement hypertrophiée dans l’ensemble de sa paroi musculaire.
Il faut signaler quelques tumeurs mixtes qui se rattachent aux myomes : fibro-myxo-my ornes, myxo-sarco-myomes, myomes compliqués à leur surface d’une véritable prolifération épithéliomateuse, et qu’il faut distinguer des myo-épithéliomes, déjà signalés.