HISTOLOGIE NORMALE DE LA BOUCHE
de la langue. D’après Sehæffer, des fibres musculaires lisses se rencontreraient à la base des papilles caliciformes, constituant en ce point un véritable sphincter. De nombreux follicules clos, étendus surtout du V lingual à la base de l’épiglotte, forment par leur réunion l’amygdale linguale. — L’épithélium est, de type pavimenteux stratifié. Au voisinage du V lingual, il peut présenter un stratum granulosum, mais la kératinisation n’est jamais complète. Très mince sur les papilles fongiformes où il laisse voir les vaisseaux par transparence, il s’épaissit considérablement au niveau des papilles filiformes qui prennent ainsi une teinte blanchâtre. II est également très peu épais sur les parties latérales des papilles caliciformes et des papilles foliées : au fond du vallon circulaire qui encercle la base des papilles caliciformes et dans les plis des papilles foliées, s’ouvrent les conduits excréteurs des glandes séreuses dites glandes d’Ebner. — Partout ailleurs les glandes linguales : organe de Meyer, groupe de Weber, de Renie, de Nuhn Blandin, de l’amygdale linguale, sont du type mixte.
Au sommet du Y lingual, au fond du foramen cæcum s’ouvre le canal de Bochdaleck revêtu d’un épithélium cylindrique vibratile. Ce canal peut devenir l’origine de kystes inclus dans l’épâisseur de la langue. His a décrit sous le nom du canal thyréo-glosse une formation analogue allant du foramen cæcum à l’os hyoïde et au corps thyroïde, canal dont la perméabilité est généralement incomplète.
MICROBISME SALIVAIRE
Les salives élaborées par les glandes : parotides, sous-maxillaires et sublinguales, confondues avec les produits de sécrétion des glandes buccales, constituent un mélange désigné sous le nom de salive mixte.
De réaction alcaline, la salive contient normalement des cellules épithéliales, des lamelles réfringentes, produits de desquamation de la muqueuse, des globules muqueux et un peu de graisse. On y voit encore un nombre considérable de microbes.
L’extrême richesse de la flore normale de la cavité buccale en a, jusqu’à présent, rendu l’inventaire très incomplet. Vignal par le procédé des cultures sur plaques a pu isoler de la salive, de l’enduit lingual, du tartre dentaire dix-neuf espèces microbiennes connues. Il a rencontré des agents pathogènes. communs, comme les microccocus pyogenes, aureus et albus, le microceoeus Pasteuri dont Netter a établi la fréquence dans la salive normale, et quelques conditions de sa virulence. Vignal a reconnu encore plusieurs espèces saprophytes, telles que les B. subtilis, B. mesentericus, B. termo, B. ulna, Spirillum régula, Leptothrix buccalis. On a signalé bien d’autres formes encore, des cladothrix, des spirilles et des spirochètes variées. La pullulation de certains de ces parasites peut être l’origine de troubles variés ayant pour siège les dents ou la muqueuse buccale. Les bactéries filamenteuses paraissent présider à la formation du tartre dentaire. Le tartre est formé de produits organiques, de silice, de carbonates et surtout de phosphates de chaux, qui se précipiteraient au niveau du collet de la dent sous l’action de ces mieroorganismes, notamment du leptothrix
TUBE DIGESTIF
buccalis que Miller a reconnu même dans le tartre dentaire des momies égyptiennes. La spirochœte buccalis, la spirochœte. denticola sont des hôtes normaux de la bouche. De même le bacille naviforme de Vincent que cet auteur a constaté vingt-deux fois sur vingt-sept examens de sujets sains.
Dans ces derniers temps, et depuis les recherches de Veillon, l’attention a été plus spécialement éveillée sur les germes anaérobies. Gilbert et Lippmann ont étudié le mierobisme salivaire normal du chien, dans l’intervalle des repas, pendant la mastication et au cours du jeune prolongé. Ils ont constaté la multiplicité des germes de la salive du canal de Sténon; microbes aérobies tels que : le staphylocoque, le streptocoque, le subtilis, l’entérocoque; et microbes anaérobies, tels que : le B. perfringens, le B. fragilis, le B. nebulosus, B. serpens et B. ramosus. Diminué pendant la mastication, le nombre des microorganismes augmente surtout durant les périodes d’inanition. Déjà Lewkovicz avait chez le nourrisson décelé la présence de microbes anaérobies.
L’intérêt de ces constatations est considérable. Anciennement, Leyden et Jaffé avaient en. effet montré la nature parasitaire de la gangrène pulmo-r naire, et l’analogie existant entre les germes observés par eux dans cette maladie et ceux que l’on constate dans les voies digestives supérieures. En 1893, Netter injectant quelques gouttes de salive dans la plèvre, confirmait cette manière de voir, en produisant, chez l’animal, des altérations en tous points semblables à celles de la pleurésie gangréneuse, et des seepticémies le plus souvent à pneumocoques ou à streptocoques. Du même coup, il montrait les caractères de la double lésion, gangréneuse et pyogène, à laquelle donnent naissance les anaérobies et les aérobies que l’on trouve normalement dans la cavité buccale et les voies digestives supérieures. La plupart des suppurations de la cavité buccale sont d’ailleurs fétides,, les lésions ont souvent une évolution ; gangréneuse, indépendante des thromboses vasculaires. Telles sont par exemple les suppurations d’origine dentaire où Monier a trouvé d’une façon constante le B. ramosus, soit à l’état de pureté,; soit associé à d’autres germes .anaérobies ou aérobies. D’ailleurs, bon nombre d’affections buccales rentrent dans ce cadre : il en est* ainsi pour- le noma, les stomatites ulcéreuses, les angines phlegmoneuses, les abcès rétropharyngièns, les angines de Ludwig. Le plus constant des microorganismes est le B. ramosus .- c’est lui que l’on rencontre seul ou associé dans les lésions gangreneuses: térébrantes, alors que dans les processus ulcéreux superficiels, on trouvera' de préférence des spirilles et des spirochètes. . . , .
L’action pathogène des anaérobies stricts permet de comprendre la nature ou l’évolution très spéciale d’um grand nombre d’altérations anatomiques de la bouche; d’autre part, l’extrême richesse; de la flore bactérienne de la cavité buccale, explique le polymicrobisme des lésions et comment,, à l’occasion d’une pyrexie grave, de l’élimination des toxiques, plomb, mercure, urée, qui altèrent l’épithélium, pourront éclater des stomatites extrêmement variées.
STOMATITES