PERFORATIONS ET RUPTURES DE L’ŒSOPHAGE
La perforation de l’œsophage peut être la conséquence d’un processus destructif* agissant de dehors en dedans ou de dedans en dehors; on en conçoit facilement la pathogénie quand il existe préalablement un ulcère simple, des ulcérations inflammatoires ou caustiques,. des plaies de l’œsophage.
Plus complexe est la question de la rupture spontanée du conduit. Le premier cas publié est celui de Boerhave (1724), puis viennent les faits de Driden, d’Habersohn, Meyer, Grammatyki, Griffin, Charles, Fitz, Oppoltzer. On peut encore citer les recherches plus récentes de Zenker et Ziemussen, de Broseh qui à propos de deux eas personnels a fait une revue complète de la question. Le siège de la rupture est généralement au niveau du cardia, quelquefois au-dessous de la bifurcation de la trachée ou immédiatement au-dessus du diaphragme. La section transversale est rare, le plus souvent la déchirure est longitudinale; son étendue varie de quelques millimètres à plusieurs centimètres; les bords de la plaie sont souvent épaissis, tuméfiés, de coloration brune ou noirâtre, en raison de l’épanchement de sang concomitant. On trouve quelquefois une lésion très nette de la paroi : Adams a décrit un cas de rupture spontanée dans lequel il y avait cependant une petite cicatrice à la partie inférieure de la déchirure ; Goodhart et Butlin ont constaté un amincissement de la paroi de l’œsophage, une mise à nu de la musculaire, et une autre fois un épaississement, une coloration brunâtre de la muqueuse; ils en concluent à l’action du suc gastrique sur cet organe.
Il y a donc dans ces cas de rupture dite spontanée des altérations
TUBE DIGESTIF
préalables qui permettent occasionnellement une perforation ou une déchirure plus ou moins étendue. Dans cet ordre d’idées rentre l’cesophagomalaciev Cette altération a d’abord été considérée comme une lésion post-mortem. Elle peut acquérir plusieurs degrés : ce n’est quelquefois qu’une chute de l’épithélium ou une perte de substance plus ou moins profonde, colorée en noir p^.r l’action du suc gastrique sur le sang, aspect correspondant aux érosions hémorragiques de Cruveilhier. Cowley et King, Klebs, Engel décrivent de larges déchirures de l’œsophage qu’ils regardent comme consécutives à un ramollissement cadavérique. Hoffmann, qui a observé le développement de pareilles lésions pendant la vie, admet qu’elles apparaissent surtout dans les maladies où la force vitale est profondément amoindrie. Zenker et Ziemssen croient au contraire que les hémorragies ne sont que la conséquence du ramollissement et considèrent que la rupture est liée à une série de conditions : présence d’un suc gastrique actif, régurgitations, contact prolongé du contenu de l’estomac et de l’œsophage, chaleur suffisante du corps, modifications de la circulation de l’organe. Pour eux la rupture dite spontanée apparaissant pendant la vie, sans état pathologique antérieur, est absolument exceptionnelle.
Brosch a fait sur ce sujet des. recherches expérimentales : en faisant couler de l’eau sous forte pression il obtient des ruptures au cardia, dans le point où s’observent le plus souvent les déchirures spontanées. Toujours il se produit une rupture longitudinale, d’abord de la muqueuse, puis après imprégnation de la celluleuse par l’eau, de la tunique musculaire. Dans six expériences, cet auteur s’est efforcé de produire l’œsophagomalacie en mettant en contact l’œsophage avec un suc gastrique artificiel. Deux fois le résultat fut obtenu; l’un chez un suicidé mort d’un traumatisme crânien, l’autre chez un vieillard ayant présenté un abcès du cerveau. Les deux faits cliniques qu’il a observés (enfants morts de méningite purulente) semblent [indiquer l’existence d’un certain rapport entre les affections cérébrales et les ruptures de l’œsophage : le lien serait un- spasme de la partie inférieure de cet organe, qui en déterminerait l’ischémie. — L’œsophagomalacie est probablement le mécanisme qui intervient dans la production des perforations arrondies. Pour les autres, il existe généralement des altérations antérieures de la paroi : endartérite oblitérante avec nécroses linéaires, blessures mécaniques, ulcérations, cicatrices, amincissement idiopathique de la paroi. Si dans ces conditions il se produit une augmentation de la pression intérieure (vomissement), la muqueuse peut présenter une solution de continuité et dans la suite.
ŒSOPHAGE
après imbibition de la sons-muqueuse par le contenu gastrique, l’œsophage ne tarde pas à se rompre.
A l’origine des ruptures de l’œsophage on trouverait donc très fréquemment des lésions inflammatoires; en tous cas, dans les faits de
Fig 428. — Varices ulcérées de l’œsophage.
ce genre, il faut rechercher avec soin l’état histologique des parois œsophagiennes avant de conclure à une rupture spontanée.