‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 76 sur 289 · TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES DU PLANCHER BUCCAL · texte numérisé non relu

TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES DU PLANCHER BUCCAL

Tumeurs liquides : grenouillettes. — Habituellement désignées sous le nom de tumeur enkystée d’origine salivaire siégeant au niveau du plancher buccal, cette définition des grenouillettes est défectueuse car elle préjuge un siège et une pathogénie inexacts. Celie proposée par Abadie, de kyste congénital du plancher buccal, bien que meilleure, n’est cependant pas parfaite, car elle a le tort d’éliminer les kystes de la glande de Nuhn Blandin appartenant à la langue et qui cependant rentrent dans la catégorie des grenouillettes. Faute de mieux, nous accepterons cependant cette dernière définition qui nous permet d’éliminer ainsi de notre description : la grenouillette grais-

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seuse, lipome de la langue; la grenouiHette sanguine, les tumeurs kystiques hydatiques, les sublingualites inflammatoires, les kystes dermoïdes et la grenouillette congénitale par imperforation de l’ostium ombilicale avec rétro-dilatation du canal de Wharton. Nous renverrons pour l’élude de la grenouillette à revêtement épithélial cilié, à l’étude des kystes congénitaux de la langue, formés aux dépens de diverticules du canal thyréoglosse de Bochdalek. Nous n’étudierons donc sous le nom de grenouillettes que les kystes salivaires congénitaux de : la glande sublinguale (Suzanne, Yon Hippel, Sultan, Mintz), de la glande de Nuhn Blandin (Recklinghausen, Sonnenburg), de la glandule incisive, grenouillette médiane (Suzanne, Von Hippel); simples variétés de siège que l’on peut réunir sous la dénomination de g renouillette commune, et enfin la grenouillette sushyoïdienne.

La grenouillette sublinguale ordinaire, la plus fréquente, se présente sous l’aspect d’une tumeur de volume variable siégeant entre les alvéoles dentaires et la base de la langue sur le plancher de la bouche. Le plus souvent unilatérale, elle peut par un développement progressif atteindre et même dépasser la ligne médiane.

Sa forme, allongée d’arrière en avant, ne devient transversale que dans ce dernier cas : elle est transparente, gris rosé, bleuâtre; indolore et fluctuante. Elle renferme un liquide visqueux, filant, légèrement opalescent, ne renfermant ni ptyaline, ni sulfocyanure, ni ferments sacchârifiants, mais de la mucine et de l’albumine. Par développement progressif, elle peut atteindre un volume considérable, se rompre même, mais la récidive est habituelle. L’étude microscopique de la paroi de la tumeur la montre constituée par plusieurs couches : a) une couche fibro-élastique, vascularisée, pouvant renfermer des fibres musculaires striées (Recklinghausen); b) une couche embryonnaire constante (Suzanne, Von Hippel, Imbert et Jeanbrau) parcourue par de nombreux capillaires dont la friabilité provoque souvent des hémorragies dans le contenu kystique ; c) une couche épithéliale enfin sujette à de nombreuses variations morphologiques : c’est ainsi que pour Robin elle serait constituée par une couché de cellules cylindriques discontinues ; pour Bazy et Mériot par une assise épaisse de cellules superposées en plusieurs rangées, présentant par places des dépressions en doigts de gant que ces auteurs considèrent comme des grenouillettes en miniature; pour Suzanne, Von Hippel, Sultan, Mintz par des cellules cylindriques irrégulières sur une seule couche, ou plusieurs assises de cellules cubiques en dégénérescence

GLANDES SALIVAIRES

muqueuse. Le revêtement cellulaire dans ees cas est le plus souvent discontinu; il peut même manquer totalement (faits de Mintz, de Imbert et Jeanbrau). Somme toute, il est sujet à de grandes variations morphologiques, même sur la même pièce.

La grenouiUette sus-hyoïdienne n’offre dïntérêt que par sa localisation; elle est située au-dessous du muscle mylo-hyoïdien, recouverte seulement par la peau et l’aponévrose superficielle. Elle coexiste presque toujours avec la grenouillette sublinguale dont elle ne serait qu’un prolongement (Morestin) ; cependant dans un fait de Oross elle existait seule. Sa paroi, son contenu, sa structure histologique ne diffèrent pas de la grenouillette sublinguale.

La pathogénie des grenouillettes est encore discutée : nous ne rappellerons que pour mémoire les hypothèses anciennes attribuant leur formation à une rétro-dilatation canalicuiaire par oblitération du canal excréteur; l’examen au stylet a toujours montré sa perméabilité dans les cas de grenouillettes véritables; la théorie lui attribuant une origine kystique aux dépens de l’hypothétique bourse séreuse de Fleischmann, n’est pas plus soutenable. Deux restent seulement en présence : la théorie glandulaire soutenue par Suzanne, Yon Hippel, Mintz, attribuant son développement à la dégénérescence muqueuse des acini glandulaires; la. théorie embryonnaire de Imbert et Jeanbrau, Veau et Cunéo, faisant provenir ces formations kystiques du développement de débris embryonnaires épithéliaux situés dans le fond du sillon paralingual externe, d’où provient la glande sublinguale ellemême. Cette origine expliquerait l’intimité avec la glande de ces formations, qui seraient vraisemblablement des cysto-épithéliomes.

Sur une préparation de grenouillette que nous devons à l’obligeance du docteur Lecène, nous n’avons pas retrouvé d’une façon nette les caractères histologiques décrits par les auteurs précédents. Dans cette observation la paroi de la cavité est formée d’éléments cellulaires jeunes, fuso-cellulaires disposés par assises de quatre à cinq éléments juxtaposés en certains points, tandis qu’en d’autres il n’existe qu’une seule couche de cellules. Dans le premier cas, les eduches profondes présentent des cellules arrondies, tandis que les plus superficielles sont allongées, perpendiculaires à la cavité centrale avec un protoplasma volumineux, vacuolaire, comme gorgé de suc, laissant échapper une sécrétion séro-muqueuse qui sépare les cellules les plus internes. Lorsqu’il n’existe qu’une seule assise, les éléments sont aplatis, unis bout à bout par leur protoplasma, tandis que les noyaux font saillie. La cavité centrale présente plusieurs prolongements

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fusiformes où cette structure est très nette, elle renferme un exsudât mucoïde d’aspect, contenant de nombreuses cellules, les unes arrondies à protoplasma gorgé de sérosité, d’autres allongées avec protoplasma moins turgide. Il semble donc qu’on rencontre là toute la série évolutive des éléments qui, fusiformes sur la paroi, se gonflent, s’arrondissent après leur chute dans la cavité centrale, jusqu’à ce que par éclatement ils ajoutent le produit de leur substance propre à celle qui existait antérieurement. La trame sous-jacente à ces assises cellulaires est formée de tissu conjonctif adulte avec fibrilles collagènes abondantes, mais parcouru par de très nombreux capillaires, jeunes, dont l’endothélium est très saillant, assurant à ce tissu une vascularisation intense. On a donc sur cette coupe l’impression que la tumeur est constituée par une paroi formée d’éléments conjonctifs jeunès, ayant persisté à évoluer à leur stade embryonnaire, donnant lieu par leur fonte à cette sécrétion séro-muqueuse, se rapprochant, nous dirions presque s’identifiant avec -ces évolutions conjonctives embryonnaires décrites récemment par Le tulle sous le nom générique de conj onctivo mes .

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