‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 75 sur 289 · TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES · texte numérisé non relu

TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES

Tumeurs bénignes.

On peut rencontrer exceptionnellement au niveau de la glande parotide des kystes hydatiques; les autres tumeurs sont aussi très rares. Si l’on élimine les pseudo-kystes consécutifs à des foyers de ramollissement à l’intérieur de certaines tumeurs, les adénomes kystiques, il ne reste que deux variétés décrites de tumeurs kystiques;. l’une consécutive à une dilatation des canaux excréteurs de la glande formant une tumeur liquide, mais réductible; l’autre, kyste véritable intraglandulaire, mais irréductible (Lecène). La rareté des examens histologiques complets fait que Lecène met en doute l’existence même de véritables kystes glandulaires de la parotide. L’examen histologique de quatre cas qu’il retient seuls a montré une structure assez variable de la paroi de la poche. Dans le plus ancien, la paroi conjonctive était revêtue d’un épithélium polyédrique stratifié (Morestin) ; dans la première observation de Lecène, la paroi se montrait constituée par du tissu lymphoïde recouvert d’un épithélium cylindrique cilié ; la seconde comportait un revêtement épithélial malpighien typique avec filaments d’union; dans l’observation de Sultan l’épithélium de revêtement était alternativement pavimenteux, stratifié et cylindrique, cilié, repo-

GLANDES SALIVAIRES

sant sur une couche lymphoïde. L’auteur conclut de ces examens qu’il ne s’agit pas dans ces observations de kystes véritables d’origine parotidienne, mais de kystes longitudinaux, branchiogènes intraparotidiens.

Les angiomes de la parotide ont fait l’objet d’une étude d’ensemble de Hartmann ; leur structure histopathologique ne diffère pas de celle des angiomes d’autres régions.

Lannelongue et Achard ont décrit des lymphangiomes congénitaux de la parotide.

Le lymphadénome de la même région peut être consécutif au développement de ganglions du voisinage, ou se développer aux dépens du tissu lymphoïde intraglandulaire. La description se confond avec celle de la maladie de Mickulicz.

V hypertrophie symétrique des glandes salivaires et lacrymales porte le nom de maladie de Mickulicz. Elle fut, en effet, décrite par cet auteur en 1892. Elle se caractérise par un gonflement symétrique atteignant les glandes lacrymales, les parotides et les parotides accessoires, les sous-maxillaires et sublinguales, et quelquefois les glandes palatines, celles de Nuhn-Blandin et les glandes salivaires des lèvres. Le volume atteint est généralement assez modéré, en moyenne deux fois le volume normal; l’évolution est lente. Les glandes atteintes, légèrement lobulées, n’adhèrent pas à la peau, sont indolentes, de consistance ferme, quelquefois un peu molle; on ne perçoit jamais de fluctuation. Hirsch, Osler, Zirm ont signalé un certain gonflement ganglionnaire ou de la splénomégalie; il n’y a, par contre, jamais de modifications du sang. L’évolution est lente, avec des arrêts de plus ou moins longue durée; elle est susceptible de régression.

Dans une récente observation, Beckay a signalé un aspect aréolaire de la parotide à la loupe, et la présence de nodules jaunâtres entourés de tissu conjonctif, quelques-uns même hémorragiques, ainsi que de place en place quelques cavités kystiques. L’examen histologique pratiqué par cet auteur a montré à côté des parties glandulaires restées normales par places d’autres régions où le tissu interlobulaire est considérablement augmenté et infiltré de cellules rondes. Au point où l’altération est maxima on a l’aspect d’un véritable follicule lymphatique à centre clair formé de gros lymphocytes et d’un fin réticulum, autour duquel sont groupés des amas de petites cellules à gros noyaux, très colorées par les couleurs basiques et bordées d’une mince couche protoplasmique. De nombreuses figures de karyokinèse existent au niveau des centres clairs et un peu dans les cellules avoisinantes. De

TUBE DIGESTIF

nombreux capillaires provoquent par rupture une infiltration hémorragique ; une capsule périphériqueT un lymphosinus entre celle-ci et les amas cellulaires. Les acini glandulaires sont rares, ou profondément modifiés, séparés les uns des autres, leurs cellules semblent sans protoplasma, leurs noyaux se colorent mal. On note quelquefois dans les acini la présence de lymphocytes, la membrane basale est altérée, on trouve entre les cellules glandulaires des infiltrats leucocytaires. Là où ces derniers sont très abondants, les cellules pressées les unes contre les autres se disposent en amas au milieu ou sur la paroi et figurent de vraies cellules géantes.

A la périphérie les lésions sont modifiées; du tissu fibrillaire conjonctif avec de nombreux fibroblastes se montre autour des follicules et autour des vaisseaux, ainsi que de nombreuses cellules éosinophiles. L’abondance de ces derniers éléments peut être telle que l’on peut parler d’un véritable tissu d’éosinophiles développés soit sur place, soit attirés par un processus de chimiotaxie (Beckay).

Heckel, Wallenfang, Brunn, Kussmaul, rapprochant ces lésions de celles qui caractérisent le lymphadénome, estiment qu’il s’agit de pseudo-leucémie lymphadénique. Après eux, Arnold et Becker, Powe, Abadie, de Lapersonne, Pick ont rappelé des observations analogues localisées au niveau des glandes lacrymales. Beckay conclut de même à une pseudo-leucémie ; il rappelle l’existence de tissu lymphoïde entre les acini glandulaires et pense qu’il s’agit là d’une simple hyperplasie d’un tissu lymphatique normal ; la destruction des parties glandulaires est le résultat d’après cet auteur d’un processus mécanique et non d’une action toxique.

Tumeurs bénignes.

Parmi les tumeurs bénignes, signalons les lipomes, et enfin les adénomes. Ces derniers sont des tumeurs très rares. Kuttner les a décrits. Nasse, Lexer, Ribbert en ont observé dans la parotide. Wagner et Nicoladoni au niveau de la sous-maxillaire. Lecène en a fait l’objet d’une étude intéressante à propos d’une observation. Ces adénomes atteignent le volume d’une noix, d’uné amande, d’un œuf de poule. Situés en plein tissu glandulaire, ils sont généralement encapsulés : à la coupe la tumeur dense et résistante dans certaines parties est microkystique dans d’autres; des végétations papillaires peuvent faire saillie à l’intérieur des mîcrokystes. I/examen microscopique montre au niveau des parties, résistantes qu’elles sont constituées par

GLANDES SALIVAIRES

du tissu conjonctif adulte, circonscrivant par places de petites cavités kystiques tapissées par un épithélium cubique ; lès kystes plus volumineux ont une paroi conjonctive sur laquelle repose un revêtement épithélial cubique: par places ce revêtement est soulevé par de nombreuses végétations formées d’un axe conjonctif grêle tapissé sur ses deux faces de cellules épithéliales cubiques souvent disposées en plusieurs rangées. Ces éléments ont un noyau riche en chromatine; quelques-uns présentent des figures de karvokinèse, d’autres ont un noyau bourgeonnant et un protoplasma, vacuolaire. A la périphérie de la tumeur on retrouve des acini parotidiens normaux, et d’autres présentant des signes d’une inflammation chronique nette : quelques cavités kystiques tapissées d’épithélium cubique venant jusqu’en contact du tissu parotidien normal, semblent indiquer le début de la transformation en adénome kystique. Dans l’observation de Nasse, les éléments épithéliaux renferment une substance hyaline transparente, vraisemblablement produite de sécrétion glandulaire. On pourrait donc admettre que cés tumeurs peuvent présenter üne origine variable : soit aux dépens du tissu glandulaire (Nasse), soit aux dépens . des canaux. excréteurs (Ribbert, Lecène). La transformation en tumeur maligne serait possible d’après une observation de Wolfler.

Tumeurs malignes.

Les sarcomes de la parotide (Rodriguez) se présentent soit sous le type globo ou fuso-cellulaire ou encore sous celui de sarcome mélanique : ce dernier présente une malignité considérable.

C’est à ce .niveau que se rencontrent le plus fréquemment les tumeurs mixtes des glandes salivaires. Généralement arrondies, mais quelquefois bosselées, comme granitées à leur surface, elles atteignent un volume essentiellement variable, allant depuis celui d’un œuf à celui d’une tête de fœtus. Leur consistance est elle-même sujette à de nombreuses variations : elle peut être dure uniformément ou seulement en certains points; molle par places, presque même fluctuante. La tumeur, toujours limitée par une capsule fibreuse, n’adhère pas à la peau ; elle se développe surtout vers la surface extérieure et finit . quelquefois par se pédiculiser. À la coupe elle se montre lobulée, formée de deux parties : un stroma conjonctif, muqueux par places, souvent parsemé de zones cartilagineuses, quelquefois même d’îlots osseux; et d’autre part des éléments cellulaires infiltrés entre les couches fondamentales précédentes. La présence plus ou moins abon-

TUBE DIGESTIF

dante de tissu cartilagineux dans ces tumeurs les a fait souvent désigner sous le nom d’enchondromes. Des cavités kystiques peuvent se rencontrer au milieu de ce tissu fondamental; les unes sont dues à une fonte cellulaire ou à une hémorragie interstitielle qu’explique la vascularisation intense de la tumeur; les autres ne sont que des dilatations glandulaires, ainsi que le prouve l’épithélium cubique qui tapisse leurs cavités.

L’examen histologique montre que le stroma est constitué par les variétés. les plus considérables de cellules de la série conjonctive : fibrilles très serrées en certains points, éléments fuso-cellulaires plus lâches en d’autres; cellules étoilées dans un tissu fondamental par ailleurs, rappelant l’aspect du myxome pur; cellules cartilagineuses, encapsulées ou libres, arrondies oü étoilées. Les éléments cellulaires intermédiaires à ces formations conjonctives montrent soit des amas de cellules arrondies d’aspect sarcomateux, soit des amas de cellules épithéliales tantôt cylindriques, glandulaires, soit des amas.de cellules d’aspect épidermique, pavimenteusès, rappelant l’épithélium pavimenteux tübulé. De nombreux capillaires embryonnaires vascularisent ces masses, leur rupture pouvant provoquer des raptus hémorragiques plus ou moins considérables.

Ces différents aspects cellulaires expliquent par leur abondance les dénominations multiples de ces tumeurs de la. parotide : fibromyxomes, myxo-sarcomes , chondro-myxo-sarcomes, etc.

Les myxomes purs sont exceptionnels (Murelle).

La nature de ces tumeurs a donné lieu à de nombreuses discussions; nous n’y reviendrons pas, ces théories ayant été exposées au cours de la description des tumeurs mixtes du voile du palais. Rappelons seulement qu’on tend à les considérer actuellement comme des embryomes, développés aux dépens de vestiges d’éléments embryonnaires provenant des fentes branchiales : Cunëo et Veau, Fredet et Chevassu, Yignard et Mouriquand.

A propos de ces tumeurs mixtes de la parotide, nous signalerons l’existence possible à ce niveau d’une variété assez rare de tumeurs le cylindrome de la parotide (Malassez).

Elle est considérée par cet auteur comme une inclusion embryonnaire, épithéliale ou conjonctive; Brault et Decloux ont montré par les réactions colorantes métachromatiques que donne la thionine en présence de coupes de ces tumeurs, qu’il s’agit d’une dégénérescence hyaline ou muqueuse du tissu d’un épithélioma alvéolaire. Les éléments épithéliaux sont colorés en bleu violet, les masses ovoïdes

GLANDES SALIVAIRES

muqueuses qui les entourent, situées dans le tissu conjonctif, sont teintées en rose plus ou moins vif.

L’épithélioma de la glande parotide est une affection rare; suivant les descriptions anciennes, il se. montre sous deux types principaux : le squirrhe et Yencéphaloïde. Nous éliminons de notre description naturellement les épithéliomas secondaires de la glande; mais il faut se montrer très réservé sur les observations anciennes d’épithélioma primitif qui, ainsi que Fredet et Ghevassu l’ont bien montré, ne sont souvent que des tumeurs mixtes. Le squirrhe se présente sous l’aspect d’une tumeur, dure, bosselée, grisâtre, adhérente aux parties voisines : glande, muscles de voisinage, peau. L ’encéphaloïde est une tumeur souvent d’un volume considérable ; elle est molle, renfermant des parties rougeâtres, foyers hémorragiques. Très rapidement envahissante, elle rompt l’enveloppe fibreuse de l’aponévrose parotidienne, ulcère la peau, donnant naissance à un bourgeon plus ou moins volumineux, saignant facilement, d’où s’écoule un liquide fétide et sanieux. Les ganglions, les veines sont rapidement envahis.

L’examen histologique permet avec Fredet et Chevassu de reconnaître au niveau de la parotide, en dehors dés tumeurs mixtes, trois types d ’ êpithélioma : un êpithélioma tubulé d’origine acineuse (Mermèt, Yerneuil et Cauchois), un êpithélioma cylindrique d’origine canaliculaire (Vollar), et un êpithélioma pavimenteux lobulé qui, inclus dans la parotide, se sont développés aux dépens d’inclusions branchiales, embryonnaires, intra-glandulaires (Fredet et Chevassu, Bérard et Leriche). Ce sont des épithéliomas branchiaux juxta ou intra-parotidiens (Siegel).

Page 1