SYPHILIS DE L’ESTOMAC
La muqueuse de l’estomac présentait, le long de la petite courbure, et dans le voisinage du pylore, le relief de tumeurs aplaties, marronnées, l’une ayant 5 centimètres de diamètre, l’autre 3 et la dernière 2 centimètres; à leur niveau, la muqueuse était conservée, mais amincie et adhérente.
Sur une section perpendiculaire à sa surface, le tissu sous-muqueux induré offrait une épaisseur de 8 à 12 millimètres; ce tissu se distinguait parfaitement de la couche musculaire, située au-dessus.
La figure 141 A, dessinée à l’œil nu, représente une section passant à travers des différentes couches d’une de ces tuméfactions de l’estomac.
Le centre b de la tumeur était déprimé, bien que recouvert par la muqueuse a. Les couches musculaires g et h étaient normales ou à
Fig. 141.
A. Section de la gomme dessinée de grandeur naturelle.
B. Coupe de la couche glandulaire de l’estomac au niveau d’une gomme syphilitique.
a, a’, saillies villeuses interglandulaires; 6, glandes; c, culs-de-sac glandulaires ; d, tissu conjonctif muqueux. — Grossissement de 20 diamètres. (Cornil.)
peine épaissies, tandis que le tissu conjonctif sous-muqueux était très hypertrophié.
Ce tissu conjonctif, d’une consistance fibreuse très dure, ne présentait pas de suc par le raclage. Sa couleur était jaunâtre, la couche musculaire était très nettement hypertrophiée à ce niveau. Le pylore était rétréci. L’estomac n’avait pas contracté d’adhérences avec le foie ; mais, au niveau de la petite courbure, il était adhérent à des ganglions lymphatiques indurés et présentait, a sa surface péritonéale, une cicatrice dure, blanchâtre, rayonnée.
A l’examen microscopique, la couche glandulaire paraissait hérissée de petites saillies ^villeuses ou papillaires, perpendiculaires ou obliques à la surface. Ces villosités étaient formées par le bourgeonnement hypertrophique du tissu conjonctif qui entoure les glandes en tube (B, a, flg. 141).
TUBE DIGESTIF
Ces glandes étaient séparées les unes des autres, par le tissu conjonctif épaissi et fibreux. Les tubes glandulaires (B, b, fig. 141) étaient rétrécis surtout au centre des mamelons. Les culs-de-sac terminaux des glandes étaient à peu près normaux, dans la plus grande partie de ces petites tumeurs ; ils se présentaient sur les coupes, à un millimètre ou à un millimètre et demi au-dessous de la surface, sous la forme de cercles (B, c, fig. 141) ayant à peu près le diamètre des culsde-sac normaux. Au centre seulement de la tumeur, ils étaient plus rares et plus petits.
A un plus-fort grossissement (200 à 400 diamètres), les villosités paraissaient formées par un tissu conjonctif serré, couvert de quelques cellules plates et contenant entre ses fibres des leucocytes et des granulations graisseuses.
Les tubes glandulaires contenaient des cellules d’épithélium cubique qui ne leur formait pas un revêtement complet. Les dilatations terminales des glandes possédaient des cellules muqueuses ou caliciformes dont elles étaient complètement remplies.
Le tissu sous-muqueux, qui constituait, ainsi qu’il a été dit, tout le relief de la néoformation, était serré, dense, feutré, parcouru par des vaisseaux artériels, veineux, capillaires, remplis de sang. Il contenait des fibres élastiques et de tissu conjonctif, entre lesquelles il existait de très nombreuses cellules lymphatiques, petites, rondes ou légèrement allongées. On y trouvait, en outre, des îlots de cellules au milieu d’une substance fondamentale, granuleuse et peu abondante, de véritables îlots sphériques de lymphocytes.
Au centre déprimé des tumeurs, le tissu conjonctif se continuait directement jusqu’à la surface, car, en ce point, la couche glandulaire, en grande partie atrophiée, était réduite à de rares tubes et à quelques groupes de culs-de-sac, distants les uns des autres.
Les couches musculeuses étaient très épaisses, transparentes; les faisceaux de fibres lisses étaient séparés par des bandes de tissu fibreux, entremêlées de petites cellules lymphatiques. Mais ces éléments ne se rencontraient pas dans l’intérieur des faisceaux, entre les cellules musculaires qui étaient grosses, transparentes, réfringentes, munies de leurs noyaux caractéristiques.
Dans la couche de tissu conjonctif, même néoformation d’éléments cellulaires.
C est là une des descriptions les plus précises qu’on puisse faire de la gastrite gommeuse syphilitique. Il est impossible de confondre cette lésion si nette avec le squirrhe atrophique de l’estomac.
TUMEURS DE L’ESTOMAC
La gastrite syphilitique peut s’accompagner d’ulcère. (Frankel, Chiari, Flexner, Küznuk, etc.) Celui-ci siège de préférence sur les parois postérieures, dans le voisinage du pylore et du cardia. Il peut être unique; cependant Frankel a trouvé jusqu’à treize ulcères. Hemmeter en donne la description suivante : « L’ulcère qui résulte de l’ouverture d’une gomme est une perte de substance plus grande de la muqueuse que de la sous-muqueuse, plus petite encore de la musculeuse et dont le bord est irrégulier et anguleux. L’aspect caractéristique en gradins ne se voit jamais dans l’ulcère gommeux. On trouve à la surface un dépôt jaune visqueux, gélatineux, avec gomme à l’entour. »
Au point de vue microscopique, on retrouve, comme dans l’observation relatée plus haut en détail, de l’épaississement de la couche sousmuqueuse et muqueuse par du tissu fibreux dense, et des nodules ou traînées d’infiltration, souvent nécrosés en leur centre. L’inflammation de la tunique interne des vaisseaux artériels et veineux est de règle, l’infiltration scléro-gommeuse s’étend plus ou moins loin au voisinage de l’ulcère.
Les sténoses pyloriques d’origine syphilitique doivent être très rares. On n’en connaît que deux cas à l’heure qu’il est, dus l’un à Hemmeter, l’autre à Hayem.
En dehors des gommes infiltrées et des uleères il faudrait accepter la réalité de cicatrices pouvant cloisonner l’estomac et donner lieu à des déformations variables (estomac en sablier, etc.) (Lion).
TUMEURS DE L’ESTOMAC
TUMEURS CONJONCTIVES
Lipomes. — Les lipomes constituent une rareté dans la pathologie de l’estomac; ils ne sont remarquables que par la petitesse de leur volume; ils peuvent proéminer soit du côté de la séreuse, soit du côté de la muqueuse.
Sarcomes. — En 1897 Schlesinger put réunir 30 observations de sarcome primitif de l’estomac. Il s’agit donc d’une lésion peu commune de la muqueuse gastrique. La forme infiltrante est celle qu’on rencontre de préférence. Un exemple typique a été publié par Letulle. Dans un
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cas, qu’il prit de prime abord pour un cancer, cet auteur constata une infiltration générale du chorion de la muqueuse extrêmement épaissi par une quantité énorme d’éléments cellulaires. Il s’agissait de gros éléments polymorphes, arrondis, richement nucléés, réunis comme au
Fig. 142. — Sarcome diffus de l’estomac. (Letullo.)
Les glandes gastriques et les muscles sont, dans, toute leur étendue, dissociés, atrophiés par une infiltration d’éléments cellulaires volumineux, arrondis. Ulcération de la surface de la muqueuse. — Grossissement 24/1.
hasard dans les mailles dù tissu conjonctivo-vasculaire interglandulaire ; on y découvrait de grosses cellules polynucléées gorgées de nombreux fragments de substance chromatinienne.
Les glandes éparses dans les travées de cellules néoplasiques étaient altérées de deux façons assez distinctes : les unes en voie
TUMEURS DE L’ESTOMAC
d’atrophie simple, présentaient une diminution progressive de leur lumière et la disparition de leur revêtement épithélial ; les autres, encore normales comme volume et comme forme, étaient envahies par effraction. Elles se laissaient disjoindre sous la poussée de quelques cellules tumorales, sans que leur cavité fût comblée par les éléments de la tumeur.
Les sarcomes se développent de préférence au niveau de la grande
Fig, 143. — Sarcome primitif de l’estomac. (Letulle.)
Invasion dés glandes gastriques par les cèllules tumorales. — Grossissement 500/1.
courbure, et font saillie soit dans la cavité gastrique, soit du côté de la séreuse. Ils prennent leur origine dans la couche musculeuse, ou dans la sous-muqueuse et sont constitués le plus souvent par des cellules arrondies. Le sarcome fuso-cellulaire est assez rare. Les formes mixtes angio-sarcome, myo-sarcome ou cvsto-sarcome, sarcome angioplastique presque toujours secondaire d’ailleurs (Brault), peuvent également se rencontrer. La muqueuse qui recouvre ces productions néoplasiques est généralement intacte, mais elle s’ulcère lorsque la tumeur subit une dégénérescence quelconque.
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Les sarcomes secondaires de l’estomac ne seraient pas excessivement rares ; ils sont fréquemment multiples et en s’ulcérant produisent des ulcérations gastriques en calices.
Olivier et Halipré ont rapporté un cas de linite plastique, qui à l’examen microscopique fut reconnu pour un sarcome fuso-cellulaire. Il en est de même des formes rares de sarcomes diffus décrits par Drost. Les parois gastriques s’épaississent au point de mesurer sur une surface de section plus de deux centimètres d’épaisseur. La lumière de l’estomac est réduite et son poids peut augmenter jusqu’à 1,200 grammes. Au microscope, la muqueuse est intacte; mais la sous-muqueuse et la musculeuse présentent une infiltration très abondante de cellules rondes sarcomateuses.
Lymphadénome. — Le lymphadénome primitif de l’estomac est d’une excessive rareté. Il a la même apparence que le carcinome et forme des tumeurs molles, blanchâtres, bourgeonnantes, qui s’ulcèrent à leur centre et donnent un suc lactescent. L’examen microscopique peut seul en indiquer la nature.
Ces tumeurs, qui occupent une région plus ou moins considérable, atteignent jusqu’à 1 ou 2 centimètres d’épaisseur, sur une section perpendiculaire à leur surface, on peut encore distinguer les diverses couches delà muqueuse. Lorsqu’elles ne sont pas encore ulcérées, la couche glandulaire est conservée et les glandes paraissent beaucoup plus longues qu’à l’état normal, ce qui tient à l’augmentation de l’épaisseur du tissu conjonctif qui les entoure. Ce tissu est infiltré de cellules lymphatiques disposées en séries longitudinales entre les faisceaux du tissu conjonctif qui avoisinent les glandes. L’épithélium de celles-ci est conservé. Au-dessous d’elles, le tissu conjonctif sousmuqueux est extrêmement épaissi; il est également infiltré de corpuscules lymphatiques, et sur des coupes minces traitées au pinceau, on y voit très nettement le tissu réticulé. Les couches musculaires présentent, entre leurs faisceaux, des cellules lymphatiques qui sont en nombre moins considérable que dans le tissu conjonctif interposé à la eouche de fibres longitudinales et à celle dè fibres transversales. Lorsque l’ulcération s’est produite, le tissu de la tumeur bourgeonne d’une façon très irrégulière.
TUMEURS MUSCULAIRES
TUMEURS MUSCULAIRES
Fibro-my ornes. — Des tumeurs constituées par des faisceaux de tissu musculaire lisse et par du tissu conjonctif se rencontrent quelquefois dans l’estomac. Elles sont au point de vue de leur structure et de leur développement comparables aux myomes de l’utérus. Elles peuvent, après avoir pris naissance dans un des plans musculaires de l’estomac, faire saillie soit du côté de la muqueuse, soit du côté du péritoine. Dans ce dernier cas les tumeurs sont petites et dures; cependant elles peuvent atteindre le volume d’une noix; quelquefois elles sont calcifiées. Borrmann a publié l’observation d’une tumeur, grosse comme la tête d’un fœtus, qui faisait saillie entre les feuillets du grand épiploon. Au microscope il s’agissait d’un myome, né dans un plan musculaire. On aurait pu croire à une tumeur de l’épiploon adhérente à l’estomac.
Les myomes qui font saillie du côté de la muqueuse, siègent souvent au voisinage du pylore ; ils peuvent même, s’ils deviennent assez •considérables, être entraînés par les aliments dans cet orifice et faire saillie dans le duodénum. Corail a présenté à la Société Anatomique un cas de ce genre : c’était un polype fibreux, dense, gros comme le pouce environ, long de 8 centimètres, recouvert par la muqueuse stomacale dont il s’était coiffé en se développant, et qui proéminait jusqu’au milieu de la première portion du duodénum. La muqueuse présentait même en ce point, au niveau de son passage dans le pylore, une ulcération probablement due à des frottements répétés. La muqueuse stomacale, dans les parties où elle recouvrait le polype, était parsemée de kystes muqueux visibles à l’œil nu.
Enfin, comme nous l’avons vu précédemment, ces polypes, en partie musculaires, en partie fibreux, en partie constitués par des glandes hypertrophiées, peuvent présenter une apparence muqueuse.
Les myomes de l’estomac subissent souvent la dégénérescence hyaline; leur calcification est plutôt rare. Ce dernier caractère les distingue des myomes de l’utérus, qui par leur développement et leur structure s’en rapprochent beaucoup.
De même que les proliférations musculaires de l’utérus sont souvent en connexion étroite avec les proliférations glandulaires des restes
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de Wolf, ou avec celles des glandes erratiques de la muqueuse de même Cohn put rapporter la genèse d’un myome de l’estonclusion fœtale de quelques lobules pancréatiques.