HISTOLOGIE NORMALE DU REIN
d'un glomérulc de Malpiglii, dont la capsule se continue directement avec la membrane propre du tube. Le glomérule de Malpigbi n'est autre chose, ainsi que nous le verrons bientôt, qu'un bouquet de petits vaisseaux émanant direclemcnt des artères interlobulaires du rein, entouré de toute part par la membrane capsulaire. A l'extrémité du diamètre de la capsule opposée à l'entrée du vaisseau artériel, la capsule présente un orifice rétréci, par lequel elle communique avec le tube urinifère. A son origine, le tube urinifère est contourné et large (tubes contournés de la substance corticale). Après un certain nombre de sinuosités, il se rétrécit, aflecte un trajet rectiligne, et se dirige dans la substance des pyramides : là il fait une anse, dont la convexité est tournée du côté du sommet des cônes
Ki^'. 323. — Coup(> l(iii=ritu(iiiial(; dt- lu siilistanco inéiluUaiie iln lein front les an?es île llenlc. Fi^'iire eiiifinintée à Grofs. Grossis>ouuiit
e 1 lionime raot- 100 iliamârçs.
(anse de Hcnle), ivids il remonte en suivant dans ce trajet ascendant une direcHuu p&rallèle à sa portion descendante, rentre dans la substance corticale, s'évase de nouveau, devient sinueux, puis se réti'écit de nouveau avant de se jeter dans un tube droit. Ce dernier (tube collecteur) dont la diiection est rectiligne, et (jui chemine d'abord dans la substance corticale, puis dans la substance médullaire, reçoit, chemin faisant, plusieurs tubes isolés ou réunis, devient de plus en jtlns considérable, à mesure quil se rapproche de l'extrémité du cône de
Malpiglîi, et il vient enfin s'ouvrir à la papille rénale, dans le bassinet, par une ouverture assez grande pour être visible à l'œil nu.
Le diamètre et la structure du canalicule varient suivant les différents points de son trajet depuis le glomérule jusqu'à la papille rénale. Le glomérule mesure de 130 à 200 f/; sa forme est sphérique ; les canaux contournés de la substance corticale mesurent iO à 50 fi; dans les anses de Henle, les tubes n'ont plus que 15 à 20 u. ; la plus grande partie des tubes droits ne mesure guère que 30 à /iO «, et, par leur réunion, ils arrivent à l'evtrémité terminale du tube collecteur à un diamètre de 180 à 200 IX.
Fig. 324. — Soclion faite peipendiciilairemoiit il un cùne ilo Malpiehi près de son extrémité libre. D'après M. Gross. Elle est destinée ù luontier In liilférence des diamètres des tubes collecteurs et des anses delletile.
HLa capsule des glomérulos est une miMulnano mince, hyaline, qui se plisse facilement en tous sens sdus l'iulluence de l'eau et des acities dilués. Elle est tiipissée à sa face interne par une concile de cellules paviineuteuses plales(juise continue directement avec le revêtement cellnlain^ des tubes contournés.
Les tubes contournés, les anses de lleiile et les canaux droits, possèdent aussi une membrane propre hyaline, qui se [dissesur elle-mêtiu' comme celle des glomérules, et qui, d'après Ludwig, posséderait quelques noyaux de dislance en distance. Celte memhraiu' isol.ihjc n'existe plus, suivant Ludwig. dans les gros tuhes colledems de la substance méiluUaiic, et elle se confond avec le tissu ((iiijdriclif vdisiii.
Le revêtement épitliélial des liiimli se niiMlilic. suivant les diiïérenis points dt; leur parcours. D.ius les tubes coiitouraés,
HISTOLOGIE NORMALE DU REIN. lOU
les cellules pavimenteuses,, se rapprochant de la forme cubique, possèdent autour de leur noyau ovoïde une masse protoplasmique obscure et grenue. Ces cellules montrent, surtout au niveau de leur implantation sur la membrane hyaline, des stries perpendiculaires à la membrane hyaline, fines, et qui ont été considérées comme de petits bâtonnets parallèles les uns aux autres. Ces cellules spéciales, dont la description a été donnée par Heidenhain, auraient, d'après cet auteur, la propriété d'élaborer et de séparer du sang les substances solides qui entrent dans la composition de l'urine. Elles ressemblent beaucoup par leurs stries aux cellules des tubes excréteurs des glandes salivaires. Elles ne présentent pas de membrane d'enveloppe distincte, mais seulement des interstices de séparation entre elles. Leur protoplasma, qui contient des granulations protéiques très-fines, devient plus trouble lorsqu'on les traite par l'eau. Ces cellules sont régulièrement disposées autour de la membrane propre, de façon à laisser à leur centre une lumière vide par où s'écoule l'urine. Elles sont adhérentes les unes aux autres plus qu'avec la membrane propre du tube, de telle sorte que, dans les préparations du rein faites à l'état frais, on les voit sortir sous forme de boyaux, offrant la disposition tubulée. Elles font ainsi hernie, s'isolent dans le hquide qui baigne la préparation, et laisscjit la membrane hyaline du tube plissée et encore adhérente au tissu rénal.
Dans les anses de Henle, l'épithélium pavimenteux devient grêle, aplati; son protoplasma est réduit à peu de chose, et les noyaux des cellules font saillie dans la lumière du canal.
bans les tubes contournés qui relient les anses de Henle aux tubes droits, l'épithélium devient de nouveau gonflé et granuleux, et il en est de même dans les tubes droits. Dans les tubes collecteurs, les cellules pavimenteuses et cubiques deviennent progressivement cylindriques et très-longues; elles sont implantées perpendiculairement à la paroi ; leur base la plus large y est accolée, tandis que leur extrémité libre est plus amincie. Leur grand diamètre est de 0",0'2. A la papille rénale, elles se continuent directement avec celles de la muqueuse des calices et du bassinet.
Tel est le trajet d'un tube urinifère : on peut maintenant se rendre compte de leurs connexions et de la composition des deux substances du rein. Dans les pyramides, les tubes collecteurs ouverts à la papille remontent en se divisant juscju'à la substance corticale, où ils envoient des tubes droits connus sous
le nom de rayons médullaires^ et qui eux-mêmes reçoivent les canaux contournés émanant des glomérules, après que ces canaux ont émis jusque dans la substance médullaire leurs anses de Henle. Chaque rayon médullaire est formé de tubes droits émanant des canaux collecteurs, et de branches ascendantes et descendantes de l'anse de Henle. Les tubes contournés et les glomérules, en continuité avec les canaux droits de la substance corticale, forment dans cette dernière autant de pyramides secondaires qu'il y a de rayons médullaires, pyramides dont la base est tournée vers la périphérie du rein.
Les vaisseaux sanguins o^vani une distribution toute spéciale. L'artère rénale pénètre dans le hile et s'y divise ; ses divisions cheminent entre les pyramides, et émettent dos branches au niveau de la limite entre la substance corticale et les pyramides, à la base de celles-ci. Les artères intcrlobulaires nées en ce point s'élèvent directement dans la substance corticale perpendiculairement à la surface du rein, et dans ce trajet elles émettent de distance en distance des artérioles qui pénètrent dans le glomérule de Malpighi. Le vaisseau afTérent du glomérule s'y divise en un certain nombre de branches secondaires, dont chacune présente des anses recourbées et hbres à la surface du glomérule. Les vaisseaux provenant de ces subdivisions se reforment en un tronc unique (vaisseau elférent), qui sort du glomérule accolé au vaisseau afférent.
Dans le glomérule, les plus petits vaisseaux possèdent une membrane propre contenant des noyaux conmie les capillaires. <>es vaisseaux sont l'ecouvertsà leur surface exleine pir un revêtement de cellules plates, de telle sorte que la cavité du gbunérule est une cavité close revêtue de toute |)art par (k's cellules.
A sa sortie du glomérule, le vaisseau eiVérenl se résout en capillaires, qui entourent i^n un fin lacis les gioniérules et les tubes uiinifères. Dans la même région d'où émanent les artères int('rlol)iilaires de la sul)staiice corticale, c'est-à-dire à la base (k's pyramides, les artères lénales émettent aussi d'autres artérioles très-grèles qui prennent un chemin inverse, et descendent dans les pyramides. Ce sont les artères (h'oiles qui font des anses à convexité tournée vers la |)apille des [lyraniides, et qui se résolvent en capillaires qui aeconipagnenl les tubes (li'oitsel les canaux collecteurs.
Le sang des vaisseaux capillaires les plu-- r.ipprochi's de la surface; du leiii est pris par des troncs \eineu\ (|ui arrivent jusqu'à la surface du rein, où ils forment les veines éloilées
niSTOLOGIli: NORMALE DU REIN. 1013
(étoiles de Verheyen) qui se réunissent en un tronc interlobulaire, lequel descend dans la substance corticale parallèlement aux artères interlobulaires. La veine interlobulaire reçoit le sang de tous les capillaires de la substance corticale, et se rend dans les grosses veines situées à la limite de la substance médullaire et de la substance corticale.
Les veines qui émanent de la substance des pyramides ont un trajet parallèle à celui des artères droites ; elles forment aussi des anses à convexité dirigée vers la papille. Les gios troncs veineux du rein se forment par conséquent à la limite de ses deux substances. Toutefois les veines de la substance médullaire sont plus développées, et généralement plus lurgides que les artérioles de cette portion du rein ; aussi, dans les autopsies, trouvet-on presque constamment les pyramides d'un rouge foncé, même lorsque la substance corticale est décolorée.
Le point le plus important de la circulation sanguine dans le rein est le gbmérule ; c'est là que la pression du sang est le plus élevée (Ludwig), et que se fait à son maximum le passage des matériaux liquides du sérum de l'intérieur des vaisseaux dans les canaux urinifères. C'est dans la substance corticale que les flexuosités des tubuli sont le plus prononcées, et que par suite l'urine y séjourne le plus ; cette substance seule contient des glomérules ; dans les canaux de cette substance se fait l'élaboration des matériaux que balaye le courant de liquide venant du glomérule : aussi nous expliquons-nous facilement que la fonction physiologique du rein s'y elfectue presque complètement; par suite, les modifications pathologiques de l'organe acquerront dans la substance corticale leur maximum de fréquence et d'intensité. La substance médullaire, au moins pour ce qui est des tubes droits, car les tubes à anses de Henle appartiennent par leur physiologie et leur pathologie à la substance corUcale, la sul)stance médullaire, disons-nous, est simplement un lieu de passage pour l'urine : elle participe aux fonctions et à la pathologie des canaux d'excrétion avec lesquels elle se continue immédiatement.
Les canaux Ii/mpluiti/iues du rein sont faciles à injecter et à démontrer dans la capsule fibreuse et dans le hile. Une injection faite par ces canaux pénètre dans tout l'organe, dans tout le lissu conjonctif du rein autour des tubes uiinil'ères. Dans le rein, comme dans le tissu conjonctif en général, il est difticile de séparer l'étude du système lymphatique de celle du tissu conjonctif.
Le tissu conjonctif du rein est inégalement distribué : la capsule fibreuse est formée de faisceaitx de fibres entre-croisées, et elle envoie des prolongements fibreux qui accompagnent les vaisseaux capsulaires dans la substance corticale du rein. Les vaisseaux capillaires et le tissu conjonctif n'opposent qu'une faible résistance à la décortication de l'organe. A l'extrémité des cônes de Malpighi, le tissu conjonctif est assez épais, et facile à mettre en évidence; là, la limite interne des canaux collecteurs est formée par ce tissu, sans qu'il y ait de membrane propre interposée entre lui et le revêtement épitiiélial. Autour des glomérules, il y a aussi une couche conjonctive bien distincte. Dans le reste du rein, la trame qui soutient les vaisseaux et qui entoure les tubes urinifères est très-mince, en sorte qu'elle se confond avec les vaisseaux. La communication de ce tissu conjonctif avec les vaisseaux lymphatiques du rein montre qu'il est, comme partout ailleurs, constitué par des espaces limités par des cellules plates et en connexion avec les vaisseaux lymphatiques.
Le bassinet, les calices et l'uretère, canaux excréteurs de l'urine, sont tapissés par une muqueuse sans glandes, dont le revêtement épilhélial est constitué par plusieurs couches, dont la plus superficielle est pavimenteusc, la moyenne cylindrique et la plus profonde est formée de petites cellules plates. Le bassinet et l'uretère sont doublés par des couches musculaires et fii)reuses.
^2. — llistologie pathologique générale du rein.
Les lésions les plus essentielles du rein et les plus généralement répandues sont celles qui portent sur les tul)uli et en particulier sur leurs cellules épitiiéliales.
Al.TKFUTIONS DES CEU.I'LES f.PITIir.I.IAI.F.S. LcS lésioUS (IcS CCl-
lules (''|>itii(''iialt's des tubes uiinilères varient suivant la région que fun consiflère. Les celhiles [(avimenteuscs gramileuses el striées des tulies contournés (h* la substance coiticale sont celles (|ui sont h' plus souvent atteintes. Llles sont, coinine le tissu conjonctif n'-nal, gonlb-es et imbibées du liquicU' urinaire lorsque Iniine stagne dans le rein à la suite d'un ol)stacle situé sur un point du trajet des voies urinaires. Klles deviennent plus volumineuses, plus sphériques, gonilées et granu-