‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 81 sur 146 · CHAPITRE Vil. — MAMELLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. — MAMELLES

IlrsTOLCGiF. NORMALE. — Lcs ghiudcs mammaircs qui se développent dans le feuillet corné comme les autres glandes cutanées, et qui appartiennent à la peau^ sont des glandes en grappe composées. KUes possèdent de dix-huit à vingt canaux (les canaux galacto[)hores) qui s'ouvrent isolément au sommet du niameloii, après s'être dilatés en ampoule. Lcs canaux, après s'être divisés et subdivisés, se rendent à dés culs-de-sac termina»ix qui sont |»iril(trmes ou sphéri(|ues. De même que les plus petits canaux, ces culs-de-sac sont composés d'ime mumul)iMne propre homogène et tapissés par une couche de cellules cubiques de 12 p (le diami'tre en moyenne. Les gros canaux galactopliorcs sont tapissc's par une couche de cellules cylin- (Iriqiu's.

Le mamclmi et l'art-nle ipii sont cniilracliles jiossèdent une assez grande quantité de liiires musculaires lisses. La surface <lu mamelon pn-seiite des |iapill('s et I aié'ole montre des glandes .S('l)act''es volumineuses.

'rrès-inrnmph'le>< pendant rt'ulance, car elles.se rédui.scnl i\

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des divisions des conduils, les glandes mammaires ne se dévelojipent que pendant la puberté, époque où bourgeonnent leurs culs-de-sac terminaux. Elles n'acquièrent leur développement complet qu'à la première grossesse où leurs lobules s'isolent et grossissent; leurs cellules épithéliales se remplissent de granulations graisseuses et se desquament en s'accumulant dans la lumière des culs-de-sac où elles forment les globules du colostrum.

Les corpuscules du lait qui nagent dans le sérum sont composés de (Tranalations graisseuses. Le lait renferme de l'eau, delà graisse neutre, une substance protéique, la caséine, et du sucre de lait. Il contient une certaine proportion de sels, et particulièrement du phosphate de chaux.

La mamelle des enfants nouveau-nés sécrète un liquide laiteux dans lequel existent aussi des corpuscules graisseux : le phénomène histologique tout au moins est le même que dans la sécrétion lactée de la femme (Sinéty).

La mamelle reste développée pendant la période de fécondité de la femme, puis elle s'atrophie ; ses culs-de-sac s'allongent, s'amincissent, disparaissent complètement ou ne présentent plus que quelques lares cellules atrophiées.

Le tissu conjonctif entoure partout les culs-de-sac, et les lobules sont séparés par du tissu adipeux.

Les vaisseaux de la mamelle forment un réseau de capillaires autour des culs-de-sac.

Les lymphatiques de la mamelle sont nombreux : d'après les travaux de M.M. Coyneet Labbé, les culs-de-sac mammaires sont entourés par une première couche de tissu conjonctif lâche possédant des noyaux clair-semés, puis plus en dehors par une zone conjonctive épaisse. C'est là, dans cette dernière couche, que l'on rencontre de vastes lacunes lymphatiques, variables comme aspect, mais enveloppant en partie le cul-de-sac dont elles sont séparées par du tissu fibreux. M. Coyne fait remarquer que cette disposition est favorable à la non-extension aux lymphatiques des tumeurs qui restent localisées aux culs-de-sac glandulaires. 11 faut en effet que le tissu fibreux qui entoure les culs-de-sac soit envahi par la production nouvelle pour que les vaisseaux lymphatiques soient pris à leur tour et servent à transporter aux ganglions les li(|uides et cellules ()ui infectent consécutivement les glandes axillaires. C'est en ellet ce qui a lieu dans le carcinome.

.\joutons que M. Ciraldès avait de|)uis longtemps constaté la

grande quantité de vaisseaux lympliatiques du sein et décrit en particulier ceux de la hase de la glande qui forment comme un plexus caverneux. La base de la mamelle est en rapport avec le fascia super-ficiaUs par l'intermédiaire d'un tissu conjonctif lâche qui figure dans quelques cas une bourse séreuse plus ou moins complète. (Giraldès.)

Inflammation aigle. — Les inflammations de la région mammaire sont très-variées : elles se montrent après l'accouchement, pendant les premières péiiodes de la lactation, ou bien à la suite de contusions ou de tumeurs.

Les inflammations de l'aréole du mamelon, les gerçures de la peau, les abcès tubéreux sous-cutanés de l'aréole sont assez communs pendant les premiers jours de l'allaitement.

Les inflanimalioiis érysipélateuses de la peau qui recouvre la glande sont assez fréquentes, soit dans la lactation, soit à la suite de tumeurs ulcérées, et dans ce dernier cas il s'agit surtout de lymphangites bien caractéi'isées à l'œil nu par la rougeur qui suit le trajet des mailles des lymphatiques sous-cutanés. Ces inflammations érysipélateuses peuvent être suivies de véritables abcès phlegmoneux sous-cutanés. Les lymphangites souscutanées à répétition dues à un carcinome du sein ulcéré se terminent parfois en dernière analyse par une dégénérescence carcinômafeuse de la pai'oi des lymphatiques qui sont transformés alors en des cordons durs et sinueux.

Les inflammations parenchymateuses ou glanduleuses delà mamelle sont plus profondes et débutent soit par une rétention du lait engorgement laiteux ou /*"?/), soit par une inflammation [)urulente du tissu ctuijonclif (jui sépare les lobules. Ces inflammations i)urulentes sont l'apanage exclusif des nourrices et des nouvelles accouchées, plus rarement des femmes enceintes.

Les abcès qui se forment alors dans la glande sont (|ucl(|uefols très-non>breux et successifs. Us C(»nliennent des élénuMits du lait mêlés aux cellules lympliali(|ues et, lors(ju'iIs sont ouverts, il peut en résulter une lislule lactée lors(]u'un sinus ou un conduit galactophore volumineux est compromis par la suppuration ou par la plaie résultant du bistouri.

Les abcès sous mammaiies ou profiuids juMiYcMit se pn>duire dans les inr-mcs cdiiditinns (pu* les inécedeiils pai- la |»ro- |)agation de rinllammatiim puruh'ute au tissu coujoiutif lAche qui sépare la glande du fascia libreux. 11 est certain <|ue ces

TUMEURS DES MAMF.LLES. 1159

abcès sous-mammaires se produisent par l'inflammation des sinus lymphatiques et des bourses muqueuses, et ils se collectent rapidement en une poche pleine de pus étalée au-dessous de la glande et qui la soulève en totalité.

Les abcès sous-mammaires atîectent quelquefois la marche des abcès froids, et au lieu de reconnaître pour cause une inflammation aiguë propagée du sein au tissu conjoncUf profond, ils succèdent à des lésions osseuses des côtes ou du sternum, à des caiies scrofuleuses ou tuberculeuses, à des abcès de même nature qui, développés à la face interne des côtes ou du sternum, ont perforé les espaces intercostaux et font saillie dans le tissu conjonctif sous-mammaire enflammé.

Inflammation chronique. — Les abcès de la mamelle donnent lieu, lorsqu'ils se guérissent, à des indurations constituées par du tissu conjonctif organisé de formation nouvelle qui peuvent grossir et constituer des tumeurs fibreuses. (Voy. plus bas.)

Les causes de l'inflammation chronique ou mastite chronique généralisée sont beaucoup plus obscures. Il se forme en pareil cas du tissu fibreux en quantité anormale et une induration générale de tout le tissu de nouvelle formation qui sépare les culs-de-sac. Cette altération analomique se confond avec les hypertrophies totales ou avec les fibromes de la glande. (Voy. plus bas.)

Tumeurs de la mamelle.

Les tumeurs de la mamelle sont exposées dans leurs points hislologiques essentiels aux chapitres de la première partie qui traitent de cliaque espèce de tumeurs. Elles sont si communes et si souvent enlevées par les chirurgiens, que ce sont elles surtout qui ont servi à l'étude histologique des tumeurs. Nous n'aurons donc ici qu'à renvoyer le lecteur aux différentes parties de l'histoire géiuirale des tumeurs où il en est question, tout en complétant leur description à l'œil nu et au microscope. Les tumeurs du sein s'observent presque exclusivement chez la fenune; mais toutes peuvent aussi, exceptionnellement, il est \rai, survenir chez l'homme.

IIyi'Kutuoi'iiie totale de la mamelle. — 11 arrive quelquefois, bien que cela soit très-rare, ijue les mamelles s'hypertrophiont

1160 MALADIES DES ORGAXES.

d'une façon considérable chez des jeunes filles après la puberté ou chez des jeunes femmes à la suite de l'accouchement. Les deux seins peuvent être pris en même temps ou l'un d'eux seulement : le gauche, plus souvent (jue le droit, atteint une dimension colossale, telle qu'une tête d'adulte, et un poids qui varie de 2 à ^ kilogrammes ou plus. La consistance de la mamelle est normale, assez dure chez les jeunes filles ou dans la grossesse, molle et tombante, lorsque l'hypertrophie existe depuis un certain temps chez une jeune femme; elle donne à la palpation ime sensation de lobules qui se déplacent. La peau est normale ou un peu épaissie, mais non adhérente. Les glandes de l'aisselle ne sont pas hypertrophiées. Sur une coupe delà glande enlevée, on voit un tissu gris avec des lignes ou lobules plus jaunâtres, tissu fibreux, élastique, sans sucs. A l'examen microscopique de ce tissu, on constate qu'il s'agit tout simplement de tissu conjonctif très-abondant qui est plus dense autour de chaque lobule de la glande. Les canaux ef les culs-de-sac glandulaires sont tantôt, commeà l'état de vacuité, tapissés par de petites cellules formant une seule couche; tantôt, comme dans les premiers mois de la grossesse, leurs cellules sont plus volumineuses et granuleuses. I)ans tous les cas les canaux ont du s'allonger pour suivre rhypertro[)hie du tissu conjonctif, mais il s'agit principalement d'un épaississement fibreux du tissu conjonctif et non d'une lésion portant soit prinntivement, soit princi|iaI(Miicnt sui' l'i'pitiiéHum. Tel est le résultat d'examens faits par lUirnur-, (Radiât et Ledouble, etc. Il y a aussi (juelquelois des lobules (le graisse dans la tumeur, mais le plus liabiluellenient la graisse fait défaut. Notons aussi (jue dans le fait observé par M. Manse, les conduits galactophsies étaient très-dilatés au point de recevoir l'extrémité du doigl. L'hyperti'ophie de la mamelle est constituée pour une grande part par une formalion nouvelle d(! tissu fibreux : coninu' dans la plupart de ces formations nouvelles de tissu conjonctif, les conduits glandulaires ef les culs-de-sac peuvent être dilatés ainsi que cela s'observe par exemple ilans les cirrhoses liyperlrophiques pour les canaux biliaires. Par le miMue mécanisme il peut y avoir de petits kystes par ré-lciilion du produit i^landulaire lorscpi'un canal galaclopliore esl isob- au inilicn du lissu (ibicux.

Ct,\\.\(Ti>i.f\.i.. — Le galadocrle est une tinneur causée par l'accumulalion de la it'lenlion du lai! dans un point do la glande mammaire soit ;\ son centre soit ;\ son pourtour, du

SAUCÔME DK LA MAMliLLE. 1161

côté de l'aisselle, par exemple. Son développement coïncide avec la lactation et elle [)eut disparaître spontanément après la cessation de cette fonction. Le lait, soit à peu près normal, soit cailleboté ou crémeux, est contenu dans une poche unique ou cloisonnée par des brides qui lui donnent un aspect aréolaire. La poche communique par des orifices d'où l'on lait sortir du lait avec un certain nomljre de lobules sécréteuis. D'après le petit nombre de bonnes descriptions de faits de galactocèle qui ont été publiées, d'après le fait de M. Forget en particulier, la poche kystique ne serait autre qu'un canal galactophore dilaté et ne pou\ant plus verser par le mamelon le lait qu'il contient.

Sarcome. — Les tumeurs de cette variété sont plus ou moins volumineuses, sans adhérences à la peau à leur début, mais cette adhérence se manifeste plus tard. Elles ne déterminent pas d'infection de voisinage dans les ganglions lymphatiques. La mamelle est envahie soit dans toute sa masse, et on a afl'aire alors à une tumeur très-volumineuse, soit dans une partie limitée pendant longtemps. Dans le premier cas le développement de la tumeur est uniforme, la peau est tendue au-dessus d'elle, quelquefois adhérente; dans ie second il existe une tumeur isolée ou plusieurs tumeurs qui donnent à la glande une apparence lobulée. La section de latutneur, après son ablation, montre tantôt une masse solide uniforme, grise, avec des parties plus vascularisées ; d'autres portions, les plus anciennes, sont jaunâtres par suite d'une dégénérescence granulo-graisseuse. On peut observer aussi plusieurs masses distinctes séparées les unes des autres par des poitions moins altérées de la glande. Les parties solides constituent le sarcome en masse dans lequel les tubes et culs-de-sac glandulaires sont conservés et hyperplasiés, mais non kystiques ; souvent les gland(is manciuent complètement dans ces parties qui se sont développées nni(iuement aux dépens du tissu conjonctif et du tissu cellulo-adipeux périphérique aux glandes.

Lorsqu'au contraire la glande tout entière est comprise dans la néolormation, il peut y avoir une formation exagérée de cellules épithéliales et même une distension et un remplissage des conduits ou /les sinus galactophores par des cellules en dégénérescence graïuilo-graisseusc, ce qui donne auconleim l'apparence du lait, l'ius souvent on y trouve un liquide muqueux. Des kystes s'observent fréquemment en pareil cas, ou

plutôt des fentes arborisées représentant les cavités des conduits et des Cl Is-de-sac dans lesquelles bourgeonne le tissu sarcomatei'X voisin. (Voy., pour les détails histologiques, les pages 127 01128.)

Les sarcomes du sein sont très-remarquables et faciles à distinguer des carcinomes par l'absence complète du tissu celluloadipeux transfoimé en tissu sarcomateux, et par la non-infection des ganglions lymphatiques de l'aisselle.

Quanta la vaiiété du sarcome, on a afiaire le plus souvent au sarcome encéphaloïde, d'autres fois au sarcome fascicule. Ces tumeurs récidivent souvent un ten)ps plus ou moins long après leur ablation. Lorsqu'à la première 0|)ération on avait noté un sarcome kystique et que tout le sein avait été enlevé, la tumeur récidivée et enlevée ne montre plus qu'un saicôme formant une masse compacte sans kystes. Cela s'ex|ilique aisément, la glande ayant été enlevée dans sa totalité à la [u-emière opération.

Des nodules sarcomateux secondaires des plèvres, du poumon, des os et d'autres organes se présentent quelquefois dans les autopsies d'individus ayant été opérés pour un sarcome de la mamelle récidivé et généralisé.

MyxÔME. — Les myxômes de la mamelle sont assez communs cl ils ne diffèrent des sarcomes que par la nature du tissu qui les compose, car leur situation par rapport aux culs-de-sac glanduliiiresct aux canaux est la même. Les myxômes kysli(jues sont les plus communs. (Voy. p. l/j/i poui' ce qui concerne l'histologie (lu myxôme en général, et p. 151 pour ce qui est relatif au myxôme du sein.)

Les myxômes du sein sont des tumeurs essentiellement bénignes; elles ne contractent pas d'adhérences avec la peau et, dans certains cas, ou les énudée complètement dans leur parlic pi'ofonde, de telle sorte (in'elles semblent contemies dans une nieml)rane séreuse (|ui les isole des lissus voisins. Dans un cas (|ue l'un de nous a ol)servé récemment, la tumeur assez volumineuse, constituée par un myxôme papillaiie, [iréseiilait à sa itarlic profoiule de grosses luiisses situées dans une cavité séreuse dont un feuillet tapissait les masses bourgeonnantes tandis que Ii! feuillet pariétal faisait corps avec le tissu conjonclif profond tassé en menil>rane. On avait allaire il mu» sorte (h- grande bourse séreuse dont le feuillet antérieur appartenait à la tumeur, le feuillet postérieur an tissu eoiijonctif situé

au-dessous. Les cellules de la surface de cette cavité étaient minces et aplaties. D'après cette disposition on était fondé à penser que celte séreuse n'était autre que la cavité séreuse ou les grandes lacunes lymphatiques situées sous le sein, car il était impossible en raison du siège de supposer qu'il se fût agi là de canaux galactophores ou de culs-de-sac glandulaires.

11 est très-probable en effet que les fentes et cavités dans lesquelles bourgeonnent les productions nouvelles des fibromes, des sarcomes et des myxùmes ne sont pas uniquement les conduits galactophores et les culs-de-sac mammaires, mais qu'il s'agit souvent des lacunes lymphatiques décrites par MM. Giraldès et Coyne (voy. p. 1157).

FiBiîÔME. — On pourrait à la rigueur classer parmi les fibromes l'hypertrophie totale de la mamelle, puisque la totalité du tissu de nouvelle formation est du tissu fibreux;. 11 existe aussi des fibromes dans lesquels le sein est peu volumineux et d'une dureté considérable. Virchow a observé un fibrome du sein cliez l'homme. Au lieu d'être généralisé, le fibrome du sein peut être très-partiel, localisé autour d'une partie de la glande et former une tumeur de volume variable, généralement petite, d'une dui'eté presque pierreuse, n'ayant pas d'adhérence intime avec les tissus voisins. Le fibrome présente la même disposition que les sarcomes et les myxùmes à l'égard des conduits et culsde-sac glandulaires. (Voir pour ce qui regarde le fibrome en général à la page 153, et pour le fibrome dusein aux pages 159 et 160.)

SvpniLis. — 11 paraît y avoir des indurations syphilitiques du sein qui ont guéri par le tiaitement antisyphilitique; mais il n'y a pas eu d'examen histologique de ces lésions. On ne connaît pas non plus d'exemple de tubercules.

CARciiiÔME. — Le carcinome présente à la mamelle ses diverses variétés qui y débutent primitivement, le squirrhe, l'encéphaloïde et le carcinome colloïde.

Le carcinome fibreux ou squirrhe débute par une tumeur dure généralement petite qui se conduit très-dilVéremment suivant les cas. Ainsi elle peut s'étendre avec une grande rapidité, et de bonne heure adliérer à la peau qui est elle-même envahie et présente des inégalités rameuses, ou bien elle se propage sous forme de lignes ramifiées et anastomosées qui sont dues à

1 i 6^ MALADIES DES ORGANES.

l'altération conséculive des vaisseaux lymphatiques superficiels ; d'autres fois on observe de petites nodosités développées dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans le derme. Nousavonsvu deux fois à la Salpètrière, dans le service de M. Cliarcol, des vaisseaux lymphatiques très-volumineux et durs faisant saillie sous la peau et se rendant de la tumeur mammaire aux ganglions du creux axillaire. Dans l'un de ces faits que nous avons examiné au microscope, la périphérie du vaisseau lymphatique examiné sur une section présentait sur tout son trajet un tissu carcinomateuxavec ses alvéoles et ses cellules caractéristiques. Nous avons déjà insisté suffisamment àla page 175 sur la communication des alvéoles du carcinome avec les vaisseaux lymphatiques voisins pour n'avoir plus à y revenir. Les travaux publiés depuis par Waldeyer, Rindfieisch, Debove, etc., sont venus confirmer l'importance de ces lésions des vaisseux lymphatiques dans le carcinome mammaire. Il est inutile d'ajouter que les ganglions axiilaires sont toujours de bonne heure indurés et dégénérés (par induration fibreuse sim()le ou par altération carcinomateuse, voyez p. 175). Dans ces carcinomes fibreux à marche rapide, la peau s'indure non-seulement sons forme de petites granulations mais sous forme de plaques ou de brides denses; le sein du côté opposé est envahi à son tour (cancer en cuirasse de Yelpeau) et la généralisation de la tumeur aux muscles ])ectoraux, au tissu fibreux de l'aisselle, aux côtes, aux muscles intercostaux, à la plèvre, au ])oumon, etc., s'effectue deproclie en proche avec une assez grande rapidité.

Dans une série de cas un peu dilTérents ol)scrvés surtout chez les fenmies âgées, le squirrhe devient alropliique. I,a tumeur reste petite, le sein lui-même est ratatiné, le manudon se i-éiracle, rentre dans la tumeur; les ganglions axilhures se prennent, il est vrai, mais pendant phisicurs années, quatre, cinq ans cl davantage, on n'()l)serve ni nodules sc'condaires à la |»eau ni giMn-ralisation aux organes internes, (l'est toulefois par ces jtrci luctious secondaires que les malades finiront par snrc(>ml)er. Les granulations can'éreuscs ipidn trouve alors dans tous les organes cl lissus sou! remarquables |»ar leur pelitesscî et par leur dureli' qui pourraient les l'aire coufondie, à un examen snperfici(d à VtvW nu, avec les graïuilations tuberculeuses.

LorsqiM' le squirrhe alrophi(|ue s'ulitre, ce qui est fréquent, dans le |toint centi'al et rélracti', enfoncé, de la tumeur, on constate, sui' une seclion qui passe à la l'ois ]iar l'ulccraliou, jiar

ses bords et par la base de la tumeur, on constate, disonsnous, les phénomènes que nous avons décrits déjà à la page 183, à propos de l'inflammation du carcinome, La partie ulcérée et enflammée montre une grande masse de tissu embryonnaire. Ses bords et son fond présentent les alvéoles, le tissu conjonctif épais et les cellules du carcinome.

Le squirrhe mammaire, complètement développé, examiné sur une coupe, montre, au milieu d'un tissulisse, blanc et peu riche en suc, les sinus et les gros conduits galactophores remplis d'un liquide jaunâtre laiteux ou d'une matière caséeuse, opaque et jaunâtre ou brune consistant en des cellules granulograisseuses. Les conduits d'un plus petit calibre sont également remplis de cellules épithéliales granuleuses et se distinguent à l'œil nu comme des lignes arborisées qu'on peut suivre jusqu'à la périphérie de la tumeur. Sur des sections minces, examinées à l'état frais, on peut s'assurer que les culs-de-sac glandulaires sont remplis de cellules volumineuses pourvues d'un noyau et de nucléoles également vohunineux. Les préparations obtenues sur les pièces durcies montrent, dans la partie centrale et la plus ancienne de la tumeur, des conduits bien reconnaissables à leur membrane d'enveloppe contenant à la surface interne de cette membrane des cellules volumineuses épithélioïdes, disposées en plusieurs couches, et au centre du conduit, dans sa lumière, une agglomération de cellules graisseuses bien distinctes de celles du revêtement épithélial. Les culs-de-sac mammaires préexistants et le tissu conjonctif sont transformés en alvéoles carcinomateux contenant de grosses cellules. A la périphérie de la tumeur, dans les points les plus récemment atteints, on peut suivre les modifications des îlots glandulaires et du tissu conjonctif. Ainsi, à côté d'un ilôt glandulaire normal, dont les cellules sont seulement un peu tuméfiées et dont les culs'de-sac sont plus volumineux qu'à l'état de vacuité, on verra des îlots dont les culs-de-sac sont distendus par de grosses cellules ûnement granuleuses claires et qui possèdent aussi dos noyaux et des nucléoles volumineux. Ces culs-de sac possèdent encore leur membrane d'enveloppe. Tout le lobule ainsi altéré devient beaucoup plus considéral)le que les lobules qui l'enlourent. Kn même temps le tissu conjonctif périphérique montre ses cellules plus distendues, plus considérables qu'à l'état normal avec des noyaux en prolifération et les espaces plasmatiques se remplissent de cellules de nouvelle formation ou de cellules lympiiatiijues. Le tissu conjonctif se transforme en tissu

oarcinoniateux par la formation nouvelle de ces éléments cellulaires dans ses cavités. A un moment donné la membrane propre des culs-dc-sac disparaît et tout le tissu préexistant est

Fig. 352. — Si'Olion de la ninmelli' ilans le carcinome ilii sein. Les euls-de-sac mamiuaircs B [lossédeiit leurjmeiiil)raiie tn-s-nctte à double conioiir et ils sont remplis de urosses cellules Uo conduit A est rempli de ces mi^n:es >•[(}ments. Giossissement de 80 diamètres.

creusé d'alvéoles remplis de grosses cellules. Les vaisscauN l\i\\plialiques se prennent à leur tour et conlicnnent les mêmes éléments.

Lors(|uele squirrhe est ancien, le tissu fibreux estlrès- '■;.: iy, les alvéoles sont petits. Dans les parties centrales du carciiiôme atropliii|iie il existe une déj,'énérescence graisseuse avec atropine (les cellules et le tissu libreux dense ct)iitieiil aussi des granulations graisseuses.

Dans cette variété dn caicinùnu*, les gaiiL;lions de l'aisselle sont Icujjonrs indurés. Ainsi (pu; nous l'avons dit à la page 17;"), ces gangliitns sdut souvent translurmés eu tissu libienx et niuis aji»uli)ns (pie le ti>sii Cdiiiniiclirdc! l'aisselle (pii accom|)aj;n!; les nerfs i'.[ les vaisseaux est aussi exlrènienu-nt dur, piésentaiiî dos alvéoles carcinnnialenx en certains pdints, mais surtout une formation ndUvclU; c()nsid('rable de tissu libreux dense (jui resserre les vais.'ieaux cl com|irime les nerfs de telle sorte que la

circulation est interrompue dans les veines qui s'ont remplies d'un thrombus organisé, dans les artères dont la membrane est plissée en long et le calibre très-rétréci, sinon effacé complètement. Il on résulte un œdème dur de tout le membre. Les nerfs comprimés montrent une dégénérescence graisseuse dans leur trajet périphérique. Les ganglions axillaires atteints parle carcinome permettent aussi de voir que le développement de la tumeur se fait dans les mailles du tissu réticulé. C'est ainsi que les petites cavités du réticulum montrent des cellules plus considérables que les cellules lymphatiques au nombre de deux ou trois dans une maille. Ces cellules qui possèdent un protoplasma grenu et clair, iir.bibé de liquide et des noyaux ovoïdes, semblables à celles de la tumeur, sont très-probablement des cellules plates du tissu réticulé, gonflées et proliférées comme cela s'observe dans le tissu conjonctif.

Le carcinome encéphalokle produit dans le sein des tumeurs en général beaucoup plus volumineuses que les précédentes et qui s'accroissent le plus souvent avec une plus grande rapidité. La peau, envahie de bonne heure et épaissie par une formation nouvelle de tissu embryonnaire ou de tissa carcinomateux dans les couches profondes, montre à sa surface un développement du réseau papillaire par suite d'une infiltration de cellules lymphatiques dans les papilles dermiques dont les vaisseaux sont très-développés. Ces modifications du derme précédent les ulcérations qui sont généralement bourgeonnantes. L'ulcération, en s'étendantàune surface plus ou moins considérable recouverte de bourgeons charims Irès-vascularisés, donne souvent lieu à des hémorrhagies répétées, incessantes, parfois très-considérables. Ces hémorrhagies, qui peuvent se montrer aussi dans les formes dures du carcinome, sont incomparablement plus fréquentes et plus abondantes dans rencéphaloïdc.

La section de la tumeur présente un tissu mou vascularisé, i)lauc grisâtre, riche en suc huteux, possédant en un mol tous les caractères de rencé[)haloïde. Le développement, la propagation aux tissus voisins et aux ganglions s'y effectue comme dans le squirrhe, avec cette seule différence que le tissu nouveau offi'e toujours les mêmes caractères que la tumeur primitive.

Le carcinome roUokle est plus rare que les précédents.

Ciircinôme villeux. — Nous avons vu plusieurs fois nue tumeur de la mamelle qui se conduit comme le carcinome au

point de vue de son extension, de l'infection des ganglions lyniphaliques et de sa généralisation, et qui cependant diffère des formes précédentes par le résultat de l'examen histologique. Son aspect à l'œil nu ne diffère pas sensil)lement du carcinome encéphalo'ide : on fait sortir de la tumeur sectionnée une grande quantité de liquide laiteux, mais on peut voir à l'œil nu, sur une section, des cavités et des kystes qui sont assez volumineux, qui ont de 12 à 1 ou 2 millimètres ou davantage, qui sont remplies de suc laiteux et montrent des filaments dendritiques. Certaines de ces cavités ouvertes suivant leur longueur ne sont autres que des conduits galactophores remplis de végétations qu'on en détache facilement avec une aiguille. Ces végétations cîendriliques étalées sur une plaque de verre et colorées au picro-carmin montrent à l'examen microscopique une disposition rameuse très-élégante. I.es principaux troncs se divisent en formantde longues papilles divisées elles-mêmes et terminées par des extrémités libres allongées ou renflées; toutes sont parcourues par des vaisseaux capillaires qui se terminent en anses à l'extrémité des papilles et qui sont entourées d'une très-petite quantité de tissu conjonctif. Elles sont tapissées partout par des cellules prismatiiiues ou cylindri(|ues formant une ou plusieurs couclies : la première couciie s'im|)lante perpendiculairement sur la surface des papilles et les cellules cylindri(jues qui la constituent sont pressées les unes contre les autres, allongées, grenues, claires et munies d'un noyau ovoïde. Les cellules qui sont plus supcuficielles et qui se délaclienl sont plus grosses, prismaticjues ou polygonales, plus claires, piésentant un noyau plus gonllé, plus volumineux et un ou [)lusieurs gros nucléoles. Ce sont ces dernières qui deviennent libres dans le liquide (|ue contiennent les cavités cl qui là deviennent granulo-graisseuses. I.orsrjn'on étudie des pré|)aralions obtenues après le durcissement de la pièce, on voit, sur la section des ca\iti''s, les végétations villeuses pri'cédenles qui prennent leur implantation sur la paroi fibreuse de ces cavités cl qui végètent dans huu' intérieur. La surface interne des cavités esl lipissée dirs mêmes cellules (|ue les\ég(''lalions. La plupart de ces civiti's ne sont autres i|ui' des canau\ galaclnpliores dilalils, remplis de véi;t''lations (|ui poussent sur l(Mn' paroi et se prolongent suivant le trajet du canal ([u'clles l'cinpIisstMit en |)arli('. Lrs culs-de-sac glandulaires subissent ainsi un agrandissement en fr)rni(! de kyste, leurs parois prt'senlenl «Itis cellules ('|tillii''liales disposées ccMiiiiie <lans les

canaux précédents, et souvent aussi il existe des végétations saillantes de la paroi dans leur cavité.

Les canaux galactopliores niontrentune paroi assez nette, et le tissu conjonctif voisin présente ses filires disposées concentriquement autour d'eux. Mais il n'en est pas de même des culsdo-sac dont la membrane hyaline disparait et qui sont entourés par un tissu conjonctif transformé en alvéoles remplis de grosses cellules tuméfiées à gros noyau ovoïde.

On pourrait faire de ces tumeurs des épithéliômes en se basant sur leur début probable à la siu'face des canaux galactophores, en prenant en considération la forme des cellules qui se rapprochent des épithéliômes à cellules cylindriques. Toutefois l'infiltration du tissu cellulaire voisin transformé en alvéoles contenant de grosses cellules les assimile au carcinome plutôt qu'à l'épithéliôme à cellules cylindriques dans lequel les productions épithéliales, loi'squ' elles envahissent le tissu cellulaire, afl'eetent la forme de boyaux cylindriques contenant des cellules cylindriques régulièrement disposées. C'est pourquoi nous avons rangé cette variété de tumeurs dans le carcinome. Nous devons ajouter toutefois que cette variété, comme plusieurs autres genres de tumeurs mammaires, laisse encore bien des points indécis à élucider par de nouvelles recherches. Nous ne saurions trop recommander à ceux qui feront des recherches sur la classification des tumeurs de la mamelle la considération de ce fait que les tumeurs récidivées sur place, alors que la mamelle avait été complètement enlevée, donnent les renseignements les plus importants sur la nature de la tumeur primitive. Aussi est-il essentiel de suivre les malades dont la tumeur extirpée une première fois aura été analysée avec soin. C'est ainsi qu'on verra par exemple une tumeur primitive farcie de kystes et pour laquelle on aurait pu hésiter entre un adénome et un adéno-sarcôme, offrir, à la récidive, tous les caractères d'un sarcome en masse sans productions kystiques. De même pour les carcinomes récidives sur place api'ès l'ablation de toute la glande, il importe de bien constater leurs caractères, car c'est là qu'on trouvera les meilleurs éléments pour une classification scientifique. De plus il faut tenir le plus grand compte de l'examen du tissu conjonctif voisin dégénéré et des ganglions lymphatiques.

Nous avons vu en effet jusqu'à présent que dans lesfilu'ômos, dans les myvômes, dans le sarcome et dans le carcinome, les lésions initiales des i^landes et des conduits excréteurs du sein

ont de grandes analogies, que par exemple des végétations poussaient dans toutes ces tumeurs à l'intérieur des conduits galactophores, et que des kystes pouvaient naître de la distension des conduits et des culs-de-sac. Ces kystes, ces végétations ne caractérisent donc pas une tumeur prise en particulier et il faut chercher les caractères de la néolbrination ailleurs, c'est-àdire dans le tissu conjonctif qui sera transformé en un tissu spécial dans chacune d'elles.

Enchondrôme. — Les enohondrômes de la mamelle sont des tumeurs très-rares dont on cite seulement quelques exemples, tels que ceux d'Astley Cooper, de Busch, de E. Wagner. Dans ce dernier fait les masses cartilagineuses siégeaient dans une tumeur complexe et étaient combinées avec un carcinome.

Des indurations d'apparence calcaire ou osseuse constituées simplement par une induration et une pétrilicatiou calcaires se montrent soit (ju'il s'agisse d'un enchondrôme, soit qu'il s'agisse de nodules de tissu fii^reux calcilié. Velpeau cite plusieurs cas de ce genre dans son Traité des maladies du sein.

ADfiNÔME. — Nous avons déjà donné (voy. p. 291 et suivantes) les caractères de l'adénome du sein qui a été longtemps considéré par Velpeau comme synonyme de tumeur bénigne du sein et dans le(juel on confondait les llbrômes, les myxômes, les sarcomes et les adénomes vrais.

Mélanose dc sein. — (Voy. p. 329 et 330.)

L'Ei'iTiiÉMÔME à cellules pavimenteuses et à globes épidermiques est extrènu'meiit raie dans le sein. Il se montre surtout comme une néoformalion ayant j)ris son point de départ à la peau et dans la région du mamelon où se trouvent, comme (III le sait, dp nombreuses et volumineuses glandes sébacées, (^('tte lunieunie dillere, ni par sou mode de développement, ni par son extension, des épilhéliômes delà peau cl en particulier de celui des lèvres.

Kystks. — Nous avons déjà parlé des kystes de la mamelle (|iii peuvent se développer dans les adénomes, dans h's sarcomes, dans les.dldômes, les myxômes et le caicinôme ; nous n'y reviendrons pas. haulres kystes peuvent se montrer, |»ai' -iiile de rétention du produit de sécrétion des canaux galaclo-

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