‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 84 sur 146 · HISTOLOGIE NORMALE DE LA PEAU · texte numérisé non relu

HISTOLOGIE NORMALE DE LA PEAU

du corps muqueux de Malpighi. Dans la couche adjacente aux papilles, ces cellules sont prismatiques ou cylindriques et s'implantent perpendiculairement à la surface de chacune des papilles du derme. Elles offrent à leur hase de longues dentelures qui s'engrènent avec les prolongements du derme, elles se soudent aussi latéralement entre elles et avec les cellules sus-jacentes par des dentelures d'une finesse extrême qui se joignent par leur pointe avec celle des éléments cellulaires voisins. C'est dans cette couche profonde que se dépose autour du noyau le pigment noir dont l'existence donne à certaines parties de la peau leur couleur fauve ou bronzée.

Au dessus de cette couche de cellules prismatiques, on trouve le corps muqueux proprement dit, constitué par plusieurs rangées de cellules polyédriques, à noyau vésiculeux nucléole entouré d'une zone claire. A la périphérie, le corps de la cellule est hérissé de pointes qui se soudent par leurs extrémités aux pointes de la cellule voisine. De cette façon, les cellules dentelées du corps muqueux semblent séparées les unes des autres par un ciment épithélial (Kitlsubstanz) formé de grains brillants éijuidistants séparés par les dentelures qui se rejoignent par leur sommet au milieu de l'espace intercellulaire.

Entre le corps muqueux et l'épiderme il existe une couche particulière : c'est la zone granuleuse improprement appelée par Schrôn stmtum lucidmn, car elle est formée de celhiles troubles chai'gées de granulations protéiques. Sur les préparations colorées parle picrocarminate d'ammoniaque elle prend une teinte d'un rouge foncé. Les cellules qui la composent sont dépourvues d« dentelures, leur noyau paraît sensiblement atrophié, et leur corps cellulaire s'est chargé d'une foule de granulations que le carmin colore énergiquement. Elles sont faiblement soudées entre elles et constituent une zone très-peu résistante, intermédiaire au coi-ps de Malpighi et aux couches cornées dont les cellules sont fortement unies les unes aux autres. Aussi lorsqu'il se produit sur un point de la peau une pression exagérée agissant soit de dehors en dedans soit de dedans en dehors, on voit l'épiderme se décoller au niveau de la zone granuleuse et une phlyctène se produire. C'est à tort que Langerhans a lécenmient considéré les cellules granuleuses de cette région comme des cellules embryonnaires, servant au développement des cellules de l'épiderme à la formation desquelles les parties profondes des corps muqueux resteraient étrangères, puisque

11?^ MALAWE? DES ORGANES.

l'on suit progressivement l'atrophie des noyaux dans les couches épidermiques, et puisque la couche cornée se régénère, comme on le verra plus tard, avec une grande rapidité quand la zone granuleuse a été soulevée par une phlyclène.

La partie la plus superficielle des couches épidermiques est fermée par l'épiderme corné, plus ou moins épais suivant les régions. A ce niveau le protoplasma cellulaire est entièrement desséché, transformé en kératine, et les cellules réduites à des lames de plus en plus minces forment des stratifications dont les feuillets superposés sont intimement soudés entre eux. Quand on a dissocié les cellules cornées parla potasse ou l'ammoniaque, on les voit formées de lamelles irrégulièrement polyédriques, d'une extrême minceur, ne possédant le plus souvent au centre qu'un rudiment de noyau et conservant l'empreinte des cellules sus et subjacentes. Cette empreinte se produit sous la forme de crêtes rectilignes, qui sillonnent de diverses façons les surfaces supérieure et inférieure de la cellule.

B. Derme cutané, papilles. — Le derme est constitué par le tissu conjonctif qui prend à ce niveau l'aspect d'une membrane dense et résistante. U soutient les couches épidermiques, et contient les glandes et les vaisseaux de la peau ainsi que les terminaisons nerveuses qui l'animent. 11 est formé par. des faisceaux de tissu conjonctif analogues à ceux des tendons, et qui s'entre-croisent de diverses manières en formant des plans superposés. 11 renferme une infinité de fibres t'iastiques, anastomosées pour former des réseaux allongés dans le sens des fibres conjonctives, et (|ui embrassent ces der« iiières comme le feraient les mailles d'un filet. Au niveau des papilles, ce système élasticjue est surtout abondant, et constitue en partie la charpente solide de ces éminences.

Los pajiilles forment sous le corps nmqucux une série de mamelons rangés en saillies régulières, et plus ou moins acuminés. Klles renferment des vaisseaux sanguins, artériels et veineux, ainsi (|u'un certain nombre de terminaisons nerveuses ; il n'existe |)oint de distinction entre les |)apilles vasculaires et les papilles nerveuses.

fi. Vaisseaux et NEnrs i>es i-apu-les et du heume. — Chaque pupille («intient uni; ou |dusieurs anses vasculaires sanguines (|ui njonlenl verticalement dans son épaisseur pour y former des

HISTOLOGIE NORMALE DE LA tEAU. 1175

bouquets. L'artériole atïtirente, arrivée à la base de la papille, se subdivise eu ramuscules capillaires qui s'anastomosent entre eux et forment immédiatement au-dessous de l'épiderme, sans jamais le pénétrer, des anses plus ou moins nombreuses. La veinule efterente sort de la papille parallèlement à l'artériole. Au dessous de la zone papillaire, les veines et les artères superficielles forment un réseau longitudinal à mailles allongées duquel se détachent verticalement les bouquets vasculaires des papilles et des rameaux anastomotiques qui s'enfoncent dans le derme et font communiquer le réseau superficiel avec les troncs artériels et veineux de calibre plus considérable, qui occupent les parties profondes du chorion, et fournissent les réseaux à mailles iirégulières caractéristiques qui entourent les glomérules des glandes sudoripares.

Les vaisseaux lymphatiques du derme doivent être distingués en capillaires intra-dermiques et en troncules profonds. Les premiers ne sont à leur origine que des fentes éloilées comprises dans l'écartement des faisceaux conjonctifs entre-croisés du chorion, bordées d'un fin réseau élastique et tapissées d'un endothélium continu découpé en jeu de patience sur ses bords. Ces capillaires paraissent communiquer librement avec les mailles du derme, ou plutôt ne sont autre chose que des espaces stellaires du tissu conjonctif qui commencent à se modifier pour former les voies lymphatiques. Ces dernières prennent nettement une forme canaliculaire sur les limites du derme et du tissu adipeux sous-cutané. On voit alors à ce niveau les troncules lymphatiques sillonner obliquement comme des rubans la région profonde du derme dont ils sortent pour s'enfoncer dans la graisse, soit en suivant les faisceaux conjonctifs (jui limitent les lobules adipeux, soit en s'insinuant entre elles-mêmes. Leur section n'est plus alors étoilée mais régulièrement circulaire, et le lymphatique commence à former un véritable vaisseau muni de valvules, et ne différant point des autres vaisseaux blancs de petit calibre.

Terminaisons des nerfs dans la peau. — Les nerfs sensitifs se terminent dans des appareils particuliers contenus dans l'épaisseur de la peau, et qui sont les corpuscules du tact et ceux de Pacini. Dernièrement Langerhans, dont les recherches ont été confirmées par Podcopaëw et Tomsa, a aussi vu des fibrilles nerveuses Irès-minccs s'insinuer entre les cellules du corps muqueux et s'y mettre en communication avec des corpuscules

CORNIL ET JANVIER. 6(i

étoiles semés çà et là entre les cellules dentelées, formant ainsi un réseau analogue à celui décrit par Colinheim dans l'épithélium de la cornée.

Les corpuscules du tact sont contenus dans les papilles où ils no sont séparésdes vaisseaux que par des faisceaux de tissuconjonctif fascicule. Ils sont iumiédialement adjacents à la couche la plus profonde des cellules de Malpighi, et se composent de rendements en forme de pomme de pin constitués par la réunion de cellules transparentes soudées entre elles (Langerhans) et ne laissant au centre du corpuscule aucune cavité. A la base de ce petit organe se rend un tube nerveux dont les segments interannulaires deviennent de plus en plus courts et qui s'enroulent en formant des tom-s de spire le long de la masse cellulaire centrale, sans la pénétrer. Entre ces tours de spire formés par le tube nerveux muni encore de sa myéline on voit, à la surface du corpuscule, des filaments fins qui s'enroulent irrégulièrement comme les fils d'un écheveau sur leur bobine. Ces filaments sont probablement de nature nerveuse et rendent ctimple de l'aspect strié en travers caractéristique des corpuscules du tact.

Le corpuscule du tact peut être formé d'un seul segment ou de segments superposés : onen trouve fréquemment de doubles ou de triples. Cluique segment est constitué de la même façon que le corpuscule simple et reçoit un tube luuveux particulier (Tbin) souvent émané d'une seule libre nerveuse qui se bii'ui- (jue ou se trifur(jue à la bas" du corpuscule, au niveau d'un étranglement annulaire. (Hauvier.)

1). (ii.AM)i:s DE L\ v\:,\v. — Vei'sla liu du troisième'mois à parlii' de la conception la peau restée jusqu'à cc^nioment absolument lisse acquiert sa disposition délinilive, le tissu conjonctif du derme i)ro(luil de nomljrcnx bourgeonnements (pii soulèvent le corps mu(|ueux et produisent ainsi les papilles. Inversement, (les bour^^eonue.uents partis du corps nniqueux s'enfoncent dans le cborion et forment les ijlninlis srlnicves, les ijhiiitlrs suilniiiiiirc-i cl les itoils. (les derniers organes seront décrits sommaii'eiiK'nl à propos de leurs nialiulies parasitaires,

(ilnwics srliiinrs. — l'illes sont le plus ordiuairenu'ul amiexées pai' |)aires aux poih(|u'elleslMbrt''fienl, et ma m pie ni absolument là où les |)oils n'existent pas; elles sont l'oruiées par un sac fibreux «pu repri-sente la couche superficielle du derme. En

dedans de cette première couche on voit une ou deux rangées superposées de cellules implantées normalement à la paroi du sac. Les cellules dos couches centrales subissent au contraire graduellement la transformation graisseuse de sorte qu'au centre de la glande on trouve de la graisse libre ou des cellules épidermiques en voie de désintégration granulo-graisseuse. Les glandes sébacées sont entourées d'un réseau vasculaire sanguin à mailles étroites qui les enveloppe comme le feraient les mailles d'un filet.

Glandes sucloripares. — Elles proviennent de bourgeons épidermiques pleins qui s'enfoncent verticalement dans le derme et qui, parvenus au-dessous de lui, se recourbent en crosse et finalement s'enroulent sous forme de glomérule. Ce dernier est plongé dans les parties les plus profondes du derme, au sein d'un tissu conjonctif environné de toutes parts de vésicules adipeuseset de capillaires sanguins, Use creuse plus tard d'une cavité qui sur des coupes de la peau de nouveau- né se montre comme une lumière étroite environnée d'une rangée de cellules claires, prismatiques, reposant sur une paroi mince. Le conduit excréteur monte verticalement dans le derme et gagne les couches épidermic^ues qu'il traverse en se contournant en hélice. Dans sa portion dermique il est revêtu par des cellules analogues à celle du corps muqueux, chargées comme ces dernières de substance glycogène chez le fœtus. Dans certaines régions il est accompagné par des fibres lisses à direction longitudinale. Les glandes sucloripares sont destinées, comme l'indique leur nom, à la sécrétion de la sueur; elles paraissent jouer un rôle important dans la production d'un certain nombre de lésions cutanées.

§ 3. — Infiltrations ceiléniatcuses de la pean.

Les infiltrations œdémateuses de la peau sont de deux ordres et comprennent : 1° V œdème proprement dit qui consiste simplement, comme (ous les œdèmes (1), dans répanchomcnt d'une sérosité albumiiieuse entre les faisceaux conjonctifs du derme; — 2" Vœdême infkunmntoii'c, causé par l'accumulation de lymphe, chargée de fibiùiie et coagulable, dans l'iiilerstice de ces mêmes faisceaux. Nous réunirons dans un seul paraît) Voy. p. 'i''i2 et suiv.

graphe ces deux formes d'oedème, bien qu'au point de vue palhogénique elles répondent à deux séries de phénomènes essentiellement différents,

A. Œdème PKOPREMtNT dit, infiltration séreuse de la peau. — On sait que lorsque la pression dépasse dans les capillaires une certaine limite, la diapédèse a lieu et l'œdème se produit. Cette augmentation de pression peut survenir de deux manières : soit parce que les voies d'écoulement n'existent plus par suite d'une oblitération veineuse; soit parce que les vaisseaux contractiles ont été frappés d'atonie.

C'est à cette dernière cause que sont dus les œdèmes primitifs de la peau. L'urticaire, l'érythème papuleux, ne sont autre chose en effet que des petits points œdémateux, des œdèmes circonscrits. Ils s'accompagnent habituellement d'extravasalion sanguine. On sait que le li<]uide transsudé au moment de la diapédèse contient toujours un certain nombre de globules rouges du sang, c'est [)ourquoi, dans Ifts œdèmes cutanés produits sous l'influence d'une action névro-paralytique, la peau piend parfois, au niveau de la lésion, toutes les teintes de lecchymose, et c'est ainsi, par exemple, que la papule de l'urticaire peut revêtir le caractère hémorrhagique (1).

La papule de l'urticaire est le type de l'œdème partiel, de la peau. Sa saillie blanche répond à la portion du derme infiltré, son auréole rosée à la congestion vasculaire qui l'environne et l'agrandit. L'apparition de la lougeui- précède toujours celle de la papule. La teinte i)lanche de cette dernière est bien due à 1 injection interstitielle du derme par la sérosité, car si l'on picjue la peau avec une seringue de Pravaz et (ju'on y pousse une injection d'eau, l'on reproduit la lumélaction pâle et prurigineuse de l'urticaire (2).

C'est ra|)parition, à la surf.ice de la peau, de taches blanches, isolées ou confondues de manière h former des réseaux, et Ires-analogues à celles de l'urticaire, qui montre, chez les anasarqués, que la peau est envahie |)ar l'd'dème subjacent. I>ès (|ue cet (rdème cutané, passif et dill'us, s'est produit, la

(1' Celle forme, bien décrilc |>;ir Wiilan cl par Rayer sous le nom de purpura urlicalii, a «Hi'! l'objel d'un inl;rcssaiil travail do Jiille (Zeilsclirifl fur Kliri. riicd., tK.SO).

{'Ij l.« pruril rie l'injeclioii liypadermi<|ue comparable h celui de l'ur- Ijcaire est vraixemblalilemeul dft à l'aclion de l'eau sur les raniusculcs nerveux.

peau perd son aspect lisse, elle devient mamelonnée; souvent au niveau de ces mamelons l'ëpiderme se plisse; finalement il peut s'érailler et laisser couler au dehors une sérosité claire qui n'est point spontanément coagulablc à l'air, et qui contient les éléments anatomiques qu'on rencontre toujours dans les liquides des œdèmes, c'est-à-dire des globules blancs et quelques globules rouges.

Si, dans la peau ainsi modifiée, on pratique, après durcissement, des coupes transversales, on voit les vaisseaux sanguins très-apparents, gorgés de sang et environnés de globules blancs qui les suivent en formant des traînées. Dans le derme, on.

Eig. 35i. — Coupe (le la peau œdémateuse ; e, épiderme ; y, corps muqueux recouvrant les papilles ; à, deriuo infiltré par les globules blancs ; V, vaisseaux saugiiins; L, lyrapliatiquos intradermiques dilatés et entourés do globules blancs.

voit, entre leslaiscoauxconjonctifs écartés les uns des autres par la sérosité, des globules blancs interposés, et dont le nombre dépasse de beaucoup celui des cellules lymphatiques que l'on rencontre dans la peau normale. Us forment souvent des amas ou des ilôts irrégulièrement disséminés. Enfin les capillaires sont extrêmement dilatés, et au lieu de se montrer sous la forme de fentes étroites, comme dans la peau norm;'' ''" '-«résentent celle de larges espaces étoiles, béants ; lesouvent en dimension celle des plus gro? du derme.

1180 . MALA.DIi;S DES OIÏGANES.

Cette dilatation des lymphatiques est constante dans l'œdème de la peau, A une époque où les connaissances histologiques sur la structure du tissu conjonctif no permettaient pas d'admettre que les mailles de ce dernier fussent le siège de l'œdème, elle avait été soupçonnée par Young (1). En 1868 cet histologste décrivait dans le derme infiltré, sous le nom de lymphat ues dilatés, de grands espaces remplis de liquide,

^7i^:àr

Fig, 355. — Capilluirc lyinpliatiqiie du ilerme dilatù dans l'œdème; n, cnvito du vaisseau; b, son eudotliéliuni ; r, liordiiie élastique de la lacuue ; c, collulas «t il fais» ceaiu du tivsu conjonctif au iniliL-u du>|ucl est creusé lo capillaire Ivuipliatique.

circonscrits par des faisceaux épais de tissu conjonctif et cloisonnés par un élégant réseau de fibres connoclivos. Ces cavités dépourvues de parois propres et communiquant onlre elles, de manière à former un véritable système cavonieux, furent considérées avec juste raison par Young comnu* le siège de l'œdème <mi- ' mais à t(irl iinnmo des vaisseaux l\iiipliati(|ues.

'alnmie clés œdemataescn llaul.

il. 18CH.'

Wiener. AUaâ.

Ces mailles, eu effet, répondent exactement à la description donnée par M. Ranvier, du tissu conjonctif distendu et dissocié par la sérosité de l'œdème, et nullement aux capillaires lymphatiques qui ne sont point, comme on l'a vu, des espaces cloisonnés par des fibres conjonctives entre-croisées. Les lacunes de Young ne sont donc autre chose que les espaces du tissu conjonctif du derme gonflés et distendus parle liquide de l'œdème. Il résulte de ceci que Young avait plutôt deviné que démontré la dilitafion des lymphatiques dans l'œdème, mais si l'on admet que le tissu conjonctif n'est autre chose qu'un espace lymphatique cloisonné, la conception de cet histologistc demeurera dans son entier, et l'on verra dans l'œdème la stagnation de la sérosité transsudée dans tes mailles du tissu conjonctif, c'est-cà-dire dans les premières voies de la lymphe.

L'œdème diffus, dont nous venons de parler, envahit fréquemment la peau sus-jacente aux membres anasarqués depuis longtemps. Il est larement primitif, cependant chez les nouveau-nés il apparaît constamment avec l'œdème du tissu cellulaire sous-cutané, et constitue le sclérème.

Nous avons vu que l'œdème s'accompagne d'exsudation séreuse, du départ des globules blancs en grande quantité, et de celui d'une portion beaucoup plus minime de globules rouges. Si la définition que Cohnhein a donnée de l'inflammation était exacte, il n'existerait anatomiquement aucune différence entre cette dernière et l'œdème ; si au contraire on admet que l'irritation et la prolifération des cellules fixes des tissus sont nécessaires en outre pour caractériser le début des processus inflammatoires, l'œdème restera suffisamment séparé de ces derniers.

Cependant des phénomènes aussi voisins de Tinflammation vraie ne peuvent longtemps se produire au sein des tissus sans que ces derniers ne réagissent par des inflammations chroniques. C'est pourquoi l'histoire de l'œdème chronique et celle des dermites chroniques sont étroitement connexes, le premier devenant régulièrement, par sa prolongation même, l'origine des dernières.

En résumé, quand l'œdème cutané se produit, soit par suite d'une action névroparalytique locale, soit par propagation d'un œdème subjacent, on obsei've : l°la transsudation séreuse formant dans le derme une injection interstitielle; 2" le départ des globules blancs et de quelques globules ronges; 3" la dilatation des voies lymphatiques dont l'agrandissement est en cor-

relation avec l'élicaination de l'œdème, de telle façon que dans certains cas les vaisseaux hilancs dilatés outre mesure s'irritent sur leur trajet et se montrent comme des cordons blancs douloureux. Ce fait se reproduit chaque fois qu'un œdème intense gagne la peau de tout un membre, comme il arrive dans la phlegmasia alba dolens, par exemple.

B. ŒnÉMEs LYMPHATiQLEs. — Us out été décrits par plusieurs auteurs, notamment par Virchow, sous le nom de hucophleymasie, et par Rindfleisch sous celui de pachydcrmie lymphnnrjiectasique; parfois aussi, quand, par suite d'un œdème prolongé, les canaux lymphatiques et leurs ganglions aboutissants, longtemps iriités, sont revenus sur eux-mêmes à la manière des cicatrices, on voit cette forme dœdème succéder à l'anasarque. La peau est dure, mamelonnée, rouge brun ; quand on la pique il s'écoule un liquide spontanément coagulableà l'air, et quand on fait des coupes de la peau après durcissement dans l'alcool, le derme est rempli de lymphe (jui se moule, après coagulation par l'alcool, sur tous les interstices du tissu fibreux dont elle gorge les mailles, comme le ferait une injection interstitielle de gélatine. Les lymphatiques sont béants et remplis de caillots lymphatiques; le plus souvent cet œdème particulier détermine rapidement dans la peau une dermite chronique qui va jusqu'au tissu sous-cutané et contrihue ainsi à augmenter la rit;idilé de la peau déjà gorgée de fluides. L'iiililtration globulaire est aussi intense que dans l'œdème proprement dit, seulement, au lieu d'mie sérosité albumineuse, c'est la lymphe elle-même qui remplit les espaces lacuneux du derme.

C(!tte stagnation de la lymphe, jointe à l'imperméabilité ordinaire des tianglions devenus lii)reux, détermine souvent l'apparition i\n larvrs lijm})liiiti<iitt;s dnu^ lu peau. L'œdème dur (ju'on obseivc dans ce cas a élé considéré, par plusieurs dermatolo^islfs, connue une variété déléphantiasis. (Iclle dernière dc'nomitiation peut être conservée si on l'applique à toutes les inllammations ou indurations chroniques de la peau, comme un terme gt-m'-rique.

sj 3. — llt'-inorrlinglfN ilo In poiiii.

Dans la peau, cnmmr dans les autres tissus, les liénior' rba^iies peuvent pr(i\enir de la nipliire des capillaires, on du

Page 1