HÉMORRRAGIES DE LA PEAU
passage du sang à travers leurs parois ramollies :" dans ce dernier cas on dit qu'elles se produisent par diapédèse.
Nous laissons décote, dans ce paragraphe, les héniorrhagies dues à la section de la peau et provenant de la division de vaisseaux d'un certain calibre ; nous ne nous occuperons ici que des héniorrhagies interstitielles et de leur évolution.
Lorsqu'à la suite d'une contusion les petits vaisseaux de la peau sont rompus sans déchirure du derme, les globules rouges et les globules blancs s'intiltrent dans le tissu conjonctif. Il en résulte la production d'une macule hémorrhagique étendue irrégulièrement en nappe. Quand le sang s'est écoulé en grande quantité dans un point circonscrit, il dissocie les faisseaux du derme, s'infiltre dans le tissu celluloadipeux sous-cutané, et donne ainsi lieu à l'apparition d'une bosse sanguine.
Dans d'autres cas, sous l'influence des maladies générales dont le scorbut est le type, et dont les exanthèmes fébriles et le purpura offrent des exemples bien connus, les héniorrhagies se font spontanément, par diapédèse, et leur distribution esl vraiseml)lablenient réglée par des actions névro-paralytiques particulières.
Quoi qu'il en soit, une fois épanché dans l'épaisseur du derme, le sang subit des modifications régressives. Le plasma sanguin se résorbe le premier et rapidement. La matière colorante des globules rouges se transformant ensuite en hématine, la macule hémorrhagique prend alors une teinte noire ; puis les globules fragmentés, englobés, et transportés par les cellules migratrices du derme, sont déposées sous forme de pigment dans les ganglions voisins, ou même dans le protoplasma des cellules fixes du chorion. Il résulte de ce dernier fait que les portions de la peau qui ont été le siège d' héniorrhagies conservent pendant plus ou moins longtemps une coloration brunâtre ou fauve, qui ne s'efface point sous le doigt, et sert souvent à reconnaître une hémorrliagie antérieure.
Il sera question plus loin des héniorrhagies dues à la rupture des vaisseaux ramollis par une inflammation quelconque? de la peau ; quant ;\ cette forme singulière d'hémorrhagie cutanée appelée hémathydrose ou sueur de sang, et qui se fait par gouttes qui semblent souidre des orifices glandulaires, on ne possède à son égard aucune donnée anatomique exacte, etc'est par hy[)otlièse (pi'on la fait provenir du réseau vasculaire particulier aux glandes cutanées.
Lorsque le sang, rompant le corps muqueux, soulève l'épi derme en bulles, ou pénètre dans des bulles préformées (pemphigus hémorrhagique, zonabémorrbagique, etc.), le sang se comporte exactement comme s'il était au contact de l'air, il se coagule au bout de peu de temps, et forme avec l'épiderme soulevé une croûte qui disparait plus taid par desquamation.
§ -1. — Inflamuiations «lifTiises de la peau.
Les inflammations diffuses de la peau sont celles qui se répandent en nappe dans cette membrane et sur une grande surface. Les inflammations circonscrites n'en occupent que des points restreints en étendue, et leur évolution jette un certain jour sur l'anatomie pathologique des principales lésions élémentaires de la peau. C'est pourquoi nous ferons de l'étude de ces dernières l'objet d'un paragraphe séparé.
A. Inflammation coNGESTivE de la peau, dermite aigle. — Nous prendrons pour type de cette dermite Tune des inflammations les plus fréquentes de la peau, Vcrysipèle, qui, passant très-rarement à la suppuration, permet de suivre pas à pas, de son début à son complet efTacement, le processus de la dermite congestive.
Lorsqu'on incise la peau envahie par l'érysipèle, on voit qu'elle est épaissie, gorgée de sucs et qu'elle repose sur un tissu cellulo-adipeux solide qui atteint parfois la compacité de la graisse congelée, la sérosité qui s'écoule de la surface de coupe est très-légèrement fibrineuse, contient de nombreux gh)bules blancs et quol(|ues globules rouges, et enfin des cellules fixes du tissu conjonctif dont le [)roloplasma est redevenu actif et granuleux.
Sur (les cou|>es, on voit ijiu' le derme est infiltré par des globules blancs (Vulpian) (|ui foriiu'iil le plus simvent des traînées h' long (les vaisseaux sanguins ( \Olkmann et Siendner). Dans Ifs points où l'érysipèle est en voie d'accroissement, c'esl-iidirc au niveau de son bourrelet (l'démalenx marginal, la coupe des vaisseaux parait entourée d'une véritable comonne de globules iilans, tandis «prcnlre les mailles (lu derme on n'en trouve qu'un petit nonil)re.
Un second |ioint de rassemblement des gbdinles blancs infiltrés est le voisinage des capillaires lympliati(|ues j'» section t'troile (fentes l\inpliali(|iies du derme). Kn même temps que
liNKLAMMATIONS DIFFUSES DE LA PEAU.
les globules blancs s'accumulent dans les espaces avoisinants du tissu conjonctif, on voit dans certaines fentes lymphatiques l'endothélium se gonfler et devenir granuleux. Les noyaux se
Fifj. 35G. — Coupe i1h la ponii .lu Kilmle ilc l'oriMlle dans l'érypipéle; e, ùpiiieriiip; 7)(, corps miiqiieiix; d, capillaires lyinplialiqiios, ploiiis de globules hlancs ; /, lymphatique soiis-ciilam; distondu par les ini'^mes (j'olmles ; 3, g'ondo sébacée; h, tissu fibreux du derme inliltré de globules blancs; n, artùrioles ; o, vésicules adipeuses, j}, globule» blancs interposés entre elles.
divisent et rendothélinm desquame. Sur d'autres points les lymphati([ues sont remplis par des cellules embryonnaires, en tout semblables à celles dont le derme est infillré, et leurs
coupes longitudinales se montrent, sui" les prépai'ations, comme de longs rubans sinueux.
Un peu plus tard, on peut voir également les lymphatiques sous-cutanés, plongés dans le tissu cellulo-adipeux, se remplir de cellules migratrices qui, sur les coupes, se montrent également abondantes autour du vaisseau et dans ses parois ellesmêmes : ordinairement, dans l'inflammation congeslive intense, l'infiltration globulaire s'est en efTet propagée jusque dans le pannicule adipeux, dont les vésicules sont séparée? par des traînées de globules blancs. Ge phénomène est la principale cause de l'induration en masse que subit la peau.
Il résulte de ce qui précède que les globules blancs sortis des vaisseaux par diapédèse avec un transsudat légèrement fibrineux se répandent dans les mailles du derme pour cheminer ensuite vers les radicules lymphatiques, et être vraisemblablement repris par ces vaisseaux qui les reportent dans le sang veineux. Ce processus est celui de l'œdème inllammatoire, et il tist probable que l'évolution des cellules migratrices est très-peu ditTércnte dans les œdèmes aigus de la peau dont le type est fourni par l'érythème papuleux. Mais, dans l'intlammation congestive, on observe en outre la prolifération des cellules fixes du tissu conjonctif dont les noyaux bourgeonnent, se divisent et, s'entourant d'un protoplasma granuleux et actif, i-ontribuent pour leur part à la production des éléments embryonnaires dont le derme est rempli. .Mais, dans les dermites congeslives, cette tendance à la prolifération des cellules plaies est beaucoup moins marquée que ne l'est le phénomène d'infillration par diapédèse, c'est pour cela que le plus souvent la résolution s'opère sans que l'inflammation antéiieure laisse dans la peau de traces a|)précial)les. Cependant les globules rouges infiltrés dans le derme en même temps (jue les globules blancs subissent les mêmes transformations que dans l'ecchyinose. De là, la |)r(»duction d'une na|ipe niaculeuse fauve ijui subsiste quelque lem|is après riiillammation. Sous l'inlluence de la congcsiion inflammaloire, les cellules du coips mnqueux sont aussi modilii-cs dans icui- vitalité, les nucléoles s'agrandissent, refoulent cl atni|dii('nl l;i substance du noyau, suivant un mécanisme nidiqut' plus haut, et la cellule, frappée de mort |tai' suite de l'ulrophie du noyau, ne peut si'créter la substance cornée (|ui la suude; dans la peau normale, aux cellules voisines. Il en résulte! <)ue la peau desrjuanie. ^)uanl à la producliun des phl}cténes et aux abcès deiinicjues qui peuvent suc-
céder, bien que rarement, aux inflammations congestives, le mécanisme de leur production sera étudié plus loin.
Dans la forme d'inflammation précédente, la congestion joue le rôle principal. Elle est accompagnée d'une exsudation qui forme l'œdème inflammatoire et qui contient de la substance llbrinogène en quantité plus ou moins abondante. Mais l'exsudat ne se dépose pas ordinairement dans les mailles du derme comme il arrive dans les inflammations dont la description va suivre.
B. Inflammationsessudativesdelapeau. — a. Dermitesuppurée, PHLEGMON SIMPLE DE LA PEAU. — Elle coustitue Une tcmiinaison rare des inflan)malions diffuses. La suppuration dans l'érysipèle, type de ces dernières, est en effet l'exception (Lordereau); et quand elle se produit, la suppuration du derme n'a pas lieu sur de larges surfaces, mais par points plus ou moins rappi'ochés. Chacun de ces petits abcès dermiques est identique avec celui qui se produirait dans la peau autour d'un corps étranger, d'un séton par exemple.
Dans certaines inflammations diffuses, lorsque la suppuration se produit, on voit sur quelques points les cellules accumulées dans les mailles du derme et provenant, soit de ladiapédèse des globules blancs, soit de la division des cellules fixes, devenir granulo-graisseuses, et cesser de fixer énei-giquement le carmin. Ces cellules lymphatiques sont mortes et constituent dès lors de petits corps étrangers dans la peau. Ordinairement elles sont réunies en foyers plus ou moins profonds au niveau desquels la substance fondamentale (fibres élastiques, faisceaux de fibres conjonctives) se résorbe et disparaît. Il en résulte une petite cavité remplie de pus, creusée dans le derme. Tout autour existe une inflammation diffuse congestive du tissu conjonctif. Les vaisseaux sanguins et surtout les artères de petit calibre sont enflammés consécutivement ; l'endartérite diminue sensil)lemeiit le calibre des vaisseaux et par suite l'apport du sang. Le foyer purulent s'agrandit aux dépens des tissus ambiants faiblement vascularisés, il se rapproche de la surface et l'ulcération se produit.
Nous ne dirons rien ici du mode de bourgeonnement vasculairc observé au niveau de l'ulcération cutanée, ni du mécanisme de la cicatrisation, nous reportant à ce qui a été exposé plus haut à ce sujet (p. 97-101). Il convient seulement d'ajouter que d'après les recherches de Reverdin la présence des
CORNIL ET RANVIER. 67
cellules épidermiques transplantées, au centre d'une plaie bourgeonnante de la peau, détermine une active reproduction de l'épithélium tout autour de la grefle. Les cellules épidermiques semblent agir ici non point en se multipliant par division, mais par une sorte d'action de présence qui conduit pour ainsi dire l'évolution des cellules embryonnaires ambiantes dans un sens déterminé, car la grefle ne donne en elle-même aucun signe d'activité, et ne tarde pas à se détruire au milieu du tissu épithélial nouveau dont elle a déterminé l'apparition.
b. DeUMITE FIBRINEUSE. Pnr.EGMON DIFFUS DE LA PEAU. Celte
inflammation ne diffère point de celle qui a été décrite plus haut (p. UkS) et qui constitue le phlegmon diffus. En même temps qu'une abondante infiltration cellulaire entre les Hiisceaux conjonctifs du derme, on observe un réticulum fibrineux délicat qui englobe dans ses mailles les cellules migratrices. Dans certains cas la fibrine est abondamment exsudée et il se produit très-rapidement une véritable nécrose du derme. C'est ce qui arrive notammentau niveau delà pustule maligne. L'œdème charbonneux n'est qu'un degré atténué de cette sorte de dermitc gangreneuse. Il se montre sur de vastes surfaces, s'accompagne d'exsudation fibrineuse, ce qui le distingue de l'œdème simple, et il aboutit très-vite à la mortification. Quand celle-ci s'est produite, le derme tout entier est infiltré de fibrine granuleuse et de cellules embryonnaires granulo-graisseuses. Dans le tissu sous-cutané la graisse des vésicules adipeuses s'est fragmentée par [tlaces et forme des gouttelettes lil)res éparses dans les inicistices des tissus, ou bien il s'est i)roduit sur le vivant des cristaux d'acides gras caractéristiijues, (jue l'on n'observe ordinairement que dans le tissu adipeux recueilli sur un cadavre.
c. Dehmite r>si;i;DO-MEMnnANEi:sE. Dn-iiTUÉiuE cutani'e. — La diphthéric cutanée n'a pas été étudiée d'une manière spéciale. Nous renverrons donc, pour ce qui concerne cette afl'eclion, j\ la |»age 89 <»ii l'exsudat diphtliéiique a été étudié dans sa généralité. Nous avorjs seulement pu constater que les cellules rameuses ayant sui)i la transl'oiniation colldide, et (|ui ont été décrites par K. Wagner, s(^ retrouvent dans les fausses membranes culanc'es. La caractéristique de la diidiliii'rie consiste d'ailleurs bien |»lus dans les h'sions des épillii'liums (jue dans celles des membranes <}ui les sup|)orlenl, et si l'on
pouvait conclure de la muqueuse pharyngée à la peau, il y aurait simplement sous l'exsudat diphthérique une inflammation diffuse.
C. Inflammations diffuses chroniques de la peau. — Lorsque des inflammations successives se sont montrées à la peau, ou, ce qui revient au même, qu'un œdème chronique s'y prolonge, les processus irritatifs, longtemps maintenus, déterminent dans cette membrane des inllammations chroniques. Souvent aussi une inflammation localisée, telle qu'un ulcère ou une inflammali(m de nature spéciale comme l'eczéma, déterminent au bout d'un certain temps autour d'elles, dans une zone plus ou moins étendue, l'apparition d'inflammations. chroniques de la peau, qui affectent des tendances particulières suivant leur mode d'origine et les tendances morbides du sujet sur lequel elles se développent.
1. Dermite fibreuse hypertrophique. — Dans cette forme, qui fréquemment succède aux irritations prolongées du tégument (pourtour des ulcères variqueux — eczéma chronique des jambes, etc.), le derme est épaissi, elles faisceaux fibreux qui le composent sont plus nombreux et plus serrés. Les lymphatiques capillaires étoiles forment, sur les coupes perpendiculaires à la direction des faisceaux, de grands espaces stellaires revêtus d'endothélium. A cette hypertrophie du derme correspond une atrophie relative du corps papillaire dont les papilles sont petites et peu élevées; les couches épidermiques sont minces et les noyaux des cellules sont fréquemment atrophiés par les dilatations des nucléoles, d'où la desquamation presque incessante à la surface de la peau ainsi enflammée. Quant au tissu adipeux sous-cutané, il fait corps avec le derme, il est dur parce que les cellules adipeuses ont proliféré de telle sorte que chaque globe graisseux est diminué de volume et entouré d'une couronne de cellules embryonnaires. De là vient la consistance dite Innlacée de la peau ainsi modifiée, consistance surtout évidente autour des vieux ulcères, et qui est analogue à celle qu'oiïrirait la graisse congelée.
2. Forme papillaire, papillôme diffus de la peau. — On observe généralement cette infiammation chroni(iue dans la peau qui a été le siège d'œdèmes successifs, notamment au niveau du cou-de-pied et au pourtour des malléoles chez les vieux
1190 MALADIES DliS ORGANES.
cardiaques. Quelques auteurs^ et notannnent Virchow, en ont fait une variété particulière d'éléphantiasis (£. verrucosa). C'est une forme analogue qui a été décrite par M. Hardy sous le nom de lichen hypcrtrophique. Dans cette dernière affection, qui remonte parfois jusqu'au voisinage du genou et qui s'accompagne souvent de varices anciennes, les papilles sont parfois énormes et recouvertes chacune d'une couche. cornée qui les rend semblables aux papilles de la langue des animaux ruminants. Généralement dans ce cas la peau est épaissie considéi'ablemenl, ridée, sillonnée de plis. Sur des coupes convenablement durcies de lambeaux de peau sur lesquels on a pralifiué l'injection du réseau lymphatique, on voit après coloration par le picro-carminale (1) les papilles énormément élargies, formées de tissu conjonclif embryonnaire (tissu miiqueux) analogue à celui qui forme la gelée de Warthon, au sein duquel rampent des vaisseaux délicats et des lymphatiques creusés conmie de simples lacunes revêtues d'endothélium. Dans le derme dont les mailles sont remplies d'éléments embryonnaires et dont les cellules fines sont en voie de division sur nombre de points, on voit ordinairement une innombrable quantité de capillaires de nouvelle formation. Ces \'ïiisseaux embryonnaires sont surtout abondants dans les parties profondes de la peau, autour des glandes sudoripares, et au niveau de leurs points de rassemblement ils arrivent à se toucher. C'est surtout consécutivement aux œdèmes chroniques qu'on observe ces abondantes néoformations vasculaires. Dans l'intérieur du derme, les capiUaires lymphaticiues sont également très-dilatés, et béants sur les coupes.
La dermite difVuse dont la description précède constitue l'une des foinies de l'éb'phantiasis des Aral)es. (Mi a, du reste, réuni sous ce nom les inlhnnmations cln(iiii(pies les plus diverses. La loi générale du dévebipiiemenl des éh'pliantiasis n'est pas encore connue, mais on sait acIueUenuMil (|ue lors(|ue des inll.immalions congeslives réitérées comme l'érysiiu-le, ou des u'demes prolongés ou récidivanls -^e montrent dans la |)ean, celle dernière s'hypertropliic ci il se |iro(lnil une tuméfaction
(1) l'oiir |iratii|urT (les C(iu|i(;s iiiiiicos di- la |>(;:ui, il csl axaiitageiix ilo faire iliircir ruttc iiieiiiliriitic en |iiuii^eaiit )li;s IVa^'iniMits de i coiiliiiiùlro (le côté au plus dans l'alrool à :U) , puis dans la guninin en solution sirupeuse udditioiniéo d'acide pi('ri(]nr, puis dans l'alcool, on laisi^anl la [liècc 2'i ou AS heures dans cliaipic lii|uidc.
éléphantiasique. Dans tous les cas observés par nous depuis sept ans, la seule lésion constante a été dans ce cas la dilatation des capillaires lymphatiques; quant à la (orme de la dermite chronique elle-même, elle peut varier considérablement.
3. Éléphantiasis des Arabes. — On a pu voir par ce qui précède que les dermites diffuses chroniques, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, présentent une tendance commune, l'hypertrophie de la peau avec ses divers types.
a. Si l'œdème a duré longtemps, on peut voir se produire sur de vastes surfaces un engorgement dur constitué par une stase de la lymphe dans les espaces du tissu conjonclif, dans les lymphatiques capillaires dilates, et dans les troncs lymphatiques afférents des ganglions. Ces derniers sont transformés en tissus fibreux, imperméables, et jouent un grand rôle dans la production et le maintien de la dermite éléphantiasique (Pachydermie lymphangiectasique de Rindfleisch. — Œdème lymphatique éléphantiasique). Cette forme succède aux œdèmes répétés, et n'est pas rare dans les membres inférieurs des vieux cardiaques. Son siège de prédilection est la peau du scrotum, de la verge et du prépuce.
b. Une seconde forme est caractérisée par le l'ctour à l'état embryonnaire de tout le derme hypeitrophié, avec production de vastes lacunes lymphatiques entre les bourgeons charnus dans lesquels la peau s'est transformée. Cette variété a été décrite sommairement plus haut à propos des lymphangiomes (voy. p. 2.")0, fig. 130) ; elle siège aussi fréquenmient, comme la précédente, au niveau des parties génitales (peau delà verge, du clitoris, des grandes lèvres).
c. Une troisième forme a été aussi observée, et consiste dans un accroissement énorme de l'épaisseur du derme, dû à la multiplication des faisceaux conjonctifs et du réseau élastique; fréquemment en outie les muscles lisses disséminés en [)etit nombre dans le derme, d'après certains auteurs, augmentent considérablement de nombre et forment dans les parties piofondes de la peau des couches superposées, intriquées dans différents sens. Comme dans les autres formes d'éléphautiasis, les capillaires lympliati(|ues sont dilatés, gorgés de lymphe ou d'endotliéliuiu (k's(|uanié et laigemeut béanis.
Généralement dans ces cas la peau est rugueuse, sillonnée de rides ou de pMs, mais ne présente pas d'excroissances vorruciformes. On a (hjiiné en clinicpie à celte élépliantiasis le nom
à' éléphantiasis lisse on glabre. Mais quand l'épaississement de la peau s'accompagne d'hypertrophie papillaire et de néoformations vasculaires (dermite diffuse papillaire, vasculaire), on dit que l'éléphantiasis est verruqueuse [E-papillaris seu verrucosa). Lorsque les papilles formées de tissu embryonnaire ou de tissu muqueux prennent des dimensions énormes comme dans le lichen hijpertrophiqiie , on appelle l'éléphantiasis Eleph. tuberosa seu nodosa. L'ulcération à la surface de la peau hypertrophiée de diverses manières est appelée d'un nom particulier : l'éléphantiasis ulcéreuse.
ScLÉRODERMiE. — On a rapproché à tort de l'éléphantiasis la sclérodermie , maladie atrophique de la peau qui l'envahit d'une manière systématique. La sclérodermie est une véritable cirrhose de la peau. La substance fondamentale du derme (faisceaux conjonctifs et réseaux élastiques) subit un grand accroissement (Kassmussen, Lagrange et Duret) ; le pannicule adipeux sous-cutané s'enflamme chroniquement, puis se transforme en tissu fibreux, dense par suite de l'organisation du tissu embryonnaire interposé entre les vésicules adipeuses et de la résorption de celles-ci. Les vaisseaux sont, d'après Lagrange et Duret, rétrécis et comme comprimés par la néoformation fibreuse. L'épiderme est mince et transparent, réduit à deux ou trois couches de cellules, et les saillies papillaires sont atténuées considérablement ou même complètement effacées sur la pulpe des doigts où d'ordinaire elles atteignent une hauteur assez considérable. Celte maladie dél)ute pir les altérations précitées de la peau; mais l'atrophie, ga.i;nant les os qu'elle fait dis|)araitre, et les troncules nerveux (ju'elle moditic de diverses façons (périnévrite, — névrite interstitielle), n'est pas sans analogie avec certains troubles dits trophi(iues du tégument. Dans les cas do paralysie, cependant, c'est une des formes d'dîdème éléphaiitiasifjue que l'on voit survenir conséculivcnient à la lésion nerveuse et non point une atrophie comme dans la sclérodermie. Cette dernière est compliquée de bulles penipliyguïdes et d'ulcérations au niveau des surfaces modiliées. Les lési(»ns (les nerfs et les altéialii»ns inllammaloires des vaisseaux pciiM'iit en rendre ((inipte.
INKLAMMATIONS CIRCONSCRITES DE LA PEAU. PAPULE. 1193
§ â. — Inflammations circonscrites de la peau. — Anatomie patliologitiue des principales lésions élémentaires connues en dermatologie.
L'œdème inflammatoire , l'inflammation proprement dite et les phénomènes ulcératifs, au lieu de siéger sur de vastes surfaces, peuvent être circonscrits. Il se produit dans ce cas des lésions locales qui, macroscopiquement, alTectent d'ordinaire l'un des types décrits communément par les dermatologistes sous le nom de lésions élémentaires de la peau.
a. Inflammation congestive et localisée de la peau, papule. — Lorsqu'une inflammation congestive, au lieu de s'étendre en nappe, est localisée sur une petite surface, il se forme une élevure rouge et circonscrite que l'on appelle une papule et dont le type, dans la variole, précède la pustulation. Sur une coupe d'une pareille lésion, il est facile de voir que la peau est modifiée comme dans toute autre inflammation congestive. Les espaces du tissu conjonctif sont remplis de jeunes éléments, et les vaisseaux sont entourés de cellules embryonnaires qui leur forment des sortes de gaines. L'élevure est due à l'œdème inflammatoire local.
Le plus souvent, au bout de quelque temps, les papules s'affaissent, la peau subit une légère desquamation à leur niveau, et si l'on pratique alors l'examen histologique, on trouve cette membrane presque entièrement normale. Cet effacement complet de la lésion existe même dans le psoriasis, affection cutanée de forme papulo-squameuse, dans laquelle l'inflammation circonscrite qui crée la papule existe pour ainsi dire chroniquement, s'exacerbant de teui[>s en temps par poussées. Dans la papule du psoriasis, l'inflaniuiation cellulaiie et l'œdème siègent surtout au niveau des papules, immédiatement au-dessous du corps muqueux. L'évolution de ce dernier devient alors excessivement active, et la dilatation des nucléoles amenant rapidement l'atrophie des noyaux, les lamelles épidcrmiques qui se renouvellent incessamment desquament avec facilité sous forme d'écaillés argentées. Quand il se prolonge sur un point de la peau, .le psoriasis détermine l'hypertrophie des papilles et la dilatation des vaisseaux (iNeumann). Nous retrouvons ici la tendance hypeitrophique des doiiuiles chroniques.
Dans le Prurigo et le Lkhen où la papule a aussi une existence très-'prolongée, les papilles s'allongent et s'élargissent considérablement; l'inflaniniation est ici plus profonde que dans le psoriasis, la petite dermite clironique locale amène l'épaississement du derme et sou\ent aussi, d'après H. Derby (1), des lésions des poils, la multiplication des fibres lisses du derme, et l'accumulation de la lymphe dansles interstices dutissu conjonctif. De telle sorte que chaque papule de prurigo ou de lichen invétérés présenterait l'apparence d'un petit nodule éléphantiasique (2).
b. Lésions de l'épidehme dans les inflammations circonscrites de LA PEAU, bulles ET piiLYCTÈNEs. — Loi'sque l'œdèuic inflammatoire se produit sur un point avec assez d'intensité pour que la tension du liquide dans les mailles du derme dépasse la limite de la résistance de l'épiderme, ce dernier cède sur une certaine surface et se soulève pour former une phlyctène ou une bulle. Ces deux lésions élémentaires ne ditrèrent que par leur grandeur, le mécanisme de leur formation restant identi(iue.
Le point le plus faible des couches épidermi(iues est la couche ijramdcuse [h, fig. 357) inlermédiaiie aux cellules épidermiques soudées par la kératine et aux cellules dentelées du corps de Malpighi, lorlement adliéientes les unes aux autres. C'est aussi au niveau de la couche granuleuse que les couches épidermiques cèdent et se clivent pour ainsi dire. Le liquide de l'œdème innanmialoiie se précipite alors dans la bulle, dont le contenu pi'éseute avec lui une identité parfaite, et se compose de globules blancs (cellules migratrices), de rares globules rouges et d'une substance tibriiiogènc qui donne naissance à un réticulum fibiiiieux englobiint les éléments cellulaires. Les coul'hes profondes du corps mu(]ueux {b' , fig. 357) sont infiltrées de cellules migraliices en voie de péiu'tralion dans la bulle et identiipu's avec celh's épancbi-es dans le corps papillaire.
Dans certaines variétés d'herpès [zaïui hcmdrrlidijiijue, zona <jiniijr('iieiu), c'est du sang prcs(|iie [tur (|ui remplit les phlyclènes; dans le zona névralgi<|U(' on en trouve du reste toujours une ou (leiiv pn-scntaiit une teinte li(''morrhagi(|ue (Lallier).
I/év(ilution (l'une iiulle de i'eiiipbigiis ou d'un vésicaloire
(1 II. Kciliy, Siliunii^Lirirhlp d. hitis. Aluni., IH(i!). (2) l>'apri'!8 ce (|ii(' nous .ivoiis dit plus h.nit, vos lisions sonl la coiiséquoncc iialurcile de la dcrinilc coiigcslivu lon;,'lrm|is iiroloiijfrc.