DYSTROPHIES DE LA PEAU
mençant pav le canal excréteur. De là la se'cheresse du tégument chez les lépreux. Enfin, l'épidémie est très-mince et lisse au pourtour du tubercule, il desquame facilement, et cela dès le début, car la détermination cutanée de la lèpre commence par une macule. Au-dessous de cette dernière et dès l'origine, le derme est enflammé et ses vaisseaux sont dilatés, d'où l'hypérémie permanente qui a fait donner à certaines formes de la lèpre le nom de Mal rouge de Cayenne.
Les nerfs sont primitivement atteints d'inflammation interstitielle (Steudner). Les corpuscules du tact disparaissent ou du moins on ne les retrouve pas (Lamblin) au niveau de la pulpe des doigts où ils sont cependant très-nombreux à l'état normal. Ces diverses particularités rapprochent la lèpre des affections dystrophiques de la peau qui sont nées sous l'influence de lésions nerveuses, et rendent compte de l'anesthésie qu'on observe constamment dans celte maladie.
§ 'S. — Dystropliles de la pean.
a. Troubles trophiques consécutifs aux lésions du système nerveux. — On sait que le système nerveux exerce sur la nutrition des éléments anatomiques une influence directrice. Lorsque les tissus sont soustraits à cette influence, leurs éléments végètent activement, et pour ainsi dire pour leur propre compte (1). Il résulte de là des productions al)errantes, qui reproduisent le plus souvent le type des néoplasies inflammatoires à lente évolution. Sans prétendre reprendre ici dans sa généralité l'histoire des troublestrophiques, nous devons signaler ceux qui surviennent dans le tégument, lorsqu'une portion de ce dernier a été soustraite à l'influence régulatrice du système nerveux.
L'œdème cutané se montre à peu près régulièrement au bout d'un certain temps dans la peau des membres paralysés, principalement dans celle du bras. La prolongation de l'œdème aboutit même assez fréquemment à la dermite hypertrophique et la peau devient verrufpieuse. Souvent aussi de temps en temps se montrent sui- le tégument œdématié des congestions actives (erythemd Irrr) qui se terminent le plus ordinairement par résolution, mais qui parfois aussi sontl'origine des gangrènes de position fréquentes en pareil cas.
(1) Voyez, à ce sujet, page 108, une expérience intéressante de Schrœder van der Kolk.
1210 MALADIES riES O'RGANES.
L'influence dos lésions nerveuses sur la nutrition de la peau est bien montrée par l'histologie yinihologique du. inal plantaire perforant. Les anciennes recheicliesde Poucet, conflrmées par celles toutes récentes de Morat et Duplay, ont fait voir qu'en pareil cas les nerfs qui se rendent à la peau voisine de l'ulcère sont le siège d'une dégénération tout à fait analogue à celle qu'on rencontre dans le bout inférieur d'un nerf sectionné. La myéline est fragmentée en boules ; Jes noyaux des segments interannulaires se sont divisés et donnent aux tubes nerveux un aspect moniliforme. Le cylindre axe a été détruit, etc. En regard de ces lésions nerveuses, on observe au pourtour de l'ulcère une zone d'anesthésie et d'inflammation chronique. Les papilles du derme cutané sont devenues gigantesques, leur aspect rappelle celui des papilles du derme sous-unguéal. Elles sont longues et effilées, renferment des vaisseaux, et, si elles ne sont pas entièrement dépourvues de nerfs, elles en contiennent du moins un très-petit nombre. On peut s'assurer de ce dernier fait en pratiquant, dans le voisinage d'un ulcère perforant, des coupes perpendiculaires à la surface de la peau après durcissement dans l'acide osmiquc à 1 pour 100. On n'y rencontre ordinairement pas non i>lus de corpuscules du tact.
Le fond de l'ulcère est lui-même formé par une couche plus ou moins profonde de désintégration dans laquelle on ne trouve plus aucun détail de structure. Au voisinage de l'ulcératien.les artères sont enflammées chroniquement et leur calibre est rétréci. Les corpuscules du tact subsistent et ne paraissent pas avoir subi de modifications analogues à celles des troncs nerveux eux-nu'''mes.
[>es altérations de l'épidernie qui recouvre les grandes papilles que nous venons de d/'crire consisleut dans un épaississemenl parfois énornu', atteignant souvent plusieurs millimètres. Les cellules cornées soûl superposées jiar couches épaisses, formant des lits successifs iiilimiMuent soudés entre eux. il n'existe point eu ell'et d'atiophie des noyaux dans le cor|)s muqucux au voisinage de l'ulcèie, conséquenimenl on n'y obst'ivc pas de des(jUiimalion.
^^Miand (»n cxamitu'un ulc('re|»erforanl |)arsa facesupéiieure, on voit (|u(; l'ulcération occupe une petite surface au i'oiul d'une sorte d'entonnoir creusé dans l'épidernie épaissi. Ia's eoudirs ('pidrriiiiqui's superposées sont comme coupées dans des points d'aïU.int jdiis voisins de l'ulcère qu'on avance en
ALTÉRATIONS DYSTROPHJQUES DE l'éPIDEKME. 1211
profondeur. La coupé de la peau, au moment du mal perforant, acquiert de la sorte un aspect caractéristique.
Comme derniers exemples de troubles trophiques cutanés, dans lesquels l'influence du système nerveux a été reconnue évidente, nous citerons les bulles de zona et de pemphigus au voisinage desquelles on peut voir plus ou moins régulièrement une inflammation ou plutôt une inflammation delà gaine lamelleuse des nerfs, ou même du tissu conjonctif inter-fasciculaire lui-même (Charcot, Biirengsprung), et enfin certaines déterminations cutanées de la lèpre au niveau desquelles Steudener agirait trouvé des lésions nerveuses plus ou moins bien déterminées.
b. Altérations dystrophiques de l'épiderme et des produits ÉpiDERMiQLEs ANALOGUES. — Lcs tvpes de CBS altérations sont l'ichthyose cachectique, celle qui survient au niveau des membres paralysés, enfin l'ichthyose congénitale qui est une véiitable difformité de la peau.
Dans Yichtlvjose pityriasique caractérisée par une squame douce, on ne trouve autre chose que des signes d'évolution rapide des cellules du corps muqueux. Les nucléoles s'agrandissent et atrophient les noyaux d'un grand nombre de cellules, qui ne peuvent plus se souder à leurs voisines et meurent avant que l'épiderme ait acquis toute sa solidité. La desquamation incessante résulte de ce processus, ainsi que nous l'avons fait souvent remarquer déjà.
L'ichthyose cornée est au contraire caractérisée par une production surabondante d'épiderme sur certains points de la peau. Elle présente une variété, Yicfithyosis pilaris, improprement appelée pityriasis des poils. Dans cette forme d'ichthyose des couches d'épiderme corné sont incessamment produites par la gaine interne du poil et s'accumulent autour de sa tige en s'emboîtant les unes dans les autres comme des cornets de papier qu'on aurait superposés. Bientôt le poil estétoufl'é parle cône corné qui l'entoure, il se brise à son point d'émergence ; lorsque l'accumulation d'épiderme continue à s'effectuer, la petite corne péri-pileuse se creuse une loge dans les parties superficielles du derme; la peau prend alors l'aspect d'un chagrin rude à gros grains. .Vu bout d'un certain temps le poil et la masse cornée sont expulsés, mais leur logette intra-dermique reste marquée sur la peau comme une toute petite cicatrice de variole.
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c.^ Colorations anormales de la peau. — Les colorations anormales de la peau sont nombreuses. Nous ne dirons que quelques mots de celle due à l'ictère biliphéique. La matière colorante de la bile colore en elTet uniformément tous les éléments histologiques des tissus. Il convient cependant de faire remarquer que, dans la peau, elle agit comme un irritant et détermine presque régulièrement de petites inflammations congestives, ponctuées, donnant lieu à la production d'une petite papule prurigineuse. Souvent aussi se montrent des macules purpuriques dues à l'action dissolvante des matériaux biliaires su ries globules du sang: le purpura ictériquene diffère nullement des autres hémorrhagies interstitielles de la peau, au point de vue histologique.
On ne connaît pas d'une manière nette la cause de la coloration ictéroïde des cachectiques (tuberculeux, saturnins), cette coloration est parfois bleuâtre fErasmus Wilson). On trouve seulement alors la pigmentation du corps de Malpighi- un peu plus intense.
Mais dans la maladie bronzée d'Addison, la peau est chargée de piguient, non-seulement au niveau des couches profondes du corps de Malpighi, mais encore et assez fréquemment dans le derme lui-même.
Si l'on fait une coupe ti-ansversale de la peau pigmentée d'un malade atteint de maladie bronzée, et qu'on l'examine, sans la colorer, dans la glycérine, on reconnaît que non-seulcuient les cellules cylindriques du corps muqueux <iui recouvrent les papilles sont chargées de pigment comme chez le nègre, mais assez souvent encore que du pigment noir est accumulé le long des vaisseaux des papilles, dans les cellules fixes du tissu conjonclif. (le dernier fait s'observe également dans certaines pigmentatiiins de cause externe, luitamment au niveau des tatouages (h's lèvres et des joues chez les saturnins.
La pigmentation produite dans ce dernier cas par le sulfure de plomb est due à un dé|tôt métallique, non dans les cellules du ciir|)s nuujueux qui ne sont jamais colorées, mais dans les cellules fixes du tissu conjonclif. La pigmentation est surtout abondante au niveau des liandes de tissu conjonctif qui accompagiu-nl les IxMiquets vasculaires des papilles, de telle sorte qu'on a |iu ( inire(|uele sulfure de plomb était conteiui dans les vaisseaux nirmes. Il est facile de recnmiaitre qu'il s'efVectue sinq)lcMient aulnur d'eux. Iji niénu! tein|)s on trouve dans les mailles (lu derme un certain nombre de cellules migratrices