‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 1 sur 205 · LE D' G. DURANTE · texte numérisé non relu

LE D' G. DURANTE

ANCIEN INTERNK DES il 0 1' I T A U X 11 K PARIS CHEF DE LABORATOIRE A LA MATER N I T E

INTRODUCTION

Tant par le volume énorme qu'il représente dans l'organisme et par l'importance de ses fonctions que par l'intensité des échanges qui s'effectuent dans son intimité, le système musculaire peut, à juste titre, revendiquer une des premières places dans l'économie. Cependant, le nombre relativement restreint des travaux que lui ont consacrés les anatomo-pathologistes est loin d'être en rapport avec le rôle prépondérant qui semblerait lui être réservé.

Zenker, déjà, regrettait « l'ostracisme » dont le muscle était l'objet, et, si depuis quelque quarante ans les mémoires sur ce sujet se sont multipliés, ils n'en demeurent pas moins très peu nombreux en comparaison du nombre de ceux parus sur des organes bien moins importants.

L'intérêt limité que les anatomo-pathologistes ont, jusqu'ici, porté au système musculaire, paraît tenir à plusieurs causes, dont les principales sont : l'importance clinique souvent secondaire des lésions

(I) Manuscrit déposé eu août IDUU.

CORML ET RANVIER. — II.

musculaires que seul le microscope peut parfois mettre en évidence ; l'intérêt trop exclusif porté au système nerveux; enfin la technique insuffisante et surtout la conception défectueuse que l'on se fait en général de la fibre musculaire pathologique.

Tant au lit des malades que sur la table d'amphithéâtre, en dehors de la pathologie chirurgicale et des amyotrophies, les altérations musculaires, à moins d'être très étendues et très prononcées, n'ont rien, le plus souvent, qui attire particulièrement l'attention, aussi passentelles aisément inaperçues; elles sont, d'autre part, d'autant moins recherchées que, sauf quand elles intéressent le myocarde, elles ne menacent que rarement l'existence du patient. Il en résulte que l'on lend naturellement à négliger leur étude histologique, et que l'examen macroscopique des muscles finit par être lui-même rarement pratiqué. En fait, alors que dans toute autopsie on passe en revue systématiquement tous les viscères, même ceux qui, du vivant du malade, n'avaient rien présenté de pathologique, on laisse non moins systématiquement de côté l'inspection des muscles, à moins qu'une tumeur, une inflammation, une atrophie ou quelque autre cause saillante ne force l'attention à se porter sur eux. Il s'en faut, cependant, que les altérations musculaires se manifestent toujours par des symptômes cliniques évidents ou même des modifications macroscopiques patentes. Tout comme sur les autres organes, les infections, les intoxications générales, l'âge, l'anémie, les troubles de la nutrition et même certains états physiologiques comme la grossesse, réagissent sur les muscles et y déterminent des modifications, entrevues déjà par quelques auteurs, mais encore mal connues et qu'il importerait d'étudier plus complètement.

On pouvait espérer que l'apparition des amyotrophies allait être le point de départ de nouvelles et fructueuses recherches sur les altérations fines de la fibre musculaire, mais la découverte du rôle important que joue souvent ici le système nerveux semble avoir fasciné les anatomistes qui, épuisant toutes les ressources de la technique histologique sur la moelle et sur le tube nerveux, relèguent presque toujours, dans leurs descriptions, le muscle à un plan secondaire, se bornant à en signaler les altérations relativement grossières, facilement visibles à la première inspection des coupes, sans chercher à en déterminer les modifications plus délicates et à pénétrer dans l'intimité de leurs lésions.

Tandis qu'en perfectionnant la technique histologique, on compliquait sans cesse l'élude du système nerveux, on simplifiait trop

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aisément celle du muscle. Dans presque toutes les observations, même d'amyotrophies où la description des lésions musculaires devrait être faite avec la dernière minutie, les seuls points signalés sont: l'augmentation plus ou moins considérable du tissu conjonctif ou adipeux, le volume] des fibres musculaires, leur striation conservée ou absente, l'aspect granuleux, graisseux ou cireux de la fibre prise dans son ensemble; enfin le nombre de ses noyaux. Rares sont les auteurs ([ui ont poussé plus loin l'analyse de leurs préparations ; on pourrait, aujourd'hui encore, les énumérer facilement. Que dirait-on, cependant, de l'examen histologique d'un nerf où l'on ne trouverait indiqués que le diamètre des tubes, leur transparence et le nombre de leurs noyaux? Si l'on avait accordé à la fibre musculaire une partie seulement de l'attention portée sur le tube nerveux et la cellule motrice, nous posséderions actuellement, sur bien des phénomènes encore obscurs, sinon des connaissances définitives, du moins des notions plus complètes et plus satisfaisantes que permettent d'entrevoir quelques monographies récentes, mais qui demanderaient à être complétées par de nouvelles recherches, dirigées plus particulièrement de ce côté.

La conception défectueuse que l'on se fait généralement de la fibre striée pathologique en cherchant à l'assimiler trop complètement à la fibre normale et la technique employée qui en est la conséquence naturelle, n'ont pas peu contribué, de leur côté, à décourager les recherches qui, mal comprises et mal conduites, ne pouvaient aboutir qu'à des résultats incomplets et singulièrement monotones, peu propres à solliciter des travaux dans une voie où tout semblait avoir été dit et d'où rien de nouveau ne paraissait plus pouvoir sortir.

Qu'elle représente une entité anatomique dérivant d'une seule cellule ou qu'elle soit constituée par l'agglomération de plusieurs cellules lusiformes plus ou moins intimement confondues, la fibre striée est un organisme éminemment complexe, plus complexe que la cellule nerveuse, plus complexe même que le tube nerveux. Cette complexité, trop souvent perdue de vue, devrait être toujours présente à l'esprit de l'anatomo-pathologiste. Seuls, les quelques auteurs qui s'en sont inspirés ont fait avancer nos connaissances sur la pathologie musculaire.

Ainsi que nous le verrons plus loin, deux éléments intimement unis, mais parfaitement différents par leurs modes de réaction pathologique, composent la fibre musculaire : le myoplasma et le sarcoplasma.

Le myoplasina, représenté par lee fibrilles striées, élément hauletement différencié, constitue la portion éminemment contractile. Au sarcoplasma ou protoplasma non diflérencié sont dévolus les rôles de nutrition, de défense et de régénération de l'organe.

A Vétat normal, où la puissance contractile est à son maximum, le myoplasma l'emporte, forme à lui seul la presque totalité de la libre, qui est, avant tout, une fibre striée; le sarcoplasma, réduit à son minimum, se retrouve difficilement en dehors de la zone périnucléaire.

A Vétat pathologique, les rôles s'intervertissent. La substance striée, trop hautement diflerenciée, demeure inaclive ou se coagule, dégénère et disparaît. Elle ne saurait donner de renseignements complets sur des phénomènes réactionnels auxquels elle ne prend qu'une part très secondaire. Le rôle actif est, ici, réservé au sarcoplasma, qui réagit facilement, rapidement et énergiquement; il s'hyperplasie, proUfère et, soit comme agent de défense, soit plus tard comme réparateur des pertes subies, il se prête à des modifications, à des transformations infinies, constituant les états pathologiques de la libre musculaire. La fibre se présente dès lors non plus comme un élément strié, mais comme un organe essentiellement protoplasmique (colonies de cellules ou masse plasmodiale) revenu à un état embryonnaire presque indifférent, et dans lequel ne subsiste qu'accessoirement plus ou moins de substance striée. C'est ce sarcoplasma qu'il importe d'avoir constamment et principalement en vue dans l'étude de la fibre pathologique.

Il y a donc inversion des termes dans l'importance réciproque du

MYOPLASMA ET DU SARCOPLASMA, CONSIDÉRÉS A l'ÉTAT NORMAL ET A L'ÉTAT

pathologique.

Ce fait n'a, du reste, rien de spécial au tissu musculaire et n'est qu'un cas particulier d'une loi cytologique générale.

Toute cellule présente, en plus ou moins grande abondance, des éléments plus ou moins nettement différenciés, sous forme defibrilles, de stries, de granulations diversement disposées, qui sont, en quelque sorte, la signature de son activité fonctionnelle. Dès que son milieu s'altère, dès qu'elle souffre pour une raison ou pour une autre, ces granulations différenciées quittent leur position physiologique, se dispersent, diminuent, finissent même par disparaître et la cellule n'est plus constituée que par un protoplasma homogène ou finement, mais réguhèremenl grenu, plus indifférent, plus apte, par conséquent, à lutter contre les agents pathogènes, et plus apte, également peut-être, à donner naissance à de jeunes éléments de remplacement. En cet état,

INTIîOnUCTION r>

en quelque sorte d'expectative, elle no remplit probablement plus ses fonctions physiologiques vis-à-vis des autres tissus, mais n'est pas encore dégénérée. Abandonnant momentanément son rôle fonctionnel pour n'avoir plus à s'occuper que de sa propre conservation, revenue à un état moins hautement différencié, plus jeune, plus indifférent, plus rapproché de Vétat embryonnaire, elle se place dans les conditions les plus favorables à sa défense personnelle. Que le processus pathologi(jue s'éteigne, celte cellule effectuera à nouveau sa différenciation fonctionnelle, reprendra son rang dans l'échelle de l'organisme et reviendra à son état normal; (|u'il persiste ou s'accentue, elle présentera de nouvelles modilications ultérieures, pourra même être affectée à de nouvelles fonctions (cellules hépati(iues devenant canalicules biliaires; cellule conjonctive fixe devenant cellule adipeuse ou cellule migratrice phagocytaire ; cellule musculaire devenant cellule adipeuse) ou dégénérera et liuira par disparaître.

Les épithéliums glandulaires se prêtent particulièrement à la constatation de ces faits. Mais on les retrouve, plus ou moins marqués, dans toutes les cellules de l'organisme. Dans le tulu' nerrcu.v, le cylindre-axe représente une portion cellulaire hautement différenciée. Lorsque sa cellule souffre ou que, séparé de son centre, il n'a plus de rôle à jouer, ce faisceau (ibrillaire se résout en fines granulations, semble prendre un étal jilus indifférent et se confondre avec le proloplasnia non difl'érencié qui isolait et enveloppait les fibrilles. Il en est de même pour la cdlulo nerrense. Loisqu'elle smiffre ou se trouve empêchée de remplir son rôle physiologique, ce que l'on peut appeler ses granulations fonclionnellcs diminuent ou disparaissent. Cette ^< chromatolyse » ne correspond pas nécessairement à une mortification actuelle ou prochaine nécessaire, ni même à une dégénérescence propremfiiit dite. Ce phénomène très banal et (|ui se montre dans les conditions les plus diverses, n'intlique qu'un arrêt fonctionnel, (pTun état d'attente de l'élément dont les conditions idiysiûlogi(iues sont momentanément modifiées et qui s'immobilise dans un état plus indifférent, plus semblable à l'état embryonnaire et plus approprié à la défense individuelle.

Il y a donc lieu, dans loul(3 cellule, de considérer séparément la substance différenciée et la substance non différenciée. La première, à laquelle est réservé le rôle fonctionnel spécifique de l'élément, a la plus grande importance à l'état physiologique; mais, soit par usure non compensée, soit en reprenant spontanément son état non différencié primordial, elle disparaît aisément sous l'influence de la

moindre cause pathologique. — A la seconde sont dévolus les rôles, utiles mais moins brillants, de nutrition, d'entretien, de défense et de reproduction de l'individualité cellulaire. Cette substance non différenciée qui n'a pas les caractères spécifiques de la première, reléguée au second plan à l'état normal où elle n'a qu'à assurer les échanges nutritifs et à reformer, au fur et à mesure de l'usure, la substance différenciée, prend de l'importance et l'emporte bientôt de beaucoup à l'état pathologique, où elle est chargée de défendre l'élément et de réparer les pertes subies.

On peut donc dire, d'une façon très générale, que, dans tout élément CELLULAIRE, CONSIDÉRÉ A l'ÉTAT NORMAL ETA l'ÉTAT PATHOLOGIQUE, IL Y A INVERSION DANS L'IMPORTANCE RÉCIPROQUE DU PROTOPLASMA DIFFÉ- RENCIÉ ET DU PROTOPLASMA NON DIFFÉRENCIÉ. A l'état nOimaL ISi pOTti OH

différenciée, de laquelle relèvent les fonctions spécifiques, l'emporte de beaucoup. A Vétat pathologique, cette substance différenciée s'efface plus ou moins complètement, la cellule tend à revenir à un état rappelant l'élat embryonnaire et le premier rôle est rempli par la substance non différenciée, plus indifférente, mais plus propre à se charger de la défense, de la réparation de l'élément menacé et plus apte également à se plier aux conditions nouvelles qui pourront lui être imposées.

Cette LOI très générale, que nous aurons l'occasion de vérifier à chaque pas dans les pages qui suivent, nous enseigne, tout d'abord, que le muscle normal et le muscle pathologique ne sauraient être conçus et étudiés de la même façon. A Vétat normal, c'est l'élément strié que l'on peut, que l'on doit même étudier dans la fibre où l'élément protoplasmique est à peine représenté. Dans la physiologie et l'histologie normale, la fibre musculaire doit être conçue et étudiée en tant qu organe fibrillaire et strié. — A Vétat pathologique, c'est le sarcoplasma qui doit principalement attirer l'attention, puisqu'il joue le premier, sinon le seul rôle actif, et que le myoplasma est relégué à l'état d'élément accessoire. Pour i'anatomo-pathologiste,la fibre devra donc être conçue et étudiée en tant qu'organe protoplasmatique ou cellulaire.

Cette distinction si essentielle entre la fibre normale et la fibre pathologique n'a pas été suffisamment comprise jusqu'ici. Presque constamment les auteurs, dans leurs descriptions, prennent comme type de comparaison la fibre striée normale, la fibre myoplasmique; c'est la fibre dans son ensemble, prise en tant qu'entité anatomique qu'ils considèrent, et, bien qu'ils notent le nombre de noyaux, c'est,

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avant tout, l'état de la striation. l'aspect plus on moins transparent, la forme et les dimensions de l'élément qu'ils ont principalement en vue.

La technique se ressent de celte conception de la fibre pathologique. La dissociation, rompant tous les rapports des fibres entre elles et avec le tissu cellulaire, déchirant les fibres anastomosées ou en voie de division, déplaçant les cellules musculaires, ne permet que des constations élémentaires. Bonne pour l'histologie normale, elle est insuffisante pour la pathologie. Dans les coupes, on néglige trop les longitudinales, moins faciles à interpréter, quoiqu'elles donnent souvent des indications plus complètes que les transversales dans lesquelles les anastomoses, les divisions, les phénomènes de régression cellulaire sont toujours moins démonstratifs. Pour la fixation, le durcissement et les colorations, enfin, on use trop souvent des seuls procédés employés en histologie normale et destinés à mettre en relief la substance striée, tandis qu'on négUge les colorations spécifiques du protoplasma, ce qui tient à l'ignorance où l'on est de la nature protoplasmique de la fibre pathologique.

De cette assimilation défectueuse de la fibre pathologique à la fibre normale et de la technique employée découlent des interprétations insuffisantes, puisque c'est toujours à l'élément normal, privé presque totalement du sarcoplasma, que l'on compare ce que l'on observe. Que le faisceau strié soit entouré d'un anneau transparent, on parle d'épaississement du sarcolemme sans songer au sarcoplasma; que des amas colorés ou incolores apparaissent localement, on signale des faits de dégénérescence dans ou sur la fibre (?), alors qu'il s'agit souvent d'amas sarcoplasmiques plus ou moins modifiés; les vacuoles sont localisées dans la fibre, alors qu'elles siègent presque toujours dans des épaississements locaux du protoplasma non différencié. Sauf dans la régénération, il est exceptionnel d'entendre parler de cellules musculaires, alors que celles-ci, plus ou moins différenciées, paraissent jouer un grand rôle dans toute la pathologie des muscles.

La conception protoplasmique ou cellulaire de la fibre musculaire pathologique entraîne nécessairement une modification dans la technique et dans l'interprétation des coupes. Cette conception n'est pas nouvelle, mais avait été jusqu'ici presque exclusivement appliquée aux phénomènes de la régénération. Les rares auteurs, qui ont été conduits à l'adopter partiellement à propos d'autres chapitres, sont les seuls qui soient arrivés à faire avancer sensiblement l'étude de la pathologie du muscle. Nous jurons l'occasion de les retrouver, chemin faisant et

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d'analyser avec soin leurs travaux, qui jettent une grande lumière sur le sujet qui nous occupe.

Msiis cette théorie pi'otoplasmique de la fibre contractile n'est pas applicable à quelques chapitres seulement. Elle régit toute la pathologie des muscles. C'est elle qui nous a dirigé dans cette étude qui, ainsi conçue, nous a paru présenter, au milieu des variétés infinies des lésions observées, une unité parfaite permettant de réunir et de condenser toute la pathologie musculaire en quelques lois auxquelles tous les phénomènes pathologiques semblent obéir. Ainsi interprétée, cette pathologie musculaire est singulièrement simplifiée, mais ne cadre plus qu'imparfaitement avec les divisions établies jusqu'ici. Certains paragraphes deviennent des chapitres importants par les conclusions générales qui en découlent; certains chapitres, au contraire, passent à l'état de paragraphes et pourraient être même supprimés, étant suffisamment expliqués ailleurs. Si nous les avons conservés, c'est afin de ne pas trop dérouter le lecteur. Toute la pathologie de la fibre musculaire pourrait être réunie en trois chapitres : Dégénérescences et Régénération, Régression cellulaire. Afin, cependant, de ne pas rompre trop brusquement avec les habitudes reçues et de permettre au lecteur de se retrouver plus aisément, nous avons conservé les anciennes subdivisions, quitte à donner plus d'importance à certains chapitres à peine ébauchés dans les traités classiques.

jNous déplorions plus haut le manque de précision que l'on rencontre dans trop de descriptions. On le retrouvera trop souvent dans les pages qui suivent. Mais, ne pouvant entreprendre la revision de toute la pathologie musculaire, nous n'avons pu, dans maints chapitres, que résumer des travaux le plus souvent complètement dépourvus eux-mêmes des détails désirables, nous bornant à indiquer les points sur lesquels il serait intéressant de faire de nouvelles recherches.

Avant d'entamer la description des lésions histologiques des muscles, nous croyons nécessaire de donner quelques indications sur la façon de les examiner et surtout de les recueillir, car il importe, ici, de procéder avec un soin méticuleux si l'on veut éviter, autant que possible, certaines altérations artificielles, décrites souvent comme un

état pathologique, mais qui ne sont que le résultat d'une technique défectueuse.

Le muscle peut être recueilli à ïètat virant ou après la mort.

A l'état vivant, on le prélève soit au moyen des harpons de Du Bois-Reymond ou de Duchenne (de Boulogne), soit à ciel ouvert après incision de la peau au bistouri et dénudement du muscle. Cette petite opération n'est pas très douloureuse, surtout si l'on a soin de la faire précéder d'une injection de cocaïne qui insensibilise la peau, seul organe sensible, le muscle l'étant fort peu.

Mais cette méthode, tout en procurant des pièces très fraîches, n'est cependant pas à recommander, car, prélevée à l'état vivant, la fibre musculaire présente une fragilité extrême, permettant difficilement d'éviter la production d'altérations artificielles.

Tout d'abord la fibre se contracte et par suite s'élargit. Cette contraction n'est pas égale pour toutes les fibres, n'est pas même toujours égale dans tous les points de la même fibre, en sorte que plusieurs peuvent paraître onduleuses ou moniliformes et que les différences observées dans le diamètre des fibres voisines, à moins d'être très accentuées, ne sauraient être considérées sûrement comme une atrophie légère ou une hypertrophie de ces éléments. D'autre part le raccourcissement des fibres, en rapprochant les noyaux musculaires, peut aisément en imposer pour une prolifération nucléaire; aussi, surtout sur les coupes longitudinales, une augmentation même assez apparente de ces noyaux ne doit être interprétée, dans ces conditions, qu'avec une extrême réserve.

Enfin la substance contractile elle-même, surprise à l'état vivant, s'altère beaucoup plus aisément que lorsqu'elle est prélevée après la mort, et c'est avec raison que Hayem, à différentes reprises, a insisté sur ce point. Examinées immédiatement dans la chambre humide, sans réactif, les fibres musculaires sont moins transparentes, plus opaques, moins bien striées que lorsqu'on les a recueillies après la mort; parfois môme elles semblent légèrement granuleuses, sans qu'il s'agisse ici d'un état pathologique. En outre, la dissociation de ces éléments non fixés est souvent difficile, détermine aisément une fragmentation artificielle de la substance contractile. Enfin, les colorations, prenant mal, ne permettent pas de faire des préparations persistantes. — Si l'on dissocie dans un liquide inactif comme le sérum iodé ou une solution saline, d'autres modifications se montrent. Les fibres se gonflent, surtout aux extrémités, mais souvent irrégulièrement sur différents points de leur longueur, leur fttriation devient indistincte ou même

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disparaît; elles prennent un 3iS[)ecl graiml eux ou homogène, et peuvent enfin se fragmenter en blocs inégaux, mal limités, affectant ainsi la plus grande analogie avec ce que nous étudierons plus loin sous le terme de dégénérescence vitreuse. Mais il ne s'agit ici que d'une simple action chimique et nullement d'un véritable état pathologique. — En fixant, avant tout examen, le fragment prélevé vivant, soit dans l'alcool au tiers, soit dans le liquide de Mûller, soit de préférence dans la liqueur de Flemming ou l'acide osmique à 1 pour 100, on pourra éviter en partie ces inconvénients, mais ce sont alors des vacuoles qui se produiront fréquemment à l'intérieur des fibres par suite de la rétraction de la substance contractile.

Uexamen des muscles vivants n'est donc pas à conseiller et ne devra être employé que lorsque l'on ne pourra s'en dispenser. Car si l'on parvient à échapper à la fausse dégénérescence vitreuse ou granuleuse, on ne saurait éviter pas plus la contraction des fibres amenant leur élargissement irrégulier et l'augmentation apparente de leurs noyaux, que la formation artificielle de vacuoles dans des éléments cependant parfaitement normaux. Toutes les observations, basées sur l'étude des muscles prélevés par biopsie, doivent donc laisser des doutes justifiés sur la nature peut-être artificielle des lésions lorsqu'on ne trouve signalés qu'un élargissement du diamètre des fibres, des vacuoles, des modifications de réfringence ou une augmentation modérée du nombre des noyaux.

La prise des muscles immédiatement après la mort, avant l'apparition de la contraction cadavérique, offre les mêmes inconvénients, car ces éléments sont encore vivants.

Le moment le plus favorable pour prélever un fragment de muscle destiné à être examiné est la fin de la rigidité cadavérique ou immédiatement après que celle-ci a disparu (Hayem). La fibre, moins molle que sur le vivant, n'est cependant pas trop fragile et se prête mieux à la dissociation; en outre elle ne s'altère plus sous l'action des divers réactifs histologiques. L'eau pure seule est à éviter.

Pour prélever un fragment de muscle, on en circonscrit, avec un rasoir bien tranchant, par quatre incisions parallèles et perpendiculaires à la direction de ses faisceaux, un lambeau que l'on coupe ensuite à la base, en évitant de se servir de pinces, dont les mors, en écrasant les fibres, pourraient en imposer pour des lésions.

Les muscles seront alors étudiés par dissociation et sur des coupes.

• La dissQciatÏQn peuf être faite de suite clans de la glycérine neutre;

niaU. dans ces contlitions, elle est parfois pénible, le tissu conjonctir se laissant difficilement séparer et les fibres se rompant. En outre, on ne peut obtenir de colorations aussi bonnes et aussi durables que lorsque l'on fixe les éléments au préalable dans de l'alcool au tiers, du Mûller, ou une solution osmique.

L'examen sur des préparations incolores permet d'étudier le volume des fibres et leur striation. Pour les noyaux et les cellules musculaires, on colore en dissociant dans du picro-carmin, ou bien l'on dissocie sur une lame enduite d'une mince couche d'un liquide albumineux. qui permettra ensuite de fixer les fibres isolées et de les traiter par tous les réactifs voulus sans qu'elles risquent de se déplacer. Enfin on peut, avant la dissociation, colorer en masse tout le fragment musculaire, soit dans de la glycérine picro-carminée, soit dans une solution colorante acide qui conserve aux tissus la mollesse et l'élasticité voulues.

Si la dissociation a l'avantage de montrer des fibres isolées, que l'on peut suivre sur une plus ou moins grande longueur, elle présente, d'autre part, outre les traumatismes artificiels pouvant en imposer pour un état pathologique, de nombreux inconvénients, résultant de la destruction de tous les rapports de contiguïté et de continuité qu'affectait la fibre en place. Tant que l'on a considéré la fibre striée comme une entité n'affectant, sur toute sa longueur, que des rapports de contiguïté avec les tissus voisins, la dissociation, en la libérant, semblait permettre une observation plus parfaite. Mais on sait aujourd'hui que la fibre striée, au moins à l'état pathologique, présente souvent une prolifération des cellules musculaires; qu'elle est susceptible de se diviser longitudinalement, de s'anastomoser avec les fibres voisines, de former même parfois un véritable réseau musculaire strié à longues mailles. La dissociation, en bouleversant tous ces rapports, en ouvrant ces gaines et en mettant en liberté leur contenu, en rompant les anastomoses, en séparant brusquement les ramifications d'une même fibre, donne des renseignements éminemment insuffisants, sinon défectueux. — La topographie, dans l'étude du muscle, a une importance que, jusqu'ici, on a trop souvent ignorée et qui est d'autant plus grande qu'il s'agit d'un muscle pathologique. — En dehors de l'étude élémentaire de la fibre normale, nous ne saurions donc recommander la dissociation, qui, détruisant les rapports, fausse les résultats et ne donne, en fait, aucun renseignement (état de la striation, des noyaux, diamètre de la fibre) que l'on ne puisse obtenir par l'exa» men de coupes longitudinales et transversales,

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Les coupes constituent donc la méthode de choix. Elles doivent être pratiquées, les unes parallèlement, les autres perpendiculairement à la direction des fibres, chacune de ces préparations donnant des indications différentes qui se complètent mutuellement. On néglige trop souvent les coupes longitudinales ; cependant, quoique plus difficiles à lire et à interpréter que les transversales, elles apportent souvent des renseignements plus complets que ces dernières et sont indispensables à l'étude des réactions fines de la fibre musculaire. Pour obtenir les fibres dans leur rectitude, on attachera par ses deux extrémités, sur une allumette excavée, le fragment de muscle, que l'on placera ainsi dans le liquide fixateur. On pourra, de cette façon, sur des coupes bien orientées, étudier les éléments sur la plus grande partie de leur trajet.

Fixation et durcissement. — Le fragment à couper peut être fixé et durci dans l'alcool; c'est un procédé rapide, mais sur lequel on ne peut se fier complètement, car il rétracte et déforme facilement les cellules musculaires et les fibres elles-mêmes, qui paraissent alors plus petites qu'après les autres modes de fixation, et présentent fréquemment, soit dans leur intérieur, soit à leur périphérie, des vacuoles et des vides purement artificiels. — Il en est de même du formol qui, employé seul, nous a paru également rétracter, quoique à un moindre degré, les tissus, et qui, en outre, si l'on ne procède pas à des lavages très prolongés, gêne sensiblement pour les colorations ultérieures. — Le liquide de Millier a le grand inconvénient de demander un temps considérable pour amener un durcissement suffisant. Toutefois, comme il est un bon fixateur, on peut y placer les fragments de muscles pendant deux ou trois jours et compléter ensuite le durcissement avec l'alcool. — Nous nous sommes assez bien trouvé d'un mélange de Midler et de solution de formol. L'adjonction de liqueur de Mùller au formol empêche celui-ci de rétracter les tissus ; la fixation est aussi bonne qu'avec le Mùller seul et grâce au formol le durcissement a lieu assez rapidement. On peut mêler les solutions en parties égales ou mieux ne mettre qu'un quart ou un tiers de formol, selon la délicatesse des pièces à étudier. Il est évident 'que, moins le titre du formol sera élevé, plus le durcissement demandera de temps. — Le liquide de Zew/cer (liqueur de Miiller, additionnée de 50 pour 100 de sublimé et 'dans laquelle on ajoute encore 5 pour 100 d'acide acétique au moment de s'en servir) présente les mêmes avantages, mais rétracte toutefois davantage les fibres que le mélange Mùllerformol; conservées dans ce liquide, les fibres deviennent un quart

plus étroites qu'après durcissement par le Miiller formolisé. — L'acide osmique, en solution aqueuse, et la méthode de Marclii (solution osmique et liquide de Mûller) demeurent les méthodes de choix pour la recherche de la graisse.

Coupes. — Après durcissement, les coupes peuvent être pratiquées directement ou après enrobage. Nous ne saurions, en aucune manière, conseiller l'enrobage à la paraftine qui, presque toujours, amène une rétraction delà substance contractile dans le sarcolemme et l'apparition de lacunes artificielles. Les coupes de muscles à la paraffine sont, il est vrai, très jolies à l'œil, mais donnent des images trop infidèles pour que l'on puisse s'y fier dans une étude de détails; elles n'acquièrent toute leur valeur que dans les recherches bactériologiques, où la recherche et l'étude des microbes l'emportent sur l'intégrité cellulaire. Les enrobages à la gomme ou mieux à la ceUoidine ne présentent pas ces inconvénients, lorsqu'ils sont maniés avec soin, et permettent de faire des coupes bien suffisamment fines.

Les coupes, du reste, ne doivent pas être trop fines, surtout les longitudinales qui, trop minces, ne donnent ({u'une partie des renseignements qu'on est en droit de leur demander. Si, en elï'et, elles sont notablement plus minces que le tiers d'une fibre musculaire, on est exposé à considérer comme atrophiées des fibres que le rasoir n'a fait ([u'effieurer, et les divisions longitudinales, les exfoliations, plus diflicilement rapportées à leur véritable cause, sont plus aisément prises pour des éléments indépendants en voie de régression.

Il est, du reste, bon de monter un certain nombre de coupes sériées, tant longitudinales que transversales. Sur les premières, on verra souvent que telle fibre grêle, juxtaposée à une fibre volumineuse dans une coupe, vient, dans la coupe suivante, se confondre, en un point, avec cette dernière dont elle est une division partielle. Sur les coupes transversales, on peut souvent s'assurer que telle fibre, normale ou hypertrophiée, est remplacée sur les coupes suivantes par un faisceau de fibres plus déliées, qui en représentent la terminaison pénicillée, alors qu'on serait tenté de les prendre pour un groupe de fibres indépendantes atrophiées.

Au point de vue des colorations, nous ne pouvons passer en revue toutes les méthodes qui ont été essayées sur les muscles. Nous nous bornerons à dire que V liématoxyliuj employée seule, ou mieux combinée avec le picro-caimin, l'éosine ou l'érythrosine, donne de bons résultats ; elle présente, en outre, ce grand avantage de donner des élections colorantes différentes sur le tissu contractile, selon

qu'il s'agit de cellules musculaires, de jeunes éléments en voie de développement ou de libres adultes en voie d'atrophie. Pour l'étude des corpuscules musculaires, les couleurs d'aniline, simples ou combinées, donnent des renseignements plus parfaits. Parmi ces dernières, la thionine, peu avantageuse pour la libre striée, servira utilement lorsque l'on aura à étudier les phénomènes réaclionnels du tissu conjonctif et des vaisseaux. La substance qui nous a donné les meilleurs résultats est la safranine en solution anilinée, employée seule ou comme double coloration après action du violet de gentiane en solution également anilinée. Il ne faut pas craindre la surcoloration, la décoloration étant toujours possible, soit par une essence, soit en donnant à l'alcool une faible réaction acide. Cette réaction peut être obtenue par l'addition d'acide picrique qui, manié délicatement, ne doit teinter en jaune que le tissu cellulaire, ou d'une trace d'acide acétique dilué. La différenciation s'effectue en quelques secondes. Par ces procédés,. on obtient des préparations où les noyaux, le protoplasma musculaire et la substance striée présentent des élections colorantes différentes permettant une lecture plus facile des coupes. — Le picro-carmin demeure la méthode de choix lorsqu'il s'agit d'établir avec quelque certitude la nature musculaire de certains éléments, les éléments contractiles prenant, par l'action de ce réactif, une teinte acajou caractéristique.

Nous nous occuperons ici presque uniquement de la pathologie des fibres musculaires striées. La fibre musculaire lisse est trop intimement liée aux organes qu'elle contribue à former pour que son anatomie pathologique puisse, sans inconvénient, être séparée de celle de ces derniers. On se reportera donc, pour son étude, aux articles (( Vaisseaux, Utérus, Intestins, » etc., etc., oij les altérations de cet élément seront traitées en détail à propos de la paroi contractile de ces organes.

Le muscle, pris dans son ensemble, constitue un tout complexe dans lequel il importe de distinguer, d'une part, l'élément noble, la fibre contractile, d'autre part, le tissu conjonctif de soutien dans lequel rampent les vaisseaux chargés de nourrir l'organe et les nerfs destinés à le mettre en activité.

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