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LE SANG ET LA MOELLE PENDANT L'ÉVOLUTION DES TUMEURS MALIGNES

S'il est un fait avéré, c'est la production de l'anémie au cours des tumeurs malignes.

Nous distinguerons deux cas distincts : 1° l'anémie ressortit à l'influence dycrasique de la néoplasie sur la nutrition générale; "i" elle est liée à la substitution du tissu de tumeur à celui qui caractérise la structure de la moelle osseuse.

TUMEUKS MÉTAST.VTIQUES DANS LA MOELLE OSSEUSE 669

Il n'y a pas de déreloppement de tissu de tumeur dans la moelle. — Dans ce cas, la déchéance organique générale s'accompagnera soit d'anémie simple, soit de chloro-anémie, soit d'un syndrome hématologique identique à celui qui caractérise l'anémie pernicieuse (Engel).

Il existe une anémie simple ou une chloro-anémie : alors même que la dégénérescence du sang est peu accentuée, les réactions de la moelle sont très avancées. Qu'il s'agisse de sarcomes, de tumeurs épithéliales, que les néoplasmes soient ulcérés ou non, ces poussées intra-osseuses du tissu myéloide seront en général intenses. Dans la moelle de la diaphyse fémorale, par exemple, nous trouverons en proportions considérables les éléments spécifiques du tissu myéloide maintes fois décrits.

Le syndrome hématologique revêt-il le masque de l'anémie pernicieuse, les modifications de la moelle osseuse seront celles dont nous avons déjà parlé (poussées de métrocytes, de mégalohlastes, Engel).

Il y a développement du tissu de tumeur dans la moelle. — Envisageons le cas où un tissu de tumeur se substitue au tissu médullaire.

D'après les rares observations consignées jusqu'ici, il semble que le tableau hématologique soit différent suivant les cas où la néoplasie intra-méduUaire est importée par métastase ou autochtone.

Dans la première circonstance, on a vu se réaliser un syndrome hématologique rappelant celui qui a été décrit sous la rubrique d'anémie infantile pseudo-leucémique.

Dans le deuxième cas, on a vu évoluer un syndrome hématologique d'anémie simple progressivement aggravée.

Je vais citer les exemples suivants :

Dans le service de M. Robin à la Pitié, en mars 1900, j'ai observé avec M. Gouraud, interne des hôpitaux, un malade atteint de sarcomatose générahsée.

L'état du sang était celui qui singularise l'anémie infantile pseudoleucémique (anémie marquée : JN = 1200000; H = 4 à 5 (appareil Malassez); poussées d'hématies nucléées en proportions colossales, à types de mégalohlastes, de normoblastes ; poussées de myélocytes; polychromatophilie, etc., etc.).

Quant à la moelle, elle était infiltrée d'une façon diffuse par le tissu du sarcome.

Le tissu myéloide dans les portions intermédiaires aux zones occupées par le néoplasme réagissait avec intensité. Mais nous n'avons pu

examiner que la pulpe des côtes. En revanche, l'étude de la rate était des plus instructive.

Il existait une transformation myéloïde notable de cet organe, envahi du reste par le sarcome qui s'y infiltrait par masses irrégulières. Or, dans les zones intermédiaires à celles qu'il occupait dans le territoire splénique, avaient surgi hématies nucléées, myélocytes basophiles, amphophiles, éosinophiles pullulant à la bordure même de la tumeur.

Epstein et Leyden (cité par Epstein) ont publié chacun en 1899 l'histoire de malades atteints de tumeurs malignes qui se généralisèrent et envahirent la moelle en foyers multiples.

Dans le cas d'Epstein, il s'agissait d'un carcinome de la mamelle; dans le cas de Leyden, d'un sarcome pur. Or, dans les deux circonstances, l'état du sang correspondait rigoureusement à celui que j'ai décrit après ces auteurs à propos de l'histoire du malade étudié avec Gouraud. C'était l'anémie progressive, l'émission des hématies nucléées des types les plus variés, la leucocytose bigarrée, etc.

A ces observations nous opposerons les suivantes, dont l'une revient à Ehrlich et l'autre à Nothnagel.

Ehriich a pu étudier l'évolution d'un sarcome primitif de la moelle osseuse, c'est-à-dire la transformation du tissu conjonctif propre delà moelle en tissu de sarcome se substituant au tissu myéloïde. Ici l'anémie crut régulièrement, il ne se produisit aucune de ces réactions intra-vasculaires par lesquelles s'extériorise la mise en activité du tissu myéloïde (poussée d'hématies nucléées, polynucléose, essor deà myélocytes). En cette circonstance, il y eut réduction graduelle du nombre des éléments figurés du sang de la série myélogène, de même qu'il se produisit une réduction progressive du territoire occupé par le tissu myéloïde. Celui-ci disparut des cavités osseuses devant l'envahissement du néoplasme.

A Nothnagel nous devons la connaissance du fait suivant :

Une anémie croissante apparut, de rares hématies nucléées se montrèrent dans les vaisseaux périphériques, une leucocytose légère se manifesta, sans migration de myélocytes.

Or à l'autopsie, on trouva une infiltration dilïuse de l'appareil médullaire par des cellules arrondies, comparables aux lymphocytes des follicules du tissu lymphoïde.

Nothnagel vit dans ce tableau anatomo-pathologique une forme de « lymphadénie osseuse ».

L'anémie croissante s'explique facilement en pareille circonstance

LA MOliLLi; OSSEl'SK DANS LES LEUCÉMIES 671

par l'extension de la tumeur et la substitution de son tissu au tissu myéloïde.

De légers indices de réaction myéloïde existaient cependant (poussées d'hématies nucléées). Nothnagel admit comme vraisemblable une action de suppléance de la part de la rate et peut-être des ganglions. Nous ne saurions que souscrire à une telle hypothèse; ne s'imposet-elle pas en raison des faits que nous avons maintes fois signalés ? Mais ce qui doit attirer notre attention, c'est cette poussée intra-médullaire d'un tissu comparable au tissu lymphoïde.

Xe s'agissait-il pas en la circonstance de la reviviscence de ces lymphocytes dont la trace se perd normalement dans la moelle des os, dont la présence reste latente.

Ce cas est connexe à l'histoire des leucémies, de la leucémie lymphogène, non pas au point de vue hématologique, mais au point de vue de la réapparition du tissu lymphoïde dans la moelle osseuse. Aussi l'hypothèse de Nothnagel nous paraît-elle des plus vraisemblables. Le point de départ d'une lymphadénie peut être aussi bien un territoire où le tissu lymphoïde existe en proportions rudimentaires à l'état normal, que les organes tels que les ganglions, où son développement est très marqué à l'état d'équilibre physiologique.

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