LÉSIONS PRIMITIVES EN PATHOLOGIE HUMAINE
Si les conditions de l'observation sont relativement simples dans les laits expérimentaux, il en est tout autrement en pathologie humaine. Là, les symptômes sont presque toujours complexes, et les causes, souvent multiples ou difliciles à déterminer, si bien que le dépari entre lésions primitives et lésions secondaires ne peut se faire le plus habituellement que d'une façon très approximative.
Intoxications exogènes. — Alcool. — Andriezen signale, dans le délire alcoolique, des lésions des cellules de l'écorce : cliromatolyse légère; chromopliilie peu accusée de la substance achromatique; épaississemenl du réseau intra-nucléaire. Dans deux cas de delirliim tremens, terminés par la mort, Ewing a constaté les lésions suivantes : chromatolyse très prononcée dans toutes les cellules appartenant ai' type stichoehrome, débutant par le pourtour du noyau et ne laissant souvent subsister que quelques corps chromati(iues à la périphérie; cette chromatolyse peut être complète au
point de laisser la cellule totalement décolorée, déformée, avec noyau excentrique.
Des lésions très analogues ont été mentionnées au niveau des cellules de la moelle et de l'écorce cérébrale, dans les cas de polynévrite alcoolique, souvent accompagnés de troubles psychiques. C'est encore une chromatolyse avec déformation globuleuse et migration du noyau; seule, la forme de la chromatolyse est variable, son début étant tantôt central, tantôt périphérique. Assurément il est rationnel, dans des cas semblables, de rattacher pour une part les lésions cellulaires à celles ([ui évoluent dans les nerfs périphériciues, mais, dans Tétat actuel de nos connaissances, il est impossible de dire si la lésion toute entière doit être considérée comme secondaire dans les cellules atteintes de chromatolyse avec déformation globuleuse et migration du noyau (Cl. Philippe et de Gothard).
Arsenic. — Dans l'arsenicisme chronique, Erlicki et Rybalkin ont constaté des lésions dans les cellules de la corne antérieure : cellules diminuées de nombre; cellules arrondies, fortement pigmentées et privées de prolongements. 11 s'agit là de lésions graves, car elles ont été vues sans l'emploi de la méthode de Nissl; mais elles n'ont pas été retrouvées dans deux cas de G. Brouardel, examinés également par les méthodes anciennes.
Morphine. — Chez trois morphinomanes, Ewingn'a trouvé que des lésions mal caractérisées.
.\iT0-iNT(txicATi0NS. — a. Lésions du foie et des reins. — Il faut faire rentrer dans ce groupe les divers troubles cérébraux, observés au cours de l'insuffisance du foie ou des reins. Mais il convient de faire remarquer que les causes de l'insuffisance hépatique ou rénale sont très diverses, souvent de nature infectieuse ou toxique, au point qu'il est bien difficile, à l'heure actuelle, de décider si les troubles nerveux dépendent de l'insuffisance viscérale plutôt que de l'intoxication ou de l'infection initiales. Quoi qu'il en soit, des lésions ont été décrites, dans ces cas, par Klippel, Ballet et Maurice Faure, au niveau des cellules de l'écorce cérébrale (chromatolyse avec état poussiéreux ou laqué; déformation avec tendance à la forme globuleuse; déplacement du noyau). Il semble bien que les lésions soient généralisées, portant sur les cellules de Betz comme sur les grandes et les petites pyramidales.
Urémie. — Ewing a pratiqué l'examen du système nerveux dans six cas d'urémie. II a rencontré des lésions de chromatolyse, mais irrégulièrement distribuées. Deux points sont à noter parmi les résultats de ses recherches. D'abord, dans deux cas avec forte élévation de la température, les lésions étaient plus prononcées que dans les cas avec hypothermie, et comparables à celles qui s'observent dans le coup de chaleur. En second lieu, les lésions prédominaient sur les cellules bulbaires, en particulier sur celles du noyau de la dixième paire, dans les cas où la dyspnée avait été le symptôme dominant.
Coup de chaleur. — Le coup de chaleur peut être mentionné à cette place, puisque, d'après une opinion généralement admise, à l'élévation de température s'ajoute une véritable intoxication, due à la production de poisons organiques. Ira van Gieson, Ewing décrivent des lésions de chromatolyse généralisée, avec colorabilité anormale du noyau.
Maladies générales infectieuses. — Fièvre typhoïde. — Des lésions ont été rencontrées dans cette aflection par Marinesco, Babès, Ewing : lésions peu prononcées dans les deux cas de Marinesco, au contraire intenses et généralisées dans les deux cas d'E\ving.