FIBRES NERVEUSES. — DÉGÉNÉRATION RÉTROGRADE
trophique \is-k-Yis de la fibre nerveuse; les autres invoquent l'inertie fonctionnelle, l'influx nerveux ne pouvant plus arriver à destination.
3" Les caractères histologifjues de la dégénération rétrograde sont assurément difi'érents de ceux de la dégénération wallérienne. Ils méritent d'être envisagés les uns après les autres, suivant qu'ils se rapportent au mode de propagation et à la topographie des lésions, ou bien à leur forme anatomique.
a) A propos du mode de propagation et de la topographie des lésions, les principales difl'érences sont les suivantes. La dégénération wallérienne est précoce, d'emblée généralisée à toute la longueur de la fibre, si bien que, dans un même faisceau, toutes les fibres intéressées dégénèrent à peu près dans le même laps de temps; dès lors, la tache scléreuse présente une intensité égale partout, au voisinage du foyer primitif comme dans les régions plus éloignées.
Tout au contraire, la dégénération rétrograde est tardive, débutant au voisinage du point où la fibre est interrompue, pour se propager lentement le long de la fibre en se rapprochant de plus en plus de la cellule. De plus, dans un môme faisceau, elle n'intéresse pas en même temps toutes les fibres. En fin de compte, la dégénération rétrograde s'arrête sur chacune des fibres à des hauteurs différentes, si bien que, sur les coupes transversales du faisceau malade, elle se traduit par une tache qui diminue de largeur à mesure qu'on examine des sections plus éloignées du foyer primitif. Toutes ces particularités peuvent s'observer assez facilement dans le faisceau pyramidal croisé de la moelle épinière, au-dessus de certains foyers de myélite transverse, faisceau sur lequel on voit bien le champ de la lésion aller en se rétrécissant de bas en haut.
Ce seul exemple nous paraît suffire, d'abord pour étabhr l'exis- .tence de la dégénération rétrograde dans les centres nerveux, puis pour montrer les caractères différentiels qui la distinguent de la dégénération wallérienne, au point de vue du mode de disposition et de la topographie des lésions. Ces différences sont assez faciles à apprécier dans le faisceau pyramidal, parce que ce faisceau est compact et que son trajet est bien connu; dès lors, elles peuvent être avantageusement utilisées pour le diagnostic des deux dégénérations dans ce faisceau. — Il n'en sera plus de même toutes les fois qu'il s'agira des nombreux faisceaux, dont l'origine et le trajet sont encore inconnus ou au moins mal déterminés. Dans tous ces cas, si on ne prend en
considération que la topographie des lésions, on s'expose soit à méconnaître une dégénération rétrograde, soit à considérer comme rétrograde un processus qui relève de la dégénération wallérienne.
b) Pour toutes ces raisons, il serait très utile de pouvoir décider, à l'aide des seuls caractères histologiques, si telle dégénération est wallérienne ou rétrograde. Malheureusement, les constatations, successivement faites, sont loin d'être concordantes. Nous utiliserons, pour les rappeler, l'important travail que Durante a consacré à la question.
Dans un certain nombre de cas, les auteurs ont trouvé des lésions qui ne diffèrent en rien de celles de la dégénéralion wallérienne, telles que disparition précoce du cylindraxe et grosse fragmentation de la myéline. Dans d'autres, on a noté l'atrophie simple des fibres par réduction de volume de la gaine de myéline, mais avec conservation du cylindraxe.
Dans une autre catégorie de faits (A. Gombault et Cl. Philippe), les lésions se présentent sous un aspect plus caractéristique. Alors que, dans la dégénération ^Yallérienne, le cylindraxe, modifié dès le début, disparaît rapidement, ici il persiste longtemps inaltéré, même sans trace de gonflement. Toujours, la gaine de myéline s'altère la première, par une sorte de désintégration qui débute dans la portion la plus interne au voisinage du cylindraxe, amenant l'élargissement de la zone périaxile, dite érytrophile. Si la couche externe est envahie à son tour, le cylindraxe dénudé occupe un espace relativement large, vide ou encore rempli de débris myéliniques. Rarement il y a fragmentation de la myéline et formation de grosses boules comme dans la dégénération wallérienne; il s'agit plutôt d'une sorte d'émulsion donnant naissance à de fines gouttelettes colorées en noir par l'acide osmique et bien mises en évidence, aux phases initiales, parla méthode de Marchi. Cet espace peut ultérieurement se rétrécir, et le cylindraxe persiste dénudé ou entouré d'une gaine myélinique amincie.
Enfin, dans certains cas, l'altération se traduit de toute autre manière. La gaine prend par l'acide osmique non plus la coloration noir bleue habituelle, mais une teinte grise; puis, elle semble raréfiée avec un contour festonné ou irrégulièrement circulaire.
En résumé, des formes anatomiques variées ont été rencontrées dans la dégénération rétrograde qui, dès lors, ne se traduit pas par une lésion toujours la même et caractéristique. Il serait donc imprudent à l'heure actuelle de se fonder sur les seuls caractères histologiques pour diagnostiquer avec certitude cette dégénération dans