III. — Régénération des fibres nerveuses
La régénération des fibres nerveuses est bien établie pour les nerfs périphériques, où elle a été beaucoup étudiée à la suite des travauxde Ranvier. Par contre, les recherches concernant cette même régénération dans les centres sont encore peu nombreuses; de plus, elles ont abouti à des résultats incertains.
Chez les animaux inférieurs, comme le triton (Sgobbo Francesco) ou la grenouille (Masius et Vanlair), on ne rencontre, à la suite des sections transversales de la moelle, que des formations dans lesquelles il est bien difficile d'affirmer la présence défibres nerveuses sûrement régénérées. Il en est de même pour le cerveau du pigeon (Voit, Duval et Laborde); et, si pour la moelle du même animal, Brown-Séquard a décrit dans la cicatrice consécutive à la section, des cellules et des fibres nerveuses, les recherches plus récentes de Sgobbo n'ont pas confirmé ces résultats.
Pour la moelle des mammifères, les renseignements publiés sont contradictoires. Si Turner, après l'hémisection, si Eichhorst, après la section totale, ont signalé dans la cicatrice la présence de fibres nerveuses, la majorité des expérimentateurs (Schietïerdecker, Sgobbo.. Piccolo et Santi, Sirena, Marinesco) n'y ont rien constaté de semblable. — Ainsi donc, chez les animaux et dans les conditions expérimentales habituelles, la régénération des fibres des centres n'est pas établie d'une façon catégorique. En tout cas, si elle existe, il est certain qu'elle se produit très rarement.
Chez riiomme, aucune constatation anatomique positive n'a encore été faite. En etTet, on ne saurait considérer comme une preuve
FIBRES iNERVEUSES. — RÉGÉNÉRATION 835
absolue l'existence des névronies trouvés dans la syringomyélie et dans certaines myélites, puisque ces névromes peuvent provenir des fibres des racines qui, au point de vue de la régénération, se comportent comme celles des nerfs périphériques. On peut encore moins se fonder sur le retour de la fonction observée dans certaines myélites par compression, ou sur les rémissions qui surviennent au cours de la sclérose en plaques ; car. dans tous ces cas, il s'agit d'œdème et de lésions non destructives des cylindraxes, si bien que le retour de la fonction s'explique tout naturellement par la simple restauration des fibres nerveuses, phénomène bien différent de la régénération.
En résumé, à ce point de vue spécial de la régénération, il y a contraste absolu entre le mode de réagir des fibres périphériques et celui des fibres centrales; mais les raisons n'en sont pas connues. Toutefois, on doit faire remarquer que les causes qui produisent habituellement la dégénération des fibres centrales chez l'homme, sont rarement favorables à leur régénération. Ainsi, parmi toutes ces causes, prenons comme exemple l'une de celles qui ont le plus d'analogies avec la section expérimentale, c'est-à-dire le ramollissement ischémique portant sur la continuité d'un faisceau; dans ce cas, il est clair que la cicatrice consécutive conservera toujours une irrigation sanguine défectueuse et bien insuffisante pour fournir aux tronçons des fibres nerveuses toute la nutrition évidemment nécessaire à leur régénération. — D'autre part, nous savons que la destruction des fibres nerveuses peut amener l'atrophie de leurs cellules d'origine, cela avec d'autant plus de facih'té que celte destruction a eu lieu plus près de la substance grise; or, celte dernièi'e circonstance, évidemment défavorable à toute régénération do la fibre qui se trouve être ainsi privée de son centre cellulaire Irophiquc, est réalisée au maximum dans la plupart des lésions des tubes nerveux de la moelle et du cerveau chez l'homme.