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I. — Lésions élémentaires

Nous étudierons successivement les modifications qui surviennent dans les cellules, les fibrilles et la substance interstitielle ; et, pour

chacun île ces éléments, les lésions dégénératives et les lésions formatives.

A. — Cellules névrogliques. — !<> Lésions dégénératives.

Les lésions dégénératives sont mal connues. On signale la vacuoliaation; la U'ansfoi'ination colloïde du protoplasma avec disparition du noyau; l'envahissement du protoplasma par des boules graisseuses, des granulations pigmentaires, et même, d'après Babès, par de la lécitliine, bien que cet auteur n'ait pas indiqué à quels caractères histo-chimiques on peut reconnaître cette dernière substance.

2° Lésions formatives.

Les lésions formatives sont plus communes. Nous avons à mentionner les principales figures cellulaires auxquelles elles donnent naissance. On peut les diviser en deux catégories, suivant que la cellule est ou n'est pas pourvue de prolongements. Si les cellules à prolongements, ou cellules étoilées, sont toutes, sans conteste, de nature névroglique. il est à peu près certain que le groupe des cellules sans prolongements n'est pas homogène, et qu'il renferme à la fois des cellules névrogliques et des cellules migratrices; mais l'histologie ne permet pas encore de distinguer avec certitude d'une simple cellule migratrice une cellule névroglique, quand elle est ronde ou ovalaire.

A. — Les cellules sans prolongements :

a) Cellule de V inflammation; cellule épitliélioide (Nuel). — Elle est volumineuse, ronde ou ovalaire, comme vésiculeuse. Le protoplasma clair est parsemé de granulations non graisseuses; le noyau est petit, anguleux, d'habitude excentrique, souvent double ou même multiple. Cette forme a été décrite et figurée par Hayem dans l'encéphalite hyperplastique (fig. 200), mentionnée par Babès et longuement décrite par Nuel dans la névrite optique.

Les cellules ainsi transformées sont 'parfois extrêmement nombreuses. Leur nombre et la présence de deux ou plusieurs noyaux dans leur intérieur permettent dépenser qu'elles se multiplient par division directe ou indirecte (fig. 200). Elles proviennent de la transformation et de la multiplication des cellules névrogliques préexistantes, mais elles sont difficiles à distinguer des grosses cellules migratrices mono-

nucléaires, dites macrophages. En l'absence de caractères différentiels bien précis, on pourra tenir compte de la configuration du noyau; surtout, on devra rechercher les formes de transition susceptibles de rattacher ces cellules atypiques à celles qui sont encore nettement reconnaissables en tant que cellules névrogliques.

b. Petites cellules, ù protoplasma souvent peu visible. — Leur volume est peu considérable. On en reconnaît trois variétés, qui diffèrent surtout de par les caractères du noyau.

.,, /Al

FlO. 200. — Encéphalite liyperplastique subaiguë; diverses variétés de cellules névroçrliques enflammées. — Coupe fine de la substance blanche cérébrale. Grossissement de 'MO diamètres.

En A : a. b, c. d. éléments de la névrotrlie altérés; a. noyaux libres; 6, corpuscules à un seul noyau; c, l'un des noyaux est devenu vésiculeux; rf, corpuscules à noyaux multiples; — e. capillaiies remplis de globules du sang et entourés d'une gaine périvasculaire. dans laquelle se trouvent accumulés un grand nombre de noyaux et de cor|uiscules analogues à ceux représentés en a et 6; — f, tubes nerveux; — g, goutte de myéline. (D'après Hayem^ 18C8.) En B, mêmes éléments névrogliques isolés.

Dans les deux premières variétés, le noyau est ovalaire et clair, possédant souvent un nucléole et un certain nombre de granulations réfringentes; elles ne diffèrent l'une de l'autre (|ue par les dimensions du noyau. Ces deux variétés sont de nature sûrement névroglique; ainsi, elles ont des rapports intimes avec les librilles, auxquelles elles servent de centre de ralliement (fig. 201). Surtout nombreuses dans les scléroses anciennes, elles se montrent également en abondance au voisinage' des cellules nerveuses altérées, dans les processus aigus et subaigus; d'après quelques auteurs, elles pourraient jouer le

CELLULKS NÉVROGLIQUKS. — LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES «39

rôle de phagocytes vis-à-vis de ces dernières cellules {neuronopliai/es (le Marinesco).

Dans la troisième variété, on rencontre les plus petites cellules. Le protoplasma y est à peine visible. Le noyau est petit, arrondi ; son caractère essentiel est d'être sombre et de se colorer très vivement par les colorants nucléaires. Ces cellules ont une origine moins facile à déterminer, si bien que leur nature névroglique n'est pas établie d'une façon certaine: par exemple, elles se trouvent rarement en connexion intime avec les fibrilles. Très vraisemblablement, elles appartiennent plutôt à la catégorie des éléments migrateurs mésodermiques, ou lymphocytes. Par contre, leur rôle phagocytaire est bien établi; c'est ainsi qu'elles se montrent, parfois en grande abondance, dans les processus inflammatoires.

B. — Les cellulks a prolongements :

a. Petite cellule de Deiters (fig. 201). — Cette cellule est constituée par une plaque protoplasmique anguleuse et par un noyau relativement volumineux. Dans la substance blanche de la moelle enflammée, elle est le plus souvent triangulaire, envoyant ses prolongements dans l'intervalle des tubes nerveux voisins. Au cours des encéphalites, ce même élément a son grand axe parallèle à la surface de l'écorce cérébrale ; ses prolongements sont plus nombreux et lui donnent une forme plutôt étoilée.

En réalité, la petite cellule-araignée enflammée ne se distingue guère de la cellule normale, sauf par les dimensions de sa pla(jue protoplasmique devenue plus visible, et par le plus grand nondjre de ses prolongements. L'état pathologique est surtour caractérisé par ce fait que ces cellules ont augmenté de nombre dans des proi)ortions parfois considérables.

b. Grande cellule de Deiters; (jrande celiult' araignée (hg. 201). — C'est une plaque protoplasmique translucide, faiblement colorée, souvent très large, mais peu épaisse, anguleuse, pourvue d'un noyau ovalaire, parfois double. Ce noyau, rarement de niveau avec la plaque protoplasmique, ne paraît jias logé dans son intérieur, mais bien situé au-dessus ou au-dessous d'elle; exceptionnellement, il en occupe le centre. Les angles donnent naissance à des prolongements ramifiés, sauvent très nombreux. Cette cellule-araignée constitue un centre pour les fibrilles névrogliques très abondantes, qui s'accolent a ses faces et à ses bords, ou qui traversent sa substance; c'est là une difficulté pour établir une distinction rigoureuse entre ces fibrilles et les prolongements cellulaires vrais.

7/ />e/>-i-^=::Safôt<i. j«a4 ■.

840 HISTOLOr.IE PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

La cellule-araii;née se montre surtout clans les inflammations subaiguës de la substance grise. Elle se voit également dans la zone qui entoure les foyers d'encéphalite ou de myélite expérimentales (Marinesco). Elle est encore représentée en abondance dans certains gliomes, dits neuro-formatifs ; dans ce dernier cas, ses dimensions plus grandes, sa forme un peu modifiée et souvent l'abondance de son

protoplasma lui donnent, par gradations insensibles, un aspectqui permet de la rapprocher des neuroblastes ou celiJi Iules nerveuses

^L 'iiffi^i^P' embryonnaires.

C \^ ^ épendymaires. —

On doit faire une place à part à ces cellules, qui se rencontrent plus spécialement dans l'intérieur ou au voisinage du canal central de la moelle épinière, au cours des circonstances étiologiques les plus variées. Elles sont polyédriques, à protoplasma grenu, à noyau bien coloré. Elles se disposent sous la forme d'amas arrondis ou de boyaux parfois ramifiés. Dans ces amas, les cellules les plus centrales peuvent s'ordonner réguUèrement autour d'une sorte de cavité fissuraire; il en résulte un aspect glanduliforme, plus ou moins bien caractérisé.

La nature épendymaire de ces amas et boyaux cellulaires est généralement admise. On est moins d'accord sur les causes qui président à leur prolifération. Parmi toutes ces formations, les unes seraient constituées par des cellules qui, arrêtées tout d'abord dans leur développement, se sont multipliées plus tard à la manière des tumeurs; d'autres seraient formées par des éléments adultes, entrés en prolifération à la suite d'un véritable itrooessus inflammatoire.

Fu;. 501. — Pi'iiiri|i;ilrs v^ii'iéir's iIp crlliilrs iiôvrui^iiqiics prolifrTcV's. (SclérosG tubéreiiSG liy|iorti'opliique. Coiipi' pr;itif|ii(''o en ploiii centre ovale. Picro-carmiii et liéniatoxyline). — Grossissement de ■iOO rliamètrcs.

Cellules à prolongements, île ilimensions variables (eelliiles araignées, grandes et petites celhiles de Deilersl. Nnyaiix sans protoplasnia visible et ordinaireiuent eiifniiis an sein drs filirilb^s très proliférécs.

La cellule énorme, placée au centre de la préparation et non loin d'un vaisseau, est globuleuse, multipolaire. Elle correspond aux éléments rencontrés dans les uliomes dits ncnrnlVirniatifs.

FIBRILLES NÉVROGLIQUKS. — SUBSTANCES INTERSTITIELLES 84.1

Quoi qu'il en soit, elles présentent toutes un réel intérêt en raison du rôle que certains auteurs leur attribuent dans la genèse des cavités syringomyéliques.

B. — Fibrilles névrogliques.

Lésions dégénératives. — Les fibrilles peuvent se gonfler, pâlir, perdre leur affinité pour les colorants électifs et finalement disparaître, en même temps que s'opère une véritable fonte ou ramollissement du tissu. D'autres fois, les fibrilles se perdent dans une nappe de substance homogène, translucide ou vaguement grenue; mais dans ce dernier cas, il est impossible de décider si cette sulistance provient, en totalité ou en partie de la transformation des fibrilles.

Lésions formatives. — Dans les scléroses, les fibrilles présentent les caractères essentiels des fibrilles névrogliques normales, quoique beaucoup plus grosses. Elles sont bien plus nombreuses et elles ont tendance à s'accoler pour former des faisceaux plus ou moins denses. Babès pense que les grosses fibrilles sont susceptibles de se creuser d'un canalicule central.

G. — Substances interstitielles.

On trouve fréquemment, dans les inflammations des centres nerveux, des substances d'aspects divers, qui dissocient ou refoulent les éléments propres du tissu. Les foyers de désintégration granuleuse de Lockliart-Clarke constituent peut-être le type le plus anciennement connu de ce genre de lésion.

Parmi ces substances infiltrées, il en est qui sont claires ou très légèrement grenues et peu colorables, probablement de nature albumineuse. Il s'agit alors d'un produit de transsudation. Cet œdème interstitiel, quand il occupe un tissu de sclérose, en modifie l'aspect, mais il ne saurait être considéré comme dérivant directement de la transformation des fibres ondes cellules névrogliques.

Tl est difficile d'être aussi affirmatif en ce qui concerne les foyers de désintégration granuleuse, et surtout ceux qui sont formés par une infiltration colloïde ou vitreuse. En tout cas. si l'on peut admettre la transsudation pour quelques-uns de ces foyers, certains auteurs tendent à assigner aux autres une origine très différente, puisque ces derniers seraient en rapport étroit avec les lésions des cylindraxes 014

842 HISTOLOGIE PATlIOLOr.IQUE DU SYSTÈME NEllVEUX CENTRAL

de la névroglie. Mais nous devons faire remarquer que l'étude anatomique de tous ces exsudais est encore à peine ébauchée, et nous ne pouvons guère chercher à leur assigner une provenance précise, tant que nous n'aurons pas déterminé les caractères morphologiques qui les distinguent les uns des autres. Nous en sommes donc réduits aux hypothèses.

Si ces exsudais proviennent des cylindraxes. ce ne peut être que de cylindraxes en état de désintégration. — Par contre, s'ils sont en relation avec la névroglie, les suppositions sont plus nombreuses. Pour certains auteurs, ces exsudais seraient formés par la fonte colloïde des cellules ou des fibrilles. Pour d'autres, il s'agirait d'un pliénomène actif, qui consisterait en une véritable sécrétion émanant des cellules névrogliques et constituant peut-être la matrice dans laquelle se développeront ultérieurement de nouvelles fibrilles. Enfin, ([uelques auteurs y voient la transformation d'une substance qui existerail à l'état normal dans l'intervalle des éléments névrogliques ou givre de Franz BoU ; c'est là une substance, qui a, d'ailleurs, été contestée, à la suite des travaux de Golgi, par nombre d'auteurs, mais admise par d'autres, en particulier par Renaut, qui lui assigne même un rôle très important.

D. — Évolution générale des lésions élémentaires.

Processus aigus. — .Au début des processus aigus, le pî^emier phénomène conséculif k Firrilation portant sur la névroglie consiste dans certaines modifications survenues aux cellules préexistantes. Leur protoplasma, au lieu d'être, comme à l'état normal, desséché, peu abondant et souvent difficile à voir, se gonfle et devient plus colorable; même certaines de ses portions prennent à cet égard des propriétés spéciales (portions métachromatiques).

En même temps que le volume augmente, la forme peut se modifier. Ainsi, dans les processus franchement aigus, la cellule s'arrondit et perd ses connexions avec les fibrilles, qui se gonflent, pâlissent et disparaissent; finalement, la cellule devient libre. Dans les processus de moindre acuité, les prolongements se montrent seulement plus apparents, plus nombreux et plus longs. Tous ces changements se produisent avec une grande rapidité; dans certains foyers de myélite, Marinesco les a constatés alors que les tubes nerveux n'étaient pas encore modifiés.

Le second phénomène est la multiplication des cellules préexistantes.

ÉVOLUTION GÉNÉRALb: DES LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES 843

Il est probable que celle multiplicalion s'opère lantôt par division directe, lantôt par karyokinèse. En effet, les noyaux sont plus gros, plus riches en chromatine et plus colorables, souvent piriformes, même bilobés ou multiples; ils peuvent présenter, bien que plus rarement, des figures de mitose. Les cellules nouvelles sont d'abord rondes et peuvent persister sous cette forme, mais elles sont également capables de pousser des prolongements jusqu'à prendre, grâce à des transformations successives bien tigurées par Marinesco, tous les caractères des cellules étoilées. Ces divers aspects dépendent surtout du degré d'acuité de rinflammation.

Le sort de cette prolifération des cellules est variable d'après l'intensité du processus. Ainsi, dans les points où l'irritation est très intense, par exemple au centre d'un foyer de myélite ou d'encéphalite expérimentales, une partie des éléments peut se nécroser et le tissu, se ramollir; ultérieurement, les cellules nécrosées seront résorbées en même temps que les détritus provenant de la fonte des éléments nerveux. — Une autre partie des cellules névrogliques proliférées rentrera peul-èlre dans la circulation en tant qu'éléments devenus migrateurs et phagocytaires. — Enfin, la dernière portion s'organisera pour concourir à la formation du tissu de cicatrice.

Mais si l'irritation est moins intense, il y aura tout d'abord une prolifération cellulaire plus ou moins active, à laquelle fera suite ultérieurement un travail d'organisation progressive. Il en est ainsi à la périphérie des foyers d'inflammation suraiguë, de même que dans tous les points où rindainmalion se montre d'emblée subaiguë.

Le troisième phénomène, plus tardif, se montre surtout dans les processus subaigus, et toutes les fois que la prolifération cellulaire aboutit à une organisation définitive et permanente. Ce phénomène consiste dans la néoformalion des fibrilles. La plupart de ces fibrilles naissent des cellules par différenciation de leur protoplasma. Marinesco assigne plus spécialement ce rôle à de grandes cellules étoilées, qu'il désigne sous le nom de cellules fibrillogènes; mais il n'est pas démontré que les cellules de moindres dimensions ne puissent jouer ce rôle. Il n'est même pas certain que toutes les fibrilles naissent directement des cellules; à ce sujet, mentionnons tout au moins l'opinion de Babès, d'après laquelle des fibrilles peuvent se former de toutes pièces au sein des exsudais colloïdes fréquemment rencontrés dans les foyers inflammatoires.

Quoi qu'il en soit, ce qu'on appelle différenciation du proloplasma

cellulaire, consiste dans une modification partielle de ce protoplasma, laquelle modification jjorte principalement sur les prolongements et sur les portions marginales du corps cellulaire; elle se traduit par une rétraction et par une réfringence spéciale de la portion différenciée, qui acquiert la propriété de se colorer en bleu par la méthode de Weïgert, et non plus en jaune, comme le fait le protoplasma non différencié. Il en résulte que graduellement le corps cellulaire diminue de volume, tout en apparaissant strié, fissuré ou même creusé de cavités. — Au fur et à mesure que les fibrilles augmentent de quantité, les cellules deviennent de moins en moins nombreuses, quelquesunes disparaissant en totalité; celles qui restent ont un protoplasma mince et desséché, et elles sont séparées les unes des autres par des faisceaux de fibrilles, de plus en plus épais. — Au dernier terme de l'organisation hbrillaire. les cellules ratatinées ne sont plus guère représentées que par leur noyau vers lequel convergent les fibrilles.

Processus chroniques. — Au cours des processus chroniques, la lésion se traduit principalement par l'augmentation de volume et de nombre des fibrilles, lesquelles sont en même temps plus serrées de façon à constituer un tissu plus dense. Le rôle que jouent ici les cellules est difficile à apprécier, en raison même de la lenteur du processus. Cependant, comme elles sont souvent plus nombreuses que d'habitude, elles doivent se multiplier lentement et concourir dans une certaine mesure à la néoformation des fibrilles. Mais il convient également de faire entrer en ligne de compte la prolifération possible des hbrilles indépendantes, et surtout l'hypertrophie primitive des fibrilles préexistantes, ainsi que leur réunion en fascicules et en faisceaux.

Quoi qu'il en soit, ces diflerenls procédés aboutissent en fin de compte à l'installation de la sclérose névrogiiqne, processus très comparable à la sclérose conjonctive des autres tissus. Quand la sclérose névroglique est d'origine inflammatoire, elle reste d'habitude modérée, rarement très végétante; elle a tendance à se condenser et à se rétracter au fur et à mesure qu'elle vieillit. De plus, elle est susceptible de se modifier à nouveau sous l'influence de nouvelles poussées inflammatoires. On n'est pas d'accord sur la question de savoir si. une fois constituée, elle peut se ramollir et se creuser de cavités; nous pensons que ce point sera examiné plus utilement lorsque nous nous occuperons de la syringomyélie.

LÉSIONS iNÉVROGLIQUES. — lORMATlOISS CELLULAIIîES 845

II. — Formes anatomiques principales. Circonstances étiologiques.

La nevroglie se multiplie sous l'iufluence de causes variées pour donner naissance à des néoformations diverses. Les unes, surtout cellulaires, se rencontrent principalement dans les inllaui mations aiguës et subaiguës, dans les tératomes et dans les tumeurs. Les autres, surtout filnillaires, constituent spécialement les scléroses et les glioses.

Nous étudierons les gliômes en même temps que les autres tumeurs des centres nerveux. — Les glioses, productions névrogliques fibrillaires dont la nature est encore discutée, trouveront tout naturellement leur place au chapitre de la syringomyélie. — Ce qui suit concernera donc uniquement les néoformations inflammatoires, cellulaires ou fibrillaires.

A. — Formations cellulaires.

Dans les inflammations aiyià's, il se produit des amas, parfois considérabb:;s, de cellules névrogliques, amas au sein desquels les éléments nerveux ont totalement disparu. D'autres fois, il s'agit d'une très riche infiltration cellulaire, de nature névroglique, qui dissocie les éléments nerveux en voie de destruction. Ainsi se trouvent constitués de véritables foyers inflammatoires. Leurs cellules appartiennent soit au type épithélioïde (fig. 2i)0), soit au type des grandes cellules à protoplasma volumineux et à prolongements longs et multiples (fig. "201); les fibrilles y sont rares, gonflées et en voie de disparition, la substance interstitielle colloïde y est parfois très abondante. Ces foyers ne représentent qu'une étape dans l'évolution des processus aigus. Ils sont destinés à disparaître en totalité ou eh partie, ou bien à évoluer dans le sens de la sclérose. D'ailleurs, ils ne sont pas homogènes, et à leur périphérie se trouve une zone où la nevroglie réagit comme elle le fait dans les inflammations subaiguës.

Dans les inflammations subaiyués, l'architecture générale du tissu est conservée. La prolifération névroglique est disposée en ilôts disséminés dans l'intervalle des éléments nerveux. Les cellules névrogliques forment de petits nids entre les tubes ou une sorte de couronne autour des cellules nerveuses; elles peuvent être représentées par de grandes cellules étoilées, mais le plus souvent il s'agit de petites cellules de Deiters ou de cellules rondes à noyau ovalaire et pâle. Ici, la prolifération cellulaire s'accompagne toujours d'une augmentation évidente dans le nombre et dans le volume des fibrilles.

B. — Formations fibrillaires. Scléroses.

Structure générale. — H y a sclérose lorsque la quantité des fibrilles l'emporte sur le nombre des cellules. Celle-ci peut d'ailleurs se développer d'emblée, ou être consécutive à la végétation cellulaire. Le tissu sclérosé, examiné à Vétat frais, présente une coloration grise ou rosée, et une certaine translucidité. Sa consistance est toujours augmentée. Exception faite pour la sclérose tubéreuse hypertrophique du cerveau, laquelle peut-être appartient plutôt aux glioses, la sclérose s'accompagne habituellement d'une réduction de volume des régions où elle s'est développée, soit que la végétation du tissu interstitiel ne compense pas suffisamment la perte des éléments nerveux, soit que la période de rétraction succède à la période de végétation, dès que la sclérose est devenue un peu ancienne.

Sur les coupes, les points scléreux forment des taches qui, à un faible grossissement, tranchent par leur coloration sur le tissu normal. L'aspect varie suivant la méthode employée. Avec le carmin, les taches prennent une coloration plus rouge; par contre, avec l'hématoxyline de Weigert, elles sont d'autant plus claires qu'elles contiennent moins de fibres à myéline.

Si l'on examine les préparations à l'aide de plus forts grossissements, l'aspect est différent, suivant que les fibrilles sont coupées en long ou en travers. Sectionnées longitudinalement, les fibrilles, surtout quand elles sont volumineuses, apparaissent individuellement distinctes; elles peuvent former également des faisceaux ondulés et parallèles aux vaisseaux, même parfois, en pleine substance nerveuse, de véritables tourbillons. Coupées en travers, elles se montrent sous la forme de points plus ou moins serrés les uns contre les autres, dont la réunion constitue une sorte de voile grenu, interrompu de distance en distance par les fibres nerveuses qui ont persisté et se trouvent ainsi anormalement écartées les unes des autres.

Lorsque les fibrilles névrogliques sont grosses, il n'est pas toujours facile de les distinguer avec certitude des cylindraxes minces et dénudés. A cet égard, la méthode de coloration indiquée par Weigert est appelée à rendre de véritables services.

D'une façon générale, la sclérose est d'autant plus dense qu'elle est plus ancienne. Toutefois, dans certaines circonstances, la différence de densité ne saurait s'expliquer par l'âge de la lésion. Sans doute, dans le faisceau pyramidal des hémiplégies très anciennes, la sclérose

SCLÉROSES NÉVROOLIQUKS 847

est dense, ses fibrilles formant des faisceaux compacts à peine ondulés et régulièrement parallèles à la direction des fibres nerveuses conservées ou à celle des vaisseaux sanguins auxquels elles constituent un manchon compact. Par contre, dans la plupart des cas de Tabès, même lorsque la lésion évolue depuis très longtemps, les fibrilles demeurent très fines; sur les coupes transversales, la tache scléreuse se colore moins fortement que dans le cas précédent, et elle apparaît sous la forme d'une sorte de voile très finement pointillé.

Dans d'autres cas, la végétation fibrillaire s'est faite d'une façon exubérante et désordonnée. Les fibrilles sont réunies en faisceaux ondulés ou elles s'enroulent de manière à former de véritables tourbillons. Les tubes nerveux qui restent mélangés au tissu de sclérose sont entraînés par les tourbillons névrogliques et comme désorientés. Déjerine et Letulle ont insisté sur ce mode de disposition dans la sclérose de la maladie de Friedreich. Ces mêmes tourbillons peuvent se retrouver dans d'autres scléroses des centres nerveux, par exemple dans les nodules de l'encéphalite tubéreuse et dans certains foyers très végétants de la sclérose en plaques.

Toutes les fois que le tissu scléreux se développe dans l'intimité de la substance nerveuse, il est toujours constitué par une prolifération ou par une condensation de la névroglie. En conséquence, la sclérose des centres nerveux est toujours névroglique; c'est là un fait sur lequel Achard a insisté avec beaucoup de raison. Mais il est habituel que la sclérose névroglique s'accompagne de lésions des parois des vaisseaux, avec épaississement de leur gaine et du tissu conjonctif voisin; dès lors, il y a une association de sclérose névroglique et de sclérose périvasculaire ou conjonctive. Bien que cette forme mixte soit de beaucoup la plus commune, on peut, avec Déjerine, réserver le nom de sclérose névroglique pure aux cas où la prolifération de la névroglie s'est montrée en dehors de toute lésion conjonctive périvasculaire. L'ancien procédé de Malassez et surtout la méthode de coloration élective récemment indiquée par VVeigert pourront permettre de déterminer dans chaque cas particulier à quelle sclérose on a affaire.

Classification. Formes principales. — Une [irernière classification, assez ancienne, divise les scléroses en primilires et secondaires.

Cette division est assurément légitime, mais il est nécessaire d'en préciser et d'en restreindre la signification. La sclérose névroglique étant toujours associée à des altérations des éléments nerveux pro-

prement dits, on l'envisage uniquement dans les rapports qu'elle affecte avec les lésions de ces mêmes éléments. Dès lors, elle sera dite primitive lorsqu'elle les précède et peut-être les détermine; elle sera dite secondaire quand elle survient à leur suite et paraît être sous leur dépendance. Par contre, on ne dira pas qu'une sclérose est secondaire, si elle se développe autour des vaisseaux ou au-dessous des méninges, alors que vaisseaux ou méninges sont atteints d'intlammation. En conséquence, cette division est en partie artilicielle et, si elle a une valeur théorique incontestable, son application est difficile dans les cas particuliers, comme nous le verrons bientôt.

On divise encore les scléroses, toujours en se fondant sur les rapports qu'elles affectent avec les éléments nerveux, en si/stéiuatiqnes et diffuses.

La sclérose systématique est celle qui se cantonne dans une région déterminée de la moelle ou du cerveau en suivant le trajet connu d'un faisceau de fibres, tel que le faisceau pyramidal ou le faisceau de GoU : d'où le nom de sclérose fasciculée qui lui a été donné également.

La sclérose diffuse est celle qui est irrégulière dans sa distribution. Elle peut affecter deux formes. La ïovme généralisée consiste dans un élargissement à peu près régulier, mais le plus souvent modéré, des espaces qui séparent les éléments nerveux; elle comprend, par exemple, la sclérose sénile et celle qui se rencontre fréquemment associée aux lésions spécifiques de la paralysie générale, dans toute l'étendue des centres nerveux (Magnan). La deuxième forme, ou sclérose disséminée, se montre en îlots ou en foyers distincts, séparés par des intervalles de tissu sain. Elle se dispose sans ordre apparent, envahissant des portions de deux ou de plusieurs faisceaux voisins, ou occupant à la fois des régions contiguës de la substance blanclie et de la substance grise. C'est ce qui s'observe pour les scléroses cicatricielles consécutives au ramollissement ischémique et aux foyers de myélite ou d'encéphalite. C'est encore de ce type que relève la sclérose en plaques. Ce qui distingue toutes ces scléroses des scléroses fasciculées, c'est leur mode de distribution qui ne semble pas subordonné à l'architecture du tissu nerveux proprement dit.

S'il était possible d'associer dans nn rapport constant et certain les différents termes de ces deux divisions; par exemple, s'il était possible de considérer comme secondaire toute sclérose fasciculée, et toute sclérose diffuse comme étant primitive, on jiourrait, en les combinant.

SCLÉROSES NÉYROGLIQl]b:s SYSTÉMATIQUES 841)

trouver les éléments d'une classification acceptable. Malheureusement il est loin d'en être ainsi. Sans doute, la disposition fasciculée permet de présumer que telle sclérose est secondaire, mais ce ne saurait être qu'une présomption, et, si la démonstration positive est possible pour certaines d'entre elles, nous verrons que |)Our d'autres l'incertitude est complète. — Cette même incertitude existe pour les scléroses disséminées, dont la nature primitive a été établie d'une façon indiscutable dans un bien petit nombre de cas. — Quoi qu'il en soit, la disposition topographique des scléroses étant d'une appréciation plus facile que né l'est celle de leur nature primitive ou secondaire, c'est la topoi,'rapbie surtout qui nous guidera dans notre classification et notre description de leurs principales variétés ou formes anatomiques.

Scléroses systématiques ou fasciculées. — Elles constituent un groupe important, de tous le mieux défini, groupe qui renferme toutes les scléroses dont la distribution est commandée par le trajet d'un ou de plusieurs faisceaux de fibres. Toutefois, ce groupe n'est pas homogène, mais il doit être subdivisé suivant que la nature secondaire de telle sclérose fasciculée est ou n'est pas démontrée.

Sclérose fasciculée secondaire. — Cette sclérose se développe toutes les fois que les fibres nerveuses réunies en faisceau ont subi soit la dégénération wallérienne, soit la dégénération rétrograde. 11 est facile de l'étudier au niveau des principaux faisceaux encéphaliques ou médullaires (faisceau pyramidal, faisceau de GoU, faisceau de Flechsig, etc.). Ici, la fibre nerveuse est la première altérée sans qu'il y ait de doute possible, et la sclérose est consécutive. Il n'y a d'incertitude que relativement au mécanisme suivant lequel l'altération de la fibre détermine la sclérose. Ainsi, existe-t-il une irritation initiale de la névroglie avec prolifération réelle? La névroglie ne se contente-t-elle pas de se tasser sans augmenter de quantité, et de remplir simplement les vides laissés après la disparition des fibres nerveuses détruites? Ce qui est certain, c'est que, dans ces cas, la sclérose n'est jamais végétante; de plus, elle reproduit l'orientation des fibres nerveuses sans former de tourbillons, et elle s'accompagne de la réduction de volume du faisceau, sans modification essentielle de sa forme.

Quelques auteurs rangent dans la même catégorie la sclérose du tabès, qui est fasciculée comme les précédentes et présente certains caractères histologiques analogues. Mais pour cela il faut admettre comme démontré que, dans cette maladie, la localisation initiale se fnil cniquement sur les racines postérieures; dans cette conception,

CORNIL ET KANVIER. — II. 54

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toutes les fibres nerveuses du cordon postérieur qui émanent de celles des racines dégénéreraient d'abord, et la sclérose ne surviendrait que comme conséquence de cette dégénération. Mais on sait que cette façon de voir est loin d'être admise par tous les auteurs, précisément à cause de la destruction des zones dites endogènes des cordons postérieurs. C'est pourquoi il vaut mieux ranger la sclérose du tabès dans la catégorie suivante, c'est-à-dire parmi les scléroses systématiques dont la nature secondaire n'est pas démontrée.

Autres scléroses fasciculces (tabès; maladie de Friedreicli; scléroses combinées, etc.). — Elles ressemblent aux précédentes, en ce qu'elles sont systématiques et fasciculées, mais elles en diffèrent en ce qu'on n'a pas la certitude que les fibres nerveuses sont réellement altérées les premières. Sans doute, la localisation de la sclérose est étroitement subordonnée au trajet des faisceaux. Mais cette localisation peut s'expliquer, en partie tout au moins, par le mode de disposition des vaisseaux; ceux-ci forment un réseau à mailles allongées et orientées dans le sens des fibres; même, chaque faisceau a, dans une certaine mesure, une vascularisation distincte de celle des faisceaux voisins. Dès lors, il suffira qu'une substance nocive se cantonne dans un de ces réseaux vasculaires à l'exclusion des autres, pour produire une succession de foyers allongés qui, s'ils sont confluents, altéreront le faisceau dans son entier. Ainsi, pour expliquer la genèse de la sclérose dans de semblables foyers, il n'est pas plus nécessaire de la subordonner à la destruction préalable des fibres nerveuses qu'il n'est nécessaire d'admettre une action élective de l'irritant sur la névroglie qui étoufferait les fibres par sa prolifération. Il est plus conforme aux idées actuelles de supposer qu'ici comme dans le foie, le rein et tous les viscères dans lesquels se développent des scléroses, la disparition des éléments nobles et le développement du tissu interstitiel sont deux effets parallèles d'une même cause, de telle sorte que, sous une seule et même influence, le nerf, étant plus fragile, dégénère, tandis que la névroglie réagit en se multipliant.

Enfin, il est une notion qu'il est impossible de négliger, si on accepte que ces scléroses se développent par foyers limités ; cette notion est relative à la dégénération, précoce ou tardive, mais fatale, des extrémités de toutes les fibres nerveuses interrompues par chacun des foyers primitifs. Si cette notion ne facilite pas la lâche quand il s'agit d'assigner à ces scléroses une place dans la nomenclature générale, du moins elle a, dans une certaine mesure, l'avantage d'expliquer pourquoi elles se disposent sur le mode systématique et fascicule.

SCLÉROSES NÉVROGLIQUKS DIFFUSES 851

Scléroses diffuses. — a) Sclérose cicatricielle. — Sur tous les points où la substance nerveuse a été détruite, il se produit ultérieurement une cicatrice, dans laquelle la prolifération de la névroglie s'associe à celle du tissu conjonclivo-vasculaire. C'est ainsi* que sont constitués les foyers celluleux, les plaques jaunes qui succèdent au ramollissement cérébral, de même que les cicatrices ocreuses, souvent linéaires, qui remplacent les foyers hémorragiques. Dans tous ces cas, la sclérose est évidemment secondaire.

b) Sclérose en plaques. — Pour celle-ci, la nature secondaire de la sclérose ne peut être établie d'une façon positive. Il est possible que la maladie soit d'origine infectieuse, comme tendent à le montrer les circonstances étiologiques souvent relevées dans certains cas (Pierre Marie). Mais, même avec cette hypothèse, on peut très bien admettre que les lésions nerveuses et les lésions névrogliques évoluent séparément, sans être subordonnées les unes aux autres.

c) Sclérose des épileptiques. — Il en est de même pour la sclérose de l'écorce cérébrale chez les épileptiques. décrite d'abord par Chaslin, étudiée ensuite par Blocq et Marinesco, Marinesco et Sérieux, Alzheimer, etc. Elle consiste dans une production de fibrilles abondantes, formant parfois de gros faisceaux, en l'absence de lésion véritable des parois vasculaires. Mais, tandis que Chaslin considère cette sclérose comme primitive et due à un vice de développement, Marinesco, se fondant sur ses recherches et sur celles d'Alzheimer, la regarde comme secondaire et consécutive à la disparition d'un certain nombre de cellules et de tubes nerveux.

Il nous reste à mentionner toute une série de scléroses, lesquelles ont pour caractère commun de se développer dans des régions normalement riches en névroglie. Le fait que dans ces régions les éléments nerveux sont rares ou tout à fait absents, permet de considérer comme primitives les scléroses qui s'y développent.

Sclérose sénile. — C'est la sclérose que Marinesco a décrit récemment à part sous le nom de sclérose vasculaire, et comme étant spéciale à la vieillesse. En 1886, elle avait été dénommée sclérose sénile et étudiée complètement sous ce nom par Démange et ses élèves. C'est avant tout la gaine névroglique périvasculaire qui s'épaissit, jusqu'à formation de travées ou d'îlots scléreux, entourant des vaisseaux presque toujours altérés. Cette sclérose montre mieux que l'état normal le mode de terminaison des fibres névrogliques sur la gaine périvasculaire, dont les unes s'insèrent par une extrémité ren-

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fiée OU bifurquée, tandis que les autres s'infléchissent pour suivre la direction du vaisseau.

Sclérose sous-pie-mérienne. — Dans l'écorce cérébrale, elle accompagne souvent les méningites chroniques. Dans la moelle, elle entoure l'organe d'un anneau plus ou moins épais (sclérose annulaire). Elle se montre en même temps que la sclérose périvasculaire, souvent aussi en même temps que la prolifération névroglique péri-épendymaire.

Sclérose péri-épendymaire. — La sclérose péri-épendymaire, intéressante à étudier surtout à la surface des ventricules encéphaliques, survient dans un grand nombre d'états morbides. Elle prend de l'importance dans la paralysie générale et au cours de différents autres états s'accompagnant de démence. Habituellement, cette sclérose coïncide avec la dilatation des ventricules par du liquide; toutefois, elle est susceptible de produire l'atrésie de la cavité ventriculaire par bourgeonnement et fusion des parois opposées, ainsi que l'a montré récemment Anglade.

La lésion consiste essentiellement dans un épaississement de la couche névroglique sous-épithéliale, dont les fibres deviennent plus nombreuses, plus serrées et plus grosses, tandis que ses cellules étoilées augmentent de nombre et de volume, avec leur grand diamètre parallèle à la surface. A cet épaississement général et en nappe se joignent des formations nodulaires ou granulations, dont le volume est variable, mais toujours peu considérable. Ces granulations peuvent être assez nombreuses pour donner à la surface un aspect dépoli ou franchement grenu, suivant leur volume. Envisagées dans leur structure, elles sont formées de fibrilles et de cellules. Les fibrilles superficielles sont concentriques à la surface ; les fibrilles centrales, intriquées en réseau ou orientées en tourbillons; les cellules, disposées parallèlement à la direction des fibres. A la surface des granulations et dans leur intervalle existe un revêtement de cellules du type cubo-cylindrique. Il est assez difficile de déterminer exactement la part qui revient à l'épithélium de revêtement et à la couche sousjacente dans la production de cette sclérose et surtout dans celle des granulations; on peut dire cependant que la névroglie sous-épithéliale paraît bien jouer ici le rôle le plus important.

NEURONOPHAGIE

m. — Influence des lésions névrogliqiies sur les éléments nerveux.

Lésions cellulaires. Neuronophagie.

On s'est demandé si les cellules névrogliques, après avoir perdu leurs connexions avec les fibrilles, ne pouvaient pas devenir migratrices et jouer le rôle de macrophages à l'égard des éléments nerveux, cellules et tubes. La question n'est pas complètement résolue.

Assurément, (le[)uis que les recherches de Valenza, Krauss, Marinesco,Nissl, etc., ont attiré l'attention de ce côté, il est facile de constater autour d'un grand nombre de cellules nerveuses altérées, une accumulation d'éléments ronds, et même la pénétration de quelques-uns denlre eux dans le protoplasma cellulaire (fig. 20:2). D'après Dupré et Devaux, la plupart des cellules à noyaux clairs restent à une certaine distance de l'élément nerveux, tandis que les petites cellules à noyau foncé entament les bords et poussent même jusqu'à son centre.

Évidemment, ce sont là autant de constatations qui montrent bien que la phagocytose s'exerce sur les cellules nerveuses quand elles deviennent malades. D'autre part, on sait, depuis longtemps, que cette même phagocytose s'exerce sur les tubes nerveux, amenant ainsi la formation des corps granuleux. De tout cela, il résulte

qu'on peut admettre la fréquence de la phagocytose et l'importance de son rôle dans les lésions du système nerveux. Marinesco a proposé d'appeler neuronophagie ce cas particulier de la phagocytose en général, et neuronophages les cellules actives dans le phénomène; ce sont là des dénominations qui, ne préjugeant en rien la nature de ces cellules, méritent d'être conservées.

Mais, si l'on est fixé sur l'existence de la neuronophagie, on l'est beaucoup moins sur l'origine des neuronophages, et l'on doit se demander si ce sont des leucocytes ou des cellules névrogliques.

FiG. 202. — Cellule nerveuse altérée au cours d'une paralysie générale. Neuronophagie (Picrocarmin et héniatoxyline). — Grossissement de 400 diamètres.

Noyaux petits et fortement colorés, dont la nature névroglique n'est pas incontestable.

Cependant, il est un premier point sur lequel l'accord semble s'être fait, à savoir que, parmi ces neuronophages, il y a des leucocytes. En effet, les centres nerveux n'échappent pas à la loi générale, et toute inflammation peut y déterminer un afflux de globules blancs; nous nous contenterons de rappeler, à ce propos, les constatations positives de Valenza, aussi bien que celles de Marinesco, et celles de Van Gehuchten et Nélis dans la rage. Or, comme il est bien difficile de supposer que les leucocytes perdent, du fait de leur entrée dans le système nerveux, leurs propriétés phagocytaires, reconnues dans tous les autres tissus, on peut légitimement leur réserver une part dans les phénomènes phagocytaires dont le tissu nerveux est le théâtre, toutes les fois que leur présence est nettement constatée.

Toute la question est de savoir si les leucocytes ne partagent pas ce rôle avec les cellules névrogliques. Ici, les analogies plaident en faveur de l'affirmative. Les cellules du tissu conjonctif, du périthélium et de l'endothélium vasculaires, celles qui tapissent les alvéoles pulmonaires et- celles qui forment le revêtement des séreuses, sont toutes susceptibles de se mobiliser, après s'être gonflées, et de jouer le rôle de macrophages. Or, les cellules névrogliques sont comparables aux cellules conjonctives sous beaucoup de rapports, elles peuvent donc très bien acquérir accidentellement, comme ces dernières, des propriétés phagocytaires. Remarquons toutefois que ce raisonnement oblige à leur reconnaître sur les tubes nerveux, une action analogue à celle qu'on leur reconnaîtrait sur les cellules, si bien qu'il faut accepter, avecNiss!, qu^elIes concourent à former les corps granuleux.

MaJkeuEeus^ment, dans une semblable question, les analogies ne sauraient suffire. Le problème ne pourra donc être résolu définitivement que lorsqu'on aura réussi à déterminer, à l'aide de réactions histo-chimiques précises, les caractères différentiels de toutes les cellules névrogliques et des diverses cellules migratrices rencontrées dans le système nerveux. A cet égard, les constatations récentes de Franca et Athias présentent un certain intérêt. Pour ces auteurs, le noyau des cellules névrogliques est volumineux, clair à son centre, avec une bordure de chromatine périphérique, tandis que celui des leucocytes est plus petit-, et surtout fortement et uniformément coloré. S'il se confirme qu'on peut, à ces caractères, reconnaître sûrement une variété de leucocytes, on devra considérer comme appartenant à cette forme toutes les petites cellules à noyau foncé, c'est-à-dire celles qui semblent jouer le rôle principal dans la phagocytose des cellules nerveuses.

NEURONOPHAGIE 855

Quoi qu'il en soit, l'opinion de Valenza réservant la phagocytose aux leucocytes n'a pas prévalu, si bien que l'on s'accorde généralement à faire une part aux cellules névrogliques. Cette part, certains auteurs, Marinesco, Nissl, la font même extrêmement large, à tel point que, dans leur conception, il semble bien ne rien rester pour les leucocytes. Nous venons d'indiquer pourquoi cette opinion nous paraissait trop absolue. D'autres auteurs reconnaissent à la névroglie le pouvoir phagocytaire, touten faisant jouer aux leucocytes le rôle prédominant; c'est l'opinion qui, à l'heure actuelle, nous paraît la plus acceptable.

D'autre part, si l'on peut admettre comme une chose très probable, que la névroglie exerce une action sur les éléments nerveux préalablement altérés, il est plus difficile de décider si elle s'attaque à ces éléments, quand ils sont sains, pour causer directement leur destruction. Dans les inflammations aiguës, le problème est insoluble, parce qu'on peut toujours supposer que l'agent nocif qui provoque la prolifération de la névroglie entraîne en même temps la dégénération des éléments nobles. 11 en est vraisemblablement de môme dans toutes les inflammations subaiguës et chroniques.

B. — Lésions fibrillaires ou Scléroses.

Il est peu probable que les scléroses d'origine inflammatoire aient une action directe sur les éléments nerveux. Mais on peut concevoir qu'elles agissent indirectement sur la nutrition des cellules et des tubes; ainsi, en s'accumulant autour des vaisseaux, si elles ne rétrécissent pas leur cavité, elles gênent tout au moins leur expansion et diminuent le débit sanguin. Plus sûrement encore, elles entravent la circulation au niveau de la gaine lymphatique péri-vasculaire. De même, dans l'intimité du tissu, elles mettent obstacle à l'apport des sucs nutritifs et au départ des matériaux usés, en raison del'étroitesse des lacunes interstitielles et de la rigidité de leurs parois. Il est certain que, par cet ensemble de modifications, les scléroses inflammatoires peuvent contribuer à amoindrir la vitalité des éléments nerveux. Mais il y a loin de là à leur destruction directe, qui serait due à la compression par la névroglie proliférée. — La même incertitude subsiste relativement aux glioses, c'est-à-dire aux formations fibrillaires exubérantes et extensives. Même s'il était bien démontré que ces glioses sont de nature inflammatoire, il faudrait d'abord pouvoir établir que l'action d'un irritant toxi-infectieux peut s'exercer exclusivement et

d'une façon élective sur la névroglie; ce serait là une opinion contredite par les faits le plus communément observés dans la pratique courante.

En résumé, on ne peut guère concevoir la destruction directe des éléments nerveux non altérés que dans les cas où la névroglie prolifère sous la forme de tumeur, c'est-à-dire dans les gliomes.

Dans les cellules nerveuses normales, colorées à l'aide de la méthode de JNissl, et reproduites pages 70G, 707, 708, 71H, 715, 716, 760, 765, la substance achromatique est leinlée de façon uniforme au lieu d'être slrictemenl incolore, cela à cause des autres détails de structure; pour les mêmes raisons, le réticulum acliromatique est peu visible.

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