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HÉMOGLOBINE

Il ne s'agit pas là, à proprement parler, d'une augmentation, car le nombre des globules ne dépasse pas, dans ces cas, les moyennes normales ; il s'agit plutôt d'un retour à l'état normal.

Une augmentation véritable des globules rouges (hyperglobulie vraie) dépassant les moyennes normales (jusqu'à huit et neuf millions) existe d'une manière pour ainsi dire constante dans la cyanose chronique (cyanose tardive et cyanose congénitale), par malformation cardiaque (Krehl, Vaquez). Cette hyperglobulie peut, comme celle des hautes altitudes, être considérée comme un phénomène de suppléance, compensant les difficultés de l'oxygénation.

Une hyperglobulie, moins considérable, a été constatée dans certains cas de splénomégalie, en particulier dans la splénomégalie tuberculeuse primitive (Vaquez, Rendu et Widal).

La (liminution du noiid)re des globules rouges (hypoglobulie) se voit à la suite des hémorragies (1), dans l'inanition prolongée, dans les anémies secondaires aux maladies aiguës et chroniques, dans la leucémie, enfin dans les anémies dites essentielles, la chlorose et l'anémie pernicieuse progressive.

Des causes multiples influent sur ces hypoglobulies; l'influence de l'une ou de l'autre varie naturellement suivant la nature de la maladie. Il faut faire intervenir la dilution du sang, la destruction exagérée des globules, le défaut de néoformation occasionné soit par les troubles de la nutrition, soit par des modifications dans l'action du système nerveux. Ces causes différentes peuvent être réunies dans certaines anémies symptomatiques, et, chez un tuberculeux cachectique, par exemple, les hémorragies, la fièvre, la dénutrition générale, les lésions des organes liématopoïétiques, peuvent se combiner pour causer cette diminution du nombre des globules rouges (Malassez).

Modifications dans la richesse des tjlobules rouges en hémoglobine.

L'hémoglobine est la substance qui colore les globules rouges. Elle a une grande affinité pour l'oxygène et forme avec lui l'oxyhémoglobine. L'oxyhémoglobine est très soluble dans l'eau; aussi les globules du sang, mis en présence de l'eau, perdent rapidement leur couleur.

(1) Déjà la menstruation normale abaisse momentanément le chiffre des globules rouges (Malasseii).

484 HISTOLOGIE l'ATHOLOClQUE DU SANG

L'oxyhémoglobine en solution étendue présente à l'examen spec- Iroscopique deux bandes d'absorption caractéristiques entre les raies D et E (dans le jaune); la bande voisine de la raie D est plus étroite que l'autre et aussi plus obscure et plus nette; la bande voisine de la raie E est plus large et moins obscure, à bords moins nets. Quand on ajoute à la solution un agent réducteur (1) (suif hydrate d'ammoniaque, hydrosulfite de soude) la solution, de rose devient brune et les deux bandes sont remplacées dans le spectre par une bande d'absorption unique qui, comme situation et comme étendue, occupe à peu près exactement l'intervalle qui sépare les raies D et E. C'est la bande de réduction de Stokes, due à l'hémoglobine réduite. C'est cette réaction qui permet de différencier le spectre de l'hémoglobine oxycarbonée et le spectre de l'oxyhémoglobine. Ces deux spectres se ressemblent beaucoup et peuvent être facilement confondus. Mais les deux bandes d'absorption de l'hémoglobine oxycarbonée ne disparaissent pas avec l'action des agents réducteurs et ne sont pas remplacées par la bande unique et large de l'hémoglobine réduite.

Il existe un certain nombre de dérivés de l'hémoglobine qui sont caractérisés par des spectres spéciaux : la méthémoglobine, l'hématine, l'hémochromogène et Thématoporphyrine.

La méthémoglobine peut se former dans le sang à la suite des empoisonnements qui, comme l'empoisonnement par le chlorate de potasse donnent lieu à de l'hémoglobinurie. C'est à l'état de méthémoglobine qu'on retrouve, dans ce cas, l'hémoglobine dans les urines. Elle résulte de l'action d'agents oxydants énergiques sur l'hémoglobine. La méthémoglobine est une albumine contenant du fer, comme l'hémoglobine; elle n'en diffère que parce que l'oxygène y est plus énergiquement combiné. En solution acide, elle donne un spectre caractérisé par deux bandes entre les raies D et E, comme l'oxyhémoglobine, avec une troisième bande entre C et D et une bande diffuse dans la région du bleu.

Les modifications de la richesse du sang en hémoglobine sont appréciées cliniquement à l'aide de colorimètres(2) au moyen desquels

(1) 11 faut faire l'expérience en llacon fermé; si la solution est laissée à l'air libre, l'oxyhémoglobine se reforme aussitôt.

("2) Certains colorimètres, comme riiéniocIiromoniMre de Malassez, donnent la quantité d'hémoglobine en pour cent, c'est-à-dire le poids de l'Iiémoglobine contenue dans un volume donné de sang; d'autres appareils comparent le sang à examinera la coloration d'un sang dit normal, contenant cinq millions de globules rouges, et expriment la richesse du sang en hémoglobine par un nombre de globules rouges. La première notation est assurément préférable, parce qu'elle donne des chiflres absolus et vrais.

VALEUR HÉMOGLOBIQUE 485

on compare la teinte du sang à examiner à un étalon fixe dont la teinte correspond à une proportion d'hémoglobine connue.

Le sang d'un homme adulte sain contient environ 12 à 15 grammes d'hémoglobine par 100 centimètres cubes, ou 0'""9',12 à 0"'"'3'y15 par millimètre cube. En divisant ce chiffre par le nombre des globules rouges contenus dans i millimètre cube de sang, on obtient la valeur hémoglobique du globule rouge (valeur hémoglobique, valeur globulaire) c'est-à-dire la richesse de chaque globule rouge en hémoglobine. Or cette évaluation est extrêmement importante, car dans les maladies, la richesse des globules en hémoglobine n'est pas toujours proportionnelle à leur nombre. Cette valeur est, chez l'homme sain, de 28 à 30 [Jt[i grammes (millionièmes de millionigrammes).

En tenant compte de cette notion, on peut diviser les anémies de la façon suivante (Malassez) :

1° Anémies simples légères. — La valeur hémoglobique est peu modifiée, la lésion consiste surtout dans la diminution du nombre des globules rouges ; l'hémoglobine diminue proportionnellement.

2" Anémies simples plus (/raves. — La diminution de la valeur hémoglobique vient s'ajouter à la diminution du nombre des globules; le sang est encore plus pauvre en hémoglobine qu'en globules.

3° Chlorose. — Dans la chlorose, il existe une diminution plus ou moins considérable du nombre des globules rouges, mais cette diminution peut n'être pas très marquée; ce qu'on trouve surtout, c'est une diminution de la valeur hémoglobique; c'est là la lésion prédominante de la chlorose (Duncan).

toujours comparables, tandis (lu'une ricliessc normale des globules rouges en tiénioglobine n'existe pas.

La quantité d'hémoglobine contenue dans le sang a été aussi évaluée cliniquernent au moyen du spectroscope. On sait ijue l'oxy-hémoglobine donne un spectre caractérisé par deux bandes d'absorption, situées dans la partie, jaune du spectre, entre les raies D et E, la bande la plus rapprochée de la raie D étant moins large et mieux limitée.

Quand on observe du sang pur sous une certaine épaisseur, on ne voit pas le spectre de l'hémoglobine, tout le spectre est obscur; au contraire, si la couche de sang pur est assez mince, le spectre de l'oxy-hémoglobine se voit nettement; entre ces deux extrêmes existent tous les intermédiaires, confusion des deux bandes, apparition des deux bandes distinctes et égales, etc. Sous une même épaisseur, un sang riche en hémoglobine et un sang pauvre en hémoglobine ne donnent donc pas les mêmes phénomènes; inversement, pour observer nettement les deux bandes de l'hémoglobine avec leur maximum d'obscurité et l'espace intermédiaire parfaitement clair, on devra les observer sous des épaisseurs différentes. C'est sur ce principe qu'est basé le dosage de l'hémoglobine avec l'hématospectroscope de Hénocque.

Il existe un autre procédé de dosage de l'hémoglobine, basé sur la spectroscopie, c'est le procédé de la spectrophotométrie (Bunsen, Roscoe, Hiifiier, Vicrorrt), méthode qui donne les résultats les plus précis, mais n'a guère été appli(|uée aux rcdierciies cliniques.

A" Anémie pernicieuse. — Ici, d'une façon en apparence paradoxale, la valeur hémoglobique est augmentée; c'est que le nombre des globules rouges est diminué à un point extrême. L'augmentation (le la valeur hémoglobique vient compenser, jusqu'à un certain point, la diminution du nombre des globules rouges, fait qu'on constate chez le fœtus et chez les vertébrés inférieurs (1).

Sur les préparations de sang frais, les globules rouges dont la valeur hémoglobique est diminuée apparaissent, en général, plus pâles; il ne faut pas confondre ces globules avec les globules de Norris, qui sont des produits artificiels et représentent des globules rouges qui ont perdu leur hémoglobine par le fait de pressions (Hart).

Toutes les causes capables d'augmenter le nombre des globules rouges agissent ordinairement de la même façon sur l'hémoglobine; si l'hémoglobine augmente parallèlement au nombre des globules, la valeur hémoglobique reste la même; si, au contraire, l'hémoglobine augmente plus que le nombre des globules, la valeur hémoglobique s'accroît (2). La médication par le fer chez les anémiques, les chlorotiques, par le mercure dans l'anémie syphilitique, le séjour à la campagne, au bord de la mer, peuvent faire accroître la valeur hémoglobique des globules rouges ; mais jci encore, de même que pour le nombre des éléments, il ne s'agit pas véritablement d'une augmentation, puisque les chiffres normaux ne sont le plus souvent pas dépassés ; il s'agit plutôt d'un retour à l'état normal. Une augmentation véritable de la valeur hémoglobique, dépassant les moyennes normales, a été observée chez les habitants des hautes régions et dans les cures d'altitude. Le même fait a été vu dans la cyanose chronique (Vaquez). Dans ces ditîérents cas, en général, la valeur hémoglobique augmente moins rapidement que le nombre des globules; c'est ce dernier phénomène qui commence, l'augmentation de la valeur hémoglobique suit (o).

(1) Nous verrons plus loin que, dans cette maladie, le diamètre des globules rouges est augmenté, et que cette augmentation étant plus considérable que celle de la valeur hémoglobique, le titre hémoglobique de ces globules est par suite diminué (Malassez).

L'hémoglobine ne cristallise pas spontanément dans le sang frais de l'homme examiné in vitro ; cependant ce phénomène a pu être observé dans l'anémie pernicieuse (Gopeman).

Différents observateurs ont admis, avec Kolliker, la possibilité de la formation d(!s cristaux d'hémoglobine dans les globules rouges pendant la vie et après la mort. Mais c'est là une erreur d'interprétation (Hénocquei. La cristallisation de l'iiémoglobine ne peut se faire sans altération préalable, sans destruction de globules rouges.

(i) Le mode de formation de l'hémoglobine dans l'organisme n'est pas encore connu, mais un certain nombre de recherches tendent à assigner à la rate un rôle important dans l'élaboration de cette substance.

(3) Gliaquc fois que la quantité d'iiémoglobine augmente dans le sang, sa densité

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