RÉSISTANCE DES GLOBULES ROUGES
le globule rouge qui a perdu son hémoglobine échappe presque absolument à la numération.
L'altérabilité plus grande des globules rouges a été constatée par Malassez dans la chlorose, les anémies graves; par Vaquez et Marcano dans l'hémoglobinurie paroxystique. Dans l'ictère vrai, on trouve au contraire une augmentation de la résistance des globules rouges (Hayem, Malassez, Vaquez). Il ne s'agit pas là simplement d'une destruction des globules les plus altérables, sous l'influence de l'action hématolysante de la bile et d'une persistance des globules les plus résistants. En efl'et, c'est la presque totalité des globules qui résistent à des solutions très faibles (Vaquez). Vaquez a observé un fait paradoxal du même genre chez un malade cachectique atteint de sarcome du maxillaire inférieur et chez lequel la résistance globulaire était très augmentée. Il s'agit, dans ces faits très intéressants, de phénomènes d'adaptation, d'accoutumance, d'une sorte d'immunisation contre l'action hémolytique des sels biliaires par exemple, dans l'ictère. Dans l'ictère, l'augmentation de résistance s'établit très rapidement (Vaquez).
La solution salée qui correspond à la résistance minima évaluée par la méthode d'Hamburger (0,50 de chlorure de sodium chez l'homme sain) n'est pas la même que celle qui correspond à la concentration moléculaire du sérum sanguin. Le titre d'une pareille solution est sensiblement plus élevé et correspond en moyenne, chez l'homme sain, à une solution de chlorure de sodium voisine de 0,92 pour 100 (Hamburger, Hédin, Malassez, Winter, Bousquet). Une pareille solution est dite isotonique avec le sérum sanguin; elle a même tension osmotique; elle est en équilibre osniolique avec le contenu hémoglobique des globules.
Ce sont de pareilles solutions ou des solutions d'un titre seulement un peu inférieur qu'il convient d'employercomme sérums artificiels (1).
La concentration moléculaire du sérum sanguin est une valeur assez fixe, mais qui peut varier cependant. Le titre d'une solution salée parfaitement isotonique est donc aussi variable. Cette solution isotonique peut être obtenue à priori en cherchant une solution saline de concentration telle qu'elle ait le même point de congélation que le sérum (cryoscopie).
(1) La solution à 0,75 pour 100 de chlorure de sodium, la solution indifférente des physiologistes et des histologistes, est intermédiaire à la solution isolonii|ue avec le sérum (0,9:2 chlorure de sodium) et à la solution contenant la même proportion de chlorure de sodium que le sérum (0,60 environ).
Dans les maladies, le point de congélation du sérum s'abaisse ou s'élève, le degré de concentration des solutions isotoniques avec le sérum et avec les globules devra être abaissé ou élevé parallèlement; ces variations peuvent correspondre à des titres de solution de chlorure de sodium variant de 0,49 à 1,04 pour 1000 (Koranyi, Bousquet).
Modifications portant sur la mobilité des globules rouges.
Les globules rouges ne sont pas doués, comme les globules blancs, de la propriété de changer de forme et de se déplacer. Cependant, dans certains cas pathologiques, en particulier dans les anémies graves, certains auteurs ont signalé des mouvements amiboïdes des globules rouges.
L'existence de ces mouvements propres des globules rouges est bien loin d'être démontrée; il' est plus probable qu'il s'agit là seulement de déformations provoquées sur des globules rouges dont la consistance est très diminuée.
Modifications dans les réactions colorantes des globules rouges.
Les globules rouges du sang normal peuvent se colorer à peu près par tous les colorants, mais ils ont une affinité marquée pour les couleurs d'aniline acides et en particulier pour l'éosine.
Or, dans certaines anémies, Ehrlich a montré qu'un certain nombre de globules rouges se teintaient plus ou moins par les couleurs basiques (dégénérescence anémique des globules rouges) (1).
En présence du mélange d'une couleur basique et d'une couleur acide, ils prennent, non la teinte de la couleur acide, mais une teinte intermédiaire à la couleur acide et à la couleur basique. Avec la coloration combinée éosine-hématoxyline (2), au lieu de prendre la teinte pure de l'éosine, ces globules altérés se colorent en violet. Cette altération a été décrite par Ehrlich dans un grand nombre d'anémies. Elle
(1) « Polychromatophilie » de Gabritsclicwsky.
(2) L'homatoxyline et l'hématéiiie étant des couleurs végétales et uon des couleurs d'aniline, ne rentrent pas dans la catégorie des couleurs acides ou basiques, mais elles agissent, d'une manière générale, à peu près comme les couleurs basiques.
RÉACTIONS COLORANTES DES GLORULES ROLGES 497
a été considérée par lui comme due à une nécrose de coagulation du stronia globulaire.
Le même auteur a montré que dans le sang des animaux empoisonnés avec des substances chimiques dont l'injection produit in vivo une dissolution des globules rouges (pliénacétine, nitrobenzine, etc.), et même chez l'homme, au cours d'intoxications, il existait des globules rouges contenant des corps sphériques spéciaux. Ces corps inclus seraient formés d'une hémoglobine modifiée et leur présence exprimerait une dégénérescence spéciale du globule (altération hémoglobinémique, corps inclus hémoglobinémiques).
Dans diverses anémies, on a constaté dans les globules rouges l'existence de fines granulations prenant les couleurs basiques. L'apparition de ces « granulations basophiles des hématies » a été obtenue expérimentalement chez l'animal par l'intoxication saturnine (Sabrazès, Bourret et Léger). Pour certains auteurs, il s'agirait là simplement d'une altération due à l'hydrémie ; pour d'autres, les grains représenteraient les restes d'un noyau, que chaque globule rouge aurait contenu à un stade plus jeune.
Chez les diabétiques, Bremer a décrit une modification des réactions colorantes des globules rouges, modification qui porte sur tous les globules rouges, et non plus sur un certain nombre. Dans un mélange de bleu de méthylène et d'éosine, les globules rouges ne se colorent plus par l'éosine, ils restent incolores, jaunes ou jaune vert. Cette réaction a été vérifiée récemment par Legofl', qui en a minutieusement indiqué toute la technique (i), et qui a montré que la présence
(i) Le sang est étalé sur lames, et les préparations desséchées sont fixées par la chaleur sèche à 1:20 degrés suivant le procédé d'EInlich. On peut constater la réaction de différentes façons :
1° On place deux lames, l'une de sang diabétique, l'autre di! sang non diabétique, simultanément, dans une solution aqueuse de rouge Congo ou de bleu de méthyle à 1 pour 100 (couleurs acides). On lave à l'eau distillée au bout de cinq minutes. La lame de sang diabétique est incolore, celle de sang normal est rouge Congo ou bleu, suivant le réactif employé.
i" On fait une solution a(|ueuse d'éosine, une solution aqueuse de bleu de méthylène. On mélange les deux sohitions. Le précipité (combinaison éosine-bleu) qui se forme est lavé à l'eau, puis séciié. On prépare une solution alcoolique saturée de cette coîuhinaison (5 centigrammes dans 20-!2.j grammes d'alcool à 30 degrés). Colorés par ce réactif, les globules rouges du sang normal sont d'une nuance variant du rose violacé clair au marron foncé; les globules rouges du sang diabétique sont vert pâle, vert jaunâtre, jaunâtres ou incolores.
3° On prépare une solution saturée de la combinaison éosiiie-bleu en dissolvant 48 centigrammes dans 20 à 25 grammes d'alcool à 30 degrés; on filtre. On dissout, d'autre part, 4 milligrammes d'éosine dans 5 grammes d'alcool à 30 degrés et 8 milligrammes de bleu de méthylène dans le même poids d'alcool à 30 degrés. On mélange. Ce réactif ne conserve ses propriétés caractéristiques que quelques heures. Le mélange des différentes solutions ne doit donc se faire (ju'au moment où l'on veut se servir du
COKML ET RANVIEK.— II. 32
du glucose dans le sang était la cause vraisemblable de ces changements de réactions colorantes (1).
Apparition de globules rouges nucléés dans le sang.
Les globules rouges des vertébrés inférieurs possèdent un noyau. De même, l'embryon des mammifères et de l'homme, pendant les premières phases de son développement, n'a que des globules rouges nucléés qui sont des cellules plus volumineuses que les globules rouges
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FiG. 94. — Différents aspects de globules rouges nucléés (normoblastes d'Ehrlicli); sang de riioinme. Anémie aiguë post-hémorragique. Dessiccation, vapeurs d'acide osmique, éosine- Iiématéine. — Grossissement de 1000 diamètres.
de l'adulte. Pendant la deuxième partie du développement, pendant la période fœtale, il existe côte à côte, dans le sang, des globules rouges sans noyau et des globules rouges à noyau. Ces globules rouges nucléés sont des cellules sphériques du diamètre d'un globule ordinaire et
coloi^nt. Traitées par ce réactif, les préparations du sang normal immlrent les globules rouges rose violacé, tandis que les globules rouges du sang diabétique sont verts.
(1) Voici le résultat des expériences de Legoff : l'hémoglobine et roxyhénioglobine (du cheval) en solutions aqueuses saturées, fixées à 120-138° sur lames, sont colorées énergiquenient par l'éosine, le rouge Congo, le bleu de méthyle en solution aqueuse. L'addition d'une goutte de solution aqueuse de glucose à 1 pour 100, à 20 inillimètres cubes d'une solution s-aturée d'oxyhémoglohinc empêche l'action des matières colorantes précédentes. Avec le réactif éosiuc-hleu de méthylène, la lame devient verte, c'est-à-dire qu'elle se colore par le bleu de méthylène, tandis qu'avant l'addition de glucose, elle prenait toujours l'éosine. Le lévulose, le xylose agissent comme le glucose. La lactose et la saccharose n'influent nullement sur la coloration de l'oxyhémoglobine. L'urée en solution aqueuse à 2U pour lOU empêche l'oxyhémoglobine de fixer les couleurs acides et favorise la fixation ties couleurs basiques.
GLOBULES HOUGKS NUCLÉÉS 499
dont le noyau régulièrement arrondi est très riche en chromatinc et prend énergiquement les colorants nucléaires. Ce noyau est souvent un peu excentrique, il est quelquefois divisé en deux ou trois lobes. De pareils globules rouges nucléés se voient encore, bien qu'en petit nombre, dans le sang des nouveau-nés. Chez l'adulte sain, ils n'existent pas, mais on peut les y rencontrer à l'état pathologique dans la leucémie et dans beaucoup d'anémies. Dans la chlorose même et dans toute anémie un peu accusée, ils existent le plus souvent, mais en très petit nombre. A côté de ces globules rouges nucléés, il en est d'autres, dont la taille est sensiblement plus grande et dont le noyau est [dus grand, moins régulièrement sphérique et surtout très pauvre en chromatine. Le proloplasma de ces éléments prend souvent, par la coloration à l'hématoxyline-éosine, une teinte violacée, au lieu de la teinte pure de l'éosine (polychromatophilie des auteurs allemands).
Ces globules rouges nucléés spéciaux n'apparaissent guère que dans les anémies graves et surtout dans l'anémie pernicieuse. Ehrlich les a appelés
KiG. 'J'>. — (iraïul- globule idiigc nueléé
mégaloblasteS par opposition aux pre- ù noyau pauvre on chromatine
,.,,.., , , (uiégaloblaste d'Eiirlich) ; sang de
miers qu il a désignes sous le nom de n.omme. Anémie aiguë post-hémor-
normoblastes, parce que, pour lui, ces '•'f'I"^- Dessiccation vapeurs d'à-
' ^ T 7 r ' ^ijg osmique, eosine-nemateine. —
derniers seraient les agents de la ré- Grossissement de lOOO diamètres.
paration normale du sang.
Pour beaucoup d'auteurs en effet, les globules rouges nucléés ne sont pas seulement les survivants d'une période fœtale où leur présence était la règle; chez l'adulte, dans les organes hématopoiétiques et en particulier dans la moelle osseuse rouge, où ils sont très abondants, ce sont bien eux qui forment les globules rouges sans noyau. Cette formation n'est pas encore définitivement prouvée, elle apparaît seulement comme très probable; elle a été interprétée de plusieurs façons : bourgeonnement de la cellule hémoglobique (Malassez), expulsion du noyau (Rindfleisch), dissolution du noyau (Kôlliker, Neumann). Pour Ehrlich, les normoblastes se transforment dans la moelle rouge en globules rouges ordinaires par expulsion du noyau, tandis que les mégaloblastes, qui n'existent pas dans la moelle normale, forment, par dissoluLion du noyau au sein de la cellule, de gros globules rouges sans noyau.
L'apparition des normoblastesdans le sang exprimerait donc l'activité de la moelle osseuse, qui laisserait passer dans le sang des cellules rouges non transformées encore. Et en effet, après des hémorragies, on les a vus quelquefois apparaître en nombre considérable. Ce phénomène serait ainsi d'un bon pronostic, puisqu'il annonce la réparation sanguine et, de fait, on voit apparaître ces éléments dans les anémies dans lesquelles la réparation du sang se fait activement (crise sanguine de V. Noorden). L'apparition de mégaloblastes serait au contraire d'un pronostic défavorable, puisque ces cellules ne se trouvent guère que dans les anémies pernicieuses, la leucémie et l'anémie liée à la présence du bothriocéphale, et qu'elles formeraient, d'après cette conception, des globules de grande taille, diminuant ainsi la surface respiratoire.
Chez les jeunes enfants, au cours des anémies secondaires liées aux infections gastro-intestinales, au rachitisme, à la syphilis héréditaire, on peut voir apparaître dans le sang des globules rouges nucléés en proportion plus considérable que dans les anémies de l'adulte. Il ne s'agit pas là d'un état morbide spécial; l'apparition plus constante et plus nette des globules rouges nucléés dans les anémies de la première enfance est un phénomène lié au jeune âge, moins éloigné de l'état fœtal. L'existence d'une hypertrophie de la rate dans certaines de ces anémies infantiles à globules rouges nucléés, n'est, semble-t-il, qu'un phénomène lié à la même cause, l'infection chronique. Ce phénomène concomitant produit des types cliniques spéciaux, que vient quelquefois compliquer une augmentation assez considérable du nombre des globules blancs; nous en reparlerons à propos de la leucémie.
Chez l'animal, par certaines infections aiguës expérimentales, on a pu, dans certaines circonstances, provoquer, avec la leucocytose, l'apparition de globules rouges iiucléés dans le sang (Timofeiewsky, Dominici); quelques faits du même genre ont été observés chez l'homme, mais d'une façon exceptionnelle, en particulier au cours de certains empoisonnements par le phosphore, le chloroforme (Ehrlich), la nitrobenzine (Ehrlicli et Lindenthal), dans un cas de variole hémorragique (Ehrlich), dans quelques cas de tumeur des os (Epstein, Leyden et Israël), dans un cas de fièvre bilieuse hémoglobinurique (Laveran), à la suite de la splénectomie (Dominici), enfin dans un cas d'anémie de caractère inconnu avec grosse rate et légère leucocytose (Jawein).
LES ANEMIES
On nomme anémie toute altération de la fonction respiratoire du sang-, qu'elle soit causée par la diminution du nombre des globules rouges, la diminution ou raltération(l)de l'hémoglobine, la diminution de la valeur globulaire, la diminution de surface respiratoire par augmentation du volume des globules, ou par ces différentes causes associées de diverses façons.
Nous avons donné plus haut, à propos de la valeur globulaire, une division des anémies basée sur des notions anatomiques. Nous devons maintenant étudier d'un peu plus près ces états pathologiques.