‹ Manuel d'hygiène dentaire à l'usage de toutes les classes et de toutes les professionsChapitre 10 sur 118 · DES ALIMENTS · texte numérisé non relu

DES ALIMENTS

On désigne sous le nom d 'aliments toutes substances qui, introduites à l’aide de la mastication dans les organes digestifs, y subissent une modification telle que leurs principes nutritifs peuvent se combiner avec nos organes, en totalité ou en partie.

Les aliments sont solides ou liquides. Leur choix comprend l’appréciation de leur qualité, de leur digestibilité. La viande et les végétaux forment les deux grandes catégories. Je laisse aux médecins le soin de donner des conseils propres à chaque tempérament pour conserver la santé générale du corps : mon premier devoir est de ne pas m’écarter de mes attributions qui sont toutes spéciales.

Les viandes sont très propres à entretenir les organes dentaires dans un état de propreté qui contribue beaucoup à leur conservation : elles n’opposent pas de grands obstacles à la mastication. Un fait digne de remarque, c’est que tous les animaux carnivores ont les dents très fortes et d’une extrême blancheur.

Les léguées en généra! sont aussi très propres à maintenir la blancheur et l’émail des dents. Cependant les farineux engendrent quelquefois le tartre et la carie, parce que leurs parcelles, divisées à l’infini, restent dans les interstices des dents et finissent par se corrompre, si on n’a pas le spin de se rincer la bouche lorsqu’on a pris le repas, Les populations qui vivent de châtaignes perdent les dents à la fleur de l’âge, et dans le Limousin il est rare de trouver une jeune fille qui ne soit pas édentée.

Les poissons et les viandes salées sont regardés avec raison comme un poison pour la bouche. Le sel est un corrosif très puissant qui agit fortement sur l’émail qu’il décompose; d’ailleurs, les salaisons prédisposent au scorbut, et les maladies buccales, qui affligent les ouvriers, ne laissent aucun doute sur cette vérité malheureusement trop réelle.

Les principes d’hygiène dentaire reposent sur les maximes suivantes :

Avoir la précaution de ne prendre ses aliments ni trop chauds ni trop froids. S’ils sont trop chauds, ils surexcitent les nerfs de la bouche, ils irritent les gencives ; s’ils sont trop

froids, ils impressionnent très douloureusement les organes dentaires, et on ne tarde pas avoir l’émail se décomposer avec une rapidité effrayante pour faire place à la carie.

Choisir de préférence les aliments doux, rejeter les salaisons dont j’ai signalé les désastres.

Rejeter aussi les légumes acides et les fruits qui ne sont pas d’une parfaite maturité. Il existe dans les campagnes et même dans les villes, une erreur populaire qu’il importe de détruire. J’ai vu de jeunes personnes se nettoyer les dents avec de l’oseille et autres plantes acides : elles se laissaient séduire par la blancheur instantanée qui semblait naître sous leurs doigts, sans songer que cet éclat mensonger serait bientôt remplacé par une affreuse carie. Les acides en général sont très funestes aux dents : n’a-t-on pas pour preuve évidente la douleur qu’on éprouve lorsqu’on a mangé des fruits verts, le malaise qu’on ressent si on veut rapprocher les unes des autres les dents agacées par un acide quelconque, celui des fruits verts par exemple, le vinaigre et autres substances de même nature. La règle d’hygiène dentaire la plusimpor-

tante consiste donc dans le choix et l’a ppréciation des aliments; chaque personne doit prendre conseil de la plus ou moins grande sensibilité de sa bouche. Les dents, comme tous les autres organes dentaires, sont naturellement douées d’un certain degré de force vitale qui varie suivant l’âge, le tempérament et les habitudes ou la constitution des individus.

DSS BOISSONS.

On comprend sous la dénomination générale de boissons, les liquides qu’on introduit dans l’estomac :

1° Pour favoriser la dissolution des aliments solides.

2° Pour exciter les organes digestifs.

3° Pour étancher la soif.

L’eau est la plus commune et la plus utile de toutes les boissons -, j’ai déjà parlé des qualités des différentes espèces, et il ne me reste plus rien àdiresur ce point. Je vais maintenant énu-

mcrer et apprécier les boissons dites aromatiques.

Le thé est un excitant des plus puissants pour les personnes irritables, nerveuses et qui ne sont pas habituées à cette infusion. Tout individu nerveux doit donc s’en abstenir ou n’en prendre que très modérément, parce que tous les excitants en général sont funestes à la bouche. On a remarqué que les personnes qui boivent beaucoup de thé ont les dents jaunâtres,, et que pas un Chinois ne pourrait montrer une incisive tant soit peu blanche : les Hollandais, grands buveurs de thé, sont édentés ou n’osent pas montrer leurs dents tant elles sont détériorées ; chez les Anglais, il n’en est pas ainsi : chez eux la propreté et les soins de la bouche contrebalancent les funestes effets de la feuille chinoise. On doit surtout prendre bien garde de ne pas boire le thé trop chaud , il surexcite encore plus fortement; et j’ai dit qu’une trop grande chaleur détériorait les dents.

Le café porte une très grande excitation dans, les fonctions cérébrales; les jeunes gens, les personnes nerveuses et irritables n’en doivent

prendre qu’avec la plus grande modération ; je donne le même conseil aux individus maigres et d’un caractère ardent, aux femmes enceintes, aux. nourrices, aux personnes pléthoriques. Le café exerce sur les dents la même influence que le thé ; pris modérément, surtout par des personnes chez lesquelles le système nerveux n’est pas très développé, il n’est pas très, nuisible; mais en définitive, si on veut conserver ses dents dans tout leur éclat, il est plus prudent de s’abstenir des boissons aromatiques.

Boissons vineuses et alcooliques.

Les vins rouges, blancs, mousseux, sucrés, sont très favorables aux organes dentaires : ils fortifient les gencives, nettoient les interstices et laissent dans la bouche un doux parfum. Je conseille pourtant de ne pas en faire abus, parce que de même que tous les excès en ce genre nuisent à la santé en général, de même ils sont très préjudiciables à la bouche et y occasionnent des affections très douloureuses.

La piquette, mauvaise boisson qu’on obtient en jetant de l’eau sur les marcs et les résidus des raisins et dont on fait une grande consommation dans la Bourgogne, la Champagne, le Berry et

les départements du centre, nuit aux dents, parce qu’elle est ordinairement aigrelette et corrosive j elle altère insensiblement les organes dentaires. Il en est de même de Yoxcycrût, boisson composée avec de l’eau et du vinaigre. L'hydromel, le cidre, la bière forte, le poiré agacent aussi les dents, parce que la trop grande fermentation leur donne une action très puissante sur l’émail.

Veau-de-vie échauffe la bouche, cause des aphtes et altère l’émail lorsqu’on en boit sans mesure et qu’on la laisse trop longtemps en contact avec les gencives. On doit surtout se méfier de celle qui se vend chez certains marchands des grandes villes,, et qui n’est trop souvent que de l’alcool coupé avec de l’eau, coloré avec du caramel, avec infusion de poivre et de gingembre. Les ratafias, le punch, le vin chaud, le bischoff sont plutôt favorables que nuisibles aux dents ; mais je ne cesserai de répéter aux personnes qui sont habituées à ce genre de boisson, qu’ils ne doivent jamais le prendre trop chaud, parce que le contact subit d’un calorique à une trop haute température saisit les organes dentaires

qui sont,, quoiqu’on en dise, d’une extrême sensibilité.

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