LES HOMMES D’ÉTAT
Je comprends sous cettte dénomination toutes les personnes qui s’occupent de la science du gouvernement, et y prennent une part plus ou moins active. L’énumération partielle en serait trop longuej d’ailleurs le genre de vie étant à
peu près le même pour tous, l’hygiène ne subit que de très légères modifications.
Les hommes d’Étât, quelle que soit la nature de leurs fonctions, de leurs attributions, consacrent ordinairement leurs journées et même une partie de leurs nuits à des travaux de cabinet. Les veilles, les inquiétudes, et très souvent les désirs non satisfaits d’une ambition insatiable, lès rendent très âccesibles à toutes les affections névralgiques : quelques uns dont le caractère baineux s’est développé successivement par suite de contradictions, sont sujets aux attaques bilieuses; d’autres enfin trouvant dans l’exercice du pouvoir des moyens faciles pour assouvir tous les plaisirs, s’y livrent avec l’effervescence de la jeunesse.
Ces trois catégories ont des prédispositions particulières aux maux de dents.
Les premiers, naturellement nerveux, souffrent beaucoup d’odontalgies aiguës.
Les seconds, dont la bouche est sans cesse en contact avec les émanations bilieuses de l’estomac, ont les dents couvertes de tartre et même cariées.
Les derniers s’exposent par leurs excès à per-
dre les organes dentaires par les maladies dont j’ai parlé dans mon chapitre préliminaire, sur l’hygiène dentaire en général.
Les hommes d’État, tels que les ministres, passent très souvent les nuits sans dormir, siègent toute la journée aux Chambres pour y soutenir des discussions souvent très orageuses. On com çoit sans peine que ce genre de vie plein d’effervesence, de passions, d’agitations de toute espèce, ébranle le système nerveux et nuit par conséquent au maintien parfait des dents, de leur émail, de leur beauté.
Il en est de môme des hauts administrateurs, dont les fonctions sont, à quelque chose prés les mêmes; passant la moité de leur vie dans l’inaction physique, assis devant leur bureau , ils contractent toutes les maladies qui affligent les hommes voués ou plutôt condamnés aux professions intellectuelles. Ils digèrent mal, leurs muscles s’affaiblissent, ilsdeviennent sujets à des névroses et par conséquent à des odontalgies.
L’hygiène dentaire pour les hommes d’Ëtat consiste en un régime doux et uniforme, à attirer autant que possible le sang aux pieds.
à se laver régulièrement la bouche tous les matins avec de l’eau fraîche, légèrement aromatisée avec des substances à la fois émollientes et toniques.
Je dois aussi parler des ambassadeurs, des chargés, d’affaires, des consuls ; ces hauts fonctionnaires de l’État sont plus sujets que les autres aux lésions des organes dentaires; le changement de climat, le séjour dans un pays froid, le passage subit dans une région presque tropicale, nuisent essentiellement aux organes dentaires et en accélèrent la chute. J’ai connu un jeune consul quij ayant longtemps habité une île de l’Amérique espagnole, fut envoyé dans un port du nord de la Russie. Deux ans après, il revint à Paris atteint du scorbut ; il avait déjà perdu quelques dents, et ce ne fut qu’avec beaucoup de soins que je parvins à conserver celles qui lui restaient.
L’hygiène dentaire pour les hommes d’État et chargés d’affaires ne peut avoir de règle fixe, pas plus que pour les voyageurs ; ils doivent varier leurs soins et les approprier à l’atmosphère du pays qu’ils vont habiter.