LES BOTANISTES
La botanique doit avoir des charmes cachés, des plaisirs bien vifs, puisque toutes les personnes qui s’adonnent à cette science, s’y livrent avec passion. Je ne connais pas de savants, d’artistes, qui se passionnent pour leurs éludes, pour leur art, comme le botaniste pour ses plantes et ses fleurs.
Qui croirait, au premier abord, que l’étude de la botanique, poussée à l’excès, devient très nuisible aux dents ? pourtant, c’est un fait constant et avéré.
Le botaniste, pour découvrir |une espèce nouvelle, une fleur inconnue, un graminé non encore éclos, brave la fatigue, la pluie, la froid, la chaleur la plus accablante j il s’enfonce dans les marécages, se perd dans les forêts, et escalade les plus hautes montagnes. Dans les
malais, il absorbe des émanations fétides qui détériorent les organes dentaires ; dans les forêts, il est exposé à l’humidité, aune fraîcheur presque glaciale, à une température qui change de la vallée à la colline, de la colline à la vallée : personne n’ignore que ces changements subits causent des fluxions, des tumeurs, qui se ehangent ordinairement en fistules, si on ne s’empresse pas de recourir à l’art du dentiste. Pour franchir les montagnes, le botaniste, quoique sa marche soit très lente, fatigue beaucoup, transpire abondamment : arrivé au sommet des pics, il est saisi par le vent, ordinairement très froid, qui souffle dans ces hautes régions ; de là surviennent les coups-d’air, les fluxions, les odontalgies. L’habitation d’un botaniste est ordinairement encombrée des fruits de ses pérégrinations quotidiennes : les plantes et les fleurs qui se dessèchent dans l’intérieur d’un petit appartement, le remplissent de leurs émanations diverses : ces odeurs flattent d’abord l’odorat, et un tel lieu ressemble en quelque sorte à une cassolette. Mais ces émanations continuelles finissent par surexciter
les nerfs, attirent le sang à la tête qui devient fiévreuse, et les organes dentaires dont elle est le siège participant à la surexcitation, en reçoivent des atteintes qui se changent bientôt en affections douloureuses. D’ailleurs, parmi les plantes et les fleurs, il en est beaucoup qui renferment des principes corrosifs et délétères qui, absorbés par les pores de la bouche, ne tardent pas à exercer sur les dents leur influence funeste. Une cause aussi de dépérissement pour les dents est l’habitude qu’ont les botanistes de goûter à la plupart des plantes, et, par distraction, d’en oublier quelquefois dans la bouche des parcelles pernicieuses.
L’hygiène dentaire prescrit aux botanistes de ne pas séjourner longtemps dans les marais, surtout pendant l’été, parce que, pendant cette saison, les émanations sont plus fétides, plus fécondes en substances, résultat de la putréfaction^
De se reposer de temps en temps avant d’arriver au sommet des montagnes : ils éviteront ainsi la transpiration qui, subitement interrompue par un vent glacial, a toujours des suites très funestes -,
De tenir les fenêtres de leurs herbiers continuellement ouvertes, pour que les émanations des fleurs et des plantes ne se concentrent pas dans l’intérieur. Quant aux préceptes généraux d’hygiène dentaire, ils sont les mêmes pour eux que pour les autres hommes qui s’occupent de science.