DE L’HYGIÈNE EN GÉNÉRAL
L’hygiène, comme je l’ai dit dans la préface, est l'art de conserver la santé et de prévenir les maladies. La santé est un bien trop précieux pour que les hommes de tous les temps et de tous les pays, ne se soient pas occupés des moyens de la conserver. Aussi voyons-nous chez les peuples les plus anciens, les philosophes,, les médecins, les législateurs, les poètes même, les chefs chargés de gouverner les peuples, tracer des lois hygiéniques, telles que la circoncision et l’abstinence de certaines viandes, chez les Juifs, les ablutions chez les Maliométans, les jeunes chez les Indiens et les Chrétiens. Les livres de Moïse sont pleins de préceptes qui ont pour but spécial le bien-être corporel de
l’homme. Confucius, chez les Chinois, composa un traité d’hygiène complet $ les Perses, les Grecs et les Romains observaient aussi très rigoureusement les préceptes hygiéniques tracés par leurs législateurs. En France et en Angleterre, on a écrit très tard sur celte partie si importante qui a des rapports immédiats avec la médecine; mais depuis le dix-septième siècle, de savants médecins s’en sont beaucoup occupés, et la collection de leurs ouvrages est un immense foyer de lumière pour ceux qui voudront marcher sur leurs traces ! L’hygiène peut être aujourd’hui regardée comme un art, puisqu’elle a des règles fixes dont le principe est basé sur l’expérience de plusieurs siècles.
On s’est demandé souvent et on se demandera longtemps encore, s’il existe réellement des règles qu’on puisse considérer comme infaillibles pour conserver la santé. Plusieurs médecins affirment que ce principe existe dans la science, dans les lois philosophiques ; qu’on doit s’efforcer de les connaître et de les appliquer.
«Tous les organes du corps humain, dit le docteur Réveillé-Parise, sont aptes à être excités, tous jouissent d’une propriété particulière.
inhérente à leur nature, qu’on appelle excitabilité. Cette propriété est susceptible d’abaissement et d’élévation, de diminution et d’augmentation, à des degrés difficiles à calculer avec précision. Toutefois , en prenant un terme mojen, on trouve une latitude assez étendue, capable d’être déterminée jusqu’à un certain point. C’est dans cette propriété que sont placées radicalement les forces inconnues de la vie.
Dans l’économie animale, chaque organe a son stimulant particulier, mais tous ces organes sont solidaires, et c’est dans cette solidarité, que consiste l’équilibre normal.
« Tous ces organes, avons-nous dit, subissent le joug de l’excitabilité. Mais il en est trois surtout qui influent plus immédiatement sur la santé, le bien-être et le bonheur des hommes ; ce sont : le cerveau et les dépendances, Vestomac et ses annexes, et les organes générateurs. La plus grande attention doit donc être constamment portée sur les fonctions de ces principaux organes, surtoutaux trois périodes de la vie dites enfance, virilité, vieillesse, (l).
(1, Gazette Médicale 1843.
Des savantes observations de M. Rôvcillé- Parisc, on peut conclure, je crois, que la nature ne nous a pas donné la santé commeun bien passager, mais durable , constant, et que nous pouvons conserverj en suivant fidèlement les lois hygiéniques. Je laisse aux docteurs qui s’occupent avec tant de talent de tout ce qui a rapport à la santé., aux maladies, le soin de développer leurs belles théories médicales sur l’hygiène en général. Fidèle au plan que je me suis tracé, je n’entrerai pas dans le domaine de la médecine. J’ai cru pourtant qu’il ne serait pas inutile de dire un mot sur l’bygiène générale , dont l’hygiène dentaire est la sœur cadette.
DE L’HYGIÈNE DENTAIRE
Je définirai l’hygiène dentaire, un ensemble de moyens et de doctrines propres à conserver les dents. Je prévois qu’au premier abord., certaines personnes nieront l’utilité de cette partie de la science : à quoi bon, diront-elles, tous ces préceptes? croyez-vous sérieusement que l’étude de l’organisation buccale soit susceptible de graves développements comme la médecine en général? Après tout, les dents sont-ellesdes organes indispensables et jouent-elles un rôle important dans l’économie vitale? ne voyons-nous pas des personnes édentées, à la fleur de leur âge, qui n’en parviennent pas moins à la dernière vieillesse ?
Ces objections, il me serait très facile de les réfuter une à une; mais comme j’ai pour but unique et principal d’écrire un livre d’enseignement et non de controverse, je me contenterai de donner un ample développement aux observations que j’ai faites : ce sera le moyen le plus sûr et le plus court de mettre fin à toute discussion. Jesuispersuadé que l’exposé général de mes doctrines hygiéniques appliquées aux dents, convaincra les plus incrédules, et leur prouvera d’une manière incontestable que jamais matière ne fût plus riche, plus abondante, plus variée, que celle qui sera traitée dans cet ouvrage.
Je vais donc énumérer et analyser les nombreux agents externes et internes qui influent d’une manière plus ou moins directe sur la conservation et la perte des dents. Je ne donnerai dans ce chapitre préliminaire que des indications générales, me réservant de traiter spécialement, et avec les détails que je jugerai nécessaires, chaque catégorie d’individus, dans les trois parties de mon Manuel.