LES BOUCHEES, LES MÉGISSIERS, LES TANNEURS
Les bouchers absorbent par les poumons et par les pores un air continuellement saturé de molécules animales. Cette absorption est, généralement parlant, favorable à la santé, puisque les bouchers se font tous remarquer par leur teint fleuri, leur embonpoint, leur force musculaire.
Mais ici, comme ailleurs, la médaille a son revers. Cette grande absorption de substances animales, prédispose les bouchers aux congestions célébrâtes, et à toutes les maladies aiguës. De ce nombre sont les odontalgies qui se développent souvent chez eux avec des symptômes alarmants.
L’hygiène dentaire doit leur prescrire de fréquentes applications de sangsues, des bains de pied pour prévenir les congestions au cerveau.
Outre ces prédispositions à des affections si graves, si dangereuses, les bouchers sont exposés à des maladies pestilentielles, contagieuses, qu’ils
contractent pendant les chaleurs de l’été dans les abattoirs; mais rarement ces maladies influent sur les organes dentaires.
Je conseille aux bouchers le régime végétal; la plus grande sobriété dans leurs repas: des gargarismes émollients pour empêcher les odontalgies sanguines auxquelles ils sont principalement sujets : ils doivent se rincer la bouche avec la brosse imbibée de substances et de dentifrices qui purifieront leurs dents de toutes les molécules animales.
Les mégissiers sont dans le même cas que les bouchers, ainsi que les tanneurs : mais ces derniers, enfermés dans des lieux où ils respirent un air fétide, surchargé de molécules qui proviennent de matières en putréfaction, sont de plus exposés à la carie humide dont les progrès sont si rapides, et qui se termine souvent par la nécrose: la propreté, nécessaire pour tous, est indispensable pour les tanneurs. Je croîs que l'usage modéré de la pipe leur est favorable.
LES MARCHANDS DE VIN, DISTILLATEURS D’EAU-DE-VIE, LIQUORISTES, BRASSEURS.
Sans boire de liqueurs, les personnes occupées tout le jour à les transvaser, sont parfois attaquées d’une ivresse qui les incommode beaucoup.
Etmuller et d’autres médecins attribuent cette ivresse à l’alcali volatil ou au souffle narcotique du vin.
L’air est saturé de parties volatiles qui affectent d’abord le sang, mettent le fluide vital en fermentation et attaquent tous les esprits animaux.
Sous cette influence, les marchands de vin sont sujets aux odontalgies sanguines qui prennent quelquefois un très grand développement et. nécessitent l’extraction de plusieurs dents. Néanmoins on n’aura pas besoin de recourir à ce moyen extrême si on boit modérément, si on applique des sangsues à temps et à propos, si on
prend des bains de pieds sînapisés, pour empêcher les congestions cérébrales.
Les brasseurs et les buveurs de bierre sont exposés aux mêmes affections que les marchands de vin; mais chez eux, les odontalgies sont plutôt nerveuses que sanguines. Les émanations acides produites par la fermentation des grains et du houblon altèrent l’émail des dents, et prédisposent aux affections scorbutiques. Les brasseurs ont principalement besoin d’une grande propreté, pour que les gencives et les interstices dentaires, ne restent pas surchargés de molécules végétales que la fermentation a décomposées.
Il en est de même des liquoristes, dont les organes dentaires se trouvent continuellement sous l’influence des émanations alcooliques qui se répandent dans l’air pendant la distillation.
SA&ES-FEMMES ET NûUEBÏGES.
Les sages-femmes et les nourrices, quoique leur travail ne soit pas, à proprement parler, manuel, n’en appartiennent pas moins à la catégorie des artisans.
Les sages-femmes sont sujettes à une infinité
de maladies qu’on trouve longuement décrites dans l’ouvrage de Ramanzini ; mais je ne dois m’occuper que des affections dentaires.
Tous les médecins s’accordent à dire que le sang qui provient pendant le travail de l’enfantement, renferme des principes vénéneux, et ils citent plusieurs faits à l’appui de leurs assertions. Les sages-femmes doivent se tenir en garde pour que la région buccale n’en reçoive pas une seule molécule. Ramanzini rapporte que plusieurs femmes imprudentes ont été atteintes d’aphtes, d’affections scorbutiques et de symptômes scrofuleux.
Les nourrices, obligées de s’éveiller à toute heure de la nuit pour présenter le sein à leurs nourrissons, sont sujettes aux affections vulgairement connues sous la dénomination de coups d’air, aux fluxions, aux aphtes, parce que leur sang, pendant tout le temps qu’elles allaitent, est dans une sorte de révolution. J'ai vu plusieurs nourrices dont les dents s’étaient cariées en peu de temps
L’hygiène dentaire leur prescrit une vie calme et uniforme, des aliments substantiels. Les bains de pied et les sangsues produisent, dans quelques cas, les effets les plus salutaires.
Je crois qu’il est important de faire observer
aux mères de famille de bien surveiller la denture des nourrices, indice de la santé. Le lait jouera plus tard un grand rôle dans l’organisation physique de leurs enfants qui héritent ordinairement du bon ou du faible tempérament de leurs nourrices.