VI AVANT-PROPOS
de quel secours pouvait bien m'ôtre un pareil traité d'Ichthyologie.
Dans ces conditions la tâche que j'entreprenais était remplie de difficultés; il m'a fallu des efforts prolongés pour atteindre au but que je me proposais. — Aussitôt arrivé au bord de la mer, je m'empressais d'aller voir les pêcheurs, je m'entretenais avec ces braves gens, je leur adressais des questions auxquelles ils répondaient avec la plus grande obligeance, c'est ainsi que j'apprenais les noms par lesquels ils désignent les Poissons de leur pays ; je fréquentais le marché, voulant chaque jour ajouter à ma collection de la veille. C'était bien tant qu'il s'agissait d'espèces comestibles; mais il en est d'autres qui n'intéressent pas moins le Naturaliste et ne le lui sont pas souvent faciles à trouver ; elles composent tout le menu fretin, Blennies, Gobies, Cottes, etc., si dédaigné sur nos côtes de l'Ouest, qui, n'ayant aucunevaleur vénale, n'est jamais porté à la Poissonnerie. Je ne pouvais m'en procurer les divers spécimens qu'en me donnant la peine d'aller les chercher moi-même ; il me fallait alors courir la plage ; je partais, à marée basse, muni d'un petit filet avec lequel je fouillais les anfractuosités des rochers, les trous couverts de goémon ; je faisais ainsi des captures généralement assez abondantes.
Après un séjour plus ou moins prolongé sur les côtes, je revenais avec un butin souvent riche, toujours varié. A Paris il fallait m'occuper du classement des espèces que j'avais rapportées de mes excursions ; pour m'aider dans ce travail, j'avais à ma disposition plusieurs ouvrages, un surtout fort précieux, celui de Cuvier et YaJenciennes. Lorsqu'il se trouvait des sujets dont la détermination était douteuse ou par trop difficile, j'allais les comparer avec les types du Muséum, ce qui m'était possible, grâce au bon vouloir, à l'extrême amabilité de MM. les Professeurs