Manuel d'instruction laique [microform]
R. — Nous ne le nions ni ne 1 affirmons. Nous nci savons ce que c'est; nous ignorons ce que le termii Dieu signifie.
Q. — Dieu est celui qui a tout créé et qui régit tout* R. — Qu'en savez-vous?
Q. — On le dit.
R. — Ceux qui le disent Tont-ils vu ou entendu? Q. — Non, ils ne l'ont ni vu ni entendu. R. — Ils ne le connaissent donc pas; et nous ne 1 j connaissons pas plus qu'eux.
Q. — Vous ne reconnaissez pas un être supérieur et dirigeant?
MANUEL D*INSTRUCT10N LAÏQUE
R. — Pourquoi faire? Démontrez sa nécessité. Montrez-le nous.
Q. — On ne peut démontrer qu'il est nécessaire et il est invisible.
R. — Alors, il est inutile d'en parler.
Q. — Tout existe par lui et sans lui rien n'existe.
R.r-l Prouvez-le?
Q. — Nous ne pouvons le prouver.
R. — Pourquoi donc nous occuper de ce que vous ne pouvez ni montrer ni prouver et que nous ne pouvons comprendre? Ce mot Dieu ne signifie rien, ne veut rien dire. Nous n'avons à nous occuper dans la vie ni d'un principe supérieur, ni de la cause première, ni de la destinée finale. Ce sont toutes choses dont nous ne pouvons rien savoir et sur lesquelles nous ne possédons que des fictions concevables historiquement, mais inconcevables aujourd'hui (1).
Q. — Les dieux qui nous sont offerts par les religions constituent donc de simples fictions?
R. — De simples fictions, en efl*et.
Q. — Il ne faut donc pas s'y intéresser?
R. — Il ne faut pas s'y intéresser pour y croire, mais il faut s'y intéresser pour rétablir le rôle joué par. les religions dans l'humanité, en dégager la vérité historique et le néant philosophique.
Q. — Il ne faut donc pas croire en Dieu?
R. — Il n'y a pas à s'en occuper autrement.
(1) Cette partie, conforme aux doctrines positivistes, a été corrigée par Littré.