‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 21 sur 47 · PAR RAPPORT A LA CIVILISATION ET AU PROGRES · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT A LA CIVILISATION ET AU PROGRES

Q. — L'Église étant contraire à la Société peut-elle être acquise à la cause de la civilisation et du progrès ?

R. — Non.

Q. — Ses théories lui permettent-elles au moins de laisser la civilisation et le progrès s'accomplir?

R. — Non. Le christianisme a apporté la barbarie

sur la Terre. Le monde est barbare depuis Théodose (1) jusqu'à la Renaissance; il est plongé dans les ténèbres depuis rantiquité qui meurt jusqu'à Tantiquilé qui renaît. C/est à bon escient qu'on dit la Renaissance, car le monde sort alors du tombeau. L'Islam n'aura pas empêché les arabes du temps des Califes, du IX* au XIII* siècle, de remplacer la civilisation romaine étouffée, de se distinguer dans les sciences, les lettres, la philosophie, et de reconstruire pour nous les monuments de l'antiquité brûlés par les chrétiens (2) ; mais le christianisme, tant qu'il domine, est une nuit dont aucun éclair ne déchire les ténèbres. Lorsque la Renaissance apporte le splendide bagage de l'antiquité, le monde semble éclore. Les papes, Alexandre VI, Jules II, Léon X, de savants cardinaux, épris des beautés de la Grecque et de la Latine ne veulent plus gâter leur latin en lisant la Bible. C'est le temps où les clercs lettrés déclarentpréférerSocrateà Jésus; et quand Jean Savonarole (3) s'écrie: « l'Église n'est plus l'Église!» on

(1) Théodose, empereur romain, né en 346, mort en 395. l\ fut un de ceux qui combattirent le plus Thérésie arienne et firent de rÉglise Tappui de l'État, en la comblant d'honneurs et de richesses. H fit confirmer, en 381, au concile œcuménique de Constantinople, le symbole de Nicée.

(2) Nous rappellerons seulement l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie que le patriarche Théophile, en 389, détruisit dnns un feu de six mois en même temps que le fameux temple de Séraphis. Quand Omar arriva, en 638, il ne trouva que quelques livres qui avaient remplacé les 600,000 manuscrits détruits par la fureur religieuse de Théophile.

(33 Jean Savonarole, né à Ferrare en 1452, mort en 1498. Il appartenait à Tordre de Saint-Dominique. Après avoir acquis une grande renommée par ses prédications, il donna une constitution à la ville de Florence, et Ton vit la splendide cité des Médicis devenir une sorte de capucinière où on ne connaissait d'autres plaisirs que la messe et la procession. Il enrégimenta

brûle Jean Savonarole en même temps que la foi des premiers apôtres, et, grâce à cet holocauste, un moment, l'Église marche h la tête de la civilisation. Mais elle s'aperçoit bientôt qu'elle se perd. Elle revient sur ses pas. « Elle impose » dit Ranke (1) « une barrière que les esprits ne doivent plus franchir. Malheur à quiconque ose s'aventurer au delà. » Giordano Bruno (2), Lucilio Vanini (3), Galilée, marquent de leur martyre la

des enfants au nombre de 15,000 pour faire la police des rues. Il brûla les tableaux, les tapis, tous les objets d'art et les livres de Boccace et de Pétrarque. Enfin il prêcha contre les mœurs dissolues du clergé et voulut le réformer. Il s'attira ainsi de grandes haines, notamment celle du pape Alexandre VI, et un jour, comme il s'était refusé à faire un miracle, le peuple tourna contre lui et il fut brûlé après avoir été excommunié. Il avait dit : « On sait ce que valent les excommunications ; pour quelques deniers la cour de Rome excommunie qui on veut. »

(1) Ranke, historien allemand, né en 1795.

(2) Giordano Bruno, philosophe italien, d'abord dominicain, quitta riiabit, fut accusé d'hérésie et chercha un refuse à Genève, en France, en Angleterre et en Allemagne. Il finit par tomber, en 1592, dans les mains de l'Inquisition de Venise qui

le fit brûler vif.

Il était coupable d'avoir embrassé les idées de Copernic et de les avoir alliées à l'idée de l'infinité des mondes de Lucrèce. Un des premiers, il déclara que la nature procède par manifestations et par développements. Il disait que la matière « n'est pas cette capacité vide que les philosophes ont décrite, mais la mère universelle qui crée chaque chose comme le fruit' de son

propre sein. »

(3) Lucilio Vanini, né à Taurisano, terre d'Otrante, en 1584, Il fut ordonné prêtre, mais il ne se servit de la chaire que pour propager la philosophie et fut souvent obligé de fuir. A Lyon, il publia son A^nphithéâtre où, sous couleur de défendre la religion catholique, il défendait la philosophie. Il professait l'athéisme. Ses cours, à Paris, attiraient beaucoup de monde. Il publia ses Dialogues de la nature que la Sorbonne condamna au feu. Il s'en alla à Toulouse, mais là on s'en prit à sa per-

MANUEL d'instruction LAÏQUR

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frayeur de TÉglise. Borelli mendie dans les rues de Florence et Oliva se donne la mort pour échapper aux tortures du Saint-Office; Descartes mis à l'Index, va expirer en Suède, et sous Louis XVI, à la veille de la Révolution, la Sorbonne condamne Buffon. Tous les jours encore TÉglise censure, poursuit, anathémathise tout ce qui peut servir au progrès, tout ce qui constitue la civilisation.

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