‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 35 sur 47 · DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ

Q. — Qu'est-ce que la Société?

R. — Par Société on entend V humanité elle-même^ la somme des êtres et des familles qui la composent sans distinction de caste, de nation et de couleur. Quand on demande ce que c'est que la Société, il faut répondre ce que Socrate répondit à celui qui lui demandait quelle était sa patrie : « Toute la Terre, »

Q. — Pourquoi l'homme vit-il en société?

R. — Parce que ses aptitudes et ses besoins l'obligent à avoir recours à ses semblables.

Q. — Que pense la philosophie antique de la société des hommes?

R. — Cicéron dit : « Tout homme par cela même qu'il est homme n'est pas un étranger pour un autre homme, » ce qui est, à peu près, la traduction du fameux vers de Térence (2) : « Je suis homme et rien

(1) Volney, philosophe français, né en 1757, mort en 1820.

(2) Térence, poète latin, né en Afrique vers l'an 561 de Rome.

fie ce qui touche les hommes ne m'est étranger. » Senèque (1) a écrit aussi : « L'homme est une chose sacrée pour l'homme. » Aristote déclare « que la vie sociale est pour l'homme un penchant impérieux de la nature. » Et Diderot : u Hors de la société l'homme ne saurait ni développer, ni perfectionner ses facultés, ni se procurer le vrai et solide bonheur. »

Q. Quel tableau Cicéron nous présente-t-il de la Société ?

R. — (( De tout ce qui esthonnôto) dit Cicéron '«rien n'a plus d'éclat et ne s'étend plus loin que l'union des hommes avec les hommes, cette association dont tous les avantages se confondent, cette charité commune.

(l) Sénèque, né à Cordoue Tan 2 ou 3 de Jésus-Christ, vint à Rome où il étudia de bonne heure la philosophie près des pythagoriciens Attale et Sotion. Sa vie fut partagée entre ses goûts pour la philosophie et son penchant pour les honneurs et les richesses. Lorsque Agrippine devint la femme de Claude, il fut chargé, avec Burrhus, de Téducation de Néron. Dès lors, partagé entre la puissance et ses réflexions philosophiques, on le voit sacrifier le plus souvent celles-ci à celle-là, jusqu^au jour où, impliqué dans la conspiration de Pison, il fut réduit à se donner la mort en s'ouvrant les quatre veines.

En philosophie, Sénèque est une manière de stoïcien qui cherche à faire entrer la philosophie dans la pratique. Le philosophe est le médecin des âmes et la philosophie est le bien commun de tous. Il fait Téloge de Timpossibilité absolue; il s'élève contra les prissions; il a des axiomes comme ceux-ci : « Agissez avec vos inférieurs comme vous voudriez que vos inférieurs agissent envers vous... Ne vous permettez rien que vous ne puissiez faire devant votre ennemi... Montrez à ceux qui font le mal des sentiments doux et paternels, et vous souvenez que nul n'a le droit de s'absoudre soi-même et de se déclarer innocent. »

Cette morale convenait si bien aux pères de l'Église qu'après avoir entendu Lactance louer Sénèque, ils manquèrent de le regarder comme un des fondateurs du christianisme.

MANUKL IVINRTHUCTION LAÏOITK

cet amour de Thumanité. Le sentiment dont je parle commence d'abord par Tamour du père pour ses enfants, puis, joignant les familles par les liens du mariage et de Taffinité, il s'étend au dehors ; premièrement par les branches des parentés plus éloignées, ensuite des alliances et des amitiés contractées par des liaisons que forme le voisinage des demeures, par l'usage commun des mêmes coutumes et des mêmes lois, par les traités et les confédérations d'un peuple avec un autre, et enfin par le lien général de tous les hommes ensemble. »

Q. — Quels sont les fondements de la Société?

R. — L'humanité et la sociabilité. L'humanité qui est un sentiment de bienveillance pour tous les hommes et un noble et sublimeenthousiasme des peines des antres et du désir de les soulager; la sociabilité qui est une disposition qui nous porte à faire aux hommes tout le bien qui dépend de nous, à concilier notre bonheur avec celui des autres, et à subordonner au besoin notre avantage particulier fi l'avantage général.

nu TR AVAIT.

Q. — A quoi l'homme cmploio-t-il son activité?

R. — Au travail.

Q. — Qu'est-ce que le travail?

R. — Le travail est l'occupation par laquelle l'homme pourvoit journellement à ses besoins et à ceux de sa famille, et par laquelle il assure l'existence des siens et de lui-même pour le jour où il ne lui sera plus possible de travailler.

Q. — Le travail est-il nécessaire à l'homme ?

R. — La fortune peut faire que l'homme n'ait pas

MANUEL D INSTRUCTION LAÏQUK

besoin de gagner sa vie, mais il n'est jamais moralement dispensé de travailler, et Ton peut ajouter que le travail est nécessaire pour la sérénité de son esprit et la santé de son corps. Le travail entretient les forces de Thomme, la liberté de sa pensée, et sauvegarde sa vertu. Tout homme oisif, tout homme dont Texistence est sans but, est bientôt corrompu, et de corrompu il devient corrupteur. Un empereur do Li Chine disait : « S'il y a dans quelque coin de mon Empire un homme qui ne fasse rien, il y en a certainement un autre qui souffre par l'oisiveté de celui-là. » J.-J. Rousseau à dit aussi : « Tout homme oisif est un fripon. »

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