‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 36 sur 47 · DR LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DR LA PROPRIÉTÉ

Q. — Qu'est-ce que la propriété?

R. — La propriété est Vusufiniit sans afnts de V homme sur les choses inanimées et les animaux.

Q. — Comment Volney définil-il la propriété?

R. — Volney dit que la propriété est un attribut physique de l'homme en ce que tout homme étant constitué égal ou semblable à un autre, et, par conséquent, indépendant et libre, chacun est le maître absolu, le propriétaire plénier de son corps et des produits de son travail

Q. — La propriété est-elle équitable en soi?

R. — Oui, dans tout état social où, sans distinction aucune, les citoyens peuvent l'acquérir et en jouir, et où elle est appelée à changer de mains en se parlageant indéfiniment.

Q. — La propriété est-elle morale?

R. — Oui^ car la possession est un des plus puissants

mobiles de l'activité humaine. L'homme qui, pour acquérir l'aisance amasse une certaine somme de biens a besoin de garantir ces biens et de les rendre productifs eux-mêmes, parce que la fortune improductive est préjudiciable à la société. 11 acquiert donc une propriété quelconque, soit d'un outil, soit d'un champ, qui, entre ses mains, devient un nouvel instrument de travail et de production. La pi^opriété est la juste et nécessaire récompense du travail.

Q. — La propriété doit-elle être réglementée?

R. — Oui, mais non limitée. Avec Chateaubriand (1), nous ne pouvons concevoir en principe « un ordre social dans lequel un homme compte un million de revenu tandis qu'un autre homme n'a pas de quoi payer son dîner, » mais nous ne pouvons consentir à ce que demande Montesquieu (2) : « que les lois par leurs dispositions doivent diviser les fortunes à mesure que le commerce les grossit, » ce qui ferait que tout citoyen, arrivé à la limite de ce qu'il lui serait permis de posséder, ne travaillerait plus. On ne peut tracer de limites à la propriété. En somme, il y a deux états pos-

(1) Chateaubriand, né en 1768, près de Saint-Malo, fut un des hommes infâmes qui se battirent contre leur pays dans les rangs de l'émigration.

(2; Montesquieu, publiciste français, né en 1689, mort en 1755. raisonneur, observateur et critique, son esprit s'est exercé sur tout, depuis ce chef-d'œuvre intitulé Lettres persanes, jusqu'aux Causes de la gmndeuv et de la décadence des Romains et VEsprit des Loi>\ Malgré bien des idées qui nous paraissent aujourd'hui fausses tandis qu'elles paraissaient justes au siècle dernier, telles que celle de regarder la société comme assise sur des principes immuables et la religion chrétienne comme assurant notre bonheur en ce monde, son œuvre n'en conserve pas moins une très grande valeur et renferme des déductions ingénieuses et profondes.

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MANUEL n INSTRUCTION LAÏQUE

sibles: le communisme et la propriété individuelle. Le communisme est la négation des aptitudes personnelles de rhomme que la lutte pour Texistence et la soif de la possession incitent par-dessus tout au travail. La propriété individuelle s'adapte mieux à la nature de rhomme. La propriété quelque grande qu'elle soit qui se divise et se subdivise à l'infini par les héritages et les acquisitions, est bonne. La propriété qui ne se divise pas et demeure impersonnelle est mauvaise, et ne doit pas être tolérée par des lois sages et prévoyantes {l).

nu BIEN ET nu MAL

Q. — Sur quoi Thomme doit-il baser ses actions?

R. — Sur la distinction du bien d'avec le mal.

Q, — Comment distingue-t-on le mal du bien?

H. — Voici la réponse de Cicéron à cette question : « La conscience fait assez senti?' ce qui est vice ou vertu^ elle édicté la loi et l'applique, elle est à la fois juge et législateur. »

Q. — Quelle réponse nous fournit Antiochus?

H. — Antiochus (2) dit : «Tout ce qui convient à sa nature, par conséquent tout ce que Thomme appète et recherche par amour de lui-môme est bon, et mal tout ce qui est contraire à sa nature. »

Q. Que faut-il pour qu'on ait confiance en la nature de rhomme ?

K. — Il faut que cette nature n'ait point été viciée par

(1) Telle est cependant la main-morte des gens d'Kglise qui est une honte pour la société moderne.

(2) Antiochus, disciple de PhUon et chef de la V« Académie, esprit fin, élégant et facile, entreprit de concilier avec la religion la phUosophie d'Aristote et celle de Xénophon.

uîie éducation fausse, mais qu'elle ait été au conlrai^^e développée par une éducation conforme à la vie terrestre^ à la science, et à la dignité humaine.

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Le mal et le bien.

Q. — L'homme n'a donc besoin que de lui pour

trouver sa loi ?

R. — L'homme qui raisonne sur sa nature et veille sur ses relations avec ses semblables peut trouver sa loi en lui-même, mais il doit rechercher les idées qui peuvent le guider chez ceux qui s'occupent de science et chez les philosophes, et s'enrichir autant que possible de l'expérience de ses ancêtres.

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