‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 43 sur 47 · R- — LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

R- — LA RÉPUBLIQUE

DK LA RÉVOLTE.

Q. — Si, dans une nation, un ou plusieurs individus parviennent à imposer par la violence une loi contraire à la nature ou au droit, l'homme doit-il la subir?

R. — Non, l'homme doit se révolter. Un empereur de la Chine demandait au sage Meng-tseu (1) : « Un mi-

(1) Meng-tseu, en latin Mencius, né à Tséou, province de Chang-oung dans la première moitié du IV« siècle avant notre ère. Il ne réussit pas dans ses prédications et imita son prédécesseur Khoung-tseu en revisant le Chin-King (livres des livres). Il exposa sa propre doctrine dans un livre qui porte le nom de

nistre ou un sujet a-t-il le droit de tuer son prince? » Le sage répondit : « Celui qni fait un vol à 1 humanUé est appelé Weur ; celui qui fait un vol à la justice est appelé tyran. Or, un voleur et un tyran sont des hommes appelés isolés ou réprouvés: on peut donc justement les tuer. » Les anciens disaient communément ce que Cicéron nous rapporte ainsi : « P-int de Société entre nous et les tyrans ; il est honorable de les tuer quand on le peut : c'est une race pe^tilentIelle et impie qu'il faut exterminer du milieu des hommes » Guizot enfin nous dit, en parlant de VinsurrecUon : « Si du point mystérieux où il réside, ce grand droit social, ne pesait sur la tête des pouvoirs mêmes qui le nient, depuis longtemps le genre humam, tombe sous le joug, aurait perdu toute dignité comme tout honneur, »

IlK LA YKRTI' ou JlSTICr.

0 Qu'est-ce que la vertu ou justice?

R - La vertu est pour ainsi dire la quintessence de la morale; elle est, comme le dit Cicéron : « la nature perfectionnée on elle-même et portée à son plus haut terme. » On ne peut séparer la vertu de la justice nui nous fait rendre aux autres hommes et à nousmêmes ce qui est dû à chacun. La justice comprend tous nos devoirs, tous nos droits : être juste et être vertueux est même chose. Cicéron voit dans la justice la plus grande splendeur de la vertu et exige qu elle soit

Meng-tse-Chou. 11 regarde Thomme comme absolument bon, et, à ses yeux, la vertu consiste à pratiquer rhumanité et la justice.

toujours accompagnée de « bonté, de douceur, de bienfaisance et autres qualités semblables .>

Q - Doit-on pratiquer la vertu dans 1 espoir d en être* récompensé d'une façon ou d'une autre?

R — Nous laissons Sénèque répondre à celte question'- « Il y a des gens qui, dans l'honnête, n'afleclionnent que l'utile, qui ne trouvent aucun charme à la vertu sans profil. Us ignorent que la vertu perd son éclat, sa grandeur, du moment où il s'y mêle quelque chos^ d'aussi honteux que de calculer le prix de la probité. La récompense des âmes honnêtes est en elle-

même. »

A — Que dit Cicéron?

R — Cicéron (1) place encore plus haut la conscience humaine : « C'est l'équité,» dit-il « c'est le droit, que chérissent tous les gens de bien. La justice ne recherche aucun prix, aucun salaire, elle est donc recherchée pour elle-même, et il en est ainsi de toutes les vertus. C'est lextrême injustice que d attendre le prix de la justice. Un homme qui n'est juste que parce qu'il craint, n'est point juste. »

(1) Cicéron dit : .- Nous avons soutenu cette Propo/';»^/"^

laLrtu suffit à l'homme pour le rendre heureux et i& l^i

oulenue d au ant plus volontiers que c'est votre thèse fayon te. .

Son examine encore si, comme l'affirment les stoïciens

le .aie est toujours heureux. Il dit : « Parmi les systèmes qui

AtA nVonosés pour le souverain bien, il s' en est conserve

Tuat^lsimpTef Celui des stoïciens : qu'il n'y a de bon que ce

2ulst honnête; Celui des épicurieas : qu'il ';^y ^f ^^J^^ ^^

nui est agréable; Celui d'Hiéronyme : qu il ny a de bon que

TnrSatfôn de la douleur; et celui qu'a voulu établir Carnéade

con'îe stoïciens : qu'il n'y a rien de bon que la ou.ssance

des premiers don, de la nature, soit de tous ensemble, soit du

moins des principaux. »

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